L’actualité de la crise : « Yes, he must ! », par François Leclerc

Billet invité.

YES, HE MUST !

Pas toujours aussi direct, l’éditorial du Monde de mercredi analyse sans fioritures le discours de Barack Obama : après le « Yes, I can », nous avons eu droit au « Yes, we will », pour éviter un « Yes, he must », assène le quotidien vespéral. Le discours était effectivement plein de bonnes intentions, dont certains se traduiront sans doute dans les faits, mais également plein d’imprécisions, nous commençons à en avoir l’habitude. C’est le règne des bouts de ficelle qui se poursuit, dont chaque pelote coûte une fortune, mais on ne voit toujours pas s’annoncer cette refonte du capitalisme qui semble inévitable et dont l’avènement, s’il intervient, s’annonce lointain et laborieux. Sanction désormais habituelle, la réaction de Wall Street ne s’est pas fait attendre, les cours ont baissé, peut-être parce que les marchés ne savent plus à quel capitalisme se vouer.

Les éléments de cette refonte se mettent pourtant progressivement en place, isolément les uns des autres. Il est donc possible d’essayer de les mettre bout à bout. De tirer le petit fil rouge de la raison, comme disait Rouletabille. De raisonner dans un monde très déraisonnable.

Le commerce international connaît une forte contraction des échanges, alors que Pascal Lamy, directeur général de l’OMC, stoïque et persévérant, vient de lancer un énième appel à conclure les négociations du cycle de Doha, si ce n’est pour la gloire, tout du moins pour l’histoire. Cette contraction relativise tous ces discours contre le protectionnisme que nous entendons. Mais de quel poids pèsent les mesures incontestablement protectionnistes que l’on a pu enregistrer, face à ce mouvement de repli involontaire car dû à la récession économique ? Il est parfois jugé préférable de combattre des moulins à vent que d’affronter la tempête.

Quelles conséquences peuvent découler de cette contraction ? Sur la croissance de nombreux pays, dont celle des pays émergents dont la prospérité reposait essentiellement sur le commerce extérieur, cadeau désormais empoisonné de la mondialisation des échanges ? Sujet plus sensible, sur les excédents commerciaux de certains pays, qui servaient à financer les déficits des autres ? Le sort du Japon, deuxième détenteur mondial de bons du Trésor US, répond à cette dernière question. Il a connu en janvier un déficit commercial de 7,9 milliards d’euros, selon le ministère des finances, et les exportations ont chuté ce même mois de 45,7% sur un an, tandis qu’une chute de 10% de la production industrielle du mois est attendue par rapport au mois précédent.

Alors que les besoins de financement des dettes publiques croissent à toute vitesse, les excédents commerciaux qui contribuaient à les financer diminuent, voilà une observation dont il va bien falloir tirer les conséquences. Nous y reviendrons plus loin.

On comprend mieux, maintenant que son taux de croissance diminue, sur quoi reposait l’économie mondiale et au prix de quels déséquilibres négligés (présentés sous le jour flatteur et trompeur d’une division du travail rationnelle, d’une élévation de la productivité et d’un recul de la pauvreté). Peu probable, toutefois, que les décideurs envisagent autre chose que des ajustements et des rééquilibrages de leur modèle, préférant opposer leur mondialisation au protectionnisme dont seraient immanquablement coupables leurs critiques, encore un commode moulin à vent.

Ces mêmes décisionnaires (pour parler comme eux), semblent décidés à plus d’audaces, toutes relatives nous le verrons, à propos de la reconfiguration des grandes institutions financières, de l’extension de leurs rôles et de la définition de leurs nouveaux instruments. Que ce soit à propos du FMI ou des banques centrales. Nous allons assister à la mise au point chaotique d’un véritable mécano dans ce domaine, dont les lignes générales sont déjà ici ou là évoquées. Deux grandes idées émergent. L’extension des prérogatives des banques centrales, qui est déjà de fait aux USA, et, beaucoup plus délicate, celle d’une sorte de gouvernance mondiale aux contours allant faire l’objet de multiples marchandages. Le nouveau partage des pouvoirs entre G7 et G20, encore indécis, n’est qu’un avant-goût de ce que sera la traduction institutionnelle finale de l’affaire.

C’est Dominique Strauss Kahn, directeur général du FMI, qui a été le plus explicite à propos de ce chantier, à l’occasion d’une réunion parisienne de l’OCDE il y a une semaine, en y déclarant : « …il faut que les banques centrales ne soient plus seulement en charge de la politique monétaire au sens traditionnel et des risques inflationnistes, mais globalement de la stabilité macro financière », ajoutant que « le partitionnement des organismes » qui gèrent l’économie et la finance mondiale était nocif. En d’autres termes, il faut simplifier tout le dispositif et la BCE devait quant à elle s’impliquer dans la croissance et l’emploi, à l’instar de la Fed. Restera un petit détail à régler, si cela se concrétise, comment concilier l’indépendance formelle de la BCE, dans l’exercice de ses nouvelles responsabilités transnationales, avec celles jusque là entièrement dévolues à des gouvernements issus nationalement du suffrage universel ? Les spécialistes du droit constitutionnel international ont de beaux jours devant eux.

Mais ce mécano institutionnel, aussi important soit-il, n’est rien à côté du mécano financier qui va devoir être parallèlement monté. La question est sans échappatoire possible, comment financer à moindre coût le sauvetage des institutions financières et les plans de relance économique ? Par la création monétaire des banques centrales, une fois certains plafonds d’endettement atteints ? Les idées ne semblent pas encore très arrêtées et la question fait fortement débat en Europe. On a surtout entendu aux USA Ben Bernanke, président de la Fed, assurer sans hésitation que celle-ci saurait retirer rapidement du marché les liquidités dont elle l’inonde, quand le moment sera venu, comme si l’on pouvait en douter et s’il se préparait à inonder encore plus le marché sans craindre de provoquer demain une inflation carabinée. Il y a, dans cette crise, un aspect singulier. Ce sont avec de massives injections de liquidités que l’on combat les effets d’une bulle (une cloque), qui n’en finit pas de crever, et qui a pour origine leur trop grande abondance…

Le problème est qu’il n’y a que des mauvaises manières d’assurer ce financement. Soit la planche à billet sans compter, soit un endettement monstrueux des Etats. Nous sommes partis pour que ce soit les deux. Et que, pour ce dernier cas, la détente globale actuellement constatée sur les taux du marché obligataire public soit très provisoire et se retourne, alourdissant encore plus les charges futures de remboursement ou de refinancement des Etats. La contraction des excédents commerciaux qui contribuaient à absorber une part importante des obligations d’Etat ne pouvant qu’accélérer ce processus.

Sans trop s’avancer, il va bien falloir prendre le taureau par les cornes et faire à chaud ce que l’on a pas fait à froid, c’est à dire reconfigurer le FMI autrement qu’à dose homéopathique. Pas uniquement afin de redistribuer en son sein les cartes et les quotes-parts (ainsi que les droits de vote associés), afin de mieux refléter la réalité économique d’aujourd’hui, mais également afin de toiletter du sol au plafond le dispositif des droits de tirages spéciaux (DTS), et de considérablement le renforcer. Afin d’utiliser cette monnaie crée pour et par le FMI afin de sortir du choix impossible entre deux modes de financement tout aussi lourds de conséquence pour l’avenir. Une solution qui permettrait de mutualiser à l’échelle de la planète et d’une manière relativement indolore les financements. Evitant de tendre la main aux Chinois, comme Hillary Clinton a dû le faire à Pékin. Aidant les petits pays, étranglés par les taux qui leur sont consentis. Passant par dessus l’obstacle des statuts de la BCE, qui lui interdisent de voler au secours d’un Etat de la zone euro. Réglant, enfin, le problème des moyens actuels du FMI, très insuffisants, et pour lesquels aucun Etat ne se précipite pour contribuer, hormis le Japon. Mais l’on mesure par avance ce que de telles dispositions vont demander de volonté politique et d’efforts pour balayer les obstacles et de sens du compromis pour y parvenir.
Cette reconfiguration du FMI et des DTS est naturellement réservée à des apartés discrets, elle a toutefois été évoquée par Martin Wolf, dans le Financial Times, qui relayait un papier de Morris Goldstein, membre du Peterson Institute for International Economics, un prestigieux think tank de Washington. On peut d’ailleurs se demander si ce n’est pas ce que Gordon Brown, premier ministre britannique, avait dernièrement en tête en parlant de la nécessité d’un « grand marchandage », alors que l’on annonçait par ailleurs sa rencontre avec Barack Obama, pour laquelle il faisait antichambre.

Il est vrai que cette solution a un peu un côté lapin que l’on tire du chapeau et qu’elle suppose un accord international, qui n’est pas acquis si l’on observe le désordre ambiant, mais elle retirerait une énorme épine du pied à tout le monde. Un autre de ses avantages serait que l’utilisation de DTS pourrait être mieux encadrée, qu’ils pourraient être plus facilement retirés de la circulation afin de contrôler la montée de l’inflation, alors que les liquidités des banques centrales sont, elles, très disséminées sur le marché et beaucoup moins aisées à faire remonter aux maisons mères, une fois qu’elles sont dans la nature.

D’autres chantiers importants attendent les restructurateurs potentiels, mais ils ne sont pas de première urgence. Il leur faudra bien, tous ces problèmes d’intendance résolus, affronter une forte contradiction. Ils chercheront à relancer la machine à fabriquer du crédit au niveau qu’ils estimeront être son régime normal, en s’entourant cette fois-ci d’un peu plus de précautions. Barack Obama vient d’annoncer de nouvelles mesures en ce sens, sans autre forme de procès. Gordon Brown également, mais uniquement pour l’immobilier. Avant d’ouvrir les vannes en grand, ils attendront d’avoir mis en œuvre des mesures de régulation, qui font déjà l’objet de farouches batailles, s’ils ont la patience d’attendre de s’être mis d’accord entre eux. Mais ils devront d’autre part tenir compte de l’enseignement qu’ils tirent eux même de la crise actuelle, le fait qu’elle résulte d’une politique systématique des banques centrales de bas taux d’intérêt. On voit mal comment s’assurer de ne pas reproduire cette erreur n’aboutirait pas à un resserrement du crédit. Avec ses conséquences sur la croissance économique et sur le développement de nouvelles inégalités sociales, car cela rejetterait en dehors de la sphère de la consommation à crédit les couches sociales les moins favorisées. Seule solution pour l’éviter, ouvrir un peu la boîte de Pandore de la clé de distribution du profit, alors que celui-ci ne va plus bénéficier du jackpot du casino. Aucune réaction n’est à ce jour enregistrée, qui permettrait de penser que ceux qui contrôlent sa distribution ont l’intention de discuter de sa répartition.

C’est pour éviter de se trouver dans cette contradiction que les régulateurs de demain modèrent leurs élans réformateurs, c’est un euphémisme, dès lors qu’il s’agit des instruments financiers sophistiqués et malfaisants dont tout le monde connaît désormais les dénominations ésotériques sans en avoir néanmoins percé les mystères insondables, y compris pour les banquiers. On va parler d’encadrement, d’enregistrement, de contrôle, de chambres de compensation, de coopération juridique, mais on n’ira pas au-delà. L’excès de liquidité mondiale a entraîné de véritables cloques sur de nombreuses classes d’actifs : l’immobilier, les matières premières, les marchés actions, les produits titrisés. Pouvons-nous raisonnablement espérer que certaines d’entre elles vont être retirées du terrain de jeu ? Non, il va nous être expliqué que ces instruments financiers sont indispensables au fonctionnement de l’économie moderne et que toutes les petites précautions seront prises.

Peut-être, encore plus tard, quand les frayeurs se seront dissipées, sera-t-il temps d’évoquer d’autres questions de fond, en suspens parce qu’elles dérangent. Une grande partie des indicateurs économiques qui font référence, et qui alimentent beaucoup de raisonnement savants et justifient des décisions économiques et financières décisives, sont fondamentalement sujets à caution, on le sait. Il ne s’agit plus de mettre en cause des statistiques trop incertaines et parfois manipulées, mais de parler méthodologie. Plus de douter des statistiques de l’emploi ou de mesure du pouvoir d’achat, mais d’aller au cœur du sujet. De s’interroger, pour commencer, sur trois indices : le PIB, l’inflation et la masse monétaire M3. Afin, disons le brièvement, de soustraire pour le premier la destruction des richesses à la mesure de cette dernière (ce qui semblerait aller de soi), d’élargir le champ des mesures des biens de consommation à celui du prix des actifs dans le cas de l’inflation, et d’introduire les actions dans le calcul de M3, aux côtés des billets et pièces en circulation, des dépôts à vue, à terme inférieurs à 2 ans et des OPCVM monétaires. On y verrait certainement un peu plus clair dans la macro économie.

Un dernier dossier, glissé tout en bas de la pile, devra être ouvert par la suite, signalé pour mémoire. Celui du statut du dollar comme monnaie réserve. C’est le pendant naturel de la réforme du FMI.

L’actualité du jour impose de redescendre sur terre et met en perspective assez douloureusement cette prospective.

Une halte à Bruxelles s’impose, car Jacques de Larosière, ex-directeur du FMI, y a présenté mercredi les conclusions du groupe d’experts chargé de faire des recommandations en matière de supervision financière. La création d’un « comité européen du risque systémique », dirigé par le président de la BCE et regroupant les gouverneurs des banques centrales de toute l’Union européenne, BoE comprise, est préconisée. Est également proposé d’instituer un « Système européen de superviseurs financiers » composé de trois « autorités » respectivement chargées des banques, des assurances et des marchés boursiers, qui chapeauteraient les superviseurs nationaux. Une belle usine à gaz destinée à ne mécontenter personne. Pour les propositions du groupe d’experts à propos de la régulation des fonds spéculatifs, des investissements dans les sociétés non cotées en Bourse, et sur les systèmes de rémunérations dans le secteur financier, il faudra attendre début avril, après le G20.

La Commission a par ailleurs rendu publiques ses recommandations sur le sort devant être réservé aux actifs toxiques. Les « lignes directrices » commentées par Neelie Kroes, commissaire à la concurrence, ont finalement pour plus modeste vocation « d’apporter de la coordination aux plans » nationaux. Elles imposent « une transparence totale, avec une publication des actifs avant l’intervention gouvernementale », ainsi qu’une méthodologie pour identifier les actifs douteux et les évaluer. La méthodologie préconisée évacue l’évaluation des actifs au prix du marché, inexistant, pour s’en tenir à leur « valeur économique ». Qu’est-ce que la « valeur économique » ? Une estimation réalisée par « des experts indépendants et certifiée par les contrôleurs des banques ». A partir de là, rien n’est dit mais tout est possible.

Pour une fois en veine de jargon communautaire, la commissaire a reconnu pour justifier la minceur de son annonce « Ce n’est pas une exagération de dire que c’est un travail d’Hercule. Nous devons remettre de l’ordre dans une sacrée pagaille ». « Beaucoup suspectent les banques de cacher la vraie ampleur de leurs pertes. », a-t-elle ensuite déploré. Suite à des travaux fructueux, la Commission a décidé de laisser les membres de l’Union européenne agir par ailleurs comme ils l’entendent, se contentant d’énumérer les solutions possibles: création d’une bad bank, système de garanties, nationalisations… « Nationaliser les banques pourrait être une possibilité en ce moment, mais j’espère sincèrement qu’après la crise il y aura une voie de sortie » a tenu à préciser Neelie Kroes.

Des documents de la Commission continuent par ailleurs de fuiter et l’agence Bloomberg en a profité. Une note de la Commission de préparation du dernier G7 de Rome, intitulée « Recent exchange rate developments – G7 preparation », s’inquiète en particulier de la chute rapide de la livre anglaise, qui « pose des questions sur la stabilité financière de l’économie britannique ». La faiblesse de la livre est une sources de préoccupation pour la zone euro », poursuit la note. L’agence remarque que « ce rapport contredit l’argumentation de Gordon Brow, premier ministre, tenu le 13 février dernier, selon lequel une devise affaiblie aiderait plutôt qu’elle ne gênerait l’économie. Une livre dont la valeur est descendue de 18% par rapport à l’euro accentue les préoccupations des investisseurs à propos de la santé financière britannique, alors que le gouvernement accroît sa dette afin de financer les sauvetages bancaires. »

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23 réflexions sur « L’actualité de la crise : « Yes, he must ! », par François Leclerc »

  1. C’est vrai que le discours Obama est plus clair que le discours Sarkozy.
    En France, des dizaines de milliards sont distribués sans contrôle ou droit de vote contrairement aux USA.

    On sent bien que l’escroquerie ne fait que commencer avec le mensonge pour faire passer la pilule.

  2. Merci François
    Ce texte est plus qu’un billet, c’est une « somme ».

    Si je comprends bien.
    Soit l’isolationnisme et le protectionnisme diviseront les états plus que jamais…avec conséquences militaires éventuelles.

    Soit le mondialisme politique se mettra en place avec comme instrument le FMI.
    Il y aura de coupes douloureuses dans les patrimoines des possèdants …et des révoltes.
    De là à voir la patte d’un nouvel ordre mondial que les conspirationnistes évoquaient jadis sous les quolibets il n’y a pas loin.

    Brzezinski semble aussi confirmer la possibilité de révoltes et la FEMA aurait depuis longtemps installé des « camps » qu’elle entretiendrait…??

    http://www.contreinfo.info/breve.php3?id_breve=5609

    Bon de toutes façons si çà va si mal que çà socialement aux US le net sera « éteint »… !
    Et nous regretterons vos excellents billets.

  3. @François Leclerc

    Tout est dit,…Merci pour cet excellent travail de synthèse, pour les lecteurs de ce Blog, et merci M. Paul Jorion pour ses billets invités.

    L’affaire s’annonce compliquée, on le savait déjà. Peut on parler de chantier gigantesque ? Je ne le crois pas, car il manque, de mon point vue, la nécessaire définition d’un objectif commun, et une volonté commune, (le chantier n’existe pas encore).
    Vous utilisez à plusieurs reprises la généreuse idée de la « mutualisation ».
    Celle-ci me semble aussi nécessaire, que trés improbable.
    La casse est générale, aucun pays n’est épargné, la grande idée de mutualisation ne pourra être acceptée que sur le plus petit dénominateur commun, (moins que rien).
    C’est bien ce qui se passe depuis le début du « commencement » de l’éclatement des bulles.
    Pour voir ces bulles, il suffit de regarder n’importe quels graphiques retraçant un historique sur les 30 dernières. Que voit-on ?
    Une pente ascendante douce, brutalement déformée par deux gigantesques montagnes russes.

    Un retour souhaité, et souhaitable, à plus de douceur implique la disparition de ces montagnes russes, bulles, ou cloques. Dire qu’elles étaient dangereuses et inutiles, c’est nécessairement revenir vers un rythme de création de richesses qui est « socialement » explosif. La désintoxication ne se fera pas dans l’allégresse générale, loin s’en faut.

    Un autre chemin possible, et c’est d’ailleurs celui qui est pris par les « gestionnaires » actuels, est de continuer à maintenir « coûte que coûte » ce qui est gangréné. Tout le monde le sait, je l’espère, la gangrène déclarée ne se soigne que pas l’ablation, et encore, s’il n’est pas trop tard. Ce chemin là est donc le pire de tous.

  4. C’est à l’orée de la mise en place de ces dispositions que l’on mesurera le courage politique et la stature des hommes d’Etat. Comme le dit AAA+ (belle notation), ce qui manque, c’est la vision, la définition d’une direction dont on ne peut s’offrir le luxe de s’affranchir. Mais comment mettre en musique cette révolution (au sens physique du terme), comment faire chanter ces lendemains?

    En assumant résolument d’une part un pessimisme réaliste (un pessimisme à la Levi-Strauss, encapsulant dans son essence même l’impératif de progrès), un renoncement aux dogmes (marché auto-régulé, protectionnisme=mal, main invisible, primat du privé sur le publique, gestion « comme une entreprise », etc.), et d’autre part en assumant le caractère valorisant de l’éphémérité de la fonction politique, qui permet de prendre les « bonnes » décisions dans un cadre de réflexion non pollué par des impératifs de durabilité.

    C’est la faiblesse de l’homme politique que de croire que le passage à la postérité implique de rester en place le temps d’enterrer (au sens propre et figuré) le plus grand nombre possible de ses semblables. Vive le coup d’éclat!!!

  5. @ Julien Alexandre

    Les bonnes ou la plupart du temps les mauvaises, en politique comme dans les entreprises, après moi le déluge. Si, si, si, c’est comme cela qu’en réalité cela se passe très souvent, lorsque l’on fréquente ces sphères.

  6. @ François Leclerc : je sais bien… je les ai (un peu, beaucoup, jamais passionnément) pratiqués…

  7. Mais, et si finalement nous etions au pic de la crise?
    J’entends çà et là dans mon entourage d’entrepreneurs exposés à l’international comme au national que les commandes repartent doucement et que les ventes se reprennent.
    Serait ce possible?

  8. @ Barbidur

    C’est possible. Mais probablement anecdotique. Le cycle des affaires se développe souvent selon le modèle des vagues d’Elliott qu’affectionnent les prévisionnistes boursiers (cf. le blog d’un habitué des lieux, Loïc Abadie). La reprise (modeste) dans les commandes représente probablement une vaguelette haussière dans une tendance fondamentalement dépressive. L’hirondelle ne fera sans doute pas le printemps…

  9. Il semblerais que l’heure soit plutôt au « sauve qui peut » par des nationalisations plutôt qu’au projet de refondation du capitalisme.
    Les USA et l’Europe auront déjà un grand mérite à sauver leurs banques respectives. Tous ça coûte énormément d’argent et de ressources humaines alors refonder le capitalisme, faut pas trop rêver dans l’immédiat.

    De toute façon, les projets de nationalisations inéluctables sont en soit une refondation en profondeur du système de l’économie de marché telle que nous la connaissons.

    Les Etats achètent les actifs des banques comme n’importe quel autre intervenant du marché: les Etats investissent l’économie de marché.

    Seul petit problème: l’Etat a t’il un droit de vote et de décision à hauteur de ses prises de position dans le capital des banques.

    Souhaitons en définitive qu’ils puissent sauver l’économie réelle qui semble actuellement rentrer dans une récession.

    http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2009/02/26/la-nationalisation-des-banques-americaines-semble-ineluctable-dans-les-six-mois_1160699_1101386.html

  10. >barbidur

    Quand le commerce entre le Japon et le reste du monde subit ceci, je suis un peu sceptique:
    http://www.rgemonitor.com/asia-monitor/255734/japans_exports_collapse_in_january

    Par ailleurs, il faut quand même se souvenir que la crise de 1929 a mis plusieurs années à prendre toute sa mesure, en débutant en Amérique, puis en se propageant en Europe, grâce au maillon faible que constitué l’Allemagne, auquel était exposé les banques Anglaises et Américaines du fait de leur participation au plan Dawes. C’est d’ailleurs ce va et vient entre les deux côtés de l’Atlantique et en Asie lors de l’effondrement financier intervenue en Chine à ce moment, qui a attisé la crise et l’a rendu aussi monstrueuse.

    Je crains qu’il ne fasse pas se leurrer: cette amélioration n’est sans doute que conjoncturelle, parce que l’Europe, du fait de son hétérogénéité, et la Chine sont sans doute les deux prochains gros morceaux de cette crise….

  11. @Julien Alexandre,
    Je veux bien croire que vous avez, comme François Leclerc, fréquenté ces « sphères », mais alors une féquentation trés éphémère, (c’est la raison pour laquelle vous me semblez vous intéresser, encore, aux autres.)
    Parce qu’il n’y a pas plus valorisant que de durer, à n’importe quel prix, dans ces « sphères ».
    Vous parlez de courage politique, de caractère valorisant de l’éphémérité de la fonction publique. De quel courage, de quelle fonction publique parlez-vous ?
    Le courage d’être impopulaire, comme le revendique notre Président actuel ?
    La fonction publique qui permet d’aménager son transfert vers le monde de la finance, comme la pratique le future ex 1er secrétaire de l’Elysée ? (Ailleurs, au delà des océans, c’est aussi valable )
    Ce courage, et ce désintéressement dont vous parlez ont-ils seulement jamais existé ailleurs que dans vos rêves, (et les miens aussi)?

    @François Leclerc

    « Les bonnes ou la plupart du temps les mauvaises, en politique comme dans les entreprises, après moi le déluge. Si, si, si, c’est comme cela qu’en réalité cela se passe très souvent, lorsque l’on fréquente ces sphères. »

    Hélàs, vous n’avez que trop raison.

    Aprés mois aussi le déluge,…mais je ne fais partie d’aucune sphère.

    @Bardibur

    « J’entends çà et là dans mon entourage d’entrepreneurs exposés à l’international comme au national  »

    une autre sphère ?

    @ François Leclerc

    Aprés l’éclatement des cloques,… celles des sphères?

  12. @ AAA+ : ma fréquentation des politiques, éphémère oui, car votre diagnostic, qui est aussi celui de François Leclerc, est incidemment le mien également.
    Pour bien fixer les idées, mon billet était du « wishfull thinking » et aucunement le constat que les caractéristiques que je décris sont actuellement présentes chez untel ou untel (I wish). Il ne s’agît pas non plus d’une apologie nostalgique du « c’était mieux avant », car je suis bien trop jeune pour avoir connu cet « avant » dont d’aucuns se plaisent à chanter les vertus. Faut-il pour autant abandonner l’idée que de la confrontation au péril peuvent (re)émerger des vocations publiques éphémères désintéressées? Probablement. Mais il faut alors abandonner l’homme à son sort, et je ne m’y résous pas (encore)… J’aurais du fréquenter plus de politiciens 🙂

    HS : Imaginons maintenant qu’au lieu d’une sphère, nous ayons affaire à forme présentant les caractéristiques topologiques d’un tore. Ça change quelque-chose?!? Peut-on « éclater » un tore, sachant qu’il a déjà un trou au milieu?

  13. [blockquote] »Peut-on “éclater” un tore, sachant qu’il a déjà un trou au milieu? »[/blockquote]

    C’est une question à poser à un cycliste ça…

    Pardon, je m’égare 🙂

  14. Finalement, est-ce que tout ne tourne pas, fondamentalement, autour de cette « clé de répartition du profit »?

    C’est pour la changer, en faveur d’une minorité, que toute cette énorme tuyauterie financière a vu le jour. Et le succès a été au rendez-vous. Jusqu’à aujourd’hui. Depuis que la tuyauterie à implosé sous son propre poids, rien d’autre n’a été fait que de poser des étançons pour essayer d’en empêcher l’effondrement complet. Et toutes les propositions de « réformes » et/ou de « régulation » ne visent qu’à la consolider ou à la réparer. Sans que, à aucun moment, sa finalité ou son utilité ne soit mise en cause. Ou fasse l’objet d’un large débat. Même les remèdes utilisés pour sa réparation, le transfert des dettes privées au public, sont toujours à 200% dans cette logique. En plus brutal encore.

    D’où ma question: est-ce que ce n’est pas, finalement, une énorme perte de temps, ou une erreur fondamentale, de discuter, commenter, comme nous le faisons ici (et de manière très confidentielle), de telle ou telle option/configuration de la tuyauterie financière? Ce faisant, nous sommes toujours dans le système. Nous acceptons sa logique. Donc, nous acceptons, aussi, tout comme le feront les politiques chargés de « réformer le système », les solutions qui seront trouvées pour le réparer. C’est, après tout, cette auto-censure mentale, consistant à ne pas oser évoquer une vraie stratégie de « rupture » qui a paralysé si longtemps toute réelle réplique à la stratégie néo-libérale. Qui, elle, ne s’est jamais fixée de limite de ce genre. Ceux-là ont, depuis toujours, pratiquée la stratégie du choc frontal avec tout ce qui, en face, était considéré comme « tabou ».

    Oser la « rupture » ne signifie pas, automatiquement, « révolution ». Mais, mettre les pieds dans le plat de certains tabous, et, manifestement, la question d’une plus juste répartition de la richesse produite en fait partie, serait un réel progrès dans le débat. Il suffit de voir comment cette question, à peine évoquée par le turbulent Sarkozy, à été prestement évacuée et tuée dans l’oeuf par un tas de gens visiblement pas du tout pressés d’en discuter. En ce compris Sarkozy lui-même.

    L’autre question serait: quelle est l’utilité de notre statut actuel de commentateurs « bloguistes », tout mieux informés que la moyenne des gens que nous soyons, sachant que l’absence totale de relais dans les grands médias n’a pas la moindre influence réelle sur les instances où les décisions se prennent? Et même pas, non plus, sur nos représentants politiques qui, eux, pourraient au moins être poussés à ne pas se conformer strictement à la logique du système? Peut-on imaginer des moyens, même limités, de n’être plus seulement des spectateurs passifs d’une pièce dont la mise en scène nous échappe totalement?

  15. @ Champignac

    Sans doute pourrais-je dire que beaucoup de ceux qui écrivent sur ce blog, et sans doute qui le lisent, sont convaincus de ce que vous dites. Que nous assistons à des tentatives de consolidation d’un système que nous estimons avoir failli. Mais je préfère dire, pour ne pas parler pour les autres, que c’est parce que j’ai le secret espoir qu’ils ne vont pas y parvenir (ceux qui nous gouvernent) et que tout va aller plus loin qu’ils le voudraient, qu’une dynamique va jouer et que la crise porte en elle-même des dépassements. Sans trop y croire.

    Pour le reste, « …we are all merely players ».

  16. Tout le monde savait, il y a encore peu de temps, que la petite histoire faisait la grande Histoire.

    Le lavage de cerveau de l’ultralibéralisme hypermondialisé a détergé nombre de neurones.

    La réflexion est devenu presque mono-synaptique incapable de projeter un plan en dehors des sentiers battus.

    Il n’y a pas que le capitalisme qui est malade, c’est la collectivité dans son ensemble qui est chancelante.

  17. La machine à gaz mondiale de la finance est-elle si néfaste qu’il faille la supprimer ?
    Le plus grand marché au monde de capitaux est le marché obligataire. Il permet le financement des états – et donc la protection sociale des citoyens : assurance santé, retraite, etc – mais il comporte également une catégorie néfaste, celle des produits dérivés – futures, CDS – à but purement spéculatif. A la première question j’ai donc envie de répondre : oui et non…
    Le marché des devises est également très important, et très spéculatif. Il suffit de voir comment le dollar ou l’euro évoluent – même si on pourra toujours trouver des « experts » nous donner d’un air convaincu les raisons « fondamentales » qui nous permettent de comprendre pourquoi telle devise a doublé de valeur en trois ans, et pourquoi celle-ci a été divisée par deux (sic). Comment ce marché est-il taxé ?
    La machine à produire des bulles – mais pas que des bulles – est là, et théoriquement il est possible de s’en servir en vue de l’intégrer dans un vaste processus de partage des richesses, via la fiscalité. Théoriquement…

  18. @ Champignac

    D’accord avec vous, il faut repartir de plus haut (ou de plus bas, c’est selon..) pour ne pas retomber dans les mêmes ornières.

    La première question que je me poserais alors ne sera pas celle de la repartition de la richesse, mais plutot de la définition…de la richesse. Un exemple :

    Aujourd’hui, vous achetez un poisson, un litre de pétrole ou un kilo de miel, le prix que vous payez ne rémunère que le travail humain qui a été mis en oeuvre pour que ces biens arrivent jusqu’à vous.
    Trois milliards d’années de selection naturelle, deux cent millions d’années de patiente maturation ou le travail de mille abeilles ne sont pas représentés dans ce prix. Or ce sont ces éléments primordiaux, (et hors de notre compétence humaine) qui représentent réellement la richesse de ces biens.
    C’est précisément parce que nous ne payons pas ce que nous consommons à son juste prix que allons droit vers un mur, pour le poisson, le pétrole, le miel, et bien d’autres choses encore.

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