L’actualité de la crise : Faute de décisions, les réunions se multiplient, par François Leclerc

Billet invité.

FAUTE DE DECISIONS, LES REUNIONS SE MULTIPLIENT

Ce ne sont pas les rencontres internationales qui vont manquer dans les semaines à venir, faisant déjà naître la crainte qu’elles ne procurent que des déceptions, tant leurs résultats sont depuis le temps attendus.

Ce dimanche, Angela Markel réunit à Berlin les chefs d’Etat et de gouvernement des pays européens du G20, ainsi que les responsables de l’Eurogroupe, de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne et de l’Espagne et des Pays-Bas, auxquels se joindra Mirek Topolanek, le premier ministre tchèque, dont le pays préside l’Union européenne. Il s’agit de préparer ensemble le G20 de Londres du 2 avril prochain. En mars, deux sommets successifs de l’Union européenne, l’un extraordinaire, l’autre régulier, suivront Berlin et précéderont cette réunion à dimension mondiale.

Pour ne pas être en reste, Silvio Berlusconi et Gordon Brown, dans une tribune libre commune publiée jeudi par le quotidien italien Il Sole 24 Ore, ont choisi de voir encore plus loin, définissant déjà les objectifs du prochain G8, qui aura lieu en juillet prochain à La Maddalena (Italie). Une manière de minorer par avance le G20, et de repousser les échéances, puisque si ce dernier devra « chercher à établir une charte des principes pour la réglementation et la supervision financières », ce sera le sommet du G8 qui « sera l’occasion d’aller au-delà, avec l’adoption d’un système commun de principes et de règles sur l’intégrité et la transparence des activités économiques et financières internationales ».

Pour revenir à Berlin ce dimanche prochain, les commentaires sur la portée de cette réunion préparatoire sont réalistes et donc plus que réservés. Il en est essentiellement attendu des déclarations d’intention, notamment contre le protectionnisme, peut-être quelques avancées sur des mesures de régulation financière, sur l’encadrement des rémunérations de dirigeants de banques, des définitions de principes plus ou moins élaborées afin d’être consensuelles sur la gestion des actifs toxiques et enfin des proclamations à propos des « centres non coopératifs » (les paradis fiscaux). Le tout enrobé dans la nécessité de favoriser par tous les moyens la relance économique et de coordonner des actions européennes qui ne le sont toujours pas.

« Toute la difficulté va être de rapprocher des positions qui pour le moment ne sont pas parfaitement identiques », a prévenu Bruno Le Maire, secrétaire d’Etat français aux Affaires européennes, lors d’une conférence de presse tenue jeudi à Bruxelles. Or, « le front n’est pas encore uni. Nous partons de situations économiques qui sont différentes, donc d’intérêts économiques qui sont également différents ». « Mais nous avons encore quelques jours pour y parvenir, pour rapprocher ces points de vue » a-t-il conclu pour terminer sur une note optimiste. Peut-être aurait-il fallu convoquer une réunion de préparation de la réunion préparatoire.

Six mois déjà se sont écoulés depuis le naufrage de Lehman Brothers et les discussions internationales se poursuivent, tandis que la récession se généralise et s’approfondit. Les réserves de munitions financières des membres du G7, abondamment utilisées, tendent à s’épuiser. Les taux d’intérêt sont partout descendus, souvent à zéro ou presque, sauf dans la zone euro. Toute la panoplie des instruments classiques a été ou va être prochainement mise en œuvre, les moyens non conventionnels des banques centrales le sont déjà aux USA en en Grande-Bretagne. La gestion des actifs toxiques qui paralysent les banques et le crédit en est toujours à ses préliminaires. La situation n’est toujours pas sous contrôle et cela risque d’aller de mal en pis.

Si l’on cherche en Europe des points concrets auxquels se raccrocher, il n’y a pas grand chose de disponible. Concernant la relance, dont les plans sont diversement appréciés, les discussions portent sur la manière d’y procéder, en finançant l’investissement ou la consommation, débat qualifié de « théologien » par Dominique Strauss-Kahn. Le recours à la planche à billet pour inonder l’économie n’est que discrètement évoqué et fait toujours j’objet de refus farouches des Allemands. Alors que les décisions des Américains et des Britanniques, prises en ce sens, s’imposeront tôt ou tard, ne serait-ce que par contagion. A propos des paradis fiscaux, sujet cher aux Allemands et aux Français, on en est aux définitions et aux listes de pays qui en découleraient, pas aux mesures qui seraient prises. Il faut aller outre-Atlantique pour trouver un ministre (de la justice) et des juges pour exiger de la banque Suisse UBS la liste complète des citoyens américains ayant un compte secret dans ses livres. On espère pour mercredi prochain les préconisations de la Commission de Bruxelles expliquant comment traiter la question des actifs toxiques et l’on s’attend de sa part qu’elle exige de plusieurs pays, la Grande-Bretagne et la France en particulier, des modifications à leurs mesures respectives de soutien bancaire, au nom de la distorsion de concurrence. Plus incisive dans cette défense que dans ses préconisations pour régler un problème toujours pendant.

Une nouvelle, toutefois, fait modestement contraste. Un accord a été finalement trouvé aujourd’hui à Bruxelles, à propos de la création dans les six mois d’une chambre de compensation européenne des CDS. Les Européens s’opposaient en effet à ce qu’une unique chambre de compensation soit crée aux USA et ont finalement obtenu gain de cause. L’organisation professionnelle International Swaps and Derivatives Association (ISDA), qui regroupe les principaux acteurs de ce marché (Barclays Capital, Citigroup Global Markets, Credit Suisse, Deutsche Bank, Goldman Sachs, HSBC, JP Morgan, Morgan Stanley et UBS) s’étant ralliée à cette position. Sous l’amicale insistance des autorités de Bruxelles, qui évoquait l’éventualité de l’adoption d’une réglementation européenne imposant aux banques de détenir des contreparties plus importantes pour les contrats n’utilisant pas les services de la chambre européenne de compensation. Il a fallu des semaines de négociation pour y parvenir. Combien en faudra-t-il pour les autres sujets ?

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3 réflexions sur « L’actualité de la crise : Faute de décisions, les réunions se multiplient, par François Leclerc »

  1. Concernant UBS, aux dernières nouvelles ils refuseraient de donner la liste demandée des clients américains. Ils ont déjà des procès sur le dos à cause la liste restreinte déjà donnée et là ils entament un bras de fer avec l’administration US. Ils sont un peu entre l’enclume et le marteau là. Sale temps pour les banquiers.

  2. C’est beaucoup trop long pour que je traduise mais à l’intention de ceux d’entre vous qui lisent l’anglais, un article de l’agence Bloomberg sur les perks = privilèges que conservent les banquiers qui se sont fait vider récemment pour incompétence flagrante. Comme leurs anciennes banques bénéficient aujourd’hui des largesses du contribuable, c’est bien celui-ci qui finance cette munificence.

    Citi, Merrill Ex-CEOs Leave Messes and Keep Perks
    Commentary by Ann Woolner

    Feb. 18 (Bloomberg) — My guess is that a large number of out-of-work Americans wouldn’t mind having their own office with secretarial help, even if they have no actual job to do there.

    For those in foreclosure, those laid-off, they could get some rest out of the cold in a comfortable office with a private restroom and maybe a view of Manhattan. Perhaps they could venture to the executive dining room for some nourishment. Chateaubriand, maybe.
    Those facing loss of home or job because of the wrecked economy are among the millions of taxpayers footing the bill for these perks, at least indirectly.

    The funny part is that the people who get to enjoy the free office space, the assistant, maybe access to a corporate jet, are among those who helped wreck the economy for the rest of us.

    In this way, those suffering from the wreckage make a comfortable life more comfortable for the wreckers.

    Citigroup, which took a $52 billion bailout after posting record losses last year, gave departing Chairman Sanford Weill a 10-year “consulting” contract when he retired in 2006, complete with office, staff and use of corporate jets.

    Citigroup granted former co-CEO John Reed, who hasn’t worked there for nine years, an office and secretary for life, if he wants them.

    And, just because Citigroup’s subprime losses of almost $10 billion pushed CEO Charles Prince out the door in 2007, it doesn’t mean he was left out in the cold. He gets office space, an assistant and a car and driver for five years.

    Continuing Privileges

    Back in the old days, not long ago, no one thought twice about financial firms granting departing chief executives continuing privileges. To keep the ex-execs loyal, they wrote them into contracts as a matter of course.

    That something so routine now seems obscene measures how far the mighty have fallen along with so many ordinary Americans.

    As they struggle to stay in their homes and out of bankruptcy, taxpayers aren’t exactly thrilled to be forking over hundreds of billions of dollars for bank bailouts and economic stimuli. They blame their own fiscal fragility and the massive bailouts on executives who still maintain multiple homes.

    Now it turns out the captains of commerce also have offices where they don’t actually have to work, and staff who presumably have little to do.

    Wretched Performance

    Merrill Lynch, whose wretched performance pushed it into Bank of America’s arms, has been giving out offices and staff to at least four ex-CEOs. This includes Stanley O’Neal, who exited with a $160 million package in 2007 after near-record losses, all the way back to William Schreyer, who left Merrill 16 years ago.

    Bank of America, which no doubt regrets its embrace of Merrill after even more rotten returns in December, might have to also make room for John Thain in, no doubt, a less elegantly furnished office than he had at Merrill.

    It’s probably too late for banks, like other corporations, to force a so-called clawback of goodies from executives who signed exit contracts long ago. So, how about a begback?
    Directors can’t demand that the ex-execs show a little sensitivity to changed circumstances, but they can ask for it. And they just might be able to shame them into it.
    Consider Weill.

    On the same day, Feb. 1, that the New York Post reported that the former Citibank CEO had flown his family to Mexico in a Citigroup jet in December for a vacation, he announced he was giving up that perk.

    ‘Unprecedented Circumstances’

    “In light of the unprecedented circumstances that Citi finds itself in,” Weill would no longer engage a company jet for personal use, his assistant at Citigroup said in an e-mail.
    Yes, he still has an assistant. But Weill decided back in August that he would be giving up his 10-year consulting gig, perks included, in April.

    His eventual successor, CEO Vikram Pandit, got the message, too, however belatedly. After a flogging for ordering a new corporate jet, he announced last week he was canceling the aircraft and would accept an annual salary of $1.

    “We did not adjust quickly enough to this new work,” he told a U.S. House committee last week. But now, “I get the new reality.”

    So what about the rest of the ex-CEOs? True, their perks wouldn’t total enough to make even a dip in the ocean of federal bailout funds.

    But it might give some solace to those who lost their jobs because some of these still-coddled men botched theirs.

    To contact the writer of this column: Ann Woolner in Atlanta at awoolner@bloomberg.net.
    Last Updated: February 18, 2009 00:01 EST

  3. Ces messieurs ont sans doute une si haute opinion d’eux-mêmes qu’ils trouvent légitime de prélever leur tribut ad vitam. On ne sait ce qui est le plus choquant : leur monstrueuse vulgarité ou leur absence totale de lucidité.

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