Le dernier rivage

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Vous avez pu les lire, les commentaires que Leduc et de Jean Tiguemounine ont écrit à propos de Le krach qui se profile à l’horizon. Leduc a écrit

Au point où vont les choses, vu le rythme qui semble s’accélérer, je crois que ça va sans doute être les dernières bonnes vacances cet été pour beaucoup de personnes. On devrait tous se faire un petit weekend tous ensemble, entre gens de bonne compagnie qui voyons les choses telles quelles sont et non comme les dirigeants voudraient qu’on les voie. Un bon petit weekend sympa histoire de profiter une dernière fois des bonnes choses de la vie et d’avoir une discussion stimulante avec des gens intéressants et intelligents.

et Jean Tiguemounine a écrit lui :

… c’est la fin d’un système, et l’instabilité qui en découlera peut donner n’importe quoi, y compris des guerres… Alors il est utile de se rappeler (à soi même !) pourquoi on vit; une fois qu’on le sait, il faut le faire savoir aux autres, en espérant qu’ils se comporteront en humains dans leurs actions individuelles. Ces actions individuelles, contiendront en elles au moins cette parcelle de cohérence, qui accumulée donnera un sens, à l’ensemble apparemment désordonné.

Cette atmosphère de fin d’un / du monde que nous partageons tous m’a rappelé le film Le dernier rivage, « On the Beach », de Stanley Kramer (1959), avec Gregory Peck, Ava Gardner, Fred Astaire et Anthony Perkins, d’après l’extraordinaire roman de Nevil Shute. La guerre atomique a eu lieu et dans l’hémisphère Sud, quelques populations sont provisoirement épargnées. Au début du film, l’action se passe à Melbourne, ensuite à bord du sous-marin commandé par Gregory Peck qui remonte lentement la côte Ouest des États–Unis, dans l’espoir vain de retrouver une trace de vie (vues glaçantes de San Francisco désert). Puis le retour et la fin en Australie que la contamination atteint : chaque événement se déroulant désormais sur le mode du « c’est la dernière fois que… » : la jeune mère qui ne veut rien savoir à cause de son bébé, l’intellectuel qui entend mettre fin à tout ça dans un feu d’artifices, en se crashant dans une course automobile, l’Armée du Salut savourant ce qui sera son ultime moment de triomphe…

Inutile de dire que c’est très beau. Je vous propos ici la scène où le commandant du sous-marin américain (Gregory Peck) et l’Australienne alcoolique désabusée (Ava Gardner) se découvrent. Le fait qu’il parle au présent de chacun des membres de sa famille aux États-Unis, alors que leur mort dans l’holocauste nucléaire ne fait aucun doute, la choque et, magnifiquement, la ramène elle à la vie.

C’est en anglais mais ne vous inquiétez pas si vous ne comprenez pas cette langue : avec ce que je viens de vous dire, le film pourrait tout aussi bien être muet.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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10 réflexions sur « Le dernier rivage »

  1. Hello
    tout d’abord
    Bonjour à tous

    je me demande : pourquoi cette atmosphère de fin du monde ?
    surtout pour un krack boursier (qui approche)
    si je prends comme référence 1929 et 1987
    1929 : je n’étais pas né (même pas envisagé) donc je ne connais pas grand chose de cette époque mais le monde ne s’est pas arrêté de tourner.
    1987 : là j’y étais… j’étais encore un peu jeune (20 ans), mais je ne crois pas avoir remarqué quoique ce soit. Je ne savais même pas qu’il y avait eu un krack.

    y aurait-il quelque chose que je n’aurai pas compris?

    ou alors ce pic boursier vient remplir la liste des autres pics attendus
    (énergétique, démographique, hydrique, climatique etc…)
    et là d’accord ça commence à faire peur.

    cdlt
    coco

  2. Il y aura encore plein de bonnes vacances à passer, ne donnez pas le pouvoir à la pulsion de mort. D’ailleurs, cette mort, cette fin reste bien le meilleur moteur de notre vie. Il faudra par contre envisager des vacances un peu moins voraces en énergie, se calmer un peu dans la boulimie des transports. Pour les catastrophes envisagées, on a vu que la bombe démographique n’aura pas lieu avec une baisse drastique des taux de fécondité en rapport avec les progrès de l’éducation et de la scolarité. La bombe climatique est la plus dangereuse, et le droit doit évoluer pour fixer clairement des règles internationales et les faire respecter pour limiter la casse. Quoiqu’il advienne, il faudra s’adapter, pas d’autres solutions, mais c’est ce que fait la vie, domestiquée ou non, depuis sa première représentation. Je parle de droit car il s’agit vraisemblablement de la seule manière de faire respecter des règles, une Constitution c’est une peau de chagrin, c’est à la jurisprudence de marquer des points et de fixer, plutôt de faire évoluer la bonne réglementation à respecter.
    Bonnes vacances à tous, les jeunes et les moins jeunes.

  3. Bonjour,

    Bouh… ce passage est très émouvant en effet. Chacun peut se confier (se confesser ?), sans crainte, car rien d’autre n’a d’importance à ce stade, sinon exister encore un peu en tant qu’être humain, pas en tant qu’officier guindé, ou dame du monde inaccessible.

    Pour rassurer coco, http://www.lesaffaires.tv/video-4371-La-fin-du-monde-

    Toutefois, cette crise a quelque chose de spécifique et de très inquiétant, qui vient de ce que nous ne savons pas par quoi sera remplacé le système financier qui s’effondre partout, d ‘ou les tentatives pour inventer par exemple une constitution pour l’économie.

    Cette incertitude, et les bruits de bottes, font craindre des aboutissements non pacifiques…

  4. Je vais faire moi aussi un « tout d’abord ».

    Donc « tout d’abord » merci à Paul d’exister, d’avoir ouvert ce blog, d’avoir fait comprendre à ses lecteurs qu’ils ne sont pas seuls et de poursuivre son œuvre.

    Et bonjour à tous,

    Je partage aussi cette vision eschatologique de notre système supposé parfait « démocratie/économie de marché » qui a mis du pain blanc à tous mes repas jusqu’à ces dernières années comme ancien de Lehman Brothers : vous connaissez n’est-ce pas ?
    Je crains beaucoup pour la vie de ce système et les conséquences pour ses utilisateurs.

    Est-ce vraiment la fin du monde, certainement non. Mais nous sommes les témoins, privilégiés sans doute car conscients, et les acteurs impuissants de la fin du monde que nous connaissons, qui nous a porté et bercé de ses très douces fausses certitudes et vraies illusions.

    Il y a maintenant trop de signaux en mode « alarme critique » pour pouvoir les ignorer.

    Est-ce une raison pour désespérer ? Heureusement non : le but de la vie n’est pas de consommer plus (cf. économie de marché), le but est d’apprendre à vivre avec soi-même (ça c’est un défi !) et d’en faire autant avec les autres (cf. démocratie).

    Malheureusement, le système nous a désappris le regard sur soi et nous enferme dans une illusion d’infinies promesses de libertés de découvertes et d’achats alors que chaque liberté qui nous reste encore est grignotée jour après jour par l’aveuglement et l’inconséquence de nos gouvernants ou par l’épuisement de notre chère planète.

    Alors une salvatrice et, probablement douloureuse, prise de conscience individuelle et sociale risque d’être la seule solution à cette première dans l’histoire de l’humanité.

    Si le courant de l’Histoire nous a déjà emporté, que la machine est emballée et les décisions ne sont plus de notre ressort, comment le vivre alors ?

    Le passé peut être un secours, n’est-ce pas ce que l’on appelle aussi expérience : le retour aux sources et au bon sens de nos grands-parents devrait nous aider.

    Heureusement on se souvient encore de ce monde qui, loin d’être l’âge d’or, avait l’inestimable avantage de remettre l’individu au cœur de la communauté et d’assurer l’équilibre avec la nature.

    Alors disons nous bon vent et continuons à partager nos sentiments et convictions ici et ailleurs, maintenant et demain pour faire un monde meilleur.

    PS : pour ceux qui aiment les théories iconoclastes, lisez la théorie d’Olduvai.
    … j’espère qu’elle restera une théorie !

  5. Effectivement, l’humain est sur le point de vivre les premières lignes de la plus cauchemardesque des pages de son histoire !

    Dans un monde où, depuis le fond des temps, le droit d’exister et la qualité de vie sont soumis à la capacité économique et à la capacité économique à l’agressivité, et où, inexorablement, de par l’augmentation constante du nombre et la diminution continuelle des ressources, la compétition forcenée entre les peuples et la lutte acharnée entre individus s’imposent toujours plus comme l’unique voie d’accès au droit de vivre « dignement », non seulement la généralisation et la banalisation de la violence sont inéluctables, mais en plus l’actualisation du carnage collectif et, partant, du suicide collectif est inévitable.

  6. Je ne suis pas si pessimiste.

    L’homme a déjà fait pire que ce que nous vivons aujourd’hui (shoah).

    Je crois que le chemin du progrès se poursuit malgré tout, et des maux que nous créons résultent parfois quelques bienfaits extraordinaires et inattendus (exemple : les applications civiles de trouvailles militaires, satellites, internet….).

    Je suis convaincu, que de cette crise naîtra, d’une manière ou d’une autre, l’abolition de l’argent, en tant que « vieille relique barbare ». La question du partage des richesses se posera alors naturellement.

    Je suis convaincu que certaines étapes psychologiques (deuil, assimilation…) sont nécessaires avant de pouvoir accepter certains changements, non conformes à nos réflexes archaïques de propriété, d’agressivité, de cupidité.

    Ce qui compte, c’est de ne pas se foutre en l’air par accident, sur ce chemin très long…

  7. J’ai également trouvé cet extrait bouleversant et terriblement d’actualité. Même si la contamination est — et restera, j’espère — d’une autre nature, plus porteuse d’espoir.

    J’espère qu’il n’est pas trop optimiste de vouloir le replacer dans son contexte historique, qui est celui d’un après-guerre très marqué, voire hanté, par la naissance du nucléaire dans sa pire utilisation. Pour moi, qui suis né en 1962, le champignon atomique est la chose la plus hideuse qui soit et dont la vision me terrifie le plus au monde.

    C’est vrai que la peur confuse que nous pouvons ressentir aujourd’hui découle du fait que nous ne voyons pas bien ce qui va pouvoir remplacer le système qui est en train de s’écrouler. J’espère simplement que, si certains veulent nous imposer un ordre mondial totalitaire, nos aurons le courage de couper la télé, arme d’abrutissement massive s’il en est, et de descendre dans la rue pour nous battre pour notre liberté.

    Au risque de paraître ringard, il me semble que cela fait longtemps que la Marseillaise n’avait pas été aussi moderne…

  8. @ coco

    Tiens, oui, c’est vrai, je ne savais pas non plus qu’il y avait eu un krach en 1987. Il faut dire qu’à l’époque j’avais 25 ans, je vivais en plein cœur de l’Amérique profonde et j’avais bien d’autres préoccupations que de suivre les soubresauts de la phynance internationale.

    Renseignements pris auprès de mes parents, qui suivaient tout ça (moi y compris) de France, il s’agirait des répercussions du 2e choc pétrolier (le 1er ayant eu lieu en 73).

  9. Bjr,
    Voilà déjà 1 an que vos écrits sont sur le net …
    La crise est là, bien là et pour combien de temps ? certainement pour 2 ans max pour voir une lueur de reprise ! mais d’ici 2 ans, il y a 2012 qui se pointent alors avis aux fanas des « incas ».
    C’est pas parceque les sociétés tournent mal, que les consciences prennent beaucoup de temps à se mettre sur le bon chemin qu’il faille penser au pire, au désastre et surtout ne pas vivre.

    Si chacun de nous faisait encore des projets, peut-être que la solution viendrait de là ! quand il y a de la vie il y a de l’espoir.

    Continuons notre petit part à l’édifice, apportons nos projets à terme et profitons des moments aux côtés de nos proches, amis, collègues … mais ne soyons pas passifs surtout dans cette vie, car la vie n’est pas autre qu’un miracle au quotidien.

    bonjour à toi Jean.

    JP

  10. Oh, je n’avais pas vu qu’il y avait On the beach, je l’ai vu à sa sortie vers 1960, j’en profite pour dire ce qui m’est resté de ce film : ( je n’ai ni lu ni regardé l’extrait , je le verrai après.)

    une bouteille ce soda tombé sur un support magnétique émet sans cesse et laisse penser que quelqu’un est vivant. il y a un coureur automobile ( fred Astaire ) qui s’enferme dans son garage et met en marche son moteur, il y a un homme qui sort d’un sous – marin afin de rechercher la source du l’ émission sonore, il y a des réunions périodiques de croyants avec une banderole , :  » il est encore temps mes frères,  » et à chaque fois qu’on voit un rassemblement il y a chaque fois moins de monde …;

    Voilà ce qui m’avait marqué, …;; un parfum de fin du monde…

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