Affaire Madoff : la malhonnêteté ordinaire

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

La version officielle de l’affaire Madoff, est que l’ancien patron du NASDAQ avoua à ses fils que son entreprise n’était qu’une gigantesque pyramide, une cavalerie où l’on verse aux clients plus anciens les fonds qu’apportent les plus récents, et que ceux-ci – probablement subjugués par l’indignation – allèrent vendre la mèche à la police.

Il y a de nombreuses raisons de remettre en cause cette version officielle. D’abord le fait que ce soient ses fils qui aient contacté la police. Vous feriez ça à votre père, homme d’affaires à la stature colossale, parce qu’il a été malhonnête ? Ensuite, les fils Madoff sont non seulement financiers eux-mêmes, mais travaillant aussi dans l’affaire du papa (même si ce n’est pas dans le même département) : pas des enfants de chœur non plus donc et peu susceptibles de tomber à la renverse en apprenant qu’une affaire rentable l’est essentiellement parce qu’elle est une pyramide. Le chiffre de 50 milliards de dollars manquant dans la caisse a éventuellement pu les surprendre.

Je lis les journaux et je vois que ce que l’on essaie de nous vendre, c’est de la consternation : « Comment est-ce Dieu possible ? » C’est possible parce que la pyramide est le meilleur business plan que l’on puisse imaginer : la formule par défaut qu’ignorent seulement les gagne-petit qui – par manque de relations – sont obligés de vraiment vendre quelque chose.

Passons alors aux vraies questions. La première : combien de hedge funds, de fonds d’investissement spéculatifs, fonctionnent-ils sur un autre schéma que la cavalerie, que la fuite en avant ? Étendons la question : combien d’établissements financiers (1) ? Deuxième question : combien de clients de Mr. Madoff ignoraient-ils que son fonds était une pyramide ?

Ma réponse, à vue de nez, pour chacune de ces deux questions, est qu’on peut les compter sur les doigts d’une seule main.

Les lecteurs de mon blog – et apparemment de blogs apparentés – succombent souvent à la théorie du complot pour expliquer ce qui se passe en finance et je leur répète inlassablement : « Vous ne comprenez pas : en finance, les complots ne sont pas nécessaires ! »

Bien sûr, ceux des clients grugés de Mr. Bernard Madoff, dont la participation à son fonds était passée par l’intermédiaire d’une banque, vont se tourner vers celle-ci et glapir pour réclamer l’argent qu’ils ont perdu. C’est de bonne guerre : malheur aux vaincus ! Mais ignoraient-ils vraiment ce qui se tramait ? Un fonds qui fonctionnait comme un mouvement d’horlogerie et rapporta pendant vingt ans 1 % par mois, qu’il pleuve ou qu’il vente ? Un fonds dont les journaux rapportaient depuis 1999 qu’il était une pyramide, après qu’un certain Mr. Markopoulos avait alerté sans effet la SEC (Securities & Exchange Commission), le régulateur des marchés financiers ? Non : pour participer au fonds, il fallait être parrainé, et ce que votre parrain devait vous glisser dans le tuyau de l’oreille, c’était ceci : « C’est l’ancien patron du NASDAQ, personne n’ira jamais voir ! Et s’ils devaient jamais aller regarder : il siège dans tous les comités de surveillance ! »

Alors, pourquoi les fils ont-ils vendu la mèche ? Un commentateur sur mon blog avance l’hypothèse suivante : « Quelqu’un a dû lui dire qu’il allait lui faire la peau et les fils ont pensé qu’il valait mieux pour leur père d’être sous les verrous ». C’est bien possible mais – comme vous le savez – la maison ici ne fait pas dans la supputation.

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(1) Franco Modigliani, Prix Nobel d’économie, écrivait en 1992 : « … une banque dans une position délicate ne doit pas automatiquement déposer son bilan tant qu’elle est à même de verser à ses épargnants intérêt et principal, faisant pour cela appel à ses réserves, ou liquidant certains de ses actifs, mais surtout, en utilisant la technique dite ‘de Ponzi’ : en attirant de nouveaux clients. » in Frank J. Fabozzi, Franco Modigliani, Mortgage and Mortgage-backed Securities Markets, Boston (Mass.) : Harvard Business School Press 1992, p. 100.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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42 réflexions sur « Affaire Madoff : la malhonnêteté ordinaire »

  1. Et les retraites des fonctionnaires français? Une pyramide à 1000 milliards d’euros! On paie aujourd’hui, on ne touchera jamais rien. Sauf à doubler, tripler, quadrupler l’impôt sur le revenu ou faire venir 20 millions d’immigrés! Autant dire jamais. Rendez vous en 2050….

  2. 1000 milliards d’euros .. soit… mais sur combien d’années ? (parce que je ne pense pas qu’il faudra sortir cet argent d’un seul bloc…)

  3. « Vous ne comprenez pas : en finance, les complots ne sont pas nécessaires ! »

    Soit mais pourquoi le seraient-ils ailleurs, dans d’autres circonstances ? Je veux dire, si un nombre conséquents d’individus peut taire une arnaque à 50 milliards parce que ça sert leurs intérêts, pourquoi ne pourrait-il en être de même pour un crime, un attentat, une guerre, etc ?

  4. Est ce que le développement économique fondé sur le grignotage du capital écologique et sociologique en fondant la résolution des problèmes sur les efforts( scientifiques, sociaux…) des générations à venir ça serait pas du Ponzi aussi ?

    A savoir laisser pour les first out aux derniers arrivés sur la pile( last in ) le soin de faire le nettoyage et d’éponger les catas. Le jeu de la patate chaude…ça pourrait s’appeler l’irresponsabilité, l’immaturité et pas seulement la malhonnêteté. Une forme de pensée infantile en somme.

  5. « D’abord le fait que ce soient ses fils qui aient contacté la police. Vous feriez ça à votre père, homme d’affaires à la stature colossale, parce qu’il a été malhonnête ?»
    « Vous ne comprenez pas : en finance, les complots ne sont pas nécessaires ! »
    « Alors, pourquoi les fils ont-ils vendu la mèche ? »

    Le magnicide est de tous les pays et de toutes les époques. Il s’explique souvent par des conditions révolutionnaires où il devient difficile de distinguer les influences du fanatisme partisan et de l’exaltation individuelle de l’auteur, de séparer le complot subversif ou l’héroïsme national du geste pathologique.
    Ch. Bardenat, in Porot, Manuel alphabétique de psychiatrie.

  6. On parle de complot lorsqu’un groupe cherche à prendre le pouvoir, non ?
    La petite affaire à 10% du BIP mondial n’est qu’une vaguelette dans l’océan de la finance.
    De toute évidence ce sont bien nos chefs d’état qui ont le pouvoir, assis qu’ils sont sur leurs énormes dettes et l’obligation de les creuser, avec seulement cent sous en poche !

    http://www.abbe-priape.com/chansons/centsous.htm (âmes sensibles s’abstenir!)

    Premier prix d’humour à doubleyou et ses godasses…

    Reste à savoir ce que nos champions du monde du pognon manigancent, se sont-ils vraiment plantés ou les plus gros sont-ils en train de dévorer les petits?

    Pour bien gérer vos placements pendant la crise je vous conseille :

    La crise financière en 2008/2010 : mode d’emploi pour la décrypter et l’exploiter

    Une crise ça s’exploite…

  7. En effet, en finance, les complots ne sont pas nécessaires, mais l’avidité, elle, fait de sérieux ravages! J’ai d’ailleurs étudié l’origine des CDS, LBO, etc, et l’histoire de Madoff me donne envie de raconter celle de Mickael Milken, l’inventeur des obligations à haut rendement (high yeld debt), CDS et LBO. C’était un brillant financier diplômé de l’université de Wharton qui a travaillé pour la firme Drexel. Il a d’ailleurs quitté cette société en 1989 avant qu’elle ne fasse faillite. Il est donc à l’origine de la crise financière de 1989 et des déboires du LCL (voir Executive Life).Sa fortune était estimée à près de 2,1 milliards de dollars en 2006 et il était donc la 153 ème fortune US (source: magazine Forbes).
    Ce qui est intéressant, c’est qu’il a été mis sous le coup de 98 chefs d’inculpation pour racket et fraude fiscale en 1989!
    Après avoir passé 22 mois en détention et payé 900 millions de dollars d’amende, il est devenu le conseiller de tous les grands organismes financiers. En finance, le crime paie et paie même beaucoup!

  8. @Paul Jorion

    Eh oui, Bernard L. Madoff est coupable, entouré de beaucoup de responsables dans cette affaire qui met en cause l’escroc comme les escroqués (pour beaucoup d’entre eux). Pas parce que ces derniers nécessairement savaient, mais, c’est encore plus redoutable ainsi, parce qu’ils voulaient y croire.

    Son système ne pouvait marcher que s’il était crédible; Il l’était en raison même de ses résultats financiers qui ne déparaient pas de la promesse ambiante. Comment il opérait était secondaire, car son fonctionnement n’était pas plus opaque que celui des autres. La régularité des ses résultats plaidaient plus pour lui qu’elle ne le déservait, dans un monde qui prétendait avoir aboli le risque, tout du moins si l’on était admis à la bonne table.

    En d’autre terme, il n’était pas nécessaire d’être « au parfum » pour monter dans le train. Car rien ne le distinguait des autres. Cherchez le coupable.

  9. Pourquoi supposer nécessairement que les hedge funds, les fonds de fonds ou les banques étaient au courant de l’escroquerie? Ça aurait été plutôt imprudent de leur part. Une escroquerie finit souvent par être dévoilée. Je crois plutôt que la notoriété de ce Madoff, ancien président du Nasdaq, ancien conseiller auprès de la SEC, proche de gens très haut placés, gestionnaire d’innombrables fonds caritatifs, n’a pas éveillé les soupçons. Bien sûr, il y avait la régularité étonnante de ses perfs qui pouvait éveiller les soupçons. Mais il faut savoir que les rendements de nombreux hedge funds ont été mirobolants ces dernières années (quoique plus irréguliers). Il y a un autre facteur qui a joué, c’est l’appât du gain. Le hedge fund Fairfield Greenwich Group qui a perdu 7,5 milliards USD dans l’affaire touchait environ 1% de coms + 10% sur les bénéfs soit près de 200 millions d’USD par an, juste pour avoir mis ensemble les investisseurs et Madoff. Fairfield a sans doute fait un calcul tout simple. Madoff donnait 11% par an, tous les ans. En investissait chez Madoff, Fairfield touchait 2% sans faire grand chose ce qui laissait 8%-9% aux clients qui étaient ravis de faire mieux que la bourse (apparemment Madoff traitait et gagnait sur les commissions en tant que broker et ne prenait pas un fee de gestionnaire). Ça méritait sans doute qu’on ferme un peu les yeux sur les quelques questions que l’on pouvait se poser sur les performances sans compter le reste, notamment le fait que cabinet d’audit était composé de 2 employés et d’un actionnaire de 78 ans qui coulaient des jours heureux en Floride. Des hommes de paille, donc. Autrement dit, il n’est pas nécessaire d’invoquer un complot ou une entente machiavélique et délibérée entre Madoff et les hedge funds et banques, plutôt un faisceau de connivences tacites, d’ignorance et de cupidité.

  10. @paul

    ce que je trouve profondément choquant, au delà de cette perte de valeur(morale!)/repère c’est la perversité des produits.la facilité avec laquelle ils ont passé les barrières de protection et pénétré loin loin dans « le corps sain ». sOn l’a vu la notation « AAA » des tranches de titrisation, ont fait d’énorme dégats. On va voir maintenant que la gestion dite de fonds de fonds est tout aussi vecteur d’infection. Nos institutions souvent contraintes par une reglementation protectrice ont massivement contourné cet obstacle au travers des fonds de fonds. Une aberration empilant les frais de gestion et enveloppant les investissements d’un voile opaque. Ainsi donc elles investissaient comme les autres dans ces merveilleux produits que sont les hedge-funds sans avoir les moyens d’estimer le risques, tous les risques. car ils faut dire que l’opacité reste de règle dans cette industrie. Il est révélateur de noter que l’on a vu un nouveau type de prestation proposées par la filiale barbouzarde d’un grand courtier d’assurances US garantir par tous les moyens la nom divulgation des valeurs liquidatives des hedge-funds. Aucuns connaisseurs du milieu (voir même au sens sicilien du terme) n’aura été étonné du scandale, sauf le client final enfumé par une protection illusoire du package fonds de fonds. Encore de la douleur à venir …

    chris

  11. Preuve par le contraire :

    Fraude Madoff: le fait de quelques « pommes pourries », selon Cheney

    WASHINGTON, 15 décembre 2008 (AFP) – Le vice-président américain Dick Cheney a estimé lundi qu’une gigantesque fraude poussant les grandes banques à faire le compte de leurs pertes relevait du « vol caractérisé » mais qu’elle était le fait de quelques « pommes pourries » et non d’une corruption généralisée.

    L’affaire Madoff est « évidemment très inquiétante », a dit M. Cheney dans un entretien accordé à Rush Limbaugh, animateur conservateur d’un influent programme radio.

    « Malheureusement, des pommmes pourries, se livrant à du vol caractérisé – ce qui s’est probablement passé ici -, nous en avons toujours eu », a dit M. Cheney.

    Arrêté jeudi, Bernard Madoff, un gestionnaire de fonds célèbre de Wall Street et ex-président du conseil d’administration du Nasdaq, l’une des deux grandes Bourses de New York, est accusé d’avoir monté une gigantesque fraude pyramidale (en payant des intérêts à ses anciens clients grâce au capital apporté par les nouveaux) portant sur quelque 50 milliards de dollars.

    Les évaluations de pertes potentielles de banques ayant investi dans ses fonds se succédaient dans le monde lundi.

  12. J’imagine que le fonds de Madoff était noté AAA 😉

    Les fils de Madoff ont du sentir que la situation était désespérée et se dire qu’il valait mieux charger un vieil homme de 70 ans, plutôt qu’eux même qui doivent être dans leur quantantaine et donc encore quelques années à travailler ou passer en prison. De plus, il est peut-être réellement responsable de la situation. C’est pas très moral de dénoncer son père mais il n’y a rien de très moral dans la finance.

  13. Bonjour,

    Question bête, mais quelle est la différence fondamentale entre une chaine de Ponzi et le système banquaire actuel ?

  14. Bonjour,

    Cela fait un petit moment que je lis ce blog sans jamais vouloir y écrire, mais là je ne peux pas m’en empêcher.
    J’ai lu quelque part qu Madoff était l’exception. Quelle exception grandiose. Dans l’affaire Kerviel nous avions à faire à de petits joueurs.
    J’ai plutôt le sentiment que c’est une partie immergée de l’iceberg qui s’est étalée de manière brutale sur la place publique. 2009 nous le dira.
    Vraiment, il n’y a pas que le réchauffement climatique qui nous pose problème.

  15. Cher Monsieur Jorion,
    vous qui êtes aussi philosophe et anthropologue, que pensez-vous de ma position qui est de dire, je cite une partie de mon article d’hier:
    « il faut savoir que les gens veulent être trompés ! (mundus vult decipi)

    http://www.greenapple.com/~bvenrick/provpro_mundus_vult_decipi.htm (en anglais)

    Non je ne plaisante pas, c’est humain. Les gens veulent entendre des promesses de gains, la vente de rêves. Les politiques procèdent de même en tenant des promesses électorales. Personne ne vote pour quelqu’un qui va dire que l’avenir va être difficile, pénible, période d’austérité, chômage et qu’il va falloir se battre. »

    Je suis moi-même gérant de fortune indépendant et ne peut que confirmer que des clients ne sont pas venu chez moi car j’ai simplement dit la vérité sur les gains futurs espérés. Tout ce qui se passe n’est pas le fruit d’un seul homme Madoff, mais d’une conjonction d’espoirs humains réunis.
    suis-je dans le vrai ? probablement
    bien à vous
    article « suisse » sur madoff sur mon blog.
    bonne journée

  16. Le monde est une pyramide.

    En démocratie c’est la  »’brievete »’ de la mandature la cause du mal.
    Les dirigeants pensent toujours REFILER LES CONSEQUENCES de leurs erreurs à leurs successeurs….
    Le pouvoir est délicieux.
    L’abandonner soulage.

    Même chose à la tête des grandes banques ou des Cies automobiles.

    Les peuples sont tous des veaux, ou seulement les français?

  17. Pour parler d’une belle pyramide, et sans aucune attaque « anti fonctionnaire », il y a le COREM, le fonds de retraite complémentaire de la fonction publique.

    Ses ‘ex) dirigeants ont fait un peu n’importe quoi dans les annéess 80/90. Une fois la fin de la récré sifflée, l’ensemble a été restructuré, les épargnants existants ont eu le choix entre la peste et le choléra, et la nouvelle structure est repartie de plus belle, avec moult publicités et promotions dans les médias et par les amis « mutualistes ».

    Ce que les nouveaux souscripteurs ne savent pas, sauf s’ils sont très avertis et savent lire les petites lignes, c’est qu’il est écrit en tout petit que le fonds n’est pas « entièrement couvert ». En clair, le trou existant sera progressivement couvert par les nouveaux gentils souscripteurs !

  18. La source citée par Ampère permet de comprendre un élément de l’arnaque. Il suffit de flairer la piste de l’argent, en l’occurrence ici, la structure de rémunération. Madoff avait une société de conseil et gestion et une importante société de courtage qui passait des ordres pour une variété de clients (en octobre il était au 23ème rang des market makers sur le Nasdaq). En d’autres termes, Madoff n’empochait pas de fee de gestion ni apparemment d’incentive fee, c.a.d. un pourcentage sur les bénéfices. Il prétendait se payer en commissions (via sa société de courtage). A mon humble avis, c’est la raison principale pour laquelle les hedge funds et surtout les fonds de fonds ont vu la poule en or. Ils pouvaient prendre leur cut 1-2%/10-20%, sans trop se fatiguer, tout en laissant un rendement intéressant à leurs clients, déduction faite de leur fee. Au total, les fee des hedge funds étaient importants. D’après Bloomberg, les hedge funds auraient dû toucher cette année 352 millions d’USD sur les 20 milliards investis.

    All together funds of funds had at least $20.3 billion invested with the Madoff, who charged no fees to investors, getting paid instead through commissions from his brokerage business for trading the stocks in the accounts.

    Hedge funds that have disclosed holdings with Madoff were due at least $352 million in fees this year, based on reported assets, fees and Bloomberg data. The calculations don’t include fees of as much as 5 percent that clients paid for some funds when they first invested. Madoff didn’t assess fees for his money-management services, getting paid instead through commissions from his brokerage business for trading the stocks in the accounts.

    En d’autres termes, l’appât du gain facile était irrésistible pour les hedge funds et cela a suffit à endormir les éventuels soupçons sur la fiabilité de la stratégie Madoff. Le fait que Madoff ne prétendait se payer que sur les commissions des trades qu’il effectuait ou qu’il prétendait effectuer et laissait par conséquent un généreux fee aux hedge funds a probablement été l’argument décisif qui lui a permis de brasser aussi large. Ajoutez à cela bien sûr, les rendements élevés, la notoriété du bonhomme et sans doute le sentiment qu’il était invulnérable à cause de tous les gens haut placés qu’il connaissait dès fois qu’il y aurait anguille sous roche… N’oublions pas qu’il a été lui-même, ô ironie, appelé en 2000 en tant que consultant par Arthur Levitt, ancien chef de la SEC afin de réfléchir à la régulation des marchés. On le voit d’ailleurs sur une photo lors d’une audition auprès d’une commission du Congrès américain. Un escroc dans toute sa splendeur, en somme, mais qui a profité d’un système complaisant un peu comme les requins ont une prédilection pour les mers chaudes.

    http://www.bloomberg.com/apps/news?pid=20601087&sid=aqfr8yxohYEA&refer=home

  19. le système capitaliste est une escroquerie qui a su bien faire sa publicité…comment a-t-on pu faire croire à la croissance infinie ?
    Jusqu’à présent seules les crises politiques majeures et les guerres qui ont émaillées l’histoire ont permis au dit système de se maintenir en place.
    Au moment où il atteignait ses limites il lui a fallu trouver un moyen de rebondir: pour cela créer une crise économique et financière majeure en arnaquant les agents économiques de base notamment en les poussant à s’endetter de manière irrationnelle .
    Quand la bulle éclate, les pendules sont remises à zéro et c’est reparti pour un tour…..enfin pour les survivants du système.
    Le problème est qu’aujourd’hui le nombre des morts économiques est tel et surtout la passivité des perdants a probablement été sous estimé …
    Les risques d’explosion sont grands sans que l’on sache pour autant ce qui remplacera le système actuel…

  20. Une remarque naïve… n’est-ce pas l’ensemble de notre système « civilisationel » qui fonctionne de la sorte ? Non seulement chez certains « traders de grands chemins », comme on peut le constater ici, ou ailleurs… mais dans les fondements même de notre civilisation qui ne tient debout qu’en pédalant toujours PLUS vite ? Ou bien en d’autres termes en se prosternant devant le dieu « Croissance » à l’envi ?

    Encore une fois n’est-il pas temps d’expliquer ce que signifie d’un point de vue bêtement mathématique le mot « croissance ». Une croissance de x% par ans ou par mois est par définition exponentielle. Dans un univers fini comme le notre (notre planète) les exponentielles finissent par toucher le plafond et ce, comme son terme l’indique de plus en plus rapidement.

    1% par an = un doublement en 70 ans, 1% par mois signifie un doublement en 70 mois soit en 6 années environ… S’agissant d’argent, on a déjà du mal à imaginer un système valide (preuve en est avec l’affaire Madoff), mais s’agissant de ressources, de matières premières, de population ou de quoi que ce soit d’autre de MATÉRIEL… on est en droit de se poser des questions.

  21. Autre remarque naïve.

    Pour créer un « trou » de 50 milliards de dollars il faut brasser combien de fois de plus de flux. 10 fois plus, 20 fois, 50 fois…

    Les chiffres dépassent l’entendement. C’est un record absolu.

  22. La presse cherche, dans le monde entier, à comprendre comment cela a été possible, une telle escroquerie de 50 milliards de dollars. Quelle était la personnalité de Bernard L. Madoff, dans quels milieux évoluait-il, de quels jeux d’influence bénéficiait-il, a-t-il agit seul ? Etc…

    D’autres questions mériteraient également d’être posées :

    1/ Le compte des 50 milliards reconnus par Bernard L. Madoff n’y est pas, il s’en faut, si l’on additionne les pertes annoncées publiquement. Qui sont les autres perdants ? Certains auraient-ils intérêt à se taire, à contrario des banques soucieuses de leur cours boursier et des rumeurs ?

    2/ Pas une banque ou institution financière US n’est, à ma connaissance, tombée dans le piège. Est-ce bien certain et, si oui, comment est-ce possible alors que leurs consoeurs européennes sont largement frappées (et on ne sait pas encore tout ) ?

    3/ Où sont donc passés ces 50 milliards ? Planqués partiellement aux Iles Caimans comme cela est plus qu’improbable ? Ou bien perdus au fil des ans, « à la loyale » si je puis dire, dans des opérations de marché hasardeuses faisant d’heureux bénéficiaires ? Perdus, ils ne l’ont alors pas été pour tout le monde.

  23. PS :

    D’où vient d’ailleurs le chiffre de 50 milliards de dollars, tout le monde semble l’avoir oublié pour mieux s’en tenir à lui ? De Bernard L. Madoff, qui sait de quoi il parle, il est semble-t-il le seul, mais dont les propos sont par les temps qui courent un peu sujets à caution.

    Il s’agit de quoi, du cumul net des investissements recueillis et qui ne sont pas récupérables ? On ne sait pas très bien.

    Expositions directes ou indirectes, les banques semblent un peu pratiquer au doigt mouillé, surtout lorsqu’il s’agit des indirectes, très difficiles à cerner (la chute de l’un entraine celle de l’autre, etc…). L’important, semble-t-il, c’est de communiquer, pour paraphraser Pierre de Coubertin.

    Une banque Suisse, qui n’est pas en mal de créativité, a même déclaré qu’elle n’avait pas d’exposition « matérielle », ce qui laisse songeur dans ce monde dématérialisé de la finance d’aujourd’hui.

    On ne sait donc pas très bien ni ce qu’on additionne, ni ce que l’on compare !

  24. Mr Jorion,

    un système « pyramidal » de fuite en avant, vous citez: traite de cavalerie ! c’est exactement au reflet de notre système monétaire.
    Il faut également de nouveaux crédit pour payer les anciens.

    Concernant le fait qu’on peut compter ce genre d’arnaque sur les doigts d’une main, vous aurez bientôt beaucoup de doigts à la main 😉
    De cette ampleur surement, mais des milliers d’autres qui ensemble represente des dizaines de fois cela, il y a de quoi en remplir des moufles pour l’hiver.

    Personnellement, je l’ai déjà cité précédemment, il m’est arrivé de rencontrer un escroc de ce type, ca portait sur 1 millions d’euro (cette fois ci) et ils ne sont jamais inquiétés sauf cas exceptionnel (sentier, sentier2)

    Vous avez aussi oublié les « cercles » qui furent des ravages de tout temps et reviennent sporadiquement a la surface sous forme diverses (cercle cette fois ci) se referer à il y a quelques mois seulement, des cercles a 8000 euro multiplié par 1000 ca fait 8.000.000 d’Euro, une goutte d’eau me direz vous, mais pas si ridicule quand on compare a ce que touche un retraité pour survivre

    Je voudrais quand même rappeler que 1 milliard = 55.000 années de travail a 1500e mensuel (18.000 annuel)

    55.000 années !!!

    Je multiplie pas par 50 sinon on revient au Paléolithique !

    Heureusement qu’il n’y en a pas tous les jours, ca deviendrait indécent de se branler cérébralement devant des arnaques au profit d’un seul individu quand les montants permettraient de sauver les 34.000 enfants qui meurent chaque jour de faim.

  25. La tentative d’explication de la dénonciation par ses fils, pour le mettre à l’abri en prison, ne me convient pas.

    Il est ressorti très rapidement contre une caution de 10 millions de dollars.

  26. Félicitations Mr Jorion pour avoir réussi à attirer sur votre blog certaines personnes aux avis très pertinents … parfois plus que le vôtre ! Il esr évidemment absurde de croire que les investisseurs ne pouvaient ignorer ce qui se passait dans le fonds Madoff . Statistiquement il existe toujours une faible probabilité qu’on fonds délivre année après année des returns réguliers quelles que soient les circonstances de marché . Vouloir y croire quand de plus le fonds a pignon sur rue et est contrôlé par la SEC ne me paraît pas « fou » . Il faut arrêter de surestimer la capacité de prise de recul de l’être humain lorsque l’argent est en jeu , il suffit de voir comme on se bouscule au casino .
    J’apprécie par contre les deux posts de TonvieuxcopainMichel qui met en cause la subtile structure de rétribution de commission mise en place par Madoff pour attirer les fonds de fonds . C’est aussi de ce côté là qu’il faut creuser . Ce qui pouvait échapper à l’investisseur moyen n’aurait jamais dû échapper à ces professionnels . Le conflit d’intérêts dans les décisions des gestionnaires de fonds : voilà encore une branche pourrie du système à côté des primes liées à la performance qui poussent à des prises de risques absurdes .

  27. 50 milliards ! ! ! voila de quoi faciner le bon peuple de veaux……………
    depuis 3 mois, il pleut des milliards sur la planette (c’est pas un titre de chanson ! ) .donc le blé, arrive de nulle part et s’évapore ici ou la…
    qui a les couilles de dire que cet argent n’existe pas ? que ce ne sont que des annonces pour rassurer les veaux….que aujourd’hui les memes qui ont soufflés sur le chateau de carte sont en train de se gaver …de l’argent des contribuables du monde entier ? ( ils ont remplacés le fictif par du vrais fric, c’est la toute l’escroquerie de cette crise).
    en réalité, le bon BERNARD a tout compris avant les autres : si je plume pour une fois ces putains de gros, pas un seul va perdre le moindre centimes . a méditer !

  28. L’hypothèse selon laquelle Bernard L. Madoff n’était pas à l’origine un escroc, mais qu’il l’est devenu à son corps défendant, dépassé par les évènements qu’il avait involontairement contribué à créer, prend petit à petit corps. Au fur et à mesure que le champ des responsabilités s’élargit, que les interrogations comme les enquêtes se multiplient.

    Car le chapeau est trop grand pour lui seul. C’est ainsi, aussi, que peut seulement se comprendre qu’il ait été dénonçé par l’un de ses fils. Non pas parce que la prison est devenue son seul refuge face à de dangereux créanciers, car il est pour l’instant du moins en liberté sous caution.

    Difficile que son procès ne soit pas aussi celui du monde dans lequel il naviguait. De ce qu’il permettait et, pour sauter le pas, de ce qu’il a induit.

  29. Bernard L.Madoff est un répugnant personnage qui a permis a un groupuscule (teroristes financiers ! )
    d’écraser les travailleurs du monde entier, certe il y a plein de Madoff dans ce monde fou, et le seul moyen d’arreter la crise financiere mondiale un jour c’est de fixer la limite d’enrichissement individuelle pour chacun de ces fous .
    de cette façon , et a terme , tous les etre humain pourons vivre dignement du fruit de leurs travail.

  30. …Ma réponse, à vue de nez, pour chacune de ces deux questions, est qu’on peut les compter sur les doigts d’une seule main.

    Comme vous, je pense qu’effectivement, peu nombreux sont ceux qui ignoraient la vraie nature du « génie » de Madoff.
    Cette assertion implique une évidence : Nous pensons vous et moi que la finance n’est pas honnête. D’ailleurs ne s’agit-il pas d’une impossibilité congénitale?
    Nous lisons à longtemps de journée, des informations « économiques » faisant état de sommes que quelques personnes au monde peuvent réellement estimer. Des milliards de Dollars ou d’Euros, c’est déjà trés vague alors imaginez lorsque ces sommes sont exprimées dans des monnaies exotiques somme le Dong Vietnamien ou le Riel Cambodgien. D’ailleurs encore un petit effort, un de vos lecteurs faisait le calcul suivant :

    b(r)ankignole dit :
    16 décembre 2008 à 19:26
    Je voudrais quand même rappeler que 1 milliard = 55.000 années de travail a 1500e mensuel (18.000 annuel)
    55.000 années !!!

    et bien avec un salaire moyen au vietnam de 120 Dollars ça fait, à la louche :
    550.000 années,
    et pour le salarié cambodgien cela représent à 50 dollars par mois,
    1 650 000 années.

    Voilà pourquoi des gens, certes pas si nombreux que ça, à l’échelle de la planète mais encore trop quand même, peuvent rouler en Ferrari, en Rolls, s’acheter des appartements de plusieur dixaines de millions d’Euros ou de Dollars, et autres symboles de leur richesse si durement gagner à la sueur de leur front.

  31. @Alexis

    Je crois être resté aussi naïf que vous ! Sur « mon archéologie » de votre interrogation, je me souviens, par exemple, de La Cybernetique Et L’Humain , Gallimard – 1965 –, par David Aurel. Les propriétés de l’exponentielle sont semblables à celles d‘une boucle de rétroaction positive ; l’hubris évoquée par Paul à propos de Madoff n’est pas seulement produite par le rêve de quelques-uns, mais, pour parler comme un électricien, inscrite dans le schéma de câblage de nos sociétés. C’est clair, du moins il me semble, que notre civilisation fonctionne massivement selon ce mode, y compris la monnaie. En effet, si les banques ne créent pas de monnaie au sens comptable, elles ne prospèrent que par le fonctionnement du « toujours plus » d’échanges monétaires. Étant donné l’importance du système financier, nous sommes globalement réglés et asservis selon cette structuration, avec comme conséquences les « crises » : financière, économique, sociale, pétrolière, écologique, climatique … mais, justement, il n’y a pas de crise ! la « Krisis » c’est, le moment d’un changement radical, nous ne faisons que nous accommoder. Sauf 2casa , lui n‘a connu que la crise, et pourtant ne s’accommode pas, il rompt, il se « recâble » et reste entier ! Paul supposait que l’écœurement viendrait ? Avant que la porte du four ne se referme, perdrons-nous l’habitude de survivre, encore un peu, en poussant le voisin pour qu’il monte en premier dans le wagon ?

    Il faut donc, je crois, tenter de réunir les conditions politiques (au sens large) d’un autre mode de câblage, et aborder de ce point de vue les questions « de la décroissance », de « la monnaie », de la « démocratie ». Une fois compris que la recherche d’un équilibre par un « toujours plus » n’est pas durable, tout comme serait illusoire de se rabattre sur une société informationnelle structurée par un « toujours mieux » en oxymore permanent où « le mieux, c’est toujours, déjà moins bien »: une « hauteur béante » de plus. Il ne suffit pas d’inverser le mouvement par « la décroissante » assaisonnée d’une dose de « morale de la sobriété », mais de permettre une multiplicité de régulations.

    Comprenons bien Attali lorsqu’il rappelle qu’un monde répétitif est le rêve de toutes les dictatures, mais faut-il remplacer les potentats assis par une élite du changement, de la vitesse et de l’innovation ? Serons-nous condamnés à courir sans cesse parce que le pouvoir se veut toujours déjà réglant la crise à venir? Nous pouvons choisir de construire un monde qui prend son temps, qui n’exige pas de nous des temps de réaction trop rapides (c’est très très mal parti, voyez la chronologie de la Peste Rouge – Jack London -).

    Mais pour l’immédiat, le peuple doit réagir vite, non seulement parce que les experts sont incapables d’une solution sur le fond, mais parce que nous devons cesser d’entretenir illusion de la possibilité d’accommodement. Comme Jorion, comme le faisait son père, comme 2casa, il faut garder le « cœur conscient », l’internet nous donne les moyens d’accomplir ensemble cette « krisis », c’est une évidence ici. Comment rassembler les énergies du Web, et le faire savoir au 20h et dans la rue ?

  32. On parle beaucoup de l’affaire Madoff actuellement, et je ne vois pas précisément la différence entre ce qu’il a fait, et ce que fait le trésor américain à bien plus grande échelle. Les Etats-Unis ont budgétisé un peu plus de 1000 milliards de déficit pour 2009, et n’ayant pas d’argent pour payer ce déficit, ils vendent des bons du trésor sachant pertinemment qu’ils ne pourront honorer leurs engagements qu’en émettant de nouveau bons du trésor (ils cherchent de nouveaux client pour utiliser leur argent afin de payer leur dette ce qui les obligera à trouver de nouveaux clients pour payer cette nouvelle dette, et ainsi de suite.). Ils ont même prévu, sachant qu’ils n’arrivent plus à les vendre en totalité de les acheter eux même en faisant marcher la planche à billets. Pour ma part, il me semble que le procédé est encore bien pire que celui de Madoff qui n’avait lui pas la possibilité d’imprimer de la monnaie pour payer les intérêts promis à ses clients. Je ne suis pas économiste, et il y a sans doute quelque chose qui m’échappe. Pourriez-vous m’éclairer à ce sujet ?

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