Un assureur bien tranquille

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Les chiffres publiés par AIG et le nom des contreparties bénéficiaires des fonds qui lui furent versés par les autorités américaines pour le tirer d’affaire sont intéressants à plus d’un titre. Ils nous montrent que les Credit–Default Swaps (CDS) ne constituaient peut–être pas sa seule exposition majeure et que l’emprunt d’instruments de dette constitue avec 43,7 milliards de dollars perdus un poste presque aussi important que les 49,5 milliards perdus sur les CDS. Avec une perte de 12,1 milliards de dollars sur les Guaranteed Investment Agreements (GIA), les sommes versées à des « municipalities » américaines apparaissent presque modestes. Tout cela représente un total de 105,3 milliards, soit davantage que les 85 milliards obtenus initialement par AIG lors de son sauvetage improvisé en septembre de l’année dernière.

Le règlement des sinistres sur CDS s’est fait selon deux formules : 1) rachat des instruments de dette sinistrés par un fonds (Maiden Lane III, quitte pour celui-ci de tenter de récupérer une partie de la mise), formule s’appliquant manifestement aux établissements qui achetaient les CDS dans une perspective authentiquement assurantielle (puisqu’ils disposaient des obligations assurées), dont coût : 27,1 milliards de dollars ; 2) règlement en espèce pour les autres CDS, formule s’appliquant manifestement aux acheteurs de CDS dont les positions étaient nues, c’est–à–dire ceux qui prenaient de simples paris sur la faillite prochaine de leurs concurrents, dont coût, 22,4 milliards de dollars. Soit, 27,1 milliards pour avoir joué un rôle d’assureur et s’être planté lamentablement dans l’évaluation du risque et 22,4 pour avoir joué au bookmaker.

Les Guaranteed Investment Agreements (GIA), étaient des placements que des fonds locaux américains pouvaient faire auprès d’AIG pour des sommes dont ils n’avaient provisoirement pas l’usage. Le rendement garanti était probablement faible mais à une époque où plus rien ne rapportait, ces taux ont dû se révéler encore excessifs et AIG a dû débourser la différence. Les déboires rencontrés ici sont du même ordre que ceux que les « Money Markets » rencontraient à la même époque et cet aspect de l’activité d’AIG relève exactement de la même logique.

Enfin, les 43,7 milliards de dollars perdus dans l’emprunt d’instruments de dette. C’est là l’information la plus curieuse et la plus neuve. Qu’allait donc faire AIG dans cette galère et comment l’assureur a-t-il fait pour perdre des sommes aussi considérables ? La réponse est qu’il s’agissait sans doute d’une activité connexe à la vente de CDS mais il ne s’agit là, comme on va le voir, que d’une simple supposition de ma part.

La déclaration d’AIG à ce sujet est très laconique : « L’aide publique fut également utilisée pour satisfaire des obligations envers des contreparties financières liées à AIG dans ses opérations de prêt d’obligations », et l’on en est donc réduit à supputer. Je réfléchis tout haut à votre intention. Celui qui emprunte des instruments de dette paie une commission à celui qui les lui prête. Il est obligé de placer un collatéral en garantie de cet emprunt. Si la valeur de ce collatéral baisse, il y a appel de marge, c’est–à–dire que le prêteur réclame que davantage de collatéral soit mis en gage pour compenser sa déperdition de valeur. Le prêteur empoche la commission, il ne peut perdre à l’opération que si l’emprunteur ne parvient pas à rendre ce qu’il a emprunté. S’il ne répond pas aux appels de marge, l’emprunteur est en défaut.

Si l’on regarde la liste des contreparties d’AIG à ce petit jeu, ils sont tous encore en vie, et on peut en tirer la conclusion que ce n’étaient donc pas eux les emprunteurs mais AIG lui-même. Dans quel but emprunte-t-on des obligations ? En général pour les vendre à découvert : parce qu’on imagine que leur prix va baisser et que l’on veut bénéficier de cette baisse. Montrons comment cela fonctionne sur un exemple : on emprunte des obligations quand elles valent 100 € et on les vend aussitôt. On attend que leur prix soit tombé à 90 €. On les rachète alors et on les rend à leur propriétaire. On les a achetées 90 € et on les a vendues 100 €, on a donc empoché 10 €. Les opérations ne se sont pas faites dans cet ordre là, mais qu’importe. Comme on aura payé une commission de 0,50 € pour l’opération, on s’y retrouve sans difficulté.

Quand on s’y prend mal, le prix ne baisse pas comme on l’avait prévu, cela n’empêche pas que l’on soit quand même obligé de racheter les obligations qu’on avait empruntées pour les rendre le jour convenu et, du coup, on perd de l’argent dans l’opération. Ce qui a dû se passer ici, c’est qu’AIG a dû tenter de se couvrir pour ses opérations de CDS, n’y a pas réussi et a pris une raclée. Prenons encore un exemple : disons que la Société Générale achète un CDS pour s’assurer contre les pertes qu’elle subirait sur un portefeuille de 1000 obligations émises par General Motors en cas de défaillance de celle-ci. Pour se couvrir, AIG a pu emprunter 1000 obligations émises par GM et les a vendues à découvert pour bénéficier de la baisse de leur valeur, faisant un gain équivalent à la somme qu’elle devrait verser à la Société Générale en cas de défaillance du constructeur automobile.

Qu’est-ce qui a mal tourné ? Difficile à dire sans informations plus précises. Un collatéral dont la valeur baissait et dont il fallait régulièrement augmenter le volume pour répondre aux appels de marge ? Une couverture impossible à assurer durant ce mois de septembre 2008 qui était à ce point chahuté qu’aucun produit financier ne répondait plus comme prévu ? Je ne sais pas. Quoi qu’il en soit, si d’autres s’avèrent aussi inquisiteurs que moi à propos de ces 43,7 milliards de dollars perdus par AIG dans des emprunts d’instruments de dette, nul doute que l’on en saura bientôt davantage.

(Merci à Nicolas Cori de Libération pour avoir attiré mon attention sur le communiqué d’AIG et sur la ventilation des pertes. Nous en avons longuement débattu. Son propre article sur le sujet paraîtra dans Libé demain mardi).

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

Partager :

30 réflexions sur « Un assureur bien tranquille »

  1. Intéressant (comme d’habitude, merci).
    Il devient ainsi clair dans l’esprit de pas mal d’étasuniens que l’argent des contribuables ira dans les poches de banques européennes…
    Voici en passant une analyse à mettre en parallèle.

    Il ne s’agit pas d’une énième théorie du complot, mais on peut analyser les informations étasuniennes à l’aune de cet article, ou du moins prendre le recul nécessaire vis à vis de ce que dispensent les intéressés et les médias eux-mêmes.

  2. Question subsidiaire: si AIG (on est dans l’hypothèse) à perdu beaucoup d’argent en tentant de se « refaire », est-ce que ce sont les mêmes personnes qui ont géré les désastreux les instruments de couverture initiaux qui ont, aussi, foiré la récupération?

    Cela dit, effectivement, est-ce que l’effet principal, celui que retiendra le public (américain en particulier), ne va pas être de ce que « leur » argent aurait, principalement, servi à sauver « d’hypocrites » banques Européennes?

    Je remarque que, du coté européen, on ne se bouscule pas pour commenter? Ni du coté des banques concernées. Ni de celui des responsables financiers.

    Les Etats-Unis risquent fort d’en tirer prétexte, lors du G20, pour exiger plus de concessions à leur vision des mesures « nécessaires ».

  3. Il ne s’agit pas vraiment de générosité : AIG vendait des produits, les Européens y souscrivaient. Si les Américains se plaignent trop, il leur sera rappelé la cascade d’événements qui résultèrent du fait d’avoir laissé tomber Lehman Brothers.

    L’assureur qui aura mal calculé son risque restera toujours un problème que les régulateurs doivent prévenir en s’assurant qu’un volant de réserves suffisant soit constamment maintenu.

    Pour tout le reste, la mesure à prendre est claire : « Interdiction des paris sur la fluctuation des prix », le mot « pari » étant pris dans son sens propre de « contrat entre deux parties portant sur l’occurrence ou non d’un événement et assorti d’un enjeu », et non dans le sens de « rêverie sentimentale portant sur le bonheur futur de sa famille ».

  4. Je vais sans doute dire quelque chose de très stupide, mais, est-ce que cette définition n’est pas un tantinet trop large?

    Par exemple, est-ce que le type qui remplit son bulletin de lotto ne fait pas un « contrat » (dont le prix est très inférieur à l’enjeu), portant sur l’occurence, ou non, d’avoir coché les bonnes cases, et assorti d’un « enjeu ». L’enjeu étant un lot de valeur plus ou moins importante?

    Bon, ok. Il ne s’agit pas d’une « fluctuation de prix ». Ni d’un pari sur cette fluctuation. Mais, par contre, ça colle avec la définition secondaire, non?

    Enfin, je suppose que vous réalisez qu’avec une mesure aussi radicale, vous interdisez 90% de la finance actuelle? Est-ce un objectif réaliste? Comment traduire cela dans une (des) législations?

    Certains ont évoqué, par exemple, le fait d’assortir l’achat/vente d’action d’une taxation proportionnelle au délai (en gros) s’écoulant entre l’achat et la vente. Ceci afin de décourager la spéculation à très court terme. Ce n’est peut-être pas parfait. Mais sans doute plus applicable.

    Enfin, voilà.

  5. Bonsoir,
    Merci pour vos analyses, même si j’ai parfois du mal à comprendre tous les concepts…juste un commentaire très modeste quant à vos paroles à propos du temps qu’il fait (quand vous soulignez l’idée de globalité de votre analyse) pour dire qu’elles me semblent faire échos aux peuples indigènes du brésil ou d’autres amazoniens, quand ils parlent de notre civilisation (ou culture) ultralibérale qui détruit si profondément la mère terre… eux qui semblent savoir vivre en harmonie avec ce et ceux qui les entourent, dans une grande simplicité.
    Partout il est question des pertes économico financière, mais quant est il du coût de tout ce système, quel impact en terme de destruction de la nature, de civilisation, de culture?
    Etes vous d’accord avec le schéma de crise en « L » dont parlent Mr Roubini et d’autres?

  6. @ Champignac

    … je suppose que vous réalisez qu’avec une mesure aussi radicale, vous interdisez 90% de la finance actuelle.

    Oui et je suppose que vous réalisez à votre tour que le pourcentage exact n’a aucune importance puisque ce qui compte c’est de maintenir la partie de la finance qui joue un rôle positif d’intermédiation et d’assurance et de se débarrasser de tout le reste qui constitue au pire un parasitisme caractérisé et au mieux un simple bruit de fond. Quand vous dites 90 % vous pensez je suppose à la période qui précède 2006, une partie de la mauvaise graisse a fondu d’elle-même depuis.

    La finance doit servir l’économie et non prioritairement la classe de financiers, le chiffre exact de la proportion à en éliminer est donc peut-être de 95 % ou de 99 %, qu’importe.

  7. Hum…

    Sur l’objectif à atteindre, et sur la définition du problème, je vous suis tout à fait.

    Mais, quand vous placez dans le collimateur des intérêts tels que ceux-là, et nous savons que ce n’est pas du petit gibier, cela revient à mettre directement leur existence en cause. Ce qui ne manquera pas de déclencher des réactions de défense, ou de survie, extrêmement violentes.

    Or, on ne peut pas précisément dire que les moyens, ou le rapport de forces, soient, même dans une période comme celle-ci, en faveur des « contestataires ».

    Il y a longtemps que j’observe les stratégies de ce qui a été décrit sur ce blog comme « l’invasion progressive, mais inéluctable, du champ politique & économique, par une idéologie » (j’approxime). Il leur a fallu, au minimum, deux décennies pour arriver à faire pencher la balance en leur faveur.

    Mais ils n’ont pas commis l’erreur d’annoncer immédiatement la couleur. Ni de faire savoir que, ce qu’ils visaient, en réalité, c’était que l’économie, en fait la société tout entière, doive servir la finance. En admettant même que cela ait été un objectif conscient. Ils ont avancé leurs pions les uns après les autres. Jusqu’à ce qu’il devienne très difficile de sortir de l’engrenage.

    Alors, oui, on peut réclamer des changements radicaux. C’est même nécessaire. Parce qu’opposer un discours radical, à un autre qui ne l’est pas moins, est peut-être le seul moyen de sortir du piège du « il n’y a pas d’alternative ».

    Mais, sur les solutions pratiques à proposer aujourd’hui, on ne peut pas être aussi radical. Ils auraient beau jeu, alors, de caricaturer « l’extrémisme ». D’exploiter la peur de l’inconnu, de la « révolution », du « chaos ». Les gens ont été conditionné pendant des années. Ils ne suivraient pas.

    Hum. Je réalise que j’ai moi-même besoin d’approfondir ma réflexion sur ce problème.

    Cela attendra, quand même, demain. 🙂

  8. @ Champignac

    La question n’est pas de savoir s’il faut s’avancer à visage découvert ou à pas de loup comme ceux qui ont mis ce système en place : son effondrement constitue sa propre critique. La partie est inégale : vous voyez bien qu’aujourd’hui ils ne savent plus à quel saint se vouer, alors que nous pouvons nous contenter de faire tranquillement le compte-rendu détaillé de cet effondrement.

  9. je ne comprends pas pourquoi il y a tant d’agitation autour du soit disant transfert de fonds des contribuables US via AIG aux banques européennes. AIG a bien encaissé les primes d’assurances liés aux contrats CDS, quand le sinistre arrive l’assureur AIG doit le règler tout simplement. Si les US ont choisis de ne pas laisser faillir l’assureur alors comme cela ce fait habituellement c’est l’état qui se substitue à l’assureur défaillant.

    Bonne analyse de Paul sur les sources des pertes d’AIG, je pense que l’on n’a pas encore vu l’étendu des dégats car le taux de défaut est loin d’avoir atteint son niveau « de crise ». Je pense qu’il faut aussi gratter du coté des CDO synthétiques bourrés de CDS. Nous sommes actuellement dans l’oeil du cyclone…

    chris

  10. Dans les mesures à prendre pour assainir la finance il y a bien « logiquement et éthiquement »:
    « Interdiction des paris sur la fluctuation des prix »,

    et comme le signale Champignac :
    « l’indexation d’une taxe sur plus value proportionnelle au délai de conservation des titres »…
    Day-traders taxés à 89%
    Investisseurs de plus d’un an taxés à 3%…etc

  11. Je suis parfois un peu effrayé quand je constate que certains ici, tout occupés au débat intellectuel (ce qui est bien le but d’un blog), réalisent tout à coup, lorsqu’un consensus apparaît, que nous ne sommes que quelques intellos et que le pouvoir est ailleurs et nullement motivé par la recherche du juste et du vrai mais par des intérêts nettement plus prosaïques. Alors, ils se disent : « Comment passer aux actes ? » ou plus triste « Tout cela ne sert à rien, le système dominant est trop fort… ».
    Peut-être cela peut-il rassurer de savoir que, lecteurs de ce blog, certains sont engagés depuis longtemps dans ce combat inégal (la force et les intérêts cupides d’un côté, la recherche de la justice de l’autre). Si les intellos sont de plus en plus nombreux, de mieux en mieux renseignés et si les faits donnent chaque jour raison à ceux qui hier prêchaient dans le désert, alors peut-être que prendra fin de que certains ont appelé « La trahison des clercs ». Le combat sera alors moins inégal, mais pas gagné d’avance et certainement pas sans rudes combats où il y aura des victimes dans tous les camps.

  12. Merci pour vos explications. Tout cela semble indiquer que tout ce qui est finance n’est en rien du ressort d’un soi-disant « naturel » tombé du ciel, mais est bel et bien pure construction juridique. Ce sont les magouilles juridiques qui permettent une finance déviante et malsaine, comme on le voit avec les ventes à découvert. À ce propos serait-il possible de donner un aperçu historique de l’émergence de la Bourse du point de vue juridique? En effet, sauf erreur de ma part, il me semble qu’il y a un présupposé juridique de base qui n’est pas mis en question, à savoir qu’on a institué comme mobilières des valeurs dont l’objet n’a rien de mobilier. Quand le particulier achète une maison, il achète un bien immobilier, et son titre de (co)propriété n’est pas une valeur mobilière. Dans ce cas la caractéristique non-mobilière du titre de propriété s’aligne sur un bien qui est immobilier. Mais quand ce même particulier achète une part de firme, alors on considère que son titre de (co)propriété est de la valeur mobilière, malgré que la firme elle-même soit un bien immobilier et non mobilier. Dans ce cas la caractéristique du titre ne s’aligne pas sur le bien, mais sur lui-même, en ce sens que ce titre est mobilier parce qu’il peut être échangé lui-même comme de la monnaie, malgré que ce dont ce titre est la contrepartie ne soit en rien du mobilier.
    On peut considérer à la limite qu’une obligation soit de la valeur mobilière, mais pourquoi une action? De plus si l’objet d’un papier est de l’immobilier, ce papier ne devrait-il pas automatiquement hériter de la caractéristique immobilière de son objet?
    Pourquoi donc cette coexistence de deux régimes juridiques différents eu égard à la (co)propriété? Si les titres boursiers étaient alignés sur les titres de (co)propriétés standards, ils devraient aussi passer devant un notaire?
    Y-a-t’il une explication historico-juridique de cela, de ce magouillage financier et juridique, qui remonterait aux origines de la Bourse et de son institution?

  13. Paul, que signifie le changement de la petite image qui précède votre adresse mail ? Cette silhouette humaine veut-elle dire que l’Homme (avec un grand H car les hanches du dessin me semblent larges) est au centre de votre projet ? Bonne journée.

  14. @ Paul Jorion

    Il est certain que même dans mes rêves les plus fous, je n’aurai jamais envisagé qu’une critique aussi radicale du capitalisme financier que celle que nous vivons puisse intervenir, d’autant qu’elle s’inscrit dans les actes et non dans les paroles.

    Toutefois, il est observable que, dans leur grand désarroi plus ou bien masqué (les américains finissent par moins bien le masquer) ceux-là même qui sont au cœur du système financier persistent et signent. Que les politiques ne passent pas à l’acte, sauf quand ils sont forcés et contraints. Que se manifestent donc à la fois une très grande inertie et que l’espoir de tout recommencer comme avant persiste toujours. L’énergie de l’espoir en quelque sorte.

  15. superbe ! les banques françaises reprennent des couleurs.
    comme quoi, ces contrats d’assurances, et bien ils fonctionnent.

  16. @ Alotar

    L’action est une avance faite a une firme, qui donne droit a une part de son rendement : les dividendes. Elle ne constitue donc pas un titre de propriété, c’est une reconnaissance de dette mentionnant le montant d’un prêt. Cette reconnaissance de dette – comme souvent d’ailleurs – est assortie d’un « lien » sur la propriété : son collatéral est la valeur résiduaire de la firme lorsqu’elle cesse ses activités.

    En résumé : il s’agit d’un prêt donnant droit à une part du surplus généré par lui et non d’une part de propriété.

  17. On n’est pas là pour se lancer des fleurs mais comme des informations supplémentaires ont été divulguées aujourd’hui, j’indique quand même que mes reconstructions à partir des deux ou trois phrases sibyllines du communiqué de presse d’AIG étaient en plein dans le mille.

    Maiden Lane III, fonds constitué par AIG pour accueillir les obligations dépréciées de ses clients acheteurs de Credit–Default Swaps (CDS) dont les positions étaient couvertes (autrement dit qui s’assuraient pour se protéger contre un risque réel), a versé 62 milliards $ pour des instruments de dette dont la valeur était tombée, nous dit-on, « au-dessous de 30 milliards »). Soit par conséquent une perte « cotée-au-marché » de 32+ milliards $.

    Goldman Sachs s’était assuré auprès d’AIG grâce à des CDS portant sur des instruments de dette dont le prix d’achat était de 14 milliards $ et dont la valeur à la casse était de 8 milliards $. AIG lui versa pour couvrir le « sinistre », 5,6 milliards $.

    La Société Générale avait assuré à hauteur de 16,4 milliards $ des instruments de dette dont la valeur est tombée à 8,4 milliards $. Le collatéral qu’AIG lui avait procurée valait lui 9,6 milliards $. Le règlement par AIG s’est monté à 6,9 milliards, soit un total de 9,6 + 6,9 = 16,4, reconstituant donc le montant assuré. Pas de largesses donc de la part du contribuable américain : simplement ce qui était dû.

  18. Le communiqué de presse d’AIG permet de distinguer les positions « couvertes » (assurance) des positions « nues » (pari spéculatif).

    Premier tableau « Attachment B » : positions couvertes. Par exemple, Société Générale : 6,9 milliards $ ; Calyon : 1,2 milliards $.

    Second tableau « Attachment A » : positions nues. Par exemple, Société Générale : 4,1 milliards $ ; Calyon : 1,1 milliards $.


    Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

  19. Monsieur Jorion, vous écrivez

    L’action est une avance faite a une firme, qui donne droit a une part de son rendement : les dividendes. Elle ne constitue donc pas un titre de propriété, c’est une reconnaissance de dette mentionnant le montant d’un prêt. Cette reconnaissance de dette – comme souvent d’ailleurs – est assortie d’un « lien » sur la propriété : son collatéral est la valeur résiduaire de la firme lorsqu’elle cesse ses activités.

    En résumé : il s’agit d’un prêt donnant droit à une part du surplus généré par lui et non d’une part de propriété.

    Là vous m’étonnez, j’étais persuadée que les actions étaient des parts sociales … vous confirmez votre assertion ?
    D’ailleurs, wikipédia peut effectivement se tromper, mais on trouve:

    Une action (en anglais britannique : share, en anglais américain : stock) est un titre de propriété délivré par une société de capitaux (i.e. une société anonyme ou Société en commandite par actions). Elle confère à son détenteur la propriété d’une partie du capital, avec les droits qui y sont associés : intervenir dans la gestion de l’entreprise et en retirer un revenu appelé dividende.

    Le détenteur d’actions est qualifié d’actionnaire et l’ensemble des actionnaires constitue l’actionnariat.

  20. @ Alotar.
    @ Paul et Anne: je vais me renseigner plus avant. Il se peut que le droit anglo-saxon et continental diffèrent sur la question.

    C’est une remarque qu’il faut approfondir… décidément le cadre normatif prend l’eau de toute part…
    En fait c’est le concept juridique de « propriété » qui a complètement explosé et qui, comme le soulignent/déplorent de nombreux juristes/philosophes professionnels est désormais dépourvu de toute forme de cohérence intrinsèque. J’ai hâte de voir comment la doctrine juridique réussit le « grand écart » cette fois-ci (c’est toujours très amusant).

  21. Avec les primes octroyées aux dirigeants de AIG, refinancée par l’état américain, se pose le problème juridique du contrat synallagmatique entre une société et de ses employés, même dirigeants. Obama est coincé dans un domaine dont il est pourtant expert, le droit. Le contrat est signé et aucune loi rétroactive ne peut l’annuler, les dirigeants peuvent toucher leur rente quelques soient les conséquences néfastes de leurs décisions antérieures. C’est ça qui semble formidable avec le droit il est censé instaurer un équilibre et peut par un effet cliquet irréversible encourager les déséquilibres à venir.

    A part une intervention de l’état de type autoritaire, quasi dictatoriale, on ne voit pas comment le noeud juridique sera résolu.

    Pour une fois ça toucherai des nantis. On ne pleurera pas trop de ça.

    Un exemple de sinistre mémoire a été celui des juifs expropriés sous Hitler, ça n’était bien sûr pas la même époque, ni les mêmes prétextes.

  22. Il suffit de prouver que le contrat était faux.
    Si les activités rémunérées par contrat n étaient pas celles prévues et autorisées, le contrat est nul.
    Y a t’ il un précédent d’ assureur qui ne pouvait pas assurer et qui continuait a encaisser les primes ?
    Comment cela s’ est il terminé ?
    Ceci est (a part la taille) une escroquerie assez banale, qui ne devrait pas faire de grosse difficulté aux procureurs…

  23. Résolution par nullité ou résiliation de contrat ?

    Ne connaissant pas le droit américain, je ne saurai dire, laissons à Obama et ses conseillers le soin de trouver la faille, si faille il y a.

  24. http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/03/18/l-assureur-americain-aig-va-etre-liquide_1169303_3234.html#ens_id=1168135

    Finalement l’option choisie est la sanction chirurgicale, l’amputation pour l’exemple d’AIG, faute de mieux, c’est plus simple de liquider une boite que de régler ses contentieux salariés-employeurs, quand y a plus rien au bilan, y a plus rien à distribuer aux créanciers, salariés, fournisseurs, vieille recette du liquidateur. Dur pour les salariés innocents.

    Le napalm semble être la solution des noeuds gordiens juridiques. Après tout le risque et son corollaire de cautérisation par liquidation font parties de la pratique courante.

  25. Antoine,

    qu’entends tu par:

    « 4,1 milliards de positions nues…
    Hum… Kerviel est un débutant ».

    Je ne comprend ni l’une ni l’autre de tes affirmations. Je suis novice mais ça m’intéresse beaucoup.

    En espérant une réponse de ta part,

    Etienne

  26. Dans L’Agefi du 26/03/2009 :
    Des départs en France mettent AIG en difficulté

    L’assureur américain pourrait devoir faire face à des défauts sur 234 milliards de dollars de transactions

    L’assureur américain pourrait devoir faire face à des défauts sur 234 milliards de dollars de transactions dans les dérivés après le départ de deux dirigeants de AIG Banque à Paris, croit savoir le journal en s’appuyant sur une source anonyme et un document d’ AIG fourni au Trésor américain. Le quotidien précise que Mauro Gabriele et James Shephard ont quitté récemment AIG qui doit leur trouver des remplaçants approuvés par les autorités françaises de régulation bancaire, à moins que ce ne soit les régulateurs qui nomment ces successeurs. Or le journal explique que de tels changements pourraient donner lieu à des défauts en raison de certaines clauses dans les contrats de dérivés. …/…

    Il semble qu’il y ait un peu d’intox, tant mieux.

  27. A la seconde lecture, je crois avoir compris comment fonctionne un emprunt d’instrument de dette. Et ce que je comprends, c’est qu’un tel emprunt est de la spéculation pure, car si le prix de l’instrument (emprunté et aussitôt vendu) ne baisse pas, on l’a dans le baba : il faut le racheter au prix fort pour pouvoir le restituer. Ce qui me sidère, c’est que l’on puisse recourir à ce genre d’opération totalement hasardeuse, à tout le moins risquée, pour soit disant « se couvrir » !!! Donc, si j’ai bien compris, on « couvre » une opération risquée par une autre qui l’est un peu moins.

    Voilà bien un article qui justifie de mettre un terme à tous paris sur les « fluctuation de prix ».

Les commentaires sont fermés.