La casquette

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Il y a parfois deux noms pour la même chose. Ainsi, dimanche de la semaine dernière, le long du bassin à flot à Lorient, une dame courait derrière son basset évadé : « Ulysse ! Ulysse ! » Un peu plus tard, toute essoufflée, l’animal repris sous le bras, elle revient vers son mari et lui dit : « J’ai rattrapé la saucisse ! » De la même manière, ma mère disait à mon père : « ta casquette », et à nous, les enfants : « sa casquette de prolétaire ! » Mon père, lui, faisait l’imbécile : « Elle n’est pas bien ma casquette ? »

En fait, il l’aimait bien sa casquette, elle permettait que s’adressent à lui, sans ambages, les gens dans la foule dont il se sentait le plus proche. Pour ma mère au contraire, la casquette, c’était « Petmans » : en hollandais, l’homme-à-la-casquette. Petmans, ce n’est pas un compliment : c’est le beauf’ de Cabu, le redneck américain, l’homme borné et sans éducation, le même prolétaire mais dans un mauvais jour.

Je repensais à tout ça hier, marchant sous la pluie dans les rues de Bruxelles, avec ma casquette de prolétaire.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

0Shares

39 réflexions sur « La casquette »

    1. Mon père portait la casquette en semaine. Parfois le béret au travail. Le dimanche (car il y avait les « vêtement du dimanche » qu’on portaient aussi dans les grandes occasions) il mettait un chapeau de feutre. Je l’ai vu partir au travail en salopette (un « bleu »), jusque début des années 60, ce qui se faisait parce que les vêtement étaient chers. Tous les hommes portaient un couvre-chef. J’ai revu récemment un docu sur l’expo universelle 1958 de Bruxelles. Un monde de différence dans l’habillement. Strict, propre, conventionnel. L’habit serait-il un témoin de la pensée dominante?

  1. Gapette pour gapette, on peut aussi aimer celle du gentleman farmer.

    Là on parlera sans doute aucun de couvre « chef ».

  2. Beau parcours, tous les chemins mènent à Bruxelles.
    De la Californie par Lorient…avec ou sans casquette…chapeau!

  3. En vous exprimant ainsi, Vous faites preuve d’un conservatisme de bon alois. J’utilise à dessein ce terme pour dire ici ce qui ne doit pas se perdre, doit être préservé, conservé et que vous traduisez fort justement par ces évocations symboliques. Un détour qui vaut le détour, rafraîchissant et tonique comme ces embruns iodés que l’on prend de face debout devant l’océan. Un lien autrement plus informatif que celui de l’internaute traditionnel. Très beau. J’apprécie le décalage, le pas de côté, la réflexion.

  4. Un homme qui pense, en marchant sous la pluie dans les rues de Bruxelles, avec sa casquette………….un instant de poésie ?

  5. Attatürk, laicisant la Turquie, préconisait le port de la casquette, en substitut au fez.

  6.  » Et…Sur l’impériaââaleu…Y avait mon grand-père, tralalalala…y avait ma grand-mère ,tralalalalère…C’était au temps où Bruxelles chantait, c’était au temps où Bruxelles…bruxellait  »

    Ah, Grand Jacques….

  7. Ma question tombe comme un cheveu dans la soupe mais …au niveau des engagements mensuels, qu’est ce que ça donne?

  8. Ulysse, la casquette dublinoise. Ce n’est pas du bovarysme régressif, mais du joycisme associatif !

  9. Allez, Paul, tout n’est pas si noir que ça à Bruxelles…. Allez rue Neuve au dernier étage de l’Inno voir un peu le beau magasin Mediamarkt grouillant de monde et d’excitation devant tous ces trucs électroniques et informatiques, même à New York il n’y a pas de magasin aussi grand. Et en sortant, dans la rue, goinfrez vous de gauffres!

  10. Paul, si cette histoire est un rêve, alors celà veut dire qu’il faut vous méfiez des saucisses..
    Et si c’est une réalité, c’est votre inconscient qui vous sugggère de donner un coup de chapeau à votre ancêtre.

    PS :Pas facile de trouver votre bouquin sur la transmission des savoirs, mais… je l’aurai un jour , je l’aurai.

  11. Dans le très beau film de Pierre Carl  » la sociologie est un sport de combat », Bourdieu évoque certains aspects plus personnels de sa vie en lien avec son travail de sociologue.

    Bourdieu était un éléve boursier, issu d’un milieu modeste, et surtout d’un trou perdu du fin fond des pyrénées.

    Lorsque il arriva à Normal (rue d’Ulm), il fit tout son possible pour se départir de l’accent de sa région natale qu’il haïssait.

    Au moment de l’interview il évoque le fait que lorsqu’il entend cet accent à la radio, il ne peut s’empêcher d’être crispé et de constater qu’il déteste toujours autant ce « maudit accent ».

    Et ce malgré tout le travail qu’il a pu produire sur les mécanismes de domination…

    Bourdieu n’échappait pas à la « honte de classe ».

    Votre père qui malgré son appartenance à la bourgeoisie arbore fièrement une casquette de prolo s’inscrit lui aussi dans ces mécanismes.

    A cette nuance près, qu’il sera toujours plus facile pour un bourgeois de porter « une casquette de prolo », que pour un gamin des pyrénées de devenir professeur au Collège de France…

  12. Je trouve touchant que l’on parle de son père de cette façon, avec tendresse et simplicité. Ce n’est pas la première fois que Paul JORION le fait et c’est bien. Je l’envie moi qui n’ai pas eu de père aimable.
    Cela prouve aussi qu’il est utile de rappeler qu’il y a des gens bien partout et que l’on peut être bien sans se renier.

  13. Dans nos rues la casquette du prolétaire a été remplacée par la casquette de base-ball, celle-ci d’abord portée dans les « cités » de banlieue puis ensuite « récupérée » par un public plus large dans les centres-villes. Mais cette casquette nouvelle manière réduit-elle une distance sociale comme dans l’exemple de Paul ? A voir, peut-être dans certains cas.

    Mais elle n’a plus la même signification « politique » qu’elle avait lorsque un individu d’un milieu social distinct de celui de la classe ouvrière emprunte à cette dernière un des ses attributs vestimentaires. La raison en est que la classe ouvrière en tant que classe en soi et surtout pour soi s’est dissoute dans un processus de fragmentation et de délocalisation de l’industrie. IL y a toujours possibilité par le choix d’un attribut vestimentaire d’exprimer une adhésion ou un refus, ou une connivence, mais ces choix sont moins porteurs de sens qu’ils n’étaient, car le langage vestimentaire a été récupéré par la publicité. Il y a toujours des prolétaires, mais ils ne sont plus assimilables aux seuls ouvriers. En somme il y a moins d’ouvriers, mais toujours autant de prolétaires c’est à dire de gens dépossédés d’un outil de travail permettant de faire oeuvre de vie, et non pas comme aujourd’hui permettant de servir le seul capital .
    Alors quand c’est de manière diffuse des pans entiers de la société qui se sont prolétarisés, de même que le consumérisme effaçait les différences de mode de vie, il devient de plus en plus difficile de « jouer » sentimentalement et politiquement sur le terrain vestimentaire pour s’adresser à ses contemporains. Comment exprimer une connivence, une proximité avec autrui quand le marketing et la pub, et les politiques aussi, nous disent que les différences sont d’abord celles que montrent nos achats.

    Reste le langage, les paroles et les écrits, beaucoup plus difficiles à domestiquer.

    C’est un petit aparté, mais cela me fait penser à Henri Meschonnic, poète et penseur, dont je viens d’apprendre avec stupéfaction la mort, avec un mois de retard, celle d’un académicien ayant éclipsé la sienne. Traducteur de la Bible dont il a renouvelé radicalement certaines traductions, co-fondateur de l’Université de Vincennes, ami du linguiste Benveniste, il a dans ses écrits embrassé, pour la critiquer et la renouveler, toute la réflexion sur le langage, de son époque et celle léguée par l’histoire. Il faut lire son Critique du Rythme : anthropologie historique du langage, qui vient de paraître en poche chez Verdier. Où il dit que le langage doit être appréhendé, critiqué, écouté, en l’interrogeant via la poétique au lieu de faire de la poésie un écart par rapport au langage commun. Pour montrer les implications réciproques entre langage, éthique et politique, l’oeuvre d’Henri Meschonnic est irremplaçable et détonne dans le paysage de la pensée occidentale. Son « ennemi » juré : le signe, lequel en inféodant le signifiant au signifié ôte leur singularité au sujet. Il nous invite à une pensée du continu là où le fond et la forme, le style et l’idée sont le plus souvent disjoints. D’où la prévalence de son concept de rythme. Le rythme non pas en tant que retour du même, mais expression de la valeur, celle singulière et repérable dans les oeuvres, lesquelles sont des formes de vie par lesquelles nous sommes et par lesquelles nous transformons le langage existant, et donc ce qui fait société.

  14. Casquette, éducation et lutte des classes…Le « Petmans » est-il un plouc parce qu’il n’a rien à dire d’intéressant, ou parce qu’il n’a jamais pu le faire ?

    Je suis tombé sur une interview de Jacques Rancière (US magazine, supplément au n°680 du 18 avril 2009). Il met en perspective quelques thèmes régulièrement évoqués ici.
    En voici le début. La suite consiste en des considérations générales sur la politique française actuelle, qui est déjà largement débattue par vos soins.

    « La perspective d’émancipation sociale est d’abord une révolution intellectuelle»

    Vous accordez une grande importance au savoir dans le cadre de votre pensée politique et notamment votre analyse de la domination. Comment en êtes-vous arrivé à penser cette fonction du savoir ?

    Jacques Rancière: J’ai été marqué, à travers Althusser, par une certaine forme de pensée marxiste pour laquelle ce qui rend possible la domination est le fait que ceux qui la subissent ne comprennent pas son fonctionnement.
    Il faut alors leur en transmettre la connaissance pour les transformer en combattants conscients. Ce privilège donné au savoir revenait en fait à identifier le savoir comme connaissance et le savoir comme institution sociale. La lutte de la science contre 1’« idéologie » était un barrage contre toute critique du système de transmission du savoir lui-même. Sa nature réactionnaire est apparue avec évidence en Mai 1968.
    Pour penser le rapport entre savoir et émancipation, il fallait donc faire deux choses.

    D’abord, il faut mettre en cause l’idée que si les gens sont opprimés, c’est parce qu’ils ne savent pas. En travaillant sur les archives ouvrières, j’ai compris que le problème n’était pas de savoir comment fonctionnait la domination, que la plus-value n’avait rien de mystérieux pour ceux qui travaillent ;
    en revanche, le problème pour eux était de savoir comment inventer par eux-mêmes un monde qui s’oppose à celui qui leur était imposé. Il fallait donc renverser les choses et se demander qui servait cette thèse liant la sujétion à l’ignorance. Pour moi, elle sert d’abord à légitimer l’institution, au nom d’une visée subversive et révolutionnaire.
    D’où la nécessité de savoir ce que l’on entend par « savoir » et de penser l’articulation entre les connaissances et un système qui définit la place du maître et la place de l’ignorant et qui assimile automatiquement le maître au savant.

    En travaillant sur Jacotot et l’émancipation intellectuelle, j’en suis venu à mettre en cause la logique progressiste traditionnelle selon laquelle nous serions inégaux parce que certains savent et d’autres ne savent pas.
    L’idée que l’égalité n’est pas un but mais un point de départ est fondamentale.

    Vous écrivez d’ailleurs de la parole ouvrière que c’est une parole « qui se fait par effraction parce que c’est la parole de ceux qui ne sont pas censés parler ». N’est-ce pas la position de surplomb du philosophe ou du sociologue que vous mettez en cause, celui qui aurait pour fonction d’apprendre aux ouvriers qui ils sont ?

    J. R. : Le noyau de cette pensée qui perpétue la sujétion au nom de l’affranchissement est effectivement de toujours mettre au cœur de la domination l’idée d’un non-savoir.
    Les Héritiers de Bourdieu et Passeron expliquaient que l’Ecole élimine les fils d’ouvriers parce qu’ils ne savent pas pourquoi on les élimine. La Reproduction faisait de cette méconnaissance un produit du système lui-même, constamment reproduit par lui.

    C’est le cœur même de la pensée abrutissante: l’idée qu’il y a quelque chose que l’ignorant ne pourra jamais apprendre par lui-même, la science de la raison pour laquelle il est ignorant. La dénonciation du système est alors le privilège du maître et elle participe à son fonctionnement.

    L’insistance sur la notion d’égalité est centrale dans votre pensée. Vous écrivez dans La haine de la démocratie:

    « L’égalité n’est pas une fiction ».

    Comment l’Ecole peut-elle trouver sa place dans ce que vous appelez « le jeu de l’émancipation » ?

    J. R. : L’idée que l’égalité n’est pas un but mais un point de départ est fondamentale. Elle va à rencontre du schéma pédagogique/progressiste qui perpétue l’inégalité en promettant que la relation inégalitaire conduira à l’égalité.

    Concrètement, on part du présupposé que les intelligences sont de même nature, que si l’élève sait moins de choses que le maître, il sait ou ignore de la même manière que lui.
    Bien sûr, l’Ecole suppose que certains savent et transmettent leur savoir, et le maître fonctionne dans ce système. Mais il peut mettre l’élève soit dans la position de celui qui est capable soit de celui qui ne l’est pas. Tout en remplissant son rôle social, il peut partir de ce que l’élève sait, de ce qu’il peut, et non pas de ce qu’il ignore.
    C’est aussi pourquoi je suis sceptique à l’égard d’un certain progressisme pédagogique selon lequel il y aurait une bonne méthode, à partir d’un point zéro, pour amener l’élève vers une forme d’apogée de l’acquisition des connaissances.

    L’Ecole a donc un rôle extrêmement important : elle permet d’acquérir des savoirs et des capacités mais elle doit aussi permettre une conscience intellectuelle juste de ce qu’on sait et de ce qu’on ne sait pas. La question n’est pas tant d’acquérir le « bon savoir » que de pouvoir entrer dans le savoir et le langage de l’autre par ses voies propres.

    Au xix’ siècle on reprochait aux poètes ouvriers d’imiter Victor Hugo au lieu de faire des chants du travail. Mais c’était justement cette rupture d’identité qui, pour eux, était subversive.

    Quel lien établissez-vous entre la querelle sur l’Ecole et « la haine de la démocratie » ?

    J. R. : Ce lien a été mis en évidence par le glissement du discours dit « républicain -Naguère, face au discours sociologique qui voulait prendre en compte les inégalités sociales, il affirmait la nécessité de considérer tous les élèves comme également capables d’apprendre.
    Et il justifiait par là la position de maîtrise de l’enseignant. De plus en plus il a épousé la vision réactionnaire identifiant démocratie, individualisme et consommation.

    Hier, il s’agissait de rendre l’élève égal par le savoir. Aujourd’hui, l’élève est considéré comme le représentant de l’égalité des consommateurs. Il devient l’ennemi numéro un contre lequel le maître doit défendre la hiérarchie du savoir et de la culture.

  15. Oui mais… il y a casquette et casquette. Est-ce celle-là : http://www.incaps-design.com/site/pages/index.php?wysistatpr=sl_googleadwordfr_wysistatautokeyword ?
    J’espère que non et que c’est plutôt une de celles-ci celle-ci qui orne le chef du chef du blog : http://www.toutlecine.com/images/tag/0004/00049486-proletaire.html .
    De toutes façons, l’histoire de France parle déjà du débat qui nous anime : http://www.histoire-image.org/site/etude_comp/etude_comp_detail.php?analyse_id=505

  16. J’en ai acheté une il y a une quinzaine de jours à peine, je n’en portais plus depuis la fin de mon service militaire il y a une douzaine d’années. Paul, vous avez dû remarquer, la casquette à l’ancienne plaît beaucoup, gros succès avec tous types de gens et de tous âges ; moi j’y vois un présage.

  17. La Casquette au père Jorion

    De Bruxelles la belle au bord du bassin à Lorient
    Le Galurin destin d’une silhouette, d’un passant
    Le mystère, Simenon le géant anime Jorion

    C’est une casquette tribale, de père en fils
    Une casquette de prolétaire sans écus-son
    As-tu vu la casquette au père Jorion

    Pas la casquette chercheuse Sherlock Holmes
    Ni cette double casquette cher(e) gay luron
    As-tu vu la casquette au père Jorion

    Pas la casquette de plomb du borné Rotary
    Ni l’élégant couvre-chef de Charles Bovary
    As-tu vu la casquette au père Jorion
    Alain

  18. La casquette en français c’est le hangover anglais, la gueule de bois, c’est d’actualité avec les lendemains qui déchantent après l’euphorie banquière.

  19. Chez nous dans le Sud Ouest de la France, si quelqu’un nous dit qu’il a pris une casquette, il y a 2 hypothèses :
    A/ Son équipe de rugby a pris une raclée
    B/ Il a eu une soirée (3ème mi-temps si il est rugbyman) très (trop) arrosée. Et le lendemain la barre au dessus des yeux se faisait sentir.

  20. Oui, c’est ce qui s’appelle la casquette de plomb ? et les prolifiques prolétaires prolifèrent
    et en or métamorphosent le vil métal, pour ceux qui, multicasquettes, savent y faire…

  21. Je portais la « sketca » des jeunes de quartier avec qui je « zonais ». Je ne m’en séparais quasiment jamais. C’est à peine si je la quittais, la mort dans l’âme, au moment de la douche. Pour faire le lien avec Bourdieu, ceci m’a valu d’être exclu de certains cours. Je me souviens d’ailleurs d’un de mes professeurs de droit, monarchiste, qui n’avait pas apprécié qu’on lui rappelle que cette forme de manifestation de « respect, qui exige qu’on ôte son couvre-chef, remontait à Louis XIV, qui l’avait instituée dans l’étiquette pour domestiquer la noblesse.

    Cette différence entre la casquette du prolétaire et la casquette du jeune de banlieue est importante: elle témoigne du découplage de la culture urbaine et de la culture ouvrière, découplage qui ne sera pas sans conséquence.

    @ Pierre-Yves D.
    Ca a l’air bien  » Henri Meschonnic « . Merci du conseil.

  22. @Antoine,

    Je ne suis pas d’accord avec vous, la casquette portée en banlieue bien qu’elle fut comme le précise Pierre-Yves (made in USA) témoigne non pas d’un découplage mais d’une évolution, les années 80 et le mouvement HIP-HOP qui augure le port de la casquette de base-ball sont de puissants mouvements politiques et culturels. Le rap est une réappropriation du langage et les battles et sound system qui l’accompagne sont emplis d’exhortations à lutter contre la capitalisme, les inégalités, le racisme etc.

    Pour urbaine que soit cette culture, les idéaux qui l’animent ne sont pas si éloignés des luttes du front populaire…(hihihi)

  23. Il m’avait semblé que dans l’esprit de Paul, cette histoire de casquette avait pour but de montrer qu’il y a parfois deux noms pour la même chose.
    Voici un autre exemple, plus orwellien (et pas de moi):
    Si 100 personnes sont parfaitement libres de s’habiller en bleu ou en jaune, et manifestent cette liberté (ce qui fait que à peu près la moitié sont de chaque couleur, dans l’immense majorité des cas), on dit que leur liberté est plus grande que s’ils sont tous habillés de la même couleur. Mais si 100 particules quantiques sont libres de choisir entre deux états (cette liberté n’est pas déterministe en mécanique quantique), on dit que leur entropie est plus grande que si elles sont toutes dans le même état. Et l’entropie mesure le désordre.
    Donc les deux mots liberté et désordre désignent la même chose, à savoir une situation où chacun manifeste sa liberté.
    « La liberté c’est le désordre », voilà qui fait penser à « La liberté c’est l’esclavage ». Si ce n’est que, trois fois hélas, ça parait plus vrai 🙁

  24. @ ghostdog
    Entièrement d’accord. Mais le fait décisif, toutefois, est que désormais il y a 2 mouvements/2 cultures et non plus un seul/une seule, avec chacun leurs codes, leurs repères, leurs mythes constitutifs. Ces deux mouvements: jeunesse urbaine et classe ouvrière sont désormais culturellement hétérogènes au sens ou chacun se définit par un « dedans » et un « dehors » qui lui est propre et qui n’est pas réductible aux critères retenus par l’autre.

    Aucun de mes potes n’aurait accepté d’être associé à un mouvement ouvrier (ils l’auraient très mal pris), et leur horizon de contestation n’est pas le même, ne serait ce que parce que leur degré d’intégration réciproque au tissu économique et social est sans commune mesure. Leurs problèmes, concrètement, ne sont pas ceux des ouvriers. La question identitaire y est également posée de manière radicalement différente. Ce n’est pas innocent si c’est à Harlem et non dans un quartier blanc que s’établissaient, et peut-être est-ce encore le cas, les codes vestimentaires de ces jeunes.

  25. une autre époque la casquette de prolétaire où la conscience collective existait encore. ce qui n est plus le cas aujourd’hui hui . La conscience de classe n existant plus aujourd’hui hui ou chaque prolétaire se voit comme un concurrent. A cet égard, les réseaux sociaux et internet sont une avancée notable pour restaurer cette composante qui est indispensable à toute approche révolutionnaire même si internet consacre le temps de l éphémère et de l extrême volatilité… comme la finance et plus largement le monde moderne.

     » je ne suis pas un révolté, je ne veux pas me changer moi même, je suis un révolutionnaire, je veux changer le monde » lénine

Les commentaires sont fermés.