L’écharpe rouge

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Il y a un peu plus de trente ans, je suis allé interviewer les Provos d’Amsterdam pour écrire un mémoire de sociologie. J’en suis revenu avec une grande tendresse pour le penseur de Provo, Roel van Duyn, et une grande admiration pour l’un de ses soutiens les plus précieux, le poète Simon Vinkenoog. J’ai beaucoup aimé aussi les grandes écharpes de deux mètres que les étudiants hollandais portaient repliées en deux pour former une sorte de nœud coulant et qui remplaçaient un manteau en hiver. De retour, j’ai demandé à ma mère de m’en tricoter une semblable.

Quinze ans plus tard, jeune professeur à Cambridge, je portais toujours ma longue écharpe rouge. Je l’ai examinée un jour sans sollicitude et comme elle était pleine de trous, je l’ai mise à la poubelle. A cette époque, j’avais un étudiant thésard, italien, qui ne ratait aucun de mes cours et qui, à la fin de l’un d’eux, me prit à part pour me dire avec une gravité inhabituelle : « Paul, je voudrais te parler ! » Je lui dis « Bon ! », et nous sommes allés nous asseoir à l’écart. Je m’attendais à une révélation dramatique sur sa vie personnelle, mais ce n’était pas ça : « Paul », me dit-il avec une certaine solennité, « tu ne portes plus ton écharpe rouge. Faut-il y lire une signification politique ? »

Si vous êtes familier des échanges récents sur ce blog, vous comprenez pourquoi cette anecdote de l’écharpe rouge me revient aujourd’hui à l’esprit. Je suis anthropologue et sociologue de formation et je me pose des questions sur le monde où nous vivons et tout spécialement où il va. J’aimerais dire : « C’est mon métier ! » Bien sûr je n’aurais jamais choisi ce métier si j’étais allergique au fait de me poser ce genre de questions. Sur la réponse qu’il faut apporter à la plupart de celles-ci, et comme vous pouvez le constater, je n’ai encore qu’une idée très vague et je réfléchis tout haut en votre présence. C’est peut-être ce flou qui permet à mes bribes de réponses de devenir pour certains d’entre vous le support à un test projectif comme les taches du Rorschach, où chacun lit ce qui lui passe en réalité par son propre esprit.

Vous n’avez accès qu’aux commentaires du blog, moi je reçois en sus des courriels où l’un me dit que la révolution mondiale n’attend qu’un signal de moi pour se déverser sur le monde, un autre que la Terre n’a jamais connu pire crapule vendue à la finance. Et ceci, bien entendu, à la lecture des mêmes billets. Le jour viendra peut-être où ce sera le même qui m’écrira le premier message le matin et le second dans la soirée, ayant lu sur mon blog un « peut-être », là où il espérait un « c’est bien possible ».

Je caricature bien sûr, mais vous m’avez compris : il en va là comme de l’écharpe rouge. Certaines idées, j’en conviens, sont capitales, et doivent être traitées à ce titre. Faites-moi plaisir cependant, si jamais la tentation vous effleure de lire dans ce que j’écris davantage que ce qui y est dit, repoussez-la avec vigueur !

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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40 réflexions sur « L’écharpe rouge »

  1. Si on vous reproche à la fois tout et son contraire, c’est que vous ne devez pas être loin d’avoir un point de vue équilibré.

    L’absence totale de reproche serait peut-être encore plus dérangeant, non? 🙂

  2. Le rejet comme suite naturelle à l’adhésion, les adeptes du site ont trouvé leur bouc émissaire en quelque sorte; disons que c’est une réaction printanière! Rien de bien nouveau sous ce soleil justement.
    L’actualité est d’une platitude déconcertante et les incursions dans la théologie, philosophie et autre science de l’atome nourrissent quelque peu l’esprit rompu à la vision eschatologique du moment. Ce n’est que diversion, vautré que nous sommes dans l’oeil d’un cyclone qui n’en finira pas d’alimenter les analyses et polémiques brillantes…
    Merci pour ses petits morceaux de détente musicale et vocale qui egrènent les lectures jorionesques .

  3. L’idée du Rorschach est bien vue (vous me l’aviez déjà sortie dans un courriel personnel et j’imagine que vous l’avez sans doute fait avec d’autre), même si personnellement elle ne me rappelle pas que des bons souvenirs. J’ai l’impression que ce rôle de « révélateur » que vous assumez parfaitement échappe à beaucoup de personnes qui vous commentent. Un peu comme si j’avais craché au visage du psy en hurlant : « Ordure ! C’est de ta faute si je vois grouiller des cafards grimaçants sous cette tache ! ». Si je bois toujours le petit lait de vos analyses (et de celles de François of course dont l’apport est venu à point nommé), je m’éloigne toujours plus de vous quant à ce que je pressent de l’avenir. Pourtant, il est évident que je n’ai pu faire ce chemin là en grande partie que grâce à vous. D’autres néophytes (et beaucoup moins aujourd’hui) doivent éprouver la même chose. C’est pourquoi aussi je continue à m’efforcer –modestement- de vous soutenir.

  4. Mon cher Paul,

    « …si jamais la tentation vous effleure de lire dans ce que j’écris davantage que ce qui y est dit, repoussez-la avec vigueur! »

    Ayant pratiqué Lacan en chair et en os, si je puis dire, vous savez bien où ça se passe, non ?

    Au plaisir de vous lire…Encore,
    Cordialement.

  5. Dans TRAITE pour le grand dérangement – avril 2009 – page 7

    « C’est plutôt un processus à accompagner qu’un problème
    à résoudre. Plutôt une mutation à vivre dans son imprévisible
    qu’une difficulté à dépasser.
    – Il n’est de la légitimité de personne de donner la leçon, de
    fournir des solutions, mais il est du devoir de tous de ne pas
    déserter cette totale exigence : il faut participer. Participer,
    pour nous, c’est oser penser soi-même, oser s’interroger soimême,
    oser proposer et imposer soi-même. L’idée de mutation
    (ou de métamorphose) s’impose alors. Toute mutation suppose,
    par son ampleur, qu’une réflexion soit déclenchée au
    niveau de chacun, dans la conscience et dans l’esprit de chacun,
    et qu’elle chemine sans chaînes dans les imaginaires de
    tous. « 

    1. Je lis un peu tout, je surf avec un certain ennui parfois. Je m’arrête et je dis : c’est beau comme commentaire et je partage ces lignes….

  6. @ Paul

    C’est probablement parce que bon nombre de nos convictions relèvent en réalité du préjugé. Qu’un raisonnement convaincant les ébranle et la tentation est grande de crier à la manipulation. Les réactions virulentes que vous enregistrez sont peut-être l’expression du désarroi, et à ce titre méritent de ne pas être appréhendées au premier degré. « Les questions ne sont jamais indiscrètes, mais les réponses le sont parfois » disait Wilde, ce dandy de la psychanalyse…

  7. Cher Monsieur Jorion,

    Surtout, ne vous découragez pas. Pour avoir tenu un blog, je sais ce que c’est que d’être disséqué mot pour mot par des exégètes qui extrapolent à l’infini la moindre virgule surnuméraire.

    Mais prés de 10% de la population mondiale présente des troubles psychiatriques plus ou moins sévères; ces commentateur fous sont peut-être le strict équivalent de la mémé hurlant à la sortie du métro.

    Bref, tout ça pour vous dire qu’un seul mot de vous et mon grand maître suprême Xhiantos lâchera sa meute ardente sur ces chie…hum pardon.

  8. Paul Jorion dit:
    « …si jamais la tentation vous effleure de lire dans ce que j’écris davantage que ce qui y est dit,… »

    On croit entendre, en vous lisant, un : »Au fond, vous ne me méritez pas… », un peu dépité.

    Me vient la tentation de citer la première réaction (Mattern.Charles): « Le rejet comme suite naturelle à l’adhésion… » (mais… comme si c’était vous, Mr.Jorion, qui commenciez à faire ce rejet, à l’endroit de certains commentateurs peu pertinents, et à votre sens trop nombreux…)

    Et cependant, Il n’est que de survoler la plupart des commentaires de la plupart des blogs pour s’apercevoir que, sur le vôtre, le niveau est de loin très supérieur…(orthographe parfois un peu malmenée, mais ne chipotons pas, c’est devenu banal…)

    Et puis, des commentaires « à la Rorschach », n’est-ce pas le prix à payer quand on ose ouvrir à tous vents son esprit dans un « blog-Internet », comme vous le faites?
    Vous ne disposez d’aucun filtre, que votre propre pertinence « a-priori », si je puis me permettre.

    Vous ne nous aimez pas?
    Fort bien, nous non plus!
    Mais nous avons besoin de vous ( et vous, un peu, de nous…C’est tellement plus agréable de ne pas réfléchir dans le vide.)

    Alors, mal gré que vous puissiez en avoir, Mr.Jorion, et tant que vous en avez la force et la lucidité, continuez de « réfléchir tout haut en notre présence », et nous vous promettons de tourner sept fois notre clavier avant de commettre un agaçant: « Paul, je voudrais te parler. »

    Vient à point cet aphorisme du bon Proust:
    « …Chacun appelant idées claires celles qui sont au même degré de confusion que les siennes propres. »

  9. « Il y avait un espace incertain entre ce qu’il savait et ce qu’il voulait croire, mais il n’y pouvait rien, et quand on ne peut rien y faire il faut vire avec »

    A Proulx

  10. Ma quête ne sera pas celle du Graal, mais chevauchant par delà les indices, je lance une croisade, retrouver l’écharpe rouge. Je fonce à Cambridge.
    Il faudra faire dater l’étoffe au carbone 14
    Il faut agir vite, avant qu’elle ne parte au recyclage !

  11. Je pense qu’en tant qu’ancien proffesseurs de sociologie et d’antropologie, vous devez être aux anges. Entre ceux qui ne voie que par vous, ceux qui ont appris a voir grace vous et ceux qui ne peuvent pas vous voir parce que vous leur faites de l’ombre.

    A mon avis vous avez su mettre en application votre metier et c’est vrai que cette plateforme de discussion, représente un panel d’esprit plus ou moins brillant mais surtotu un panel sociologique. Le jeunesse, pronant la révolte, l’entre deux ages essayant de comprendre ou ont va, l’histoire d’être mieux préparé a négocier l’avenir, et la troisième classe les plus agée, ceux qui ont deja réussi leur carrières qui se demande en fin de compte si toute une vie de savoir leur permettra de trouver les bonnes solutions.

    Mrs Jorion, vous faites comme tout le monde vous essayer de renplir le temps qui vous est apparti. C’est vrai que vous le faite sur des sujets brulants. Donc ne soyez pas surpris d’être le piromane des uns ou le christ des autres. Vous offrez un espace de débat c’est deja pas mal.

  12. Relisant le commentaire de Reiichido, qui ne manque pas d’humour, me revient une de ces idées que je rumine depuis fort longtemps… 🙂

    La communication par internet mériterait d’être analysée en profondeur. Elle comporte des qualités majeures, comme celle par exemple de se soustraire à l’immédiateté: On pourrait estimer en cela les propos sur internet plus réfléchis que ceux issus de l’oralité, parce qu’écrits. Ceci dit, ils ne le sont pas tous bien entendu. Néanmoins, ce mode de communication présente également au moins un défaut majeur, sans doute inhérent à toute relation épistolaire, à savoir qu’il ne transcrit pas les intentions. C’est le propre de l’oralité, par les intonations de voix et les mimiques du visage, que de transmettre au propos les intentions de son auteur.

    Par exemple, une phrase telle que « vous allez mourir » peut prendre des sens tout à fait antagonistes, selon le ton sur lequel elle est prononcée. Soit elle traduit une menace, ou au contraire elle transpire compassion et empathie. A l’écrit, la seule possibilité pour le lecteur de décider l’un ou l’autre de ces deux cas est de relier la phrase à son contexte, le conduisant sur la voie de l’interprétation, et s’il n’y prend pas garde, du préjugé.

    Il me semble que c’est une expérience commune à de nombreux internautes que d’avoir expérimenté un jour la réaction étrange et virulente d’un interlocuteur alors qu’on pensait n’avoir écrit qu’une banalité. Le mot lancé par Reiichido, « exégète », est le bon. L’exégèse des textes écrits est à la fois la plus grande nécessité et la plus lourde tare de ce mode de communication.

  13. Je crois que la vraie question pour toutes et tous est de savoir si nous pouvons encore tolérer les situations de misère économique, mais aussi morale et intellectuelle, dans lesquelles les dirigeants et les propriétaires de ce monde nous font tous survivre et, si nous pensons qu’i faudra encore le tolérer, à quels renoncements supplémentaires serons nous contraints ?
    La question peut aussi être posée dans les termes : « quel monde voulons nous laisser à nos enfants », question qui est inséparable de « à quels enfants voulons nous laisser ce monde ? »

  14. @ Dissonance
    Sans prendre mon cas, sans intérêt, pour une généralité , souvent on ne dialogue qu’avec soi-même.
    Un des premiers intérêts des autres (sans les réduire à ça) , c’est justement qu’il vous force d’abord à éclaircir votre pensée en vous imposant une communication ou seul le sens précis des mots et celui du raisonnement.
    Donc , en fait la ‘tare’ est une contrainte lourde mais positive.

  15. @Opposum:

    « […] c’est justement qu’il vous force d’abord à éclaircir votre pensée […] »

    Non. Si je ne conteste pas l’intérêt apporté par la discussion, en revanche son intérêt n’existe pas a priori mais bien a posteriori. Ce n’est qu’une fois la réaction de l’interlocuteur observée que je suis amené à rectifier, le cas échéant, la teneur de mon discours.

    Ceci nécessite toutefois que l’interlocuteur en question soit encore réceptif après ce premier échange. Il peut arriver qu’il comprenne si mal, ou que je m’exprime si peu précisément, qu’il refuse tout nouvel échange, ou encore qu’il s’enferme dans le déni systématique de tous mes propos (cas décrit par Paul dans son billet).

    Ceci dit, pour ôter la connotation péjorative contenue dans le mot qui vous fait réagir, je peux reformuler ainsi, ce qui vous conviendra peut-être mieux (je l’espère): L’exégèse est un mal nécessaire.

  16. @ James… mais surtout, « quels enfants allons nous laisser à ce monde ? »
    Et justement ce blog est là avec ses multiples intervenants pour répondre à ces questions. Même si les réponses et les questions elles mêmes sont interprétées.

  17. @ PJ, Logique, James et ceux qui s’interrogent
    Où va le monde ? L’affaire est entendue. Ce sera la décroissance, mais personne ne veut l’admettre.
    Les marchands de douceurs qui depuis toujours nous vendent des futurs enchanteurs sont tous devenus impuissants. Leurs fonds de commerce ne valent plus rien. Il ne leur reste que de vains stratagèmes : la dilution financière ou verbale.
    D’autres, rêvent de tout casser pour continuer autrement à s’enivrer avec ce funeste élixir qu’on appelle croissance… du pouvoir d’achat, du niveau de vie, du progrès social, des droits de l’homme…
    Hélas, l’humanité n’a plus de droits. Il ne lui reste qu’un devoir, survivre pour assurer sa descendance. Les hommes les plus aptes pour cela ne sont-il pas ceux qui ne se sont pas fourvoyés sur la voie du progrès industriel ?
    Alors, rendez-vous à l’Olduvaï et en attendant préparons-nous à devoir travailler beaucoup plus pour avoir beaucoup moins.
    http://generationsfutures.chez-alice.fr/petrole/olduvai.htm
    http://www.peakoilandhumanity.com/FR_table_des_matieres.htm

  18. @ dalembert … & Paul,

    hé bien très justement nous y voilà, car c’est exactement là que çà se passe si je comprends bien ce que vous mi-dites (du verbe mi-dire, pas de ce que vous ‘m’y dites’ car je n’aurais pas cette prétention)…

  19. A propos d´exègése, et du sens des mots un détour par Hilaire de Poitiers, évêque au IV éme siècle:

    « …la compréhension des mots doit être tirée du contexte…car le fond (res ) n´est pas subordonné à la langue (sermo ),
    c´est la langue qui est subordonnée au fond » (Du pouvoir de diviser les mots et les choses-P.Legendre).

    Pour ceux qui l´ignorent encore, je ne saurais trop recommander la lecture de l´oeuvre de P. Legendre, stimulante et profonde, parfois difficile, elle ne mérite certainement pas l´ostracisme dont elle est victime.

    Ses recherches éclairent le chemin qui a conduit la civilisation dans le merdier où elle s´est mise,
    et pourquoi elle y est.

    Je sais que Jorion sait.

  20. Précision ( ou à quel point l´aliénation est grave )

    Je voulais dire la civilisation ‘occidentale’, évidemment.

  21. Cher PJ,

    En pleine crise financière et économique du bon emploi de la parabole ; le percolateur ou l’écharpe rouge ne peuvent être balayés d’un revers de la main. Circulez, il n’y a rien à voir !

    Cette fameuse écharpe non pas offerte mais voulue en souvenir de rencontres avait bien une valeur, symbolique ou sentimentale. Vous l’aurez portée régulièrement quinze années, bien qu’usée au cours de cette longue période de temps ; vous la gardiez jusqu’au jour où vous avez pris la décision de vous en séparer.

    Vous voudriez nous faire croire que cet évènement, cette écharpe jetée et non remplacée, ne représentait rien d’autre que la banale destruction d’un objet devenu trop usé ainsi Devenu inutile?

    Cela me fait plutôt penser à cette personne qui garde précieusement une photo vieillie, disons celle d’un premier amour, qui un jour découvre que cette photo est décidemment trop jaune et la détruit. Usée cette photo l’était depuis longtemps mais un Jour elle était Devenu Inutile.

    Vous nous donnez deux exemples de sollicitations présentés comme antagonistes l’un patient pour lancer la révolution, l’autre impatient et convaincu que vous demeurez un vendu de la finance ; antagonisme de façade puisque ces deux modèles sont aussi radicaux l’un que l’autre dans la volonté de « révolution », j’imagine que vous recevez également des courriels de réformateurs ou de dangereux conservateurs.

    Le percolateur, version hard de l’infusion à la sauce éducative peut se révéler être un dangereux populisme dans sa mise sous pression. Vous souhaitez, et je le comprends, qu’on n’anticipe pas au-delà de vos écrits par rapport à nos propres aspirations, tentation il est vrai de prendre pour certains d’entre nous, nos désirs pour vos réalités.
    Alain

  22. @ dalembert,

    A Pierre Legendre je préfère le néoquartésianisme de son voisin breton Gagnepain… mais je ne vais pas vous écharper pour Cà!

  23. Parfois je me pose la question en ce qui concerne Paul, de savoir si à trop vouloir comprendre on ne finit par par adhérer malgré soi, pourtant le refus, la négation ou la révolte peuvent souvent être une façon intellectuellement paresseuse de trouver une solution aux problèmes. L' »habit ne fait pas le moine » dit-on mais c’est pourtant généralement le cas et cela n’est en fait qu’une exception à une règle qui est son contraire. Parfois aussi je me demande si à analyser certains produits financiers on ne se retrouve pas plutôt avec un modèle dont la logique serait fausse. Cela me fait penser à une martingale qu’avait envisagée mon petit frère pour un jeu de hasard le tout avec foultitude de calculs mathématiques. Il avait un certains nombre d’hypothèses et une suite d’implications toutes logiques et vraies mais parmi les hypothèses il y en avait une que je lui assurait mathématiquement fausse, et lui de m’assurer que si 99% de la démonstration était juste elle devait l’être entièrement. Évidemment la seule hypothèse fausse servant en partie sa démonstration la rendait logiquement entièrement fausse. Mal lui en pris d’essayer d’investir quelques euros (seulement heureusement) mais il eu tôt fait de s’apercevoir que de sa martingale était totalement inefficace et que étant réduite à quelques numéros, même la chance de toucher le gros lot ne lui était permise ! De là j’en vient parfois à penser de même sur la finance où parfois me semble t-il certains éléments n’ont plus réellement de sens réel et qu’en les acceptant où les analysant on intériorise une mauvaise hypothèse comme élément fondateur que l’on arrive même plus à discerner de l’ensemble.

  24. @ Jean-baptiste,

    Et quelle serait chez Paul Jorion la mauvaise hypothèse intériorisée comme élément fondateur?

  25. Les internautes croient inconsciemment que l’auteur d’un blog est indestructible. Ils s’aiguisent les dents dessus.
    Comme les élèves sur un prof.
    Comme un bébé sur sa mère.

    Les commentateurs les plus « virulents » de ce blog sont loin d’atteindre la violence qu’on peut constater sur d’autres sites.
    Ici, effectivement, presque pas de fautes d’orthographe, de la réflexion, des effets « boule de neige » constructifs. On a surtout, à mon sens, affaire à des amateurs de sociologie, philosophie et/ou de poésie.
    Amateurs de jolies choses et de jolies idées.

    J’aime beaucoup votre ton profondément intègre, que ce soit pour vous indigner, vous étonner, ou expliquer. Je n’ai connu cela qu’en vivant en Belgique.

  26. @Jean-baptiste et Eugène
    L’hypothèse qui est peut-être la plus fausse en économie/finance ne serait-elle pas la rémunération du temps (taux d’intérêts)?
    Je ne parle pas pour Paul. Je m’interroge en général!

  27. Ce que demande mr Paul est impossible ….
    Les choses sont ainsi faites que chacun à sa perception du monde.

    Un curé qui se trouvait particulièrement fier de son dernier sermon chercha un jour a avoir le feedback d’un de ses paroissiens.
    « quoi? Ce qui m’a semblé le plus important dans votre sermon ? C’est quand vous avez dit de tournez la page.
    Cà colle vraiement bien avec ma vie « .

    Bref, m’sieur paul, l’essentiel n’est pas dans ce qui est dit , mais dans l’intention.

    Ho bon , çà va…, je retourne au piquet.

  28. Croire que les mots suffiraient à une compréhension parfaite entre nous autres, êtres zumains, est illusoire , et d’ailleurs, le dialogue sur internet en est la preuve permanente.

    Autant l’intention est difficile à percevoir , et autant le dialogue est compliqué.

    Les poètes d’ailleurs se servent des mots tout en allant bien au de là de leurs sens …Alors hein ?deux ?

    L’intention , le regard … .
    http://www.stars-portraits.com/fr/portrait-16505.php?origin=star

  29. Une phrase de Lacan est que nous sommes parlés, donc même quand on parle, nos mots deviennent les mots des autres qui nous parlent, et à notre tour nous les parlons. La palais de glaces.

    Il y a aussi la parallaxe qui nous fait comprendre le même texte de façons différentes selon le moment où on le lit. Sauf pour les textes scientifiques qui cherchent à éviter ça par la précision, bien que…

  30. ECHANGES ET DÉMOCRATIE EN SURSIS

    «  »Toujours se poser des questions sur le monde où nous vivons et tout spécialement où il va :
    C’est plutôt un processus à accompagner qu’un problème
    à résoudre. Plutôt une mutation à vivre dans son imprévisible
    qu’une difficulté à dépasser.
    – Il n’est de la légitimité de personne de donner la leçon, de
    fournir des solutions, mais il est du devoir de tous de ne pas
    déserter cette totale exigence : il faut participer.
    Participer, pour nous, c’est oser penser soi-même, oser s’interroger soi-même,
    oser proposer et imposer soi-même. L’idée de mutation
    (ou de métamorphose) s’impose alors. Toute mutation suppose,
    par son ampleur, qu’une réflexion soit déclenchée au
    niveau de chacun, dans la conscience et dans l’esprit de chacun,
    et qu’elle chemine sans chaînes dans les imaginaires de tous. “ »

    Ceci n’est pas de moi (merci Cécile) et j’eu tant voulu qu’il le fut.
    Mais cela me ramène à une crainte qui me ronge de plus en plus :

    Le jour où l’internet s’arrêtera.

    En envisageant cette éventualité catastrophique pour la création d’idées novatrices, faiseuses d’opinions raisonnées collectivement, si nécessaire à « la totale exigence » brillamment explicitée dans le texte ci-dessus, j’y trouve deux causes possibles qui pourraient s’associer opportunément le moment venu:

    -cause économique :
    Il faut se réinterroger sur ce qui permet à internet de fonctionner financièrement et surtout techniquement. Le savoir faire (conception et production) des équipements d’autocommutateurs et de répétiteurs, par exemple, ont déserté les territoires USA comme Européens aux cours des dernières années à l’occasion des délocalisations massives qui ont suivi l’explosion de la bulle des nouvelles technologies.

    -cause politique :
    sans verser dans une totale théorie du complot, partant du constat que la crise sociale va toucher de plus en plus de personnes et, dont les moins de trente ans qui sont déjà extrêmement concernés et sont les plus promptes à se servir du web pour organiser mouvements de penser, pétitions, regroupements etc. , donnant naissance à des contestations en dehors des cadres institutionnalisés des partenaires sociaux, les décideurs politiques pourraient, à un certain stade de crise, perdre leur « patiente » ou leur « sang froid »(selon l’idée qu’on se fait d’eux) et organiser l’interruption du réseau ou pour le moins la limitation de la possibilité de trafic à des échanges banalement inoffensifs.

    L’urgence, nécessaire à la poursuite de « la totale exigence», ne serait elle pas de réclamer, tant qu’il en est encore temps, une sorte de classement d’internet au patrimoine de l’humanité , en sanctuariser sa disponibilité pour tous ?

  31. Ben forcément…

    Dès lors qu’on est assez lucide à propos du capitalisme pour comprendre qu’il n’est pas un système mais un mode de production, les questions apparemment théoriques deviennent des enjeux sociaux. Et, dans ce registre, la violence vient prendre parti en lieu et place de la morale, volens nolens.

    Gracchus Babeuf, par exemple, avait beau être aussi un constitutionnaliste, il savait qu’il fallait se donner les moyens pratique de cette édification.

  32. Le contrôle « politique » d’internet existe déjà partiellement.

    Certains sites d’information dite alternative (c’est à dire non alignée sur la presse mainstream) connaissent régulièrement des problèmes. (Site désactivé, procès en justice à l’encontre du webmaster, spamming,…)
    Des comptes sont supprimés sur des plateformes comme dailymotion ou youtube, de même que des vidéos gênantes pour l’establishment sont régulièrement censurées.
    Ce n’est pas de la paranoïa, ce sont des faits.

    Internet libre est déjà en danger.

  33. j’ai connu vers 1982, au moment du projet de câblage expérimental en fibre optique de Biarritz, un débat sur l’architecture réseau en étoile ou en pyramide.

    Le coté égalitaire du réseau en étoile nous a longtemps enthousiasmé par la promesse de faire se parler les hommes e x sans hiérarchie, sans forcément d’intérêts autres que l’échange d’idées, une sorte de communauté de l’intelligence « round over the world » accessible au plus grand nombre (disposant quand même d’un abonnement et d’un ordi ).
    je voudrai absolument, alors que nous en avons le plus grand besoin, qu’on ne DÉSESPÈRE PAS INTERNET.

  34. @ dalambert (/20-04; 13:16),

    On ne peut pas non plus se sortir d’un merdier en tirant soi-même sur la tige de ses bottes!

    Si inconscient il y a bien dans la tête de chacun, qu’est-ce que vous proposez pour en tenir compte qui soit opératoire, je veux dire pour que ce soit d’une part les moins inconcients aux manettes, ou les moins dérangés de l’inconcient?

  35. Travaillant sur ce thème en constatant avec regret la prééminence de l’économique sur le politique au point que les politiques sont soumis à leurs exigences au-delà de toute volonté démocratique.
    Aujourd’hui l’économie dirige les politiques pour son seul profit !

    Donner une indépendance de l’économique par rapport au politique via une constitution différente laissera encore à des « professionnels » souvent non élus de libres décisions générant une classe de technocrates rêvant de maitriser le monde.

    Non, à mon avis c’est dans notre constitution que nous devons enrichir d’une nouvelle séparation des pouvoirs (à condition bien sur de déjà respecter la séparation initiale républicaine ce qui est de moins en moins vrai en France).

    Je pense qu’il faut que nos institutions séparent l’économie du politique, le rôle du politique, via l’assemblée, est d’assigner des objectifs aux pouvoirs économiques, tel que l’emploi, la production de biens durables, l’objectif d’absence de pollutions, la distribution des produits, etc…

    Le rôle des entreprises est de remplir prioritairement ces objectifs et secondairement seulement d’en tirer profit, sinon elles devront être nationalisées pour être remises entre les mains de ceux s’engageront à remplir ces objectifs

    Mais le plus important est de reconstruire une monnaie indépendante des financiers eux-mêmes, une monnaie stable et démocratique, dont les règles soient connues de touts et auto régulée par son fonctionnement. Je pense avoir une piste fonctionnelle décrite sur ces pages
    http://www.trazibule.fr/monnaie-serie-2.php.

    Nous devons organiser une constituante…

  36. « Faites-moi plaisir cependant, si jamais la tentation vous effleure de lire dans ce que j’écris davantage que ce qui y est dit, repoussez-la avec vigueur ! » : c’est très drôle que vous ayez réussi à glisser une faute de syntaxe qui exige un effort surhumain pour savoir que le « la » de « repoussez-la » représente « la tentation ». Ce « repoussez-la » tombe comme un cheveu sur la soupe car elle a la forme d’une proposition principale. La circonstancielle « si jamais… » étant subordonnée à « Faites-moi plaisir », le lecteur (syntaxiquement logique) n’a aucune raison d’en prendre le sujet pour le lier à « repoussez-la ». Avec « de la repousser », qui serait subordonnée à « Faites-moi plaisir », on comprend tout de suite que le représenté par « la » est à chercher dans la circonstancielle qui précède, et donc qu’il ne peut être que « la tentation ».

  37. Histoire fortement sympa! Et bonne vigilance de votre part que je partage entièrement.

    George Greenstein que j’ai rencontre dans un oevre de Ken Wilber disait;

    Ask a new question and you will learn new things.

    J’aime beaucoup la simplicité et profondeur de cette rematque.

    Vous êtes anthropologue et sociologue de formation avec un riche expérience dans le monde financier.

    Je suis né dans une famille ou le père était entrepreneur et mêre enseignant, suivant une étude
    commerce agricole et après j’ai acheté un diplome MBA en Anvers (Money Buys All c’était un texte sur les T-shirts des ‘étudiants’ 😉 )

    Nous posons naturellement des questions différents et reçois par conséques des reponses différement. Mais ces questions et réponses vont se joindre tôt ou tard.

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