L’actualité de la crise : Échafaudages et papiers peints, par François Leclerc

Dans ce dernier billet invité, François Leclerc tire le rideau : merci à lui pour les lumières qu’ils nous a prodiguées. Nous sommes tous, nous les « correspondants de guerre » autoproclamés, confrontés un jour au casse-tête que constitue cette mission que nous nous sommes confiée un beau jour, poussés par un sentiment de l’urgence, missions autofinancées et… réclamant en fait plus de 24 heures de travail par jour !

ECHAFAUDAGES ET PAPIERS PEINTS

Je dois malheureusement conclure ma chronique sur l’actualité de la crise sur le blog de Paul Jorion, que je remercie beaucoup de son hospitalité, dont j’espère ne pas avoir abusé, mais je ne veux pas partir comme un voleur. J’ai d’abord pensé proposer une liste de sources, les pistes que j’ai fréquentées pour écrire celle-ci, afin que ceux qui le désirent puissent pratiquer à haute dose le même exercice, mais je me suis dit que cela prenait un temps fou, raison pour laquelle je ne peux plus continuer, bien que cela m’ait beaucoup appris. Suivre les fils généraux des agences de presse mondiales sur http://fr.news.yahoo.com (en français) donne déjà un bon résultat, chacun compose ensuite son propre menu.

Alors, j’ai pensé que je pouvais procéder à une sorte de point d’étape. Sur le thème, qui s’est immédiatement imposé: à ce point de la crise que peut-elle nous enseigner pour la suite ?

Deux constatations peuvent, selon moi, servir de point de départ à quatre remarques.

La crise du capitalisme financier débridé que nous vivons clôt irrévocablement une époque qui avait trop duré. Sans que les contours de ce qui va lui succéder soient encore clairement discernables, ni à priori plus admissibles, et que l’on sache quand elle pourra être déclarée finie. Ce système s’est révélé incapable de s’autoréguler, en dépit de la croyance dogmatique de ses thuriféraires. La suite reste cependant hypothétique, simplement peut-il être constaté qu’hier triomphant il est aujourd’hui défait, réfugié sous l’ombrelle d’un Etat qu’il prétendait réduire à la portion congrue, sans accepter de payer le prix de sa protection. Tricheur et mauvais joueur.

Il est également apparu, au fur et à mesure que la crise financière se révélait dans toute son étendue, induisant une crise économique majeure, que ceux qui sont en charge d’y faire face aux postes de décision et de pouvoir ont en permanence reculé pour mieux sauter. Souvent dans la précipitation et l’improvisation, plus loin qu’ils ne le voulaient, ils ont adopté des mesures qu’ils n’auraient jamais pensé devoir prendre, dépassés par des événements tout en simulant les maîtriser.

En préambule, il n’est pas besoin d’être grand devin pour annoncer que la puissance de la crise, sous ses deux aspects financier et économique, va soit les amener à poursuivre dans cette attitude de reniement, soit, s’ils restent coincés dans leur déni, à prolonger et accentuer encore cette même crise. Question de rapports de force plus que de psychologie, bien évidemment. Voire même à s’y installer, faute de mieux. Un grand révolutionnaire russe, prophète armé puis désarmé, avait en son temps théorisé la révolution permanente, nos financiers apportent leur contribution à la compréhension du monde avec un nouveau concept, celui de crise permanente.

1. Nous nous installons dans la crise.

Plus personne ne se hasarde à des pronostics sur sa fin, l’échéance en est sans cesse reculée. La crise s’alimente d’elle-même, ce qui en rallonge le plaisir. Non seulement parce que, de financière elle est aussi devenue économique, et que l’une entretient l’autre, mais pire, parce qu’un comportement autodestructeur s’est installé à demeure au cœur du système financier.

Les hedge funds (dont certains sont des filiales bancaires) pratiquent un véritable jeu de massacre, utilisant massivement les ventes à découvert pour survivre, précipitant sans autre raison dans l’abîme boursier de nombreuses grandes entreprises. Les institutions financières, banques en tête, se refusent à procéder comme elles le devraient aux dépréciations de leurs actifs, qu’elles savent inévitables mais retardent pour ne pas en assumer les conséquences, perpétuant ainsi la crise du crédit. Résultat, l’ensemble du système financier est placé sous soins palliatifs de plus en plus systématiques, et nul ne peut prédire quand les machines qui l’aident à survivre pourront être débranchées.

Première remarque : le risque est fort que nous nous installions durablement et inconfortablement dans la crise, sans parvenir à en sortir. Après n’avoir pas su s’autoréguler, le capitalisme financier arrivé à maturité est en crise, il marche désormais en crabe et l’alimente. Cela peut durer ainsi tant qu’il ne sera pas parvenu à solder les comptes de son effondrement. On peut ensuite discuter de savoir s’il en a même les moyens, vu les montants abyssaux découverts.

2. Temporiser coûte bien plus cher et ne résout rien.

Ne revenons pas sur le refus catégorique d’une nationalisation globale, ou pire encore, de la solution dite de la « good bank », qui laisserait les banques actuelles sinistrées à leur triste sort pour en créer de nouvelles, sur fonds publics ou même mixtes. En dépit des nationalisations rampantes auxquelles on assiste, les banques s’en tiennent à une même ligne de conduite rigide, quand elles peuvent encore la tenir : « Pas d’ingérence dans notre capital, nos actionnaires sont et restent maîtres chez eux ». Les décideurs politiques s’y sont pliés, on verra la suite.

Qu’attendent-ils de cette crispation un peu désespérée ? Que la relance économique une fois intervenue, les actifs invalorisables collés dans leurs bilans retrouveront leur liquidité (des acheteurs) et donc une valeur, les dépréciations déjà effectuées faisant solde de tout compte. Le pari est doublement hasardeux. En premier lieu parce qu’il suppose que la relance économique va prochainement intervenir, alors que c’est précisément la crise du crédit qui la freine, et que cette dernière a pour origine la présence au bilan des institutions financières des actifs toxiques. Un véritable cercle vicieux. En second lieu, parce que la décote que subiront alors ces actifs, en supposant que la relance leur redonne des couleurs, risque fort d’être très sévère et qu’il faudra à nouveau les déprécier et donc remettre tout de même au pot, pour des montants que l’on ignore mais qui risquent d’être imposants. La temporisation actuelle cumule les défauts : elle est très onéreuse (pour l’Etat), ne produit pas les résultats escomptés et, si elle y parvient finalement, imposera de remettre lourdement la main au portefeuille.

Seconde remarque : les coûts des plans de sauvegarde et de relance explosent et n’ont pas fini de le faire. Les Etats vont être plus que jamais en première ligne pour les financer. Le montage financier du sauvetage devient primordial. Après avoir été l’artisan de la crise, le capitalisme financier en alourdit démesurément le coût pour ne pas le supporter.

3. La future régulation divise et s’annonce pour l’instant cosmétique.

A l’image de ce que l’on constate à propos des actifs toxiques, pour lesquels les vraies solutions sont esquivées, l’adoption et la mise en place des mesures de régulation de l’activité financière divise les cercles de pouvoir, lequel s’engage très lentement dans la pratique et n’aborde pas de front des problèmes pourtant largement identifiés. Les proclamations de principe ne vont pas manquer, mais en matière de réglementation financière, le diable est dans les détails et ceux-ci font défaut. Le sort réservé au dossier des « paradis fiscaux », qui tient actuellement la vedette en raison de son pouvoir évocateur mais aussi de son importance, illustre assez bien la situation. Déjà on subodore qu’il va seulement être imposé à ces pays plus de « coopération », de telle sorte que les « trous noirs » tant décriées de la finance ne disparaîtront pas mais seront bordés de parterres de fleurs. Les autres dossiers de la régulation devraient connaître les uns après les autres le même destin mitigé, selon la même logique.

Le capitalisme financier, même restauré au sortir de la crise, aura encore besoin de ses arrières-cours, face cachée informelle de son fonctionnement. Ainsi que, tout aussi fonctionnellement, d’une machine à fabriquer de la dette, afin de maintenir et de développer la consommation et la croissance dans les pays occidentaux, conséquence incontournable du changement d‘axe économique auquel nous assistons à l’échelle de la planète. C’est cela ou bien accepter de radicalement revenir sur la répartition des profits en faveur des actionnaires et adopter, de fait, un nouveau paradigme. Peu vraisemblable que cela intervienne de son propre chef.

Des facteurs subsidiaires, mais qui pèsent néanmoins, ne doivent pas être oubliés. La contribution non négligeable des services financiers au PIB des puissances occidentales, en ces temps de désindustrialisation et d’émergence de nouveaux pôles économiques mondiaux. L’énorme différentiel de rendement entre ceux que procure l’activité économique déclinante en occident de la production de biens et même de services (non financiers), et ceux de l’activité financière elle-même, qui rendent un alignement du second sur le premier inconcevable pour ceux qui détiennent le capital et le contrôlent. Même s’il va falloir en rabattre. Les services financiers ont masqué le déclin de la zone historique d’émergence du capitalisme sur la planète, tout comme l’endettement des ménages celui de leur relatif appauvrissement en termes réels. Ni l’un ni l’autre ne peuvent absolument pas être supprimés d’un trait. L’enjeu est de remettre en marche les deux machines en les contrôlant moins mal.

Troisième remarque : l’idée que la finance doit être au service de « l’économie réelle » bute sur le fait que l’activité financière débridée est dorénavant partie intégrante de celle-ci et va par conséquent imposer de fortes limites aux mesures de régulation. L’analogie qui s’impose alors est celle de tout système complexe, dont l’élément le moins performant détermine et rabote la performance de l’ensemble. La suite au prochain numéro.

4. Le financement des plans de sauvetage et de relance est problématique.

La panoplie des modes de leur financement est limitée, sauf à innover. Nous y viendrons peut-être. Deux leviers sont disponibles, l’endettement des Etats et la création monétaire des banques centrales. Dans le premier cas, on contribue à grandes pelletées à la constitution d’une nouvelle bulle financière, celle de la dette publique. Le marché obligataire ne va pouvoir que connaître de fortes tensions, au fur et à mesure qu’elle continuera de gonfler, surenchérissant les charges de son remboursement, raréfiant les possibilités d’accès au crédit pour les moins bien notés, exacerbant les contradictions d’intérêt entre zones et pays. Cela revient à déprécier le futur pour ne pas le faire dans le présent.

La création monétaire, quant à elle, consiste pour les banques centrales à jouer à saute-mouton avec le système bancaire. Elles se substituent largement à celui-ci, sauf dans ses activités de dépôt, et deviennent les financiers en dernier ressort des Etats, des entreprises et même des particuliers, via les organismes de crédit à la consommation. On entre là dans le domaine de l’inconnu. Aucune situation de référence connue et répertoriée ne permet de prédire ce qui va se passer, surtout si la très prévisible et très importante augmentation de la masse monétaire en cours se révèle durable. Une telle masse financière risque de bouleverser le paysage économique d’une manière imprévisible et inédite ; les moyens classiques de son futur assèchement risquent d’être peu opérants et longs à produire leur effet. Les contreparties que les banques centrales inscriront à leurs bilans au fur et à mesure de leur création monétaire affaibliront ceux-ci par leur médiocre qualité, fragilisant encore plus l’ensemble de l’édifice financier.

Il faut bien observer, enfin, que jouer sur la combinaison de ces deux leviers de financement, ce à quoi s’essaye la Fed dès à présent, est un exercice de haute voltige. Peser sur les marchés pour contribuer d’un côté à la baisse des taux obligataires qui vont avoir tendance à monter de l’autre. Effacer d’une part la dette par une inflation contrôlée sans mécontenter abusivement ceux qui d’autre part en sont détenteurs et que l’on presse de continuer à en acheter, en leur promettant la relance du marché intérieur comme contrepartie.

Dernière remarque, en forme de paradoxe : il faut peut-être sauver le capitalisme malgré lui, à défaut que puisse déjà s’imposer un tout autre système, encore dans les limbes, afin d’obtenir au mieux son aménagement en contrepartie. Mettre à profit le concept d’anomie de Durkheim, en l’utilisant pour étudier non pas uniquement le comportement des individus mais aussi celui de la société qu’ils ont su se donner à ce jour, en tant que telle. Et se donner de l’air, ce bien public encore gratuit bien que si souvent pollué, parce que nous en avons bien besoin.

Une blague soviétique fameuse expliquait qu’il ne fallait pas retirer les échafaudages des immeubles en construction avant d’avoir posé les papiers peints. La suite de l’histoire est en train d’être écrite.

Merci de m’avoir lu et d’avoir apporté vos commentaires.

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48 thoughts on “L’actualité de la crise : Échafaudages et papiers peints, par François Leclerc”

  1. Vous allez nous manquer.

    Votre contribution etait importante pour ceux qui comme moi n’y entendent rien à la finance mondiale, et pour qui le vacarme du dehors n’est pas intelligible sans quelqu’un pour l’ordonner, pour lui donner forme de manière impartiale: un avis impartial… voilà quelque chose qui se fait rare dans la presse écrite, et de plus en plus également sur la toile, hélas…

    J espère que vous pourrez quand même, sur un point qui vous semble absolument nécessaire, par exemple quand l’enjeu est important et que les présentations faites par les medias dominants vous semblent par trop eloignées de la réalité, nous faire un petit topo pour nous aider à y voir plus clair.

    Merci pour tout.

  2. Nos grands architectes au pouvoir n’ont rien à envier aux bâtisseurs soviétiques : ils collent le papier peint directement sur les échafaudages et estiment que la construction est achevée…
    Merci pour votre contribution et au plaisir de lire prochainement vos commentaires

  3. Merci à vous François !

    Votre revue de presse va nous manquer…

    Une petite question technique sur laquelle je bute depuis quelque temps…Pouvez-vous m’expliquer comment l’usage de « la planche à billet » permet de faire baisser les taux longs ? Quel rapport avec le taux de la Fed à 0 ou 0.25 % ?

  4. Merci pour vos contributions. J’espère que vous aurez, de temps en temps, la possibilité de nous faire parvenir votre point de vue.
    Cordialement.

  5. Vous allez nous manquer, votre chronique était un régal de pertinence au quotidien et de commentaires choisis avec beaucoup d’humour, au plaisir de vous relire de temps à autres sur ce site, bonne continuation…
    @+

  6. Vos billets vont effectivement nous manquer. Ils constituaient la meilleure synthèse, sur le fond comme sur la forme, que nous pouvions lire sur le net ces dernières semaines.

    Merci infiniment pour tout ce travail, au plaisir de vous lire à nouveau sous d’autres formes.

  7. Merci pour votre clarté et votre pragmatisme.
    Pensez-vous vraiment que cette crise pourra être résorbée par les décideurs qui l’ont laissé venir?

    Il y a apparemment un saut civilisationnel à faire…sans parachute.
    Vous avez évité de nous dire si à votre avis il se fera dans le chaos ou pas …
    et
    si le nouvel ordre mondial que certains envisagent aura été voulu en instrumentalisant la crise ou du simple fait du déterminisme économique résultant de la perversité des décideurs.

  8. Merci pour la limpidité de vos textes, et le temps que vous avez donné. Autrement dit merci pour vos dons et vos dons.

  9. Merci pour votre travail, bonne suite pour vous et ceux qui vous sont chers.
    Amicalement, musicalement.

  10. Non seulement les synthèses étaient limpides dans l’expression et claires sur les faits , les réponses aux échos , aux questions , aux doutes étaient sérieusement pédagogiques et ont du elles aussi demander une présence que je n’oublierai pas.

  11. Merci de toutes vos contributions, tour à tour édifiantes, surprenantes, toujours instructives, bien loin de l’économie vulgaire, je trouvais vos commentaires roboratifs à souhait. Vous quittez? Je suis partagé entre regret ,(la partie n’est pas finie) et compréhension (pour un temps, au moins, les jeux ont l’air d’être faits).

    Je suis entièrement d’accord avec vous, la poursuite de la tache est quasi surhumaine! Et puis, à ce stade, sauf coup de Trafalgar, l’échafaudage est parti pour servir d’étançon. Le temps requis pour « déprécier le futur » comme vous l’écrivez, n’est pas encore écoulé. Il faut laisser voir venir, comme on dit dans nos campagnes.

    Mais je pense que dans un futur proche la crise de la finance sera reléguée au second plan, car la crise du crédit qu’elle porte en elle, est en train d’accelérer le déferlement de la crise économique elle-même. Je veux dire que selon toute vraisemblance nous allons voir nos pas se recroiser dans une situation générale dont l’enjeu pourrait dépasser en effets et en conséquences ce que nous connaissons aujourd’hui.

  12. Merci pour vos commentaires. J’espère qu’on aura l’occasion de vous revoir lorsque les banques centrales vont faire fonctionner la planche à billets de façon intense car je crois que c’est la plus mauvaise solution mais la seule; comme le disait B Maris dans l’émission Y’a pas que le CAC, c’est soit ça, soit la guerre! Alors vous ne serez pas trop de 2 avec M Jorion pour nous éclairer et tenter de définir les contours de cette nouvelle dimension financière. Tout ne sera pas simple sans parler des conséquences sociales l’inflation dévalorisant encore plus les salaires affectant la consommation et par voie de conséquence le PIB, mais les pays épargnants, Japon, Chine et autres resteront-ils placides regardant fondre à vue d’oeil leur « trésor »au rythme des planches à billets occidentales? Je pense que la parade sera l’émergence de monnaies régionales tel l’euro ; le Mercosur en prépare une, à quand le sud-est asiatique? A suivre,

  13. Bonsoir, M. François Leclerc,
    Merci pour vos éclairants écrits et votre générosité, et, je le souhaite aussi, à bientôt.
    Bonne soirée à vous et à tous.

  14. Je vous remercie pour votre travail qui effectivement devait prendre un temps FOU . Je vais regretter vos billets invité que j’attendais avec impatience, ils éclairaient l’actualité difficile à saisir dans son ensemble lorsque l’on n’est pas de la partie. Au fond de moi j’espère vous relire quand même à l’occasion d’un événement tel que vous aurez peut-être envie de faire un texte comme vous savez si bien les faire (drôle, clair, précis, complet….).
    A bientôt

  15. merci beaucoup à vous et Mr Jorion

    j’espère que vous reviendrez à l’occasion nous éclairer

  16. Merci !

    Vos chroniques vont me manquer.
    Si d’aventure vous pouvez poster de temps en temps des liens pour éclairer nos lanternes…

    Bonne continuation !

  17. Merci pour votre contribution. Vous étiez l’ ouïe et les yeux de ce cerveau collectif en gestation.
    Vous avez bien le droit de vous reposer.

    Au plaisir de vous relire très bientôt, on ne change pas d’ yeux et d’ oreilles si facilement.

    Amicalement

  18. Comme déjà évoqué, j’aurais aimé échanger sur ces points :

    – notion de “constitution économique” ou de “gouvernance mondiale” pour encadrer un marché mondialisé.
    – notion de masse monétaire limitée et figée pour un nouveau type de croissance.
    – un nouvel étalon, or ou panier de monnaies.
    – Fixation des prix

    Mais je connais aussi le « prix » du temps, merci pour tout.

  19. Merci pour vos chroniques éclairantes qui nous ont été précieuses, ce fut un plaisir quotidien de vous lire.
    Revenez-nous de temps en temps !

  20. J’en rage de repenser à Mr Trichet: je me souviens qu’étant étudiant, un camarade, fils d’un ministre de droite universitaire par ailleurs, m’avait confié le mépris qu’avait son père pour cet homme: il ne l’appelait que « ce [censuré] de Trichet »…

    Combien de misère a-t-il semé en Europe? Combien de jeunes hommes et de femmes ont eu leur vie gaché par son incompétence et son conservatisme économique?

    Pendant ce temps en Amérique, les Temps Difficiles reviennent:
    http://www.sfgate.com/cgi-bin/object/article?f=/g/a/2009/03/06/Tent_City.DTL&o=11

    Il nous manque un John Steinbeck, un Paul Nizan ou un George Orwell, pour mettre les mots nécessaires sur ce sentiment de gâchis humain, mais aussi pour nous rappeler que ces Temps Difficiles passeront.

    Mais peut être qu’un Robert McLiam Wilson sera, lui, à la hauteur de ces hommes: c’est tout le mal que je souhaite à ce formidable jeune écrivain…

    Lisez son livre, Les Dépossédés: un magnifique reportage, plein de compassion et de finesses comme les Britanniques savent le faire!

  21. @ à tous ceux qui me précédent

    Vous pensez bien que les oreilles me tintent et que je pourrais en venir à regretter l’arrêt de cette chronique. Je ne vais pas me mettre à remercier pour les remerciements qui me sont adressés, où irions-nous ?

    En fréquentant assidûment le blog de Paul Jorion – c’était si je peux dire mon premier blog, mais je ne vais pas m’en séparer – j’y ai enregistré un irrésistible besoin d’un grand chambardement , afin de sortir du chaos qui nous est présenté comme la normalité.

    J’espère que cette crise va au moins rendre plus difficile cette justification de carton-pâte

  22. Merci pour cet excellent travail. Les pensées originales et indépendantes sont rares…

  23. Merci de nous avoir consacré votre temps et votre esprit (et quel esprit !). Merci à M. Jorion de vous avoir laissé autant d’espace sur ce qui, après tout est « son » blog, marque d’humilité incontestable.
    Depuis que je fréquente ces lieux j’ai l’impression d’être devenu un peu moins ignorant, naïf, ou c.. grâce à vous tous.

  24. Merci François Leclerc,

    Vos billets vont nous manquer. Vous formiez un bon tandem avec Paul, tout à fait complémentaire. Lui avec ses billets ponctuels à la logique lapidaire, et vous avec vos billets de synthèses au long cours.
    J’ose espérer que votre retrait n’est pas définitif, et que vous daignerez venir de temps à autre refaire quelque « tour de piste », pour notre plus grand bonheur, au moins sous forme de commentaires. En vous lisant j’avais véritablement le sentiment d’être au coeur de la bataille et d’avoir une vue panoramique sur le champ des opérations de cette guerre économique et financière qui fait rage.
    Les acteurs avaient un nom, des paroles, des actes, et leurs suivi, retombées hélas souvent dérisoires, étaient par vous consignées, commentées sans haine mais avec la force de l’intégrité de votre engagement.

    Il est de bon ton dans une certaine presse de dénigrer le commentaire qui s’insère dans l’analyse, vous prouvez encore une fois que c’est l’inverse qui est vrai : les meilleurs journalistes et analystes sont ceux qui ont réellement un point de vue et ne craignent pas de l’exprimer. Ne pas avoir de point de vue c’est finalement ne rien voir. La neutralité de l’expression cache le plus souvent une pauvreté dans l’analyse, ou une idéologie qui ne s’avoue pas.

    Juste un petit mot de commentaire : je vous approuve entièrement lorsque vous insistez à nouveau sur l’idée que la crise ne trouvera de réelle solution — pacifique j’entends — que dans un nouveau partage des revenus et donc sur une refondation du capitalisme, en attendant de trouver mieux. Solutionner la crise en faisant marcher la planche à billet, c’est apporter une solution monétaire à une crise dont l’ampleur démontre qu’elle ne se réduit justement pas à sa dimension monétaire. C’est une idée basique, mais que beaucoup semblent ignorer, ou feignent d’ignorer. Trichet dont le seul letmotiv était jusqu’ici la lutte contre l’inflation semble soudain acquis à la nécessité de faire marcher la planche à billets, comme si pour lui le capital devait demeurer immuable dans sa position dominatrice et destructrice.

  25. Bonsoir,

    Merci pour votre fil rouge sur les questions financières tout au longs de ces semaines. Cela constituait une synthèse riche complétée de réflexions très souvent pertinentes.

    J’ai peur en effet que l’occident et le monde en général n’aient vécu au dessus de leurs moyens depuis de trop nombreuses années et que la route soit longue et tumultueuse pour trouver un nouvel equilibre qui puisse être pérenne et où la finance saura (c’est nécessaire) rester à une place qu’elle n’aurait jamais du quitter.

    Il n’est pas certain que nous y parvenions avec les élites actuellement aux commandes. Les femmes et les hommes qui apporterons la solution ne sont pas encore en position de le faire. Je crois pourtant qu’ils sont néanmoins déjà en chemin et actifs comme le sont les intervenants de ce blog.

    Au plaisir de vous relire ici ou ailleurs.

  26. Dommage, j’aimais bien cette « revue de presse » quotidienne. J’espère que vous continuerez à poster des messages, que je lirai tout aussi attentivement. Mais pourquoi diable les grands journaux ne sont-ils pas capables de ce travail d’exposition et d’analyse de qualité?

  27. Tartar …

    « si le nouvel ordre mondial que certains envisagent aura été voulu en instrumentalisant la crise ou du simple fait du déterminisme économique résultant de la perversité des décideurs. »

    cela, c’est l’histoire qui le dira. mais malgré outs les désagréments du moment, et même s’ils peuvent durer, combien il est passionnant de vivre ces ….. soubresauts, qui accoucheront forcément d’une « autre chose  » imprévisible.

  28. Merci pour votre enseignement.

    Où que vous allez, gardez bien le cap ! (Hissez haut ! Santiano !)

  29. Grand merci François Leclerc pour tous vos articles.

    On perd quelque chose à ne plus vous lire, car vous élaboriez de très complètes et fréquentes mises à jour, ce qui est un tour de force dans le désordre et l’imprévu incessants entrainés par la crise financière puis économique. Avec vous, c’était une façon de « coller » au mieux à la boussole affolée du temps et du gros temps. À travers vos lignes on savait mieux comment concentrer son attention là, la relâcher ici. Quel beau débrousaillage!

    Enfin ce sera avec un grand intérêt qu’on vous retrouvera, ici ou là, selon les circonstances?

    Encore merci

  30. Je me permet de me joindre aux félicitations, et aux regrets, de tous.

    Le magnifique travail de synthèse, et de mise en perspective, quotidienne, que vous faisiez, c’est un peu comme si l’on retournait avant l’Age de Rosette. Et, non, j’exagère à peine. Vous n’étiez pas le seul à décrypter. Mais vous êtes le seul à le faire de cette manière compréhensible par, presque, tous.

    Maintenant, il suffisait d’imaginer l’énorme somme d’information à consulter, extraire, rassembler, puis à en mettre en page la substantifique moelle. Un travail de forçat. Un vrai travail de journaliste. Profession pour laquelle j’ai beaucoup de respect. Du moins, quand elle l’exerce. Un peu trop demander, pour du travail bénévole.

    J’espère, néanmoins, que vous nous reviendrez, une fois reposé (on s’expose, par les temps qui courent, assez rapidement, à une overdose informationnelle, qui peut, très rapidement, boucher les filtres d’analyse de n’importe quel humain normalement constitué). Mais sous une forme plus « light ». Plus supportable pour vous. C’est vous qui voyez.

    Enfin, j’ai aussi l’impression, comme vous semblez le conclure, que, non, il ne naîtra pas un monde entièrement nouveau de cette crise. Le roseau pliera encore. Mais ne cassera pas. Je peux me tromper. Trop de gens, ceux qui sont aux commandes, ont intérêt à le sauver. Quitte à faire quelques concessions (temporaires?) par rapport au « laisser tout faire » des décennies précédentes. Par contre, je crois qu’une « marque au fer rouge » vient d’être faite dans notre mémoire collective. Celle-là, on ne l’effacera pas par les moyens habituels.

    C’est l’ironie de tous ces gens qui ne cessent de nous parler de « rétablir la confiance » (en parlant d’eux-même). La confiance, la crédibilité, la prétention à être l’unique système cohérent qui fonctionne, ils l’ont perdue. Beaucoup de gens ont vu s’effondrer la croyance qu’ils avaient dans le système. Et, parmi ceux qui prétendront y croire encore, beaucoup feront semblant. Ça pourrait faire des dégâts, à terme.

    Donc, encore merci, Me Leclerc. Et de même à Mr Jorion, pour vous avoir si largement ouvert la porte.

  31. @Blob

    Trichet est déjà en train de retourner, discrètement, sa veste. L’homme qui, il y a à peine trois mois, nous affirmait que « tout le système était à changer ». Il l’a déjà oublié. Sentant le vent de la Restauration qui gonfle, le voilà qui revient déjà à ses marottes. Les-salaires-trop-élevés, surtout ceux d’horribles fonctionnaires, unique-objet-de-mon-inquiétude. Et attention-aux-effets-de-troisième-tour, car c’est le-diable-en-personne.

    Ça nous donne aussi une assez bonne indication de la manière dont le sauvetage va être retourné contre les sauveurs. Car, enfin, Mesdames, Messieurs. Avez-vous vu l’énorme dette publique dont vous avez, certes pour la bonne cause, endossé la responsabilité? Vu les circonstances, on ne vous en réclamera pas, du moins de suite, le principal. Les intérêts, par contre… Et, au fait, comment comptez-vous nous payer?

    Ah, je crains qu’il ne nous faille réduire ces appareils Etatiques bien trop onéreux. Et toutes ces protections sociales si coûteuses? Intenables, s’il faut, en sus, éviter l’effet-boule-de-neige. On vous épargne toutes ces pensions à payer. Que vous n’allez tout de même pas reporter sur vos enfants. Bref, chers Concitoyens, le payement de la Rente va exiger de vous quelques sacrifices. L’austérité, moins d’Etat, plus de flexibilité, et relever avec ardeur les défis de l’insécurité sociale, seront donc l’Alpha et l’Omega du nécessaire désendettement.

    M’enfin. Ce n’est pas pire que la veulerie empressée d’un Barroso. Qui, après avoir servi sans états d’âme ses Maîtres financiers, et fort opportunément d’abord saisi d’une stupéfaction muette, ne sait plus, aujourd’hui, quoi inventer. Pour « réformer » ce que, hier encore, il adorait. Demain, il proposera « l’hymne à la servilité », comme hymne Européen. Du moment que ça lui assure un nouveau mandat…

  32. « Cessez de servir, et vous serez plus libre » La Boétie

    vos colonnes vont nous manquer ; longue route !

  33. J’ai toujours été effrayé à l’idée du temps que cela devait vous prendre d’aller chercher tous les éléments rassemblés dans votre chronique. Merci pour le sacrifice, et si j’étais banquier, un aussi beau limier que vous, je le présenterais à ma soeur. Pour la famille, vous faites pas payer les conseils non plus, dites-moi ?

  34. Ah le temps, le temps… Je prends vite quelques secondes pour ajouter mon petit « merci beaucoup » à cette longue liste bien méritée… Bonne suite.

  35. Tous les habitués sont passés sur ce fil et ont tous usé du même mot en 5 lettres : M.E.R.C.I. J’abonde….
    Quel boulot vous avez abattu, François, pour nous donner quelques heures ou jours avant les autres, les infos pertinentes. Mais allez-vous savoir arrêter ? Le monde change sous nos yeux et vous êtes plus qu’un commentateur : un acteur grâce à ce blog. J’espère que vous aurez autant d’influence dans vos activités à venir..
    Allez, j’avoue ma curiosité : quels projets peut bien avoir une personne aussi lucide que FL ? En tout cas je vous y souhaite une foule de satisfactions et de plaisirs.

  36. Merci beaucoup pour tous les contributions que vous nous avez apportées, c’est vrai que vous allez manquer….Je souhaite continuer à vous lire de temps en temps pour quelques commentaires toujours aussi instructifs, merci encore et bon vent pour la suite …..

  37. Je vais me joindre à ce concert de louanges: merci à F. Leclerc, du plus profond de notre raison, pour ses contributions.

    A propos de l’issue du cataclysme dont nous vivons aujourd’hui les prémices, et compte tenu du constat suivant, à savoir :
    . que les détenteurs de la puissance financière ne céderons, si ce n’est qu’à la marge, rien de ce qui est constitutif de leur pouvoir et de leurs moyens.
    . que les dégâts causés par leur voracité sont gigantesques (désindustrialisation importante, corruption généralisée des institutions, des psychologies)
    est-il raisonnable de conjecturer que la lutte des classes va se muer en guerre des classes ?

  38. Merci pour tout ce temps, cette simplicité et cette intelligence que vous avez su partager ; ça fait plaisir de savoir qu’il existe des personnes comme vous.

  39. Bien qu’étant un lecteur assidu de ce blog depuis au moins une année, je n’avais encore fait aucun commentaire, mais la fin soudaine et inopinée de votre chronique m’a mis en devoir de vous remercier et de rendre hommage à votre travail de titan que vous avez exécuté avec brio !

    Atteint d’une soif inextinguible pour comprendre le monde, ce blog est rapidement devenu une source inévitable pour l’épancher. Votre arrivée à marqué une petite collectivisation de la rédaction (commentaires mis à part) bienvenue et votre chronique fonctionna instantanément comme un passage obligé de cette quête intellectuelle. On ne peut qu’être fort mortifié par cet arrêt soudain et on se prend à rêver d’une renaissance sous une autre forme… je vous fais au passage une suggestion: pourquoi ne pas faire une chronique mensuelle qui passerai en revue les évolutions sur le développement de la crise et la gestion de celle-ci ? Une telle démarche serait assurément plus digeste pour vous et pour nous (car il fallait pouvoir vous suivre à ce rythme d’enfer).

    J’en profite pour remercier au passage M. Jorion qui incarne à merveille ce que peut être l’intellectuel éclairé qui met son savoir en construction au service de la connaissance humaine et des citoyens.

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