L’actualité de la crise : Méthode Coué : exercice appliqué, par François Leclerc

Billet invité.

METHODE COUE : EXERCICE APPLIQUE

Si l’on délaisse pour un instant Wall Street, les annonces de brillants résultats en façade provenant des plus grands banques américaines, et le feuilleton toujours sans fin de l’annonce des résultats des « stress tests » menés par le Trésor dans les comptes de ces mêmes banques, on peut porter un regard tout aussi sceptique sur les pronostiques relatifs à l’amélioration de la situation économique qui continuent de fleurir chez les hommes politiques.

Avant d’y venir, on peut aussi remarquer, qu’à en croire les visages avenants présentés aux investisseurs par les banques, dans une sorte de danse de la séduction un peu impudique vue la crise économique, qu’il y a décidemment deux mondes avec de moins en moins de choses à voir entre eux. Celui de la finance, qui prospérerait donc dans la crise, envers et contre tout, et celui de l’économie, dont les jours sombres s’accumulent sans fin, en dépit des tentatives de faire croire le contraire.

Lawrence Summers, le principal conseiller économique de Barack Obama, s’est fait ces derniers temps une réputation d’optimiste invétéré, encore alimentée par ses dernières déclarations du 14 avril à la chaîne d’informations économiques et financières CNBC. Il a exprimé à cette occasion la ferme conviction que la situation actuelle était « plus contrastée » qu’il y a deux mois, quand on ne pouvait « rien trouver de positif ». En ajoutant, pour faire contraste, « ce qui donnait l’impression que l’économie était en chute libre. Cette assertion laisse songeur, quand on lit les raisons qui le conduisent à penser ainsi: « le marché du logement est toujours faible, mais il y a un certain nombre de choses qui sont plus positives », a-t-il assené sans trop s’étendre, s’appuyant également sur la fin du processus de déstockage des entreprises, « qui peut être source de force » dans l’avenir, et des dépenses de consommations, « qui ne sont pas en chute libre ».

Pour ne pas être en reste, Ben Bernanke, le président de la Fed, a affirmé le même jour, devant des étudiants d’Atlanta, percevoir des signes que la chute de l’activité économique aux Etats-Unis s’affaiblissait. En d’autres termes, on chute toujours, mais un peu moins vite. N’ayant pas eu le temps, sans doute, de consulter le communiqué du département du Commerce, indiquant au même moment que les ventes de détail aux Etats-Unis avaient baissé en mars (1,1% par rapport à février), alors que les analystes anticipaient la poursuite de leur hausse des deux mois précédents. « Une stabilisation de l’activité économique est le premier pas vers la reprise », a-t-il poursuivi, passant allégrement dans sa présentation de l’affaiblissant de la chute à la stabilisation, comme si elle était déjà acquise et pour demain matin.

Afin de couper court à toutes les interrogations malvenues, le président de la Fed a également affirmé que « le dollar restait à ses yeux la monnaie de référence mondiale», tout en poursuivant : « cette situation n’a pas changé et je ne vois vraiment aucune perspective de changement dans un avenir proche ». Il semblerait qu’aucun étudiant n’ait profité de la séance de questions-réponses qui a suivi l’exposé pour lui demander : « et dans un avenir moins proche ? »

Dans un discours prononcé toujours le même mardi à l’université Georgetown de Washington, Barack Obama a été plus prudent en déclarant apercevoir « une lueur d’espoir», avant de présenter « sa vision ». Affirmant avec clairvoyance et d’entrée de jeu qu’« une économie dans laquelle 40 % des bénéfices sont issus du secteur financier tandis que le revenu familial régresse n’est pas durable ». Annonçant les têtes de chapitre d’une « refondation », qui ne sera pas réalisée en plusieurs années a-t-il martelé, pour ne pas faire de fausses promesses. Tout en faisant le grand écart avec le présent, après s’être s’efforcé de justifier les capitaux publics apportés aux banques par l’effet multiplicateur qu’ils auront en faveur de cet avenir plus radieux.

Pendant ce temps, les affaires continuaient sans attendre, exprimant une autre vision. Permettant de mieux comprendre comment les banques pouvaient afficher de tels résultats, dans l’attente de ceux qui sont espérés pour le prochain trimestre. JP Morgan Chase et Wells Fargo, ainsi que Fannie Mae et Freddie Mac, parmi d’autres, viennent d’informer avoir relancé leurs saisies immobilières, après les avoir suspendues durant plusieurs semaines. L’activité de « carry trade », quant à elle, repart de plus belle, après avoir été quasi paralysée ces derniers temps. L’agence de presse Bloomberg donne ainsi l’exemple d’achats en dollars, en euros ou en yen de devises Brésiliennes, Hongroises, Indonésiennes ou Sud Africaines, produisant de forts beaux rendements, en raison des forts différentiels des taux d’intérêts dans ces pays. A l’occasion d’une conférence téléphonique à propos de ses résultats, David Viniar, le directeur financier de Goldman Sachs, reconnaissait avoir activement racheté des actifs sur le marché , « car il y avait beaucoup de bonnes opportunités » (de la part de vendeurs comme les hedge funds, à la recherche désespérée de liquidités). D’autres s’annoncent, comme on l’a abondamment relevé, grâce au financement public de l’achat des actifs toxiques, ou par le biais du « big bang » des CDS dont la mise en place a été annoncée.

Un fort déphasage peut être constaté entre la santé retrouvée des grandes banques, à coup de cosmétiques et à force de bonnes affaires, et la crise économique dans laquelle le pays baigne tout entier. Il semble que le rôle attribué à Barack Obama soit de crédibiliser l’idée que « l’industrie financière » est le fer de lance de l’aggiornamento qu’il annonce. Rude tâche.

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43 réflexions sur « L’actualité de la crise : Méthode Coué : exercice appliqué, par François Leclerc »

  1. Je ne crois pas que cette info soit déjà passée ici.

    Signe que tout va pour le mieux, les procédures de saisies US ont atteint un niveau de « destruction » jamais observé de 341180 (seul le mois de décembre 2008 avait dépassé les 300000)
    Le cumul T1 2009 est, quand à lui, de bien plus de 20% supérieur au précédent record du T1 2008.

    Donc, prix de l’immo à venir toujours en baisse et bilans « réels » des banques en 2009 encore plus détériorés…

    Ah oui, comme JJJ l’a noté, le GEAB 34 est sorti, il vaut le détour.

    Bonne soirée.

  2. Ils verront peu à peu l’anéantissement de leur rêve de rétablir, par leurs propres moyens, par la seule méthode Coué le paradis financier sur terre, malices, combines en tous genres. La désolation sera si grande que l’on entendra de tous les pays, de toutes les capitales et de toutes les classes de la société, un autre grand cri déchirant ! Signe que tout va mieux dans le meilleur des mondes, le leur, tout est bien sur encore possible dans la tromperie, la vaine action humaine …

  3. En même temps que d’attribuer la responsabilité de la crise financière aux gouvernements, aux banquiers, aux promoteurs de la déréglementation, mais aussi aux analystes qui doivent revoir, selon lui, les principes de base de leurs analyses, l’ancien président-directeur général de la division des investissements du Canadian National Railway (CN), Tullio Cedraschi, s’est dit plutôt optimiste hier à Montréal quant à la reprise économique en critiquant « ceux qui prédisent l’enfer » en soulignant que ces mêmes prédicateurs n’avaient pas vu arriver la crise actuelle. Selon lui, « le plus tôt les marchés seront remis entre les mains des marchés, le mieux ce sera ».

    « Ces éditorialistes, ces politiciens, ces régulateurs, ces analystes à la télévision…Où étaient-ils avant la crise? Ils n’ont rien prédit à ce moment-là alors pourquoi est-ce que je devrais les croire maintenant? se demande Tullio Cedraschi. Ils ont absolument tort. »

    On a l’impression en écoutant ça que ce monsieur Cedraschi inverse les rôles. Ceux qui sont optimistes nient le fait que l’on se trouve avec une crise systémique. Ils parlent juste de récession (après avoir même ignoré au début cette récession) alors que l’on est déjà face à une dépression. Les prophètes de malheur ne sont pas ceux qui sont pessimistes mais ceux qui nous ont conduit à cette crise.

  4. Selon Nouriel Roubini, les hypothèses les plus pessimistes retenues pour les stress tests sont plus optimistes que la réalité des chiffres actuels.
    C’est comme faire passer un examen de 4ème à des élèves de terminale.
    Les résultats sont connus d’avance, ….. et honte à l’éventuel malheureux qui raterait.

  5. Effectivement contrairement aux idées reçus les prophètes de malheur, d’hier ou d’aujourd’hui, scientifiques ou pas, économistes ou pas, philosophes ou pas, écologiques ou pas, historiens ou pas, sont bien loin en réalité des intentions premières venant des prophètes du « bonheur » aux mêmes automatismes de conduite très « machinaux » pour faire paraît-il mieux le bien d’autrui en direct et à l’image …

    Alors qui sont réellement les faux prophètes ? Les prophètes du bonheur ou du malheur ? Lorsqu’ils nous promettent aussi continuellement la lune, mais quelle grande folie humaine partagée, alors que nous nous rendons bien compte que tout cela sonne de plus en plus faux, il y aurait encore tant d’autres choses à dire sur les prophètes du  » bonheur  » des gens bien sur très vaniteux, présomptueux, arrogants et qui n’ont aussi jamais réellement connu le malheur dans leur histoire …

  6. @Olivier M. : « en soulignant que ces mêmes prédicateurs n’avaient pas vu arriver la crise actuelle »

    Quelle mauvaise foi, ce Cedraschi. Ce sont bien plutôt les gens comme lui qui n’ont rien vu venir (ou ne voulaient rien voir venir) et continuent à nier la réalité. La ressemblance avec la chute du bloc communiste est de plus en plus frappante et on risque d’aller tout aussi vite dans les grands changements.

  7. @ Moi et franck

    Tout à fait d’accord avec vous. Je m’aperçois en fait que le relan d’optimisme que l’on constate ces derniers temps tend à renverser la vapeur. D’ailleurs, chaque jour, on prédit quasiment une relance de la Bourse et de l’économie. Ce sont bientôt des gens comme Paul Jorion, François Leclerc ou le LEAP qui vont être traités de criminels qui prédisent l’enfer alors que ce sont eux parmi une poignée d’autres qui ont mis le doigt sur les facettes de cette crise systémique avant qu’elle ne menace l’économie réelle toute entière.

    En écoutant certains médias et analystes, on connaîtrait presque la date, l’heure et la minute de la sortie de crise alors qu’aucun d’entre eux ne l’avaient prédite.

  8. Optimisme……………..
    Il ne s’agit pas, de mon point de vue, d’optimisme mais de fabrication d’illusion une fois de plus. Quand on ne peut plus traficoter les choses on en change les mots (Jaurès?)
    Un billet de Marc Mayor, ici http://www.cafedelabourse.com/archive/article/le-rebond-actuel-un-lent-piege-a-pigeons/
    y voit quelque chose de déjà connu, qui se situe dans la continuité des agissements prédateurs des initiés. L’ère du plumage de pigeon, et pour que le travail soit bien fait,ça va prendre du temps……..

  9. Les pronostics relatifs à l’amélioration de la situation économique sont le résultat de la nouvelle épidémie que le magazine Marianne évoque : la « reprisologie ».

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