101 réflexions sur « « Comment la vérité et la réalité furent inventées » »

  1. M Jorion, je viens d’acheter votre livre et me demande si vous vous êtes intéressé au travail de François Jullien? Je lis en ce moment de lui, « l’invention de l’idéal et le destin de l’Europe » et y vois quelques convergences. Pour répondre à certains commentaires, je crois qu’il s’agit de se demander non pas si la vérité existe ou pas, ou qu’est ce que la réalité mais bien se demander comment on en est venus à se poser la question.Les chinois n’auraient pas cru bon de s’appesantir sur ces questions, ils auraient pris une autre voie. Bref, ces questions ne se sont pas posé partout et par tout le monde

  2. Je viens de commencer la lecture du livre de P.Jorion tant attendu.

    Etant de formation scientifique, et n’ayant pas la culture des philosophes grecs…et d’une maniere génerale des philosophes, ce livre me demande un éffort d’acquisition et de classification des idées qui ralentit ma lecture, mais cela m’enrichit d’un regard que je n’avais pas eu plus jeune au college.
    Bien evidemment j’attends de cette lecture de pouvoir le recouper avec la construction scientifique « de ce que je désignererai par le réel objectivable, donc restreint d’une culture occidentale dont je perçois qu’elle soit née dans l’antiquité autour du mare nostrum, puis ait pu rennaitre en Europe transportée par les arabes et leur haut niveau de civilisation qui s’eteindra à Grenade ou Cordoue;  » J’ai cru comprendre que les califats arabes s’étaient imprégnés de l’antiquité en mathématiques, en astronomie et meme en philosophie et que la presence du juif Averroes en Andalousie témoignait d’une culture et d’une tolérance admirable; les germes de ces conquetes véhiculatrices de l’héritage de l’Antiquité s’appelant « La renaissance ».
    A ce stade de lecture je me garderai de commenter l’ouvrage de Paul que je distille à mon rythme, je l’entrecoupe d’autres lectures, celle de poincaré « La science et l ‘hypothese » et les considérations de St.Augustin sur « la création du monde et le temps » qui a bien des égards m’apparait poser des réflexions tres actuelles.

    Il m’apparait cependant que la philosophie des sciences, à travers les philosophes « contemporains » qui ont commentés la relativité: Bergson Bachelard Meyerson puisse etre un exercice délicat en raison d’une subjectivité philosophique ou cognitive d’interprétation voire de compréhension des hypotheses scientifiques. Or il existe une forme forte de « L’objectivité scientifique »qui se constate par les prédicats des théories, la force des prédicats est au scientifique une cuirasse, certes comme toute cuirasse elle a ses failles. Il est commun et facile de gloser aujourd’hui sur la fragilité de la loi de Newton qui traite de l’attraction universelle, mais que l’on songe que pour ses contemporans il venait d’operer une synthese inégalée en mécanique d’abord puis en mécanique stéllaire qui synthétisait les découvertes de Kepler, Brahé et Copernic, la loi des aires avec Newton ne devient plus une simple recette! Newton ouvre les champs à la statique, à la résistance des matériaux, à la dynamique, et le grain de sable qui va ouvrir la premiere fois un défaud dans la cuirasse viendra en mécanique planétaire des observations de l’orbite faiblement décalée de Mercure par rapport au calcul Newtonnien, et non pas de la critique conceptuelle de l’espace temps Newtonnien ou de la mystérieuse transmission instantanée de la gravitation qui n’avait pas du reste échappée à son auteur.

  3. A une question de nature spéculative que l’on pose on se précipite trop rapidement vers une réponse. Alors que la question elle-même mérite un examen attentif. Exemple de question spéculative : « Qu’est-ce que la réalité ? ». « Qu’ » renvoie à une chose, à la réponse que l’on cherche. « Etre » montre un présupposé : celui que la « réalité » existe. On ne peut s’interroger que sur ce qui existe. La question est donc fermée : sa construction elle-même implique que ce sur quoi on s’interroge existe. Ce n’est plus seulement une question, c’est à la fois une question et une affirmation. La difficulté pourrait être tournée en posant la question de cette façon : « Qu’est-ce que serait une chose qu’on nommerait réalité ? ». Mais aussitôt une autre difficulté émerge. Poser la question de cette façon c’est dire que l’objet de la recherche (la réalité) a une nature conditionnelle, et donc conventionnelle. Les deux question expriment déjà une opinion (la première : la réalité est et existe donc déjà, la seconde : la réalité est une affaire de convention). Les réponses qui feront suite à ces questions vont donc se déployer dans le présupposé dissimulé dans les questions, elles seront d’une certaine manière déterminées par ce présupposé. Comment donc poser la question d’une manière ouverte, qui n’implique aucun présupposé ? Comment s’interroger sur une chose sans faire en sorte qu’une partie de la réponse ne se trouve déjà dans la question ?

  4. @Boukovski

     » Comment donc poser la question d’une manière ouverte, qui n’implique aucun présupposé ? Comment s’interroger sur une chose sans faire en sorte qu’une partie de la réponse ne se trouve déjà dans la question ?  »
    Est ce seulement possible ? Je ne le sait pas. Pour ma part je trouve le titre de l’ouvrage un peu provocateur, presque journalistique; c’est l’affirmation du « Comment…………..furent inventées » qui me trouble car nous sommes des le titre en route vers la conclusion.
    Aurait t’il mieux valu Titrer  » Pourquoi……….. » ou une forme d’intérrogation sur le statut du réel et de la vérité; eut mieux collé à ma maniere de percevoir P.Jorion. En tous les cas ce n’est pas le titre qui m’aurait poussé à l’acheter si je l’avais vu en vitrine d’une librairie sans connaitre P.J.

  5. Si j’ai bien compris l’argument du livre de P.Jorion, il me semble qu’il manque à son analyse le fait que le pythagorisme se trouve dans une position radicalement ambigüe, puisqu’il affirme d’une part que l’univers est issu de rapports entre les Nombres Entiers, et qu’il découvre d’autre part la nature irrationnelle de certains rapports (Racine de 2, Pi, etc…) qu’il nomme Alogon: « Hors Logos ». Il se fonde donc à la fois sur la Mesure comme principe transcendant (transmis de façon exotérique), et sur l’Incommensurable (transmis de façon ésotérique) qui jouera un rôle déterminant dans l’essor des mathématiques, MAIS AUSSI DE LA MUSIQUE.

    Une telle approche permet de lire de façon plus complexe et plus fine l’influence de Pythagore sur l’Occident, qui héritera aussi bien du concept exotérique – l’Harmonie des Sphères – que de l’ésotérique : impossible de penser l’essor des maths en Occident sans les travaux des mathématiciens arabes sur les « Nombres Sourds » (irrationnels). Si l’enseignement exotérique marqua les premiers siècles de l’Occident chrétien (où l’Harmonie des Sphères est convertie en « Choeurs des Anges »), c’est l’enseignement ésotérique qui viendra travailler de l’intérieur la belle cohérence Nombre/Monde, en montrant la fécondité de l’Incommensurable. C’est en musique que cela se règlera, au moyen d’un intervalle interdit jusqu’alors comme dissonnant, puis intégré au début 17°siècle (Monteverdi, contemporain de Galilée) comme agent de modulation tonale. Cet intervalle valant justement Racine Carrée de 2, c’est clairement l’Incommensurable qui vient faire preuve de sa fécondité au sein du modèle constitué des seuls rapports entiers.

    Pour en savoir plus sur le destin musical d’Alogon: 25 siècle d’intégration progressive des irrationnels en musique, avec des exemples audios:
    http://db.hautetfort.com/archive/2008/09/02/diabolus-in-musica.html

Les commentaires sont fermés.