Est-ce que je pense vraiment ce que j’écris ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

L’un d’entre vous me demande – en privé – si je pense vraiment ce que j’écris dans mes billets, et la même question transparaît ici et là dans vos commentaires. Vous vous demandez en d’autres termes si je ne me fais pas souvent l’avocat du diable.

J’ai choisi d’afficher vos commentaires et je m’y tiens, malgré un filtrage des propos injurieux que j’ai dû introduire (comme vous avez pu le constater, je suis plus tolérant à l’égard des insultes qui me sont adressées qu’à l’égard de celles que vous vous adressez les uns aux autres). Afficher vos commentaires pour les ignorer serait condescendant et hypocrite. Les prendre tous au sérieux serait excessif et provoquerait la consternation de la plupart d’entre vous : ceux qui tiennent pour acquis que la conversation doit présenter un niveau de qualité minimal.

Alors comme je l’ai déjà dit, j’utilise égoïstement vos réactions pour apprendre, et de manière plus altruiste, je vous fais partager le résultat pour tirer le parti maximum de cette nouvelle opportunité apparue avec l’Internet de constituer, selon l’expression que nous avons déjà utilisée à plusieurs reprises, un « cerveau collectif ».

Cela fait-il de moi l’avocat du diable ? Non au sens où je ne dis jamais le contraire de ce que je pense. Ce n’est pas mon intérêt d’ailleurs puisque ce que j’écris à votre intention est public et peut être cité en-dehors de nos discussions comme représentant mon point de vue. Mais cependant oui au sens où je prends au sérieux mon rôle de catalyseur, ce qui m’encourage parfois à présenter la position à laquelle je souscris personnellement comme moins certaine que je ne le pense, ou à l’inverse, comme plus sûre que je n’en suis convaincu. C’est là la manière pratique que j’ai découverte de maximiser votre apport. Ce faisant, j’exige beaucoup de vous je le sais, et j’en vois certains se décourager quelquefois ou, relevant le défi, se retrouver accablés d’épuisement. Mais ils reviennent à la charge, et j’y lis la confirmation de mon propre sentiment : qu’ils pensent comme moi que le jeu en vaut véritablement la chandelle.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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33 réflexions sur « Est-ce que je pense vraiment ce que j’écris ? »

  1. C’est étonnant comme il faut sans cesse aller chercher des modèles exotiques pour sortir de la méconnaissance de problèmes connus et traités efficacement depuis des décennies voire des siècles…

    « Unité. Rien ne semble plus simple que l’unité quantitative et rien n’est plus varié qu’elle, dès que nous commençons à l’étudier en liaison avec la pluralité correspondante et que, du point de vue de ses différents modes d’apparition, nous l’étudions à partir de cette pluralité… Si donc tout nombre renferme en soi l’unité dans la mesure où il se compose uniquement d’unités additionnées, celle-ci à son tour renferme en elle tous les autres nombres. Non seulement virtuellement, dans la mesure où nous pouvons construire tout nombre avec des unités, mais réellement, dans la mesure où l’unité est une puissance déterminée de tous les autres nombres… (x^0 = 1)… » (p. 265)

    « Zéro. Du fait qu’il est la négation de toute quantité déterminée, zéro n’est pas sans contenu. Il a au contraire un contenu tout à fait déterminé. Comme limite entre toutes les grandeurs positives et toutes les grandeurs négatives, comme unique nombre réellement neutre qui ne peut être ni positif ni négatif, il est non seulement un nombre très déterminé, mais encore plus important par sa nature que tous les autres nombres qu’il limite. En fait, zéro est plus riche de contenu que tout autre nombre. Placé à la droite de tout autre nombre dans notre système de numération [décimal], il décuple sa valeur… F(x,y) = 0 … Mais le néant de toute quantité déterminé est lui-même encore déterminé quantitativement et c’est seulement pour cela qu’il est possible d’opérer avec le zéro. »
    Les mathématiciens qui opèrent ainsi avec le zéro « lèvent les bras au ciel quand ils lisent cela chez Hegel sous la forme générale suivante : le néant de quelque chose est un néant déterminé. » ( Engels, Dialectique de la nature, p. 266-267)
    Quant au paradoxe de l’œuf et de la poule… oublier que l’œuf doit être fécondé et qu’il est donc un embryon de poule qui donne une poule ou un coq n’aide pas à comprendre le rôle de l’ADN dans l’espèce poule !

  2. @ JeanNimes

    Quant au paradoxe de l’œuf et de la poule… oublier que l’œuf doit être fécondé et qu’il est donc un embryon de poule qui donne une poule ou un coq n’aide pas à comprendre le rôle de l’ADN dans l’espèce poule !

    « Qu’est-ce qui est apparu en premier : l’œuf ou la poule ? »

    Alors voici la solution : Partant du fait que le matériel génétique n’évolue pas durant la vie d’un organisme vivant évolué, on en conclut que le premier oiseau à devenir une poule a du nécessairement commencer par être un embryon (c.a.d. d’abord exister en tant qu’embryon) à l’intérieur d’un œuf, condition indispensable à sa mutation. Aucun volatile n’a pu devenir une poule après sa naissance. C’est donc l’Å’uf le premier !

    « Le premier poulet a dû sortir d’un œuf pondu par une autre espèce. Mais c’était bien un œuf de poule puisqu’il contenait un embryon de poulet. »
    John Brookfield de l’Université de Nottingham, spécialiste en génétique évolutive.

    Objection : Si je dis qu’un œuf est pondu par une poule… Il s’agit d’un paradoxe comme déjà dit, et donc il n’y a aucune réponse : pour avoir un œuf, il y a eu une poule et pour avoir une poule, il y a eu un œuf.

    Réponse à l’objection : Non, d’où vient la Poule ? La Poule n’existe pas depuis la nuit des temps, une espèce de volatile a subi des mutations et est devenue une Poule. Le volatile qui a pondu l’Å’uf n’est pas forcément une Poule ! On appelle Poule un animal ayant un programme génétique équivalant aux poules actuelles !

    « Nous pouvons en conclure sans aucun doute que la première matière vivante membre de l’espèce doit être cet œuf. L’œuf était nécessairement avant la poule. »
    David Papineau, philosophe des sciences du King’s college de Londres.

    La question peut donc se traduire par : Quand a eu lieu la mutation ? D’une génération à l’autre ? Ou durant une même génération ? Comprenez-vous ?

    Conclusion : Effectivement, si on prend un programme génétique constant, ce paradoxe mène à une absurdité. Mais si on considère toute chose comme un simple assemblage de particules (atomes, molécules, …) alors c’est toute notre vision qui changent, il n’existe plus aucune continuité dans aucune des choses et les éléments que l’ont pourrait qualifier de « massif » à l’échelle d’un atome (par exemple) ne sont alors qu’un agrégat de petites particules. Cet agrégat évolue dans le temps selon les propres règle de la physique, il va « grossir » ou se séparer à différents moments.

    Le paradoxe de l’œuf et de la poule ne se pose donc plus !

  3. @ Calimero

    Je crois qu’il est inutile de passer à l’atome et aux particules élémentaires pour résoudre le paradoxe…
    La génétique et Darwin suffisent.

    L’ADN de la poule se trouve dans l’œuf, l’ADN du coq s’y trouve aussi après la fécondation.

    Et après le crossing-over, il y a un ADN nouveau, combinant les deux précédents et introduisant d’éventuelles mutations.

    L’œuf permettant au poussin d’éclore (poule ou coq) n’est donc plus le même que celui qu’a pondu la poule. Ne restera vivant que le poussin porteur de mutations non létales, non stérilisantes, adaptées à son environnement.

    Le paradoxe vient donc du langage qui désigne d’une part deux œufs différents avec le même mot et ne parle que de poule pour l’individu et l’espèce, sans introduire le coq ! Ce paradoxe est digne de l’Almanach Vermot, c’est un calembour.

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