« Eppur si muove ! »

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Christophe écrit à propos de l’un d’entre vous qui, convaincu il y a quelque temps que les banques commerciales ne créent pas d’argent ex nihilo, n’en est plus aussi sûr aujourd’hui :

C’est comme si on vous expliquait tous les jours que c’est la terre qui tourne autour du soleil avec toute la difficulté que cela suppose à vous l‘expliquer car il faut aller plus loin que les apparences et vous vous dites : « C’est compliqué mais c’est vrai : cela permet d’expliquer beaucoup de choses » mais dès que vous sortez dehors vous constatez que non : c’est bien le soleil qui tourne autour de la terre, c’est là devant vos yeux, le soleil tourne d’Est en Ouest et cela est bien la preuve que ces savants sont vraiment fous !

Je l’ai expliqué déjà : j’ai fait mon enquête pendant plusieurs mois, en votre compagnie et grâce à votre aide, pour voir si mes sens avaient pu être abusés durant la dizaine d’années où je travaillai pour des établissements de crédit parmi les plus grands de la planète. Voici la manière dont je présente les choses dans le manuscrit de mon livre « L’argent », à paraître en septembre chez Fayard :

Quelle ne fut pas ma surprise cependant de découvrir que le désaccord existe parmi les différents auteurs aussitôt que l’on aborde des questions pourtant aussi simples que de savoir si les banques commerciales, celles où nous déposons l’argent dont nous n’avons pas un usage immédiat, créent ou non de l’argent, ou bien si elles prêtent ou non l’argent que nous déposons sur un compte-courant auprès d’elles. La raison de tant de confusion est simple : nous disposons de plusieurs langages pour parler de l’argent et quand il s’agit de traduire de l’un vers l’un des autres, les problèmes de traduction peuvent rapidement devenir très sérieux. Ainsi nous parlons parfois de l’argent en termes purement économiques, et je veux dire par là en termes de flux monétaires : « Il court, il court, le furet : il est passé par ici, il repassera par là … ». Quand nous parlons de l’argent en tant que flux, rien ne se crée, rien ne se perd : quand je dépose de l’argent à la banque, que celle-ci le prête, qu’il lui revient augmenté d’intérêts qui lui ont été versés et qu’une fraction de ces intérêts me sont ristournés à moi, il ne faut pas qu’un seul centime s’en soit perdu : s’applique ici ce que j’appellerai tout au long de cet ouvrage un « principe de conservation des quantités ».

Ce langage économique aurait dû en toute bonne logique suffire à la tâche quand il s’agit de parler d’argent, à ceci près qu’on s’aperçut au fil des siècles que ce langage n’était pas suffisamment strict dans ses termes pour interdire que des sommes n’en soient aisément dérobées au passage par ceux que l’argent tente – à savoir par tout un chacun. On inventa alors ce qui s’appelle la « comptabilité en partie double », un nouveau langage qui présente la particularité que tout s’y équilibre toujours : que le passif y est par définition égal à l’actif mais qui enfreint à tout bout de champ le « principe de conservation des quantités » et qui, du coup, peut faire croire à celui qui ne maîtrise pas parfaitement ses subtilités que des sommes apparaissent, comme du chapeau du magicien, pour disparaître ensuite. Mais malgré les défauts de la langue comptable pour ce qui est de sa compréhension intuitive, elle présente l’avantage infiniment précieux qu’il y est beaucoup plus difficile de faire disparaître des sommes (de véritables « flux monétaires ») sans que rien n’y paraisse, et c’est pourquoi la comptabilité en partie double fut adoptée avec enthousiasme par ceux qui voyaient leurs bénéfices fondre comme neige au soleil au contact de certains de leurs employés industrieux sans doute mais aussi indélicats.

Répétons-le cependant : si le « principe de conservation des quantités » n’avait pas toujours été d’application stricte pour tout ce qui touche de près ou de loin à l’argent, le capitalisme serait mort au berceau et les Bourses ne seraient jamais nées car leur accès aurait été rendu impossible par les cohortes de plaignants encombrant les rues, massés devant les portes du tribunal de commerce.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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164 réflexions sur « « Eppur si muove ! » »

  1. @ Etienne,
    on peut être en partie d’accord avec vous, une distribution progressive de monnaie en faveur de tous les usagers d’une monnaie pourrait sans doute stimuler l’activité sans nécessairement causer d’inflation, car l’appareil productif a de grandes réserves de capacités!

    Cela avait bien marché durant toutes ces années d’expansion et pourrait peut-être marcher encore, en tout cas mieux qu’en les donnant directement aux banques qui les planquent!

    Malheureusement, et j’imagine que pourriez être d’acc avec moi, les surplus auraient néamoins tendance à disparaître plus ou moins vite de la circulation, simplement parce que les créanciers, échaudés, vont, dès qu’ils attrappent un billet, le planquer néanmoins.
    Donc, hors d’un feu de paille, tenté par le Japon avec des bons de consommation, il ne se passerait sans doute pas grand’chose.

    Si vous faisiez cette distribution populaire avec la monnaie anticrise (tout aussi progressivement bien sûr!), l’effet serait permanent, car la monnaie « fondante » est bien davantage une monnaie « permanente » qu’une monnaie seulement « fondante ».
    Il vaudrait mieux peut-être l’appeler « monnaie vivante », car cette monnaie doit être « nourrie », notamment contre le temps qui passe, et la vie se maintient vivante si on décide de le faire!
    Alors que la monnaie actuelle, sans « fonte », a un côté mort qui défie le temps, et le résultat est qu’elle exige la RENTE DU TEMPS qui passe que l’on appelle INTERET!
    C’est pourquoi la monnaie actuelle est véritablement mortifère au sens où elle favorise l’attente spéculative et le chantage permanent qu’exerce le capital sur le travail.
    Son côte INERTE est ce quoi en fait RESERVE DE VALEUR et CAPITAL ORIGINEL!
    Introduire la monnaie fondante serait finir avec le capitalisme, tien de moins!

    A propos de la proposition de Fisher et sa 100%money, je crains que cela ne marcherait pas si bien, car la crise de confiance actuelle est très profonde, alors, tant qu’il y aurait une crise de crédit, je crois que la thésaurisation et la déflation ne seraient guère enrayées sans monnaie anticrise.

    La monnaie anticrise ne saurait se planquer et circulerait sansrelâche, quand bien même les banques, du fait de eurs prises derisque insensées feraient faillite.
    La monnaie anticrise reviendrait à circuler même dans les cas où les banques essayeraient de l’utiliser pour se renflouer, car elles ne pourront la garder telle qu’elle, soit elles garderaient les anciens billets (non périssables) et libèreraient toujours à nouveau la monnaie anticrise pour la circulation, soit elles achèteraient d’autres biens actifs, et elles libèreraient encore la monnaie anticrise toujours et encore!
    Autrement dit, le texte de Fisher (qui connaissait les idées de Gesell!) aurait mérité d’être complété par une semblable suggestion.
    Utiliser la monnaie anticrise serait enfin le moyen de créer une onnaie réellement redistributive EN TOUTE CIRCONSTANCE, simplement parce qu’elle ne urra faire autre chose que constituer la demande solvable à tout moment disponible.
    Cela répond à bien d’autres points en même temps qui dit que seule la monnaie qui circule est, en fin de compte, monnaie!
    Pour radicaliser la théorie, on pourrait même dire que la monnaie n’est monnaie qu’au moment même d’une transaction pour devenir un bout de papier l’instant d’après et juqu’à la transaction suivante!
    La resistence à cela est avant tout politique, je suppose!

    Bien à vous, jf

  2. @ Etienne

    « ce qui entraine mécaniquement une hausse des prix, et très rapidement, c’est l’effet de rareté qui nait quand on crée TROP de monnaie par rapport à ce que les producteurs peuvent produire immédiatement »

    à ce sujet, lire aussi Joseph Pouemi, « Monnaie, servitude et liberté ». Ses explications sont claires comme de l’eau de roche. Très accessible.

    sinon suis preneur des références de votre pile ! (on ne distingue pas bien les titres sur votre photo)

  3. @ Johannes,

    Effectivement, et les gens accepteraient sans doute d’autant mieux ce nouveau type de monnaie qu’on la leur donnerait (les premiers temps, et de temps en temps).

    Cependant, si je suis séduit, comme vous, par les recherches qui visent à dissuader les gens de garder la monnaie (parce que cette tendance toute naturelle prive clairement les autres d’un composant aussi précieux que l’air et que, en quelque sorte, elle asphyxie tout le système), je trouve cependant plus simple que la monnaie à timbre –(et peut-être aussi plus facile à faire accepter par tous)– la technique (banale) de l’inflation (qui ruine petit à petit les thésauriseurs) accompagnée d’une indexation générale des salaires et des loyers sur la hausse des prix (indexation qui préserve le pouvoir d’achat de ceux qui bossent).

    C’est ce qu’on a connu pendant les « Trente Glorieuses » (avec un certains succès) et c’est, je crois, ce à quoi pensait Keynes quand il nous conseillait avec une insistance pressante d’euthanasier le rentier.

    L’inflation a au moins cet effet extraordinairement bénéfique (et méconnu ?) d’euthanasier le rentier.

    Le problème en ce moment, comme le souligne bien Jacques Généreux, c’est que les hommes au pouvoir ont vieilli et sont devenus eux-mêmes rentiers.

    Ce qui explique bien des choses.

    Et ce qui rend encore plus pertinente et urgente l’institution du tirage au sort pour désigner ces hommes au pouvoir.

    Chacun ses priorités, mais ça se maille bien 😉

    Amitiés.

    Étienne.
    ________________

    Tout homme qui fera profession de chercher la vérité et de la dire sera toujours odieux à celui qui exercera l’autorité. Condorcet (Mémoire sur l’instruction publique, 1791).
    ________________

  4. En réponse aux questions suivantes :

    Comment la création (ex nihilo) de monnaie centrale par la banque centrale respecte-t-elle, elle, le “principe de conservation des quantités” ?

    Par essence, si on « crée », on ne respecte plus de principe de conservation des quantités. Ça, c’est de la physique élémentaire.

    Est-ce que l’application d’un “principe de conservation des quantités” à la monnaie moderne n’est pas un peu “datée” ?

    Pour le dire plus simplement, est-ce que l’expression “principe de conservation des quantités d’un concept immatériel” n’est pas irrémédiablement un oxymoron consubstantiel?

    Comme Paul, je réponds non aux 2 questions. Pourquoi?

    1/ Que la monnaie soit de l’or physique, des chiffres en comptabilité ou des suites binaires sur les disques durs d’ordinateurs, à partir du moment où on peut la quantifier, théoriser un principe relatif à cette quantification relève de la logique et fait au moins autant sens que si on l’applique à la physique ou la mécanique. Aucun doute là-dessus. Alors évidemment, on peut objecter que justement on ne peut pas quantifier la monnaie… Ah bon? Et que font les Banques Centrales alors?

    2/ Ce que je dis ci-dessus pour la première question à valeur de réponse pour la deuxième question également, pour les mêmes raisons. Matériel ou immatériel, ce qui se quantifie peut tout à fait se voir appliquer des théorèmes relatifs à sa quantification.

    Et qui donc, d’après vous, crée la monnaie supplémentaire qui apparaît chaque année et enfle au sein de M1, M2 et M3 ?

    Ma question sur la définition du mot ‘monnaie’ était bien d’actualité puisque Shiva, avec qui j’étais plutôt d’accord, s’est fait aussitôt contredire par Julien.

    1/ Je ne contredis pas Shiva, je précise simplement qu’il donne la définition de la monnaie telle qu’elle est communément admise, et je précise qu’à titre personnel, cette définition donne à la monnaie un champ des possibles qu’elle ne devrait pas pouvoir embrasser. Tout l’objet de la réflexion (sauf pour ceux ici pour qui l’exercice consiste simplement à pousser des solutions personnelles en tordant une réalité qu’ils refusent d’appréhender car elle bouleverse leurs acquis) est justement de comprendre le fonctionnement actuel de la monnaie pour en proposer une définition et un fonctionnement qui neutralise les effets pervers liés à sa mauvaise définition et sa mauvaise utilisation.

    2/ La « monnaie » telle qu’elle est définie actuellement est donc bien à la fois un moyen d’échange et une réserve de valeur. La monnaie fondante imaginée par Gesel, solution activement promue par Johannes Finckh, pose sur le papier les fondements théoriques permettant d’ôter à la « monnaie » sa caractéristique de réserve de valeur. A mon sens, c’est l’unique qualité de cette solution qui soulève par ailleurs d’autres problèmes, et c’est pourquoi il est impératif que la réflexion évolue vers des solutions plus intégrées. A ce titre, je suis persuadé que les solutions du passé (gestion de la monnaie dans le même périmètre de définition par l’Etat ou la Banque Centrale, monnaie fondante, etc.) ne sont pas adaptées à l’ambition du lieu.

  5. @ Etienne
    Sans rien y connaître, je pense que vous avez raison : l’inflation n’est pas qu’une adaptation de la quantité de monnaie, donc de la notion relative de valeur à la quantité de richesses réelle disponible à l’échange, à un moment donné.
    Ce mécanisme existe , bien sûr , et il est probablement fondamental , mais il est intermédié par des pratiques sociales et idéologiques qui vont le différer, le formater, voire le détruire. Donc la corrélation n’est pas parfaite , vous avez raison.

    Ainsi, il ne suffit pas de rendre l’argent pas chère pour créer bêtement de la croissance au travers d’une dynamisation de l’activité économique. La vitesse à laquelle vous injectez ce surplus de monnaie est capital . Au delà d’un certain point, le système va absorber (Qui refuserait de l’argent pas chère ? miam miam) pour ne nourrir que des bulles ou de la thésaurisation ou bien … ? .
    La bulle est une variété tératologique de l’inflation. Tant qu’elle reste localisée et atterrit en douceur dans un espace plus ou moins confiné, cela reste supportable , mais lorsqu’on se met à générer du crédit sur de la bulle, c’est à dire du crédit sur du crédit, et ce sur plusieurs étages, on construit alors un système extrêmement instable, la globalisation achevant de rendre ce risque systémique et la titrisation mêlée à divers produits financiers à la fois très complexes et anticipatifs , achèvent d’obscurcir définitivement le tableau.
    Mais je radote.

    Je termine en vous délivrant cette intuition très personnelle : la notion de valeur , sur laquelle j’ai le sentiment que peu réfléchissent, rend les mécanisme monétaires difficilement appréhendables , dans la mesure où le prix des choses est une notion extrêmement difficile à établir. On sait bien que le ‘prix’ du marché boursier d’une entreprise ne signifie pas grand chose. Même la rareté est difficilement quantifiable dans son ‘prix’.
    Bref la valeur est un gouffre où l’homme déverse bien d’autres choses que de l’économique.

    Donc vous avez raison également -enfin, je pense- en disant qu’il est bien difficile ou impossible de mesurer la quantité de monnaie , ou plutôt que cette mesure ne nous dit rien de son efficience.

    Mais avec votre fabrique de faux dollars qui financerait de l’humanitaire sur du ex-nihilo sans que ‘personne ne s’en aperçoive’ , vous êtes dans l’onirique le plus complet. J’ignore si la sanction invisible en serait de l’inflation, de la bulle ou autre chose … mais il y aurait nécessairement une ‘sanction’ -même sous une forme surprenante et inconsciente- , car la loi suprême est que celui celui qui prend aux autres (et l’argent n’est que cela) , doit obligatoirement rendre .

    A moins que vous ne conceviez votre système comme uniquement une amorce, aussitôt débranché dès que le système économique arrive à assurer lui-même la destruction des signes monétaires qu’il introduit en son sein.

    @ Julien
    Vous semblez d’accord avec Paul sur le principe de conservation des quantités.
    Paul se cantonnant dans rôle du prophète qui indique la direction sans préciser le ou les chemins, pourriez vous expliciter cette idée et répondre à la remarque toute bête que s’il y avait vraiment conservation des quantités, comment le mouvement et les transformation s’expliqueraient-ils ?

    Je peux comprendre l’idée que le ex-nihilo n’est peut-être qu’une illusion en ce sens que ce droit à tirer sur les richesses d’un instant T, implique nécessairement et physiquement que d’autres en seront ‘privés’, même s’ils disposent de la monnaie qui le leur permettrait théoriquement. Mais la masse monétaire s’est bien accrue quantitativement , même si -à l’instant T-, sa valeur est la même.

    Conservation de la quantité de quoi ? de la valeur nominale de la monnaie ou de sa valeur réelle ? …
    (et comment l’articuler sur la valeur ‘irrationnelle’ que l’homme rajoute à tout ? )

    D’accord avec vous -si je peux me permettre- , pour relativiser l’intérêt de la monnaie fondante parce qu’elle n’est déjà plus adapté à la nouvelle croissance qu’un monde fini nous impose et parce qu’on va aboutir à un trafic de monnaie et des marchés noirs , l’imagination des hommes étant sans limites. D’accord avec vous pour poser que le périmètre de l’ Etat n’est peut-être pas le lieu de la solution mais enfin il ne peut qu’être un acteur de premier plan , au minimum en mettant en œuvre et faisant respecter une définition de la monnaie plus proche de l’idée de bien commun.

  6. Sur le rapport monnaie / inflation, je crois que nous sommes tous d’accord pour dire que le monétarisme a vécu. Vive le « rapport de forcisme »!

    Sur la conservation des quantités, La Palice dirait que, évidemment, on ne conserve des quantités que si et seulement si elles sont quantifiables, ce qui exclut explicitement (en l’état actuel des définitions ceci dit…) les notions de « valeur réelle », « irrationnelle », « humaine », etc.

    Le principe de conservation des quantités de monnaie est un principe absolu, qui s’applique aussi bien à une définition restrictive qu’élargie (reconnaissances de dettes, actifs « moins liquides », agrégats monétaires, etc.). Mouvements et transformations s’expliquent par la création de monnaie entendue au sens restrictif (Banque Centrale), et il est évident que quand la Banque Centrale crée de la monnaie, le principe de conservation des quantités n’est pas d’application, mais personne ne dit le contraire : le principe de conservation des quantités est d’application pour tout la monnaie déjà « créée », étant entendu qu’aucune banque commerciale n’a ce pouvoir. Par conséquent, leurs agissements (aux banques commerciales) ne peuvent avoir pour conséquence de rupture unilatérale du principe de conservation des quantités.

    Le souci soulevé par une réflexion sous cet angle est que l’on retombe très vite dans le débat monnaie endogène/monnaie exogène – multiplicateur / diviseur.

  7. @ Oppossum

    … la notion de valeur, sur laquelle j’ai le sentiment que peu réfléchissent…

    Hmm…

    Le rapport entre la valeur et le prix (1999)

    Le prix et la « valeur » d’une action boursière (2007)

    Vous semblez d’accord avec Paul sur le principe de conservation des quantités.
    Paul se cantonnant dans rôle du prophète qui indique la direction sans préciser le ou les chemins…

    Entrez « conservation des quantités » dans « Rechercher », trois billets y sont consacrés.

  8. Quelle « conservation des quantités » si la Banque centrale refinance sans rechigner au fur et à mesure que les banques accordent des crédits ?

    Cher Julien,

    Vous avez dit quelque chose de très important (je crois) : « le principe de conservation des quantités : cela signifie que le montant de monnaie utilisable à un instant T est toujours égal à la monnaie Banque Centrale. »

    J’ai deux questions, si vous voulez bien.

    1) Cette affirmation paraît très surprenante au premier abord : j’aurais dit que les ordres de grandeur n’avaient littéralement rien à voir : intuitivement, la masse des DAV est tellement plus importante que la masse de monnaie banque centrale, et les flux permanents entre tous ces DAV paraissent si intenses, que j’ai du mal à adhérer d’emblée à votre proposition. Mais elle peut-être tout à fait exacte, et ce serait déterminant dans notre conversation. Quels sont les chiffres qui vous conduisent à dire cela ? Connaît-on le volume des paiements en espèces, virements et chèques à chaque seconde ? Pouvez-vous nous donner du ‘data’ là-dessus, par exemple sur la zone euro ? Est-ce que les ordres de grandeur sont respectés avec M0 ?

    2) Si j’ai bien compris, vous dites que le principe de conservation des quantités s’applique aux bc (banques commerciales) mais pas à la BC (Banque Centrale) : « il est évident que quand la Banque Centrale crée de la monnaie, le principe de conservation des quantités n’est pas d’application, mais personne ne dit le contraire : le principe de conservation des quantités est d’application pour tout la monnaie déjà “créée”, étant entendu qu’aucune banque commerciale n’a ce pouvoir. »

    Christian Gomez, patron d’une grande banque française, m’a expliqué longuement que le banquier, au quotidien, cherche d’abord à vendre des crédits sans se soucier de leur financement : dès qu’il a accordé un crédit, il passe le bébé à d’autres services qui vont s’occuper de l’éventuel refinancement, s’il est nécessaire, en fonction de la compensation du moment.

    En annexe, je rappelle son explication, assez claire, qu’il avait faite l’an passé à une petite liste de correspondants (c’est moi qui met en gras ce sur quoi je voudrais attirer votre attention pour comprendre ma question).

    Donc, dans l’ordre –et l’ordre a une importance capitale, il me semble (dites-moi si je me trompe) :
    1) la bc consent un crédit et alimente un DAV (disponible pour des dépenses immédiates),
    2) puis, elle compense avec les autres bc (qui ont fait la même chose de leur côté : elles aussi ont consenti des crédits),
    3) puis, si la compensation la rend débitrice, et seulement dans ce cas si j’ai bien compris, elle cherche à se refinancer.

    Déjà, il semble que ce refinancement ne soit que partiel puisque la compensation a dispensé d’une partie du refinancement (et la partie du crédit qui n’a pas dû être refinancée a bien été créée, non ?).

    Mais passons ; car c’est un autre mécanisme sur lequel j’aimerais connaître votre opinion : imaginons que la compensation n’ait rien apporté et que la banque s’avère débitrice de la totalité du crédit accordé (c’est le cas si aucune autre banque n’a accordé de crédit ce jour-là, n’est-ce pas ?). La bc doit refinancer 100% du crédit qu’elle a accordé ce matin.

    La bc va voir la BC pour lui emprunter de la monnaie centrale, n’est-ce pas ?
    Comme garantie, la bc offre en gage les titres mêmes que son client du matin lui avait donnés pour obtenir son propre crédit (je trouve ça, d’ailleurs, incroyablement facile pour la bc : où est la limite ?).

    ======================

    C’est ici que se trouve ma question principale :

    À ce stade, si la BC refinance sans barguigner, si elle crée systématiquement la monnaie centrale nécessaire pour refinancer les crédits accordés par les bc, que vaut votre « principe de conservation des quantités » soi-disant imposé aux bc ?

    OK : selon vous, ce ne sont pas ces banques qui créent elles-mêmes la monnaie prêtée, MAIS SI elles peuvent FAIRE CRÉER cette monnaie (par la BC) au gré de leur propre activité, c’est la même chose, non ?

    Autrement dit, si les bc ne peuvent prêter que de la monnaie centrale (contraintes qu’elles seraient par un « principe de conservation des quantités »), MAIS SI elles peuvent déclencher sans limite (au fur et à mesure qu’elles consentent des crédits) la fabrication ex nihilo de monnaie centrale (par une BC qui, elle, n’est PAS soumise au principe de conservation des quantités), quelle est la portée pratique du « principe de conservation des quantités » ?

    ========================

    Encore merci pour votre patience (et pour la qualité des liens que vous nous signalez).

    Étienne.

    _______________

    Il convient de ne pas violer l’un des principes fondamentaux de la méthodologie scientifique,
    à savoir de prendre les réfutations au sérieux. Paul Feyerabend, « Against Method », 1974, p.109.
    _______________

    .

    Annexe : la création monétaire expliquée par… un directeur de banque :

    [C’est un professionnel de la banque qui parle, spécialiste de la finance internationale]

    « 1) il n’y a pas un banquier qui vous dira qu’il crée de la monnaie, car… il ne le sait pas (sauf s’il a été un bon élève de l’IEP ou des facs d’Éco, et encore…)

    2) le banquier de base (agences du réseau) vous dira plutôt qu’il se bat tous les jours pour attirer de nouveaux clients et donc de nouveaux dépôts…

    3) il n’y a aucun « complot » dans cette attitude, aucune « omerta », car il n’y a aucun besoin de connaître le processus de création monétaire pour être un bon banquier ( il vaut bien mieux être un bon analyste financier pour évaluer les risques liés au crédit).

    Par ailleurs, rechercher le « secret » en analysant un bilan bancaire est une tentative vouée à l’échec : les dépôts à vue apparaitront nécessairement comme une « ressource » au même titre que les dépôts à terme et d’épargne. Les discussions sur la possibilité ou non de prêter les DAV me paraissent largement surréalistes (sans vouloir heurter quiconque), pour ne pas dire sans fondement.

    Pour comprendre le processus de création monétaire, il faut « déconstruire » le processus qui part du crédit accordé et se boucle par son « financement » au niveau de la banque et du système bancaire global en essayant de bien déterminer ce qui est génération d’un pouvoir d’achat ex-nihilo sur l’économie (création monétaire) ou un transfert d’épargne (intermédiation financière).

    Accorder un crédit, c’est d’abord, par un simple jeu d’écriture, inscrire une somme au crédit d’un compte avec laquelle on pourra faire des paiements. Ensuite, l’histoire commence… En fonction de ce que deviennent les flux d’argent, la banque va faire face à des besoins de financement différenciés.

    Cas le plus simple –une seule banque et une seule monnaie– pour comprendre la problématique :

    Supposez qu’il n’y ait qu’une seule banque X et qu’une monnaie (les dépôts à vue gérés par cette banque), on voit immédiatement que le crédit effectué trouve immédiatement son financement qui est le dépôt à vue créé lui-même puisque :

    – toute dépense, c’est-à-dire tout transfert d’argent du récepteur du crédit (débit du compte dans la banque X et donc diminution du dépôt à vue dans cette banque)

    – …va se retrouver comme réception d’une recette pour un autre agent (crédit du compte dans la banque X et donc augmentation du dépôt à vue dans la même banque).

    Globalement, on aura donc au niveau du bilan de la banque :
    – à l’actif : une créance
    – au passif : un dépôt à vue détenu par Durand alors que le crédit avait été accordé à Dupont.

    Peut-on dire que la créance a été financée par Durand ? Certainement pas car, pour Durand, cet argent est immédiatement disponible et va entrer dans son plan de dépenses et ainsi de suite.

    L’augmentation globale de la dépense et donc du revenu à la fin du process sera :
    delta(dépenses) = V (vitesse de circulation de la monnaie) * delta(dépôts à vue).

    Cas plus complexes pour se rapprocher du fonctionnement réel :

    a) cas de 2 banques :

    Maintenant supposez qu’il y ait deux banques qui se partagent le marché et que les dépôts se répartissent entre elles selon un certain rapport (parts de marché). Il est facile de montrer que si les augmentations de crédit et donc de dépôts se font selon ce rapport, la création de crédit/monnaie n’a aucune limite car le « refinancement » des deux banques sera « automatique », les dépôts partant à la concurrence étant exactement compensés par les versements venant du concurrent.

    b) Introduction d’une Banque Centrale pour gérer les déséquilibres de trésorerie entre les deux banques :

    Si ce n’est pas le cas, il faut un troisième « larron » (sans jeu de mots) : la Banque Centrale, car, s’il y a un déséquilibre entre les entrées et les sorties de fonds pour chacune de ces banques vis-à-vis de l’autre, il faudra que cela se règle par virements sur leurs comptes à la BC.

    Et, là l’affaire se complique… un peu… car, il y a désormais deux sortes de monnaies :

    – la monnaie bancaire (les dépôts à vue détenues par les banques)
    – la monnaie de base (Banque centrale)

    c) système monétaire en économie fermée avec :

    – monnaies bancaires (dépôts à vue des banques)
    – comptes des banques auprès de la banque Centrale (réserves)
    – billets et pièces émis pour le compte du Trésor par la Banque centrale.

    À partir de là, il est facile de reconstituer les notions jumelles/complémentaires de:

    multiplicateur de crédit : une injection de monnaie banque centrale conduit à un multiple de monnaie en circulation via le mécanisme du crédit bancaire.

    diviseur de crédit : une addition de nouveaux crédits entraine une demande supplémentaire de refinancement en monnaie banque centrale. »

  9. @Paul & Christophe & Holbecq

    Entièrement d’accord avec Holbecq.

    Pour la conservation des quantités de Paul je pense que c’est une explication incomplète qui aboutit à la conclusion erronée que les banques commerciales (bc) n’ont pas le pouvoir de création de monnaie scripturale.
    Wikipedia est pourtant claire à ce sujet: http://fr.wikipedia.org/wiki/Cr%C3%A9ation_mon%C3%A9taire#M.C3.A9canisme_de_cr.C3.A9ation_de_la_monnaie_scripturale .

    Si les banques commerciales n’avaient pas le droit de créer de la monnaie (scripturale), alors pourquoi les ratios de solvabilité et les ratios de réserves obligatoires ne sont-ils pas 100%?

    Quant à Christophe, qui affirme que les bc en difficulté qui demandent l’aide de l’Etat prouvent qu’elles n’ont pas le pouvoir de création monétaire, il n’a pas saisi que quand un actif d’une bc perd de sa valeur, elle doit pour rester solvable le vendre à un bon prix ou alors compenser cette perte par un bénéfice ailleurs ou encore augmenter ses capitaux propres en vendant des actions; mais la création monétaire ne lui sert à rien car ceci augmente autant son passif que son actif et ne compense donc pas du tout la chute des actifs toxiques.

    Explications:

    1) Quand un client apporte de l’argent sur son dépôt, alors la bc augmente son passif (dépôt du client) et son actif (compte Banque Centrale (BC)). Il n’y pas ici de création monétaire car l’augmentation du bilan de la bc correspond à une diminution du cash en circulation (si le client apporte du cash) ou à une diminution du compte BC d’une autre bc (si le client fait un transfert depuis une autre bc).

    2) Ensuite la bc peut réutiliser (système fractionaire) 98% de cet apport pour couvrir des nouveaux prêts alors que 2% sont gelés dans le compte BC comme réserves obligatoires.
    Ces prêts sont le font de commerce de la bc et elle sera d’autant plus motivée à en faire un maximum.
    A chaque prêt la bc augmentera son bilan: au passif comme un crédit sur le compte dépôt de l’emprunteur; et à l’actif comme une créance (reconnaissance de dette de l’emprunteur).

    Je pense que Paul Jorion arrête son analyse à ce stade quand il affirme qu’il n’y a pas de création monétaire par les bc.
    Mais poursuivons: il y a l’effet multiplicateur et surtout le ratio de solvabilité.

    3) L’effet multiplicateur consiste à dire que si l’emprunteur paye des fournisseurs, ceux-ci placeront une bonne partie de la somme sur leur compte bc qui le reprêtera plusieurs fois consécutives (chaque fois 98% de la somme). Au final un apport de 100 euro augmentera les dépots de 5000 euro (x50).
    Par exemple si B achète 100 stylos à 1 euro à A, qui place les 100 euro sur son compte bc, puis que B emprunte 98 euro et achète 98 stylos supplémentaires et ainsi de suite, au final B aura 4900 euro dettes et 5000 stylos et A aura 5000 euro sur son compte. C’est bien la création monétaire de la bc qui aura crée 4900 euro.
    Paul Jorion pourrait argumenter que A n’a pas 5000 euro mais 100 euro de monnaie BC + 4900 euro de créances (de l’emprunteur B) et que les quantités sont conservées. Cela s’appelle jouer sur les mots, car A voit 5000 euro sur son compte et il a bien produit et vendu 5000 stylos.
    Le système serait plus honnête si A pouvait choisir de mettre ses euro sur un compte dépôt avec 100% de réserves obligatoires (r.o.) ou sur un compte investissement avec 2% de r.o. et par là-même choisir son risque.
    Bien entendu, si un jour B fait faillite et casse tout ses stylos, et si la bc n’a pas assez de fonds propres pour amortir la perte, alors A verra qu’il ne peut plus retirer ses 5000 euro du compte et que la création monétaire est une entourloupe qui permet au bc de gagner plus d’intérêts. (je reviens plus bas sur ce point)

    4) Le ratio de solvabilité limite la quantité de crédit/prêts qu’une bc peut offrir à ses clients (accords de Bâle 2, ratio Cook ou MacDonough).
    Si par exemple le ratio minimum est de 8% et si la bc a 80 Million euro de fonds propres, dont 60 MO investis (infrastructures/salaires) et 20 MO sont sur son compte BC (trésorerie), alors elle pourra faire des prêts jusqu’à hauteur de 1 Milliard euro, sans avoir besoin qu’un client fasse un apport (cf. étappes 1) et 2)). Il y ici aussi création monétaire depuis une bc. L’argument de conservation des quantités de Paul Jorion est ici clairement invalidé. Et à chaque augmentation de capital de 1 MO cette bc pourra prêter/créer 12.5 MO supplémentaires.

    Note sur le cas de fonds propres insuffisants:
    La banque gagne l’intérêt moins l’impôt et porte 8% du risque (fonds propres). Le peuple gagne l’impôt versée par la banque et porte 92% du risque (soutient de l’Etat financé par les impôts ou par l’inflation (monétarisation de la dette par la Banque Centrale qui achète les obligation de l’Etat)).
    L’argent emprunté à la banque que l’acheteur d’un bien paye au vendeur est en fait une promesse de rembourser plus tard, l’interet devrait donc aller au vendeur et non pas a la banque.
    Les emprunteurs de la banque payent les marchands avec de l’argent-dette créé par la banque dès la signature des reconnaissances de dette; la monnaie reçue des marchands n’a pour contrepartie à la banque que la reconnaissance de dette (ainsi qu’une petite partie des fonds propres de la banque) et c’est donc bien les marchands qui devraient recevoir 92% de l’intérêt des emprunteurs!

  10. Conclusion:
    Les banques commerciales ont bel et bien le pouvoir de création monétaire. Cependant ce pouvoir est limité par les ratio de réserves obligatoires ainsi que le ratio de solvabilité. De plus cette monnaie est scripturale et non pas fiduciaire, donc la banque commerciale doit débiter de la monnaie fiduciaire (Banque Centrale) quand les emprunteurs retirent en cash ou quand ils transfèrent vers une autre banque commerciale. S’il on admet que la part retirée en cash est faible (et cela est d’autant plus vrai depuis que les lecteurs de cartes bancaires ont envahi les commerces) et s’il on admet que les transferts vers les autres banques commerciales sont environ égaux au transferts depuis ces autres banques alors les besoins de réserves en monnaie centrale sont faibles et c’est pourquoi la BCE n’impose que 2% de réserves obligatoires.

    Il est important de comprendre que la monnaie fiduciaire des Banques Centrales et la monnaie scripturale des banques commerciales n’a comme principale contrepartie qu’une reconnaissance de dette (la créance sur l’emprunteur). La valeur de la monnaie est donc un pari sur la richesse qui sera produite dans l’avenir. Si ce pari est perdu (crise économique majeure) alors la monnaie ne vaut presque plus rien. C’est pourquoi aujourd’hui les autorités injectent autant de liquidité; c’est comme une partie de poker où un bluffe demande une sur-relance toujours plus haute pour ne pas être perdu.
    Et quand bien même la Banque Centrale injecterait des liquidités sans limite, au bout du compte les entreprises/particuliers finissent par être si endettés qu’ils ne peuvent plus emprunter d’avantage. Quand cette limite est atteinte il ne reste que deux options:
    i) laisser les entreprises/particuliers/banques faire faillite en série, purger la dette, et finalement la croissance repartira lentement; cette option a été choisie en 1929 et personne ne voudrait en revivre les terribles conséquences (chômage, pauvreté).
    ii) dévaluer le poids des dettes en dévaluant la monnaie, c’est le quantitative easing où la Banque Centrale achète des obligations publiques (ou même privées) et augmente considérablement la masse de monnaie en circulation, qui devrait finir par causer une hausse des salaires et une inflation; c’est l’option choisie par Obama et ses confrères en 2009 mais les résultats pourraient être pires encore que l’option précédente, avec au final une hyperinflation devastatrice et une perte de confiance dans la monnaie, aboutissant à un collapse complet du système monétaire (et a sa refonte sur des bases plus honnêtes?).

    Il faut aussi saisir que les responsables des banques commerciales privilégient les bénéfices à court terme (qui leur permettent de grosses primes) à la prudence et vont donc chercher à signer un maximum de prêts, même à des emprunteurs incertains. Les banquiers qui privilégient la prudence risquent bien d’être licenciés à cause de leurs résultats non compétitifs. Il y a ici un conflit d’intérêt car prendre des risques démesurés est bénéfiques aux banquiers même dans le cas d’une faillite de leur banque, car la faillite impactera les actionnaires et les dépositaires/créanciers mais pas les primes astronomiques que les banquiers auront mis en sûreté. La somme de ces primes touchés avant la faillite peut largement dépasser la somme des revenus qu’ils auraient touchés jusqu’à leur retraite s’il n’avaient pas pris de risques démesurés.
    Les actionnaires sont eux aussi favorables à cette prise de risque car des prêts à 5% d’intérêt leur rapportera 63% de rendement annuel (ratio solvabilité 8% => 1/0.08 x 0.05 = 0.63) et donc même s’ils perdent 100% de leur investissement après 2 ans ils sortiront quand même gagnants avec 25% de plus-value (dividendes), et 525% après 10 ans.
    De plus ils peuvent rassurer également leur conscience en anticipant que la faillite sera probablement évitée par l’Etat (pour les too big to fail) et qu’au moins les dépôts seront garantis par l’Etat.
    Le système fonctionne un peu comme si un joueur de casino jouait l’argent du peuple en encaissant les gains et en faisant porter les pertes sur le peuple.
    Le ratio bénéfice/risque avantage considérablement les banquiers au détriment du peuple; c’est le principe de privatiser les gains et socialiser les pertes.
    Cet infâme principe est inscrit dans les lois du système fractionnaire et des accords de Bâle 2, il est donc parfaitement inutile d’accuser les banquiers ou la dérégulation s’ils ne font que profiter de telles lois! Il importe en premier lieu de changer ces lois.

    Ce conflit d’intérêt pourrait être résolu si les banques commerciales devaient reverser la partie de leur bénéfice qui n’est pas réalisée par leur fonds propres; par exemple si une banque commerciale ayant 8 MO de fonds propres prête 100 MO et touche 5 MO d’intérêt, 92% de ces 5 MO seraient reversé à l’Etat, ainsi le ratio bénéfice/risque serait neutre et les actionnaires prendraient leur dispositions pour que les banquiers ne prêtent qu’à des emprunteurs sûrs en privilégiant une prise de risque faible et une analyse de risque solide. On pourrait aussi imposer des ratios de solvabilité de 100%.

    On pourrait même aller jusqu’à remettre en cause l’existence même de la création monétaire par les Banques Centrales via la création de dette et imaginer un système où l’on remplacerait l’argent-dette par l’argent-valeur. Les ratios de solvabilité et de réserves obligatoires seraient de 100%. La création monétaire en monétarisant la dette serait abolie. La Banque Centrale et les banques commerciales agiraient comme des maisons de gage et les entreprises ayant besoin de liquidité pourraient mettre en gage leurs actifs dans une banque qui créerait ensuite la monnaie équivalente puis la détruirait quand lors du remboursement par l’entreprise (c’est déjà ainsi avec le prêt hypothécaire). L’emprunt classique (sans hypothèque) serait financé par des fonds d’investissement uniquement et non plus par la création monétaire avec des dettes en contrepartie. On abolirait « l’argent élastique », c’est-à-dire la création monétaire lors des prêts non couverts à 100% de la Banque Centrale aux banques commerciales ou des banques comerciales aux entreprises/particuliers.
    Ces mesures feraient probablement monter les taux et ralentir la croissance mais qu’importe! cela garantirait une économie solide, une sphère financière reconnectée à la réalité et une masse monétaire bâtie sur des richesses réelles et non pas sur un pari (de casino) sur l’avenir.

  11. PS:
    Du côté de la couverture sociale on instaurerait un revenu minimum à vie, cf. http://tropicalbear.over-blog.com/article-27590557-6.html:
    [On verse à chaque citoyen (quel qu’il soit) un revenu suffisant pour assurer le minimum vital (mais pas plus, sinon on incite tout le monde à ne rien faire et à devenir parasite, et la société fait faillite en bloc), en remplacement du « fatras » d’allocations actuelles. Ensuite, il reviendrait à chacun de compléter à sa guise ce revenu par son activité et son épargne.]

  12. @ FrançoisS

    4) Le ratio de solvabilité limite la quantité de crédit/prêts qu’une bc peut offrir à ses clients (accords de Bâle 2, ratio Cook ou MacDonough).

    Si par exemple le ratio minimum est de 8% et si la bc a 80 Million euro de fonds propres, dont 60 MO investis (infrastructures/salaires) et 20 MO sont sur son compte BC (trésorerie), alors elle pourra faire des prêts jusqu’à hauteur de 1 Milliard euro, sans avoir besoin qu’un client fasse un apport (cf. étappes 1) et 2)). Il y ici aussi création monétaire depuis une bc. L’argument de conservation des quantités de Paul Jorion est ici clairement invalidé. Et à chaque augmentation de capital de 1 MO cette bc pourra prêter/créer 12.5 MO supplémentaires.

    « … elle pourra faire des prêts jusqu’à hauteur de 1 Milliard euro, sans avoir besoin qu’un client fasse un apport ». C’est incorrect : il faut qu’elle trouve l’argent qu’elle prête.

    Le ratio détermine simplement le plafond des crédits de différents types (pondérés en fonction du risque couru) qu’une banque peut accorder, en fonction de son capital.

    « Et à chaque augmentation de capital de 1 MO cette bc pourra prêter/créer 12.5 MO supplémentaires ». Uniquement s’il s’agit d’un emprunteur « AAA », sans quoi la somme qui pourra être prêtée est moindre, et encore une fois, il faut que l’argent prêté ait été préalablement trouvé (dépôts de la clientèle, emprunts par la banque), ce n’est pas comme si le fait qu’une banque augmente son capital d’un million lui permette de tirer d’un chapeau 12,5 millions supplémentaires qu’elle pourra prêter.

  13. Bon, plus simplement : tout est ramené à une question de liquidité. La banque prête (au moins partiellement) l’argent de ses déposants sans demander leur avis ni leur accord. Cet argent « appartient » ainsi simultanément à deux personnes différentes, un scénario qui n’est imaginable que dans la physique des particules. Il y a donc une dette non sanctifiée par un contrat, de la part de la banque à l’égard des déposants. On appelle donc « création monétaire bancaire » l’acte non écrit et non divulgué par lequel les banques tapent dans les comptes des clients sans le leur dire 😉

  14. Dénommons Sx, Sy – Source-de fonds créancier X ou actionnaire Y sur le Passif d’une banque
    Parmi ces sources Sx et Sy au Passif :
    – des déposants-créanciers de catégories différentes, différentes par (a) la nature des acteurs (particuliers, entreprises, banques centrales, banques commerciales, (b) la taille, (c) la durée de mise à disposition des fonds, (c) …
    – des détenteurs de dettes convertibles en actions
    – des actionnaires de classes différentes (A, B, C,…)

    B – BCE & Fednewyork=
    Vous avez son tableau « Sources & Emplois de Fonds 2004-2008 » sous les yeux

    Q B1 : Quels types de flux monétaires créés ex nihilo par les composantes Sx ( créancier x, actionnaire y) vers elles-mêmes sont odieux ?

    Q B2 : (idem) sont simplement besogneux ?

    Q B3 : (idem) sonht remarquables et méritent des applaudissements ?

    – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – — –

    A – Banque Centrale – Le cas de la BRI à Bâle
    Sous avez son tableau « Sources & Emplois de Fonds 2004-2008 » sous les yeux

    Q A1 : Quels types de flux monétaires créés ex nihilo par les composantes Sx ( créancier, actionnaire) vers elles-mêmes sont odieux ?
    Assez facile de répondre sans même chercher dans le rapport Annuel cf. billet blog/?p=3226

    Q A2 : (idem) sont simplement besogneux ?

    Q A3 : (idem) sont remarquables et méritent des applaudissements ?

    – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – — –

    B – Fednewyork=
    Vous avez son tableau « Sources & Emplois de Fonds 2004-2008 » sous les yeux
    Il y aurait — dit-on — 1 000 milliards ou 9000 milliards venus de (…) qui auraient (…)
    Personnellement je n’ai pas encore cherché à comprendre et suis encore dans le noir quant à la circuiterie

    Q B1 : Quels types de flux monétaires créés ex nihilo par les composantes Sx ( créancier x, actionnaire y) vers elles-mêmes sont odieux ?

    Q B2 : (idem) sont simplement besogneux ?

    Q B3 : (idem) sont parfois remarquables et méritent des applaudissements ?

    – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – — –
    C – BCE=
    Vous avez son tableau « Sources & Emplois de Fonds 2004-2008 » sous les yeux

    Q C1 : Quels types de flux monétaires créés ex nihilo par les composantes Sx ( créancier x, actionnaire y) vers elles-mêmes sont odieux ?

    Q C2 : (idem) sont simplement besogneux ?

    Q C3 : (idem) sont parfois remarquables et méritent des applaudissements ?

    Q C4 : (idem) sont toujours une charge infondée pour les peuples européens, voire une ponction odieuse ou une gabegie

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    D – BNP Paribas=
    Vous avez son tableau « Sources & Emplois de Fonds 2004-2008 » sous les yeux cf. billet blog/?p=3160

    Q D1 : Quels types de flux monétaires créés ex nihilo par les composantes Sx ( créancier x, actionnaire y) vers elles-mêmes sont odieux ?

    Q D2 : (idem) sont simplement besogneux ?

    Q D3 : (idem) peuvent être une réussite ou un échec ?

    Q D3 : (idem) sont parfois remarquables et méritent des applaudissements ?

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