BFM Radio, le lundi 9 novembre à 10h46

Se réveiller dans un monde sans argent

Vendredi, entre 7h00 et 8h30, j’étais invité par une radio locale, dans la cadre des Entretiens d’Auxerre dont le thème était, cette année : « L’argent ».

Que dire exactement dans ces cas-là ? Les journalistes, vous les rencontrez pour la première fois, et l’interaction avec les auditeurs est minimale – c’est le moins qu’on puisse dire.

Alors que faire ? Il faut guetter la moindre part d’ennui ou d’enthousiasme de la part de votre interrogateur, fuir résolument ce qui le fait bailler et cultiver ce qui l’excite ou l’intrigue.

Or, vendredi, mon interviewer m’a tendu la perche. Il m’a demandé : « L’argent, est-ce qu’on pourrait s’en passer ? ». J’ai réfléchi un moment, et puis j’ai répondu par une autre question : « Et si nous nous réveillons un matin dans un monde sans argent ? »

Cette question, je l’ai déjà posée dans « L’argent, mode d’emploi ». Si ce n’est qu’avec un livre, je ne connaîtrai jamais votre réponse. Mais là, dans ce studio d’Auxerre, je pouvais ausculter l’expression sur les visages et me rendre compte de la chose suivante. Alors que dans les livres d’économie ou de finance, l’argent, c’est une chose dont on possède tant, qu’on ne sait même plus où le déposer, où le « placer » – comme on dit –, bien au contraire, pour la plupart des gens qui – comme c’était le cas pour nous vendredi – travaillent à sept heures du matin, l’idée de se réveiller dans un monde sans argent provoque avant tout chez celui qui y pense, un soupir de soulagement.

Je vis à Vannes, dans le Golfe du Morbihan, et où que l’on se promène au bord de l’eau, on voit des dizaines de yachts au mouillage qui ne verront jamais la mer. À quoi peuvent bien servir les yachts qui ne verront jamais la mer ? Il servent à une seule chose : ils offrent l’occasion à leur propriétaire – quand l’envie leur en prend – de rêvasser, confit dans l’autosatisfaction : « Ah ! Tous ces pauvres types qui sont verts de jalousie à l’idée que j’ai acheté un yacht – avec tout mon argent ! »

Je n’irai pas aussi loin que Lord Adair Turner, le chef de la Financial Services Authority, le régulateur britannique des marchés financiers, qui se demandait l’autre jour à propos de certains produits financiers : « De telles choses sont-elles vraiment socialement utiles ? » Non, parce que les plus belles choses au monde ne sont pas véritablement « socialement utiles » et ce serait un crime de chercher à nous en priver. Mais il existe une autre question que l’on peut se poser : « Le monde y perdrait-il beaucoup si la jouissance à la pensée de l’envie d’un autre, cotait elle à la baisse ? »

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57 réflexions sur « BFM Radio, le lundi 9 novembre à 10h46 »

  1. C’est court…..

    Mais au moins, la question est posée, j’étais surpris aussi sur BFM Radio tout de même….

  2. J’ignore si vous abordez la question dans votre live “L’argent, mode d’emploi” car je ne l’ai pas encore reçu, mais votre problèmatique renvoie au “désir mimétique” de René Girard:
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Ren%C3%A9_Girard
    La théorie du désir mimétique a d’ailleurs été mise à profit dans des analyses de l’économie et de la mondialisation:
    http://en.wikipedia.org/wiki/Ren%C3%A9_Girard#Economics_and_globalization (en anglais).

  3. @Paul Jorion
    @ Tous ceux ,celles qui ont leur idée sur la question :

    Au préalable,je me place au delà de Monsieur Jorion (Vannes) et je file donc vers la cité du Ponant.
    Cela dit ,”un monde sans argent” !!!
    Questionnnement =
    -Est ce possible soudainement,un beau matin ou un mauvais soir de fermeture de Wall Street ?
    -En pratique : placer mon argent à la banque–celui dont je dispose petitement– ou plutôt conserver une issue de secours en les conservant à l’abri derrière mes murs ????
    Je n’ai jamais traité ce sujet et par les mauvais temps qui s’annoncent,précédés de vilains et inquiétants nuages noirs et opaques,j’aimerais,vraiment,obtenir quelque réponse.
    Merci.

  4. J’ai une théorie légèrement différente : Et si le mobile n’était pas l’envie, mais la volonté de séduire, tout simplement. Savoir qui sera là à la génération suivante est la question essentielle (cf. shopenhauer).

    L

    1. L’argent “devrait”, je dis bien devrait, retrouver son rôle normal.

      Tout comme un ordinateur qui n’est qu’un simple assemblage de circuits électroniques sur lesquels s’appuient les programmes qui forment les images…

      Tout comme les voitures qui sont des amas de ferrailles bien pensés qui comprennent de plus en plus de plastique…

      Tout comme… tout objet qui est un OUTIL et qui devient un culte pour certains.

      Cela dit… j’admire les outils performants. La beauté de la réalisation de l’Humain. Il y a de l’art dans l’Humain. Quelque part, quand on regarde bien.

    2. Juste pour nous détendre…

      L’amie d’une jeune veuve est présente lors de l’enterrement.
      “Je compatis à ta douleur et… tu m’avais dit qu’il était “grippe-sous”..??”
      “Oui, il a demandé à ce qu’on l’enterre avec sa fortune.”
      “Et tu l’as fait..???”
      “Oui. Avant la fermeture du cerceuil, j’ai déposé, sur son coeur, un chèque”

  5. @ Paul Jorion
    Pourquoi en venir à imaginer qu’un possédant puisse jouir de l’envie, de la jalousie même, voire de l’humiliation qu’il pourrait faire naître chez les non-possédants ? Où sont partis les fondements moraux de notre civilisation quand on prête de tels sentiments aux uns sans mesurer le mal qu’on risque d’instiller chez les autres ?
    Les mauvais sentiments ne sont-ils pas à bannir chez tous les hommes, quelle que soit leur condition. La jalousie que l’enseignement moral, encore en vigueur il a 50 ans, condamnait comme un très vilain défaut, ne serait-elle de nos jours, que la résultante naturelle de la possession des autres ? Stigmatiser les uns, en leur prêtant des défauts que la plupart n’ont pas, pour exonérer les autres de défauts pourvoyeurs de haine, peut faire craindre le pire.

    1. @ Moi 9 novembre 2009 à 16:28
      Merci de m’avoir fait connaître Veben dont j’ignorais les travaux. J’avoue ainsi ma grande pauvreté culturelle.

      C’est en vous attribuant un a priori de bons sentiments à mon égard que je suis amené à vous remercier bien sincèrement dans l’espoir d’un futur paisible et bienveillant dans nos échanges à venir et chez ceux qui en sont témoins, même en cas de divergence d’idées.

      Il aurait pu en être tout autrement. En effet, beaucoup de ceux qui s’expriment sur ce site ont capitalisé d’énormes et impressionnantes connaissances. Certains s’en servent et les montrent de manière parfois ostentatoire en multipliant les références et les citations. Ne serait-ce pas injuste de dire que tous ceux qui exposent ainsi leur richesse culturelle, visent à faire naître la jalousie chez ceux qui n’ont pas eu et n’auront jamais les moyens d’en faire autant. Je veux espérer, au contraire, que le plus grand nombre est animé par la jouissance, le plaisir, la simple satisfaction que lui procure le maniement de ses savoirs afin de faire éclore des réflexions sans engendrer la jalousie et la haine entre les gens de condition différente. Si nous sommes tous différents, par ce que nous sommes et ce que nous avons, nous appartenons à la même humanité. Nous en sommes tous responsables et devons à mon avis tout faire pour la rendre pacifique. C’est une tâche immense qui ne peut réussir qu’en visant à rendre bon chaque être humain, quel que soit son statut.

    2. @jducac: “C’est en vous attribuant un a priori de bons sentiments à mon égard ”

      Je vais être franc. C’est le cas quoique je vous avoue que j’ai un peu de mal à vous “catégoriser” avec certitude.
      La naïveté est le signe de la grandeur morale si elle est sincère. C’est un signe de fourberie si elle est feinte.
      Je n’ai pas de signes m’indiquant une fourberie quelconque de votre part, la seule chose qui me fait douter c’est que la grandeur morale est rare. 🙂

      “Ne serait-ce pas injuste de dire que tous ceux qui exposent ainsi leur richesse culturelle, visent à faire naître la jalousie chez ceux qui n’ont pas eu et n’auront jamais les moyens d’en faire autant. Je veux espérer, au contraire, que le plus grand nombre est animé par…”

      Je ne pense pas que cela soit injuste, dans la plupart des cas. Je ne dis par contre pas que cela soit conscient (je me suis par exemple souvent surpris à avoir de mauvais desseins derrière de bonnes intentions de façade).

    3. @ Moi
      Vous pensez réellement que, dans la plupart des cas, ceux qui possèdent une richesse financière ou autre, jouissent en l’exposant, du mal provoqué par la jalousie qu’ils suscitent chez les autres ?
      Si votre vision reflète la réalité, c’est désespérant et me refuse à le croire. Existe-t-il des statistiques établies scientifiquement ?
      J’ai relevé sur le site de P. Jorion cette référence déposée il y a quelques mois. Voir page 20.
      http://www.cepremap.ens.fr/depot/opus/OPUS09.pdf

    4. @jducac: “Vous pensez réellement que, dans la plupart des cas, ceux qui possèdent une richesse financière ou autre, jouissent en l’exposant, du mal provoqué par la jalousie qu’ils suscitent chez les autres ?”

      Le but n’est pas de provoquer la jalousie ou la souffrance. Le but premier est d’obtenir la reconnaissance des autres. Mais montrer sa supériorité est parfois fort déplaisant pour les autres et fait naître accessoirement de la jalousie. C’est un effet secondaire gênant, si l’on veut.
      Dans les sociétés traditionnelles, le système des castes permet d’éviter l’envie. Dans une société démocratique, c’est très difficile car on peut se comparer (la distance entre classes n’est pas assez grande) et la richesse est supposée relever du mérite (ce qui provoque d’autant plus de souffrance chez les perdants).
      Je ne peux que vous conseiller de lire ce qu’en disent Tocqueville, Girard, Dumont, Dupuy et d’autres.

    5. @Moi « Le but n’est pas de provoquer la jalousie ou la souffrance »
      Si j’ai réagi au billet soumis par Paul à notre réflexion, c’est à cause des termes « jouissance à la pensée de l’envie d’un autre » qui y sont employés. Il m’a semblé gravissime de laisser entendre que les possesseurs de yacht pouvaient jouir à la pensée de la jalousie (l’envie de possession impossible à assouvir) qu’ils déclenchent du fait de leur acquisition laissée immobile. Je ne nie pas que cela puisse exister, car il y a des pervers dans toutes les catégories sociales, mais laisser entendre que c’est la seule « utilité » qui motive leur acquisition, m’est apparu injuste et dangereux.
      Je n’ai pas de connaissances intimes chez les riches possesseurs de yachts mais je connais quelques moyennement riches issus des basse couches sociales. Ceux qu’on appelle les nouveaux riches à qui l’on fait généralement une mauvaise réputation. La motivation de leurs dépenses tient souvent au fait qu’ils vont faire travailler les autres et leur procurer ainsi des revenus. C’est leur plaisir, peut-être leur jouissance. Je connais même une personne qui a des employés de maison pour le ménage et le jardinage et qui ne les emploient que dans ce but. Elle les accompagne dans leurs travaux, non pour faire des économies mais parce que, les ayant pris en amitié, elle veut leur témoigner plus que de l’empathie dans les efforts qu’ils sont obligés de déployer pour gagner leur vie.
      Pourquoi ne pas imaginer que, dans le lot des yachts qui restent à quai, il n’y en ait pas quelques uns qui n’aient été construits que dans un but similaire. Pour faire travailler un architecte naval que l’on connaît et qui a séduit par son art. Pour faire plaisir à un membre de sa famille qui, en final, ne s’en sert pas. Pour simplement « faire marcher le commerce » parce que derrière, cela fait travailler beaucoup plus de monde que de jouer au casino. Combien de chefs d’œuvre n’ont-ils pas été commandés dans le passé et encore aujourd’hui, que pour le plaisir de faire travailler des artisans des artistes et faire éclore de belles choses, sans chercher une « jouissance à la pensée de l’envie d’un autre »
      Comme vous avez pu le constater, j’interviens principalement sur ce blog pour tenter de contrer toute action qui vise à faire s’opposer les possesseurs de richesse (de quelque nature qu’elle soit) et les pauvres. Les uns et les autres sont, d’après mon expérience, fondamentalement les mêmes. En conséquence, je trouve dommageable pour l’humanité de les monter les uns contre les autres. Souvent, les riches sont d’anciens pauvres et beaucoup de pauvres sont classés pauvres alors qu’ils possèdent de grandes richesses de cœur. Cela ne veut pas dire qu’être riche financièrement ou autre, empêche d’être détenteur de grandes richesses de cœur.
      Les grands auteurs en sciences sociales doivent certainement être connus et pris en considération afin de permettre à tout à chacun d’œuvrer pour le bien de l’humanité. Mais il me semble tout aussi important que chacun se sente responsable des sentiments qu’il fait naître chez les autres. Tout ce qui conduit à les faire s’opposer, se mépriser, se haïr et ne pas se sentir solidaires malgré leurs différences, devrait à mon avis être banni, même si ces grands auteurs n’en n’ont pas parlé. Au risque de me répéter, je m’autorise à rappeler ici d’où je tire ce précepte.
      « Vois telle personne, elle ferait battre les pierres contre les cailloux, ne la suis pas ». C’est l’éducation morale qui était donnée il y a 60 ans par une mère que je connais bien et qui avait commencé dans la vie comme servante de ferme à l’âge de 13 ans.

  6. « Le monde y perdrait-il beaucoup si la jouissance à la pensée de l’envie d’un autre, cotait elle à la baisse ? »
    Bonne question. Voilà le noeud gordien.
    Cela amène une question nietzschéenne que Fukuyama reprend à son compte (dans son livre, “la fin de l’histoire et le dernier homme”): sans ce désir de reconnaissance, sans ce désir d’être reconnu comme plus grand que les autres, l’homme ne sombre-t-il pas dans la satisfaction de son propre bonheur (dans l’autosatisfaction en sommes) et dans l’incapacité à s’élever? En un mot, ne cesse-t-il pas d’être humain?

    1. Certes. Mais le problème n’est-il pas la forme dominante que ce désir de reconnaissance a pris au fil des siècles, à savoir une accumulation de richesses affolante dont on se demande quelle utilité sociale elle peut avoir? La preuve de la faillite d’un système éducatif et d’une société gît peut-être dans l’anecdote de ces polytechniciens – forte reconnaissance symbolique – qui préfèrent devenir traders pour gagner beaucoup d’argent… On imagine que leur intelligence serait utile ailleurs.

    2. @verywell
      c’est bien ça: le problème ce n’est pas tant le désir de reconnaissance en lui-même que la forme que prend ce désir. Lorsque vous dites que nos têtes bien pleines feraient bien mieux de devenir ingénieur que trader vous avez raison. Mais justement, dans ce cas, s’agit-il de mieux orienter ou de freiner ce désir de reconnaissance comme le suggère Paul? Vous m’avez compris, il s’agit d’utiliser ce désir (ici à de meilleures fins sociales) plutôt que de le contrer.
      Hegel disait que ce désir de reconnaissance était le moteur de l’histoire. Un peu comme si l’histoire était une voiture. Qu’une voiture ait un frein est sans doute nécessaire sans quoi le mur est la destination ultime. Voilà ce que nous dit, à raison, Paul. Mais il peut également être judicieux de doter la dite voiture d’un volant. C’est également très utile pour éviter un mur.

    3. D’accord avec vous. Existe aussi sans doute le problème du conducteur de la voiture qui “pédipule” et manipule freins et volant au gré des circonstances. Les freins apparaissent bien souvent conjoncturels – nécessaires à la paix sociale par gros temps. Actuellement, on peine à voir ce qu’est vraiment le volant ou projet de société – si ce n’est peut-être la “dissociété” mis en lumière par Jacques Généreux notamment. On connaît les conducteurs, qui bricolent un volant bien fragile – en France, conformation aux sondages d’opinion, communication-propagande (il faudra un jour songer à évaluer correctement les politiques publiques), symbolique “bling-bling”… toutes choses qui ne rendent pas le citoyen plus éclairé. Cela peut rendre légitimement pessimiste. La plupart des conducteursont une colonne vertébrale rabougrie ; on aimerait, en France, qu’ils repensent ou proposent clairement une articulation entre liberté, fraternité-solidarité et égalité…

  7. L’approche d’Adam Smith au sujet des motivations qui conditionnent l’acquisition des biens mérite aussi qu’on la considère.
    Il est toujours fait grand cas du rôle de l’intérêt qu’à chacun de poursuivre ses propres buts pour le développement général de l’économie d’un pays. Mais on oublie tout un pan de la réflexion du penseur qui fut moraliste avant d’être économiste.
    Adam Smith a gardé l’intérêt cher aux utilitaristes mais la motivation fondamentale c’est d’abord l’obtention de la sympathie des contemporains : par le truchement de l’imagination nous nous identifions à ceux qui sont placés aux échelons supérieurs de la hierarchie sociale et ainsi nous développons pour eux de la sympathie, ce qui nous incite à faire les efforts permettant de monter dans la hiérarchie sociale si bien qu’à notre tour nous suscitions de la sympathie de la part des autres.

    Bien entendu cette vision d’un ordre social très hiérarchisée est conservatrice. De même la théorie évolutionniste des stades du développement économique très présente dans la Richesse des Nations et selon laquelle le passage d’un stade à un autre s’explique par l’état de pénurie dans lequel se trouve le stade antérieur est contredit par l’examen des données ethnologiques. AInsi des travaux de Marshall Sallins qui ont mis en évidence que l’age de pierre pouvait être l’age de l ‘abondance.
    Mais l’important pour ce qui nous intéresse ici, c’est que Smith, en posant l’importance de l’imaginaire dans l’économie avait ouvert la possibilité d’un autre imaginaire et dans lequel pourrait s’investir autre chose que le simple calcul intéressé.

    Christian Marouby, commentateur de Smith, précise “..si l’on reconnaissait chez tous les peuples de la terre, à quelque stade qu’ils se trouvent, la nature foncièrement intersubjective du désir humain et le caractère social de tout imaginaire, le modèle même de ce qui constitue ‘l’amélioration de notre condition’, deviendrait relatif à chaque idéal culturel, révélant ainsi sa dépendance par rapport au désir ‘d’appropriation’. L’anthropologie de la sympathie mettrait le progrès au conditionnel.” in Economie de la nature.

    1. @pierre-yves
      Juste une précision : A Smith n’était pas utilitariste, sa référence philosophique étant la tradition cartésienne/malebranchiste ( jointe à l’influence de Hume). Il était d’ailleurs – chose peu connue – un adversaire de la physique de Newton
      L’utilitarisme va venir avec J Bentham – qui est un whig radical, (Smith est plutôt un tory) ; puis avec JS MIll qui est disciple d’A Comte
      L’idée qu’ SMITH est utilitariste n’est qu’une reconstruction a postériori de la pensée du XXème siècle : c’est pourquoi ceux qui cherchent vraiment à lire ses textes sont souvent surpris de n’y trouver ni utilitarisme, ni référence à l’homoeconomicus .
      Manifestement vous êtes de ceux-là : c’est tout à votre honneur
      amicalement

    2. @ Claude Roche

      Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Je n’ai pas dit de Smith qu’il était utilitariste lui-même mais seulement qu’il avait repris chez eux une notion — celle d’intérêt — les caractérisant. Ma formulation n’était peut-être pas assez explicite, je vous le concède.

      @ Ton vieux copainMichel

      Rassurez-vous je n’essaie pas de faire l’apologie d’Adam Smith, je voulais juste pondérer l’idée qu’on s’en fait le plus souvent et montrer qu’il y a dessiné comme en pointillés la possibilité d’une bifurcation via sa théorie de la motivation. L’intérêt immédiat du commerçant, de l’artisan, de l’industriel qui calcule au plus près ses intérêts, en tant que moyen, c’est bien de l’individualisme méthodologique, mais celui-ci est comme contrebalancé par une visée morale basée fondée sur une théorie de la motivation qui elle est sociale. Si Adam Smith est toujours lu et commenté, c’est sans doute aussi pour la raison que sa pensée se trouve un peu au carrefour de plusieurs courants d’idées, dont il a fait une synthèse originale.

  8. @ Pierre-Yves D.

    Un philosophe, Robert-Dany Dufour n’est pas très tendre avec Adam Smith dans ses deux derniers ouvrages “Le divin marché” et “La Cité perverse”. Il considère qu’en bon théologien Smith a tenté de donner une coloration un peu plus digne et acceptable à la vision beaucoup plus noire du libertin Mandeville (dont on connaît la phrase célèbre – “Les vices privés font les vertus publiques” – et que derrière l’éloge de la nécessité de l’égoïsme sous la plume d’Adam Smith se profile en vérité l’apologie de la jouissance à tout prix que l’on retrouve dans les écrits du marquis de Sade.

    Il faut noter le regain de faveur de Mandeville dans le monde de l’édition. Je pense au petit livre impertinent d’un certain Gaspar Koenig : “Les discrètes vertus de la corruption”, lequel est une sorte d’apologie de cette pratique ô combien humaine qui va du dessous-de-table conséquent à l’innocent renvoi d’ascenseur et qui a pour but, selon lui, de lubrifier les relations sociales. En d’autres termes, Koenig affirme qu’une certaine dose de corruption est nécessaire dans la conduite des relations humaines (sa notion de corruption est assez large) mais il ne dit pas à partir de quel niveau elle cesse contribuer au “bien commun”. C’est en posant la question de cette limite que l’on verse inévitablement dans l’univers du marquis de Sade.

  9. Pour moi , je me sens , comme le pékin lambda , à l’aune du Sganarelle de Molière quand la statue du commandeur fait payer ses comptes à Dom Juan ! Qui va me payer mes gages ?

    Mais on cherche même une statue du Commandeur ….

    A moins que les Sganarelles zigouillent eux mêmes Dom Juan .

  10. Bonjour à tous,

    « Et si nous nous réveillons un matin dans un monde sans argent ? »

    Je ne peux pas répondre pour le “nous”…
    Mais pour le petit “je” que je suis,
    je peux vous dire que cela m’est arrivé bien des fois…
    c’est à dire devoir sortir et faire les courses avec pas même
    une roupie indienne dans la poche…
    Après la révolte contre soi et le monde,
    vient le réalisme pratique et la seule chose qui SAUVE toujours dans ce cas):
    La communication et L’échange !

    Je viens d’accompagner (comme guide touristique) 2 touristes françaises,
    et voilà ce qu’elles me disent de la France en ce moment:
    Les gens ne se parlent PLUS dans la rue…

    Eh bien, c’est très triste!
    mais si l’ARGENT ne circulait PLUS dans le société,
    Peut-être que la communication et la “fraternité” reviendrait dans la vie des gens….

    Cordialement,
    Ordjoun

  11. « Et si nous nous réveillons un matin dans un monde sans argent ? »

    C’est une bonne occasion pour tordre le cou à un autre préjugé d’économiste:

    Les économistes vous diront que le troc est inefficace, car il exige la «coïncidence des besoins» : si A veut troquer X contre Y, il ou elle doit trouver B qui veut troquer Y contre X. En réalité, la plupart de ceux que j’ai rencontrés ne veulent pas troquer X contre Y, ou Y contre X. En fait, ils veulent troquer ce qu’ils peuvent offrir contre tout un ensemble de choses qu’ils désirent.

    Dans le système économique actuel, nous sommes obligés de troquer notre liberté, sous la forme de la semaine de travail obligatoire, contre quelque chose que nous ne voulons pas particulièrement, à savoir l’argent. Les choix sont limités pour ce qu’on peut faire avec cet argent : payer des impôts, les factures, acheter des biens de consommation de mauvaise qualité, et peut-être, quelques semaines de «liberté» en tant que touristes. Mais d’autres options existent.

    Une option est de s’organiser en communautés pour produire les biens utiles à l’ensemble de la communauté : la nourriture, les vêtements, le logement, la sécurité, le divertissement… Tout le monde apporte sa contribution, en échange du produit final, que chacun va partager. On peut également s’organiser pour produire des biens qui peuvent être utilisés dans les échanges avec d’autres communautés : les biens d’échange qui sont une bien meilleure façon de conserver la richesse que l’argent, qui n’est, après tout, qu’une substance essentiellement inutile.

    Vous avez une auto, cherchez des slip? En Russie, le troc est de retour

    MOSCOU – La Taganrog Automobile Factory vous propose une affaire! Des rangées de véhicules utilitaires Hyundai Santa Fe fraîchement contruites sont disponibles dès maintenant. En échange, – eh bien, avez-vous des cartes électroniques? Ou des tôles? Ou des baskets?

    Voilà un signe des temps financièrs en Russie: Le troc est de retour.

    Des annonces commencent à apparaître dans les journaux et en ligne, comme celui qui offrait « échange sous-vêtements de qualité d’une valeur de 2.500.000 roubles contre une automobile », et un autre prometteur « échange bois d’oeuvre à Krasnoïarsk contre des aliments ou des médicaments.» Un fabricant de grues à Iekaterinbourg paie ses débiteurs avec des excavateurs.

    Et l’un des négociants en matières premières d’origine russe, German L. Sterligov, a déployé une initiative “anti-crise” qui, dit-il établira un lien entre de longues chaînes d’entreprises dans un système de troc mondial.

    Tout cela évoque un peu de déjà vu. Au milieu des années 1990, les opérations de troc en Russie comptaient pour un étonnant 50 pour cent du chiffre d’affaires des entreprises de taille moyenne et 75 pour cent pour les grandes entreprises.

    La pratique a permis aux entreprises de survivre pendant des années mais leur a également permis de reporter des changements fondamentaux nécessaires pour les rendre plus compétitives, comme des licenciements et des réductions de prix. Elle a également grevé les recettes fiscales.

    D’autres études sur le troc en Russie

    1. @Vincent WALLON.

      J’ai parmi mes livres de chevets un petit livre que je trouve tout aussi précieux que certains chefs d’oeuvres de la littérature, tout aussi précieux que mes livres sur la peinture – c’est vous dire !
      Il s’agit d’une biographie très courte de Joseph Jacotot par Jacques Rancière : Le maître ignorant.

      Comme je n’aime pas les longues citations, j’ai cherché une phrase qui pourrait vous donner envie de lire cet essai. La voici :
      «Ce qui abrutit le peuple, ce n’est pas le défaut d’instruction mais la croyance en l’infériorité de son intelligence.»

      Et pour mettre encore quelque chance de mon côté de vous intéresser à ce livre, voici un court extrait introductif de Rancière datant de 2002 :

      (…) Le maître, faisant passer selon une sage progression, adaptée au niveau des intelligences frustes, les connaissances qu’il possède dans le cerveau de ceux qui les ignorent, tel était donc à la fois le paradigme philosophique et l’agent pratique de l’entrée du peuple dans la société et l’ordre gouvernemental modernes. Ce paradigme peut engager des pédagogies plus ou moins rigides ou libérales. Mais ces différences n’entament pas la logique d’ensemble du modèle : celle qui donne à l’enseignement la tâche de réduire autant que possible l’inégalité sociale, en réduisant l’écart des ignorants au savoir. Et c’est sur ce point que Jacotot fit entendre, pour son temps et pour le nôtre, sa note absolument dissonante. Il avertit de ceci : la distance que l’Ecole et la société pédagogisée prétendent réduire est celle dont elles vivent et qu’elles ne cessent donc de reproduire. (…) *

      Ceci pour vous dire quoi ? que je n’ai bien évidemment rien contre la connaissance partagée, mon dieu non, et que ma reflexion porte davantage sur la critique d’un savoir intellectuel qui se présente comme une autorité savante, que contre un savoir vivant émancipateur.

      *L’intégralité du texte se trouve sur le blog du philosophe Jean-Clet Martin :
      http://jeancletmartin.blog.fr/2008/03/05/l-egalite-3819933/

  12. « Et si nous nous réveillons un matin dans un monde sans argent ? »

    Mais vous êtes dingue ! On se mettrait à vouloir quoi alors ? à envier qui ? à en vouloir à qui ? Et on compenserait comment ? Et on se rassurerait comment ? Et Loïc Abadie ? vous avez pensé aux angoisses de Loïc Abadie !? Le cauchemar…

    1. Personnellement, je n’envie personne et je n’en veux à personne, cela ne m’empêche pas d’avoir envie de progresser.

      Je n’ai pas encore d’argument solide, mais je les cherche, pour dire qu’un monde sans argent est possible, mais au fond de moi, je ressens que c’est LA solution.

      Selon moi, l’utopie n’est pas dans cette idée, elle réside davantage dans le comment y parvenir dans ce monde.

    2. @Vincent WALLON.

      L’idée selon laquelle l’argent sert à compenser les manques, comble des besoins inconscients, maintien l’espace social dans une certaine rationalité, bref organise et structure le monde hors crimes et passions, n’est bien entendu pas de moi. Je ne faisais au fond que brièvement référence à Freud*, peut-être pour gentiment provoquer les «meilleuristes», toujours près au meilleur des mondes… du moment que cela ne change rien à leurs habitudes ! Car enfin, croyez-vous sérieusement que le monde serait ce qu’il est si nous n’étions ce que nous sommes : arrogeants, cupides, vaniteux, belliqueux, faibles, fragiles, plein de craintes, d’angoisses, et de désirs de posséder pour plaire et conjurer la mort (dans cet ordre, sans certitude) ? Croyez-vous deux secondes qu’un système politique, économique, intellectuel, aussi opposé à éros soit-il, tiendrait, s’il ne prenait racines dans cette part inconsciente, sombre, blessée, perdue, de l’homme ? Mais vous avez raison, je ne fais pas beaucoup d’effort pour être audible, probablement parce je ne crois pas au savoir qui s’expose. Disons même que j’aurais de plus en plus tendance à me méfier de ceux qui cherchent à vulgariser, préférant suivre sans tout comprendre les étoiles qui se «contentent» de briller.

      * Je vous suggère si cela vous intéresse le très bon livre de Gilles Dostaler et Bernard Maris, paru l’an dernier : Capitalisme & pulsion de mort.

    3. @Martine Mounier

      Bonjour Martine,

      J’ai longuement hésité à vous répondre. Je m’y résous, on verra ce que cela donne.

      Je vais tâcher de le faire point par point, compte tenu de mes connaissances et en utilisant mes sentiments intérieurs mais en ne les laissant pas prendre le dessus sur ce que je pense profondément.
      Je vais également tenter de le faire sans vous décourager d’aucune façon à avancer. Je vous avoue que votre réponse m’a touché, mais je dois être trop sensible.
      Pour me lire, il conviendra donc de repérer dans votre texte les points auxquels je réponds (je respecterai l’ordre).

      Je sais que cette idée n’est pas de vous, je suis d’ailleurs frappé de constater à quel point tout ce que nous disons ou essayons de dire lorsque nous essayons de changer le monde a déjà été dit ou écrit et ce depuis souvent des temps très reculés. Cela pourrait paraître décourageant, mais je prendrai la vision optimiste de Paul lorsqu’il dit que cela fait 2500 ans environ que nous essayons et que cela est de l’expérience accumulée.

      Le terme “meilleuriste” sonne comme une “insulte” dans le contexte de votre texte. Je dirais simplement et intuitivement que je préfère être traité de “meilleuriste” que de “piriste”.
      Concernant l’aspect de changement des habitudes, soyez rassurée, j’y suis prêt et je l’ai d’ailleurs déjà fait. Que dites vous du fait de quitter un travail intéressant où je suis reconnu pour mes qualités (et où mes défauts sont supportés), payé très confortablement pour devenir instructeur de plongée en Égypte puis face au constat désarmant que les mêmes fondamentaux me dérangent (pour faire court et extrêmement condensé la recherche du profit tous azimuts en priorité avec toutes les conséquences humaines et environnementales que cela implique). Je sais aujourd’hui que je peux construire mon “bonheur” mais que ce bonheur ne sera jamais parfait dans la mesure où :
      1) l’argent et le profit m’empêcheront toujours d’exercer en totale liberté mon métier
      2) je devrais oublier que 90% (pifomètre mais en croissance et certainement pas en décroissance comme on voudrait nous le faire croire) de la population mondiale souffre
      3) je ne suis pas certain de trouver un endroit dans le monde à l’abri des répercutions qui ne vont pas manquer de se produire (et qui se produisent déjà chaque jour)
      4) je ne sais pas si je parviendrai à renoncer à ce “combat” (la fameuse ligne de crête indiquée par Paul dans son dernier “temps qu’il fait”. En fait je vois le néant derrière la crête, alors autant continuer à se “battre”)

      J’ai donc décidé de voir comment je pouvais agir sur le monde à mon échelle. Je m’offre donc une “pause” dans mes projets personnels en puisant dans mes petites économies.
      Je dois dire que depuis que je n’ai plus peur de l’avenir je sens une sensation de liberté difficile à décrire.
      Je regarde le monde et les gens différemment et avec une très forte dose de quelque chose qui s’apparente à de l’amour. C’est très étrange, difficile à décrire et surtout difficile et risqué de l’exprimer car on a vite fait de passer pour un illuminé dans ce monde. Je prends donc ici un risque en l’écrivant rapidement et sans développer davantage.

      Je suis d’accord, le monde ne serait pas ce qu’il est , d’ailleurs, ce qu’il est ne me convient pas. Je constate aussi que ces merveilleux sentiments que vous citez sont extrêmement bien alimentés dans ce monde et que rien n’est fait pour les freiner (y compris et surtout par les religions). Et je dois dire que je suis en passe de parvenir à supprimer ces sentiments de mon répertoire. Je dis bien en passe car cela n’a rien de simple et qu’ils sont si profondément ancrés en nous que les vieux démons remontent régulièrement. Non, je ne suis pas parfait, je ne le sais que trop, en même temps, serais-je humain si j’étais parfait. Je suis simplement comme chacun de nous sur le chemin de la connaissance de qui je suis déjà.

      Je serais vraiment intéressé d’échanger avec vous sur les raisons profondes qui vous poussent à dire que vous vous méfiez de la connaissance partagée. J’avoue que je ne parviens pas à concevoir de conserver pour moi une connaissance si une personne en face de moi me pose une question à laquelle je sais répondre (sauf à penser que cette connaissance peut lui faire du tort…. Oups, je tiens peut-être un truc à creuser là…je me lance donc un peu dans le § suivant). (Excusez moi au passage si je réfléchis en même temps que j’écris).

      En effet, il semble bien que certaines personnes en ce monde estiment que certaines personnes doivent savoir et d’autres doivent rester dans l’ignorance pour leur bien. Si on généralise mon comportement lorsque je présente mes idées qui consiste à me taire si j’estime que la personne n’est pas prête à entendre et que cela peut lui faire du tort, on aboutit finalement à la même chose que ce “grand” dessein pour l’humanité.
      Je suis preneur des avis des personnes ayant étudié sérieusement cette question afin d’orienter le comportement que je dois adopter en la matière.

      Enfin, je ne me sens pas dans la peau d’un suiveur. Il se trouve que je retrouve dans l’attitude de Paul des similitudes avec mon approche des choses (toute proportion et modestie à part).
      Quand j’ai décidé de me lancer, j’étais parti “bille en tête” sur le fait d’acquérir les connaissances dont j’ai besoin par des lectures, des prises d’avis, des conférences, des études…. Mais en creusant, on se rend vite compte qu’il y en a pour plusieurs décennies de travail. Je dis donc que ce type d’endroit de travail collaboratif fait gagner un temps précieux (le temps étant la seule chose dont je n’ai pas réussi à me libérer jusqu’ici) surtout lorsqu’ils sont de cette qualité (qualité que j’espère ne pas trop dégrader par mes contributions).

      En fin de compte, la seule chose à laquelle j’aspire pour mon cas personnel (à ce jour) est de repartir bien vite vers l’exercice de mon nouveau métier que j’aime, mais si possible en ayant éradiqué ce qui me rend son exercice pénible.

  13. Est-ce que les réseaux sociaux ne sont pas de nouveaux moyens de reconnaissance au delà des possessions matérielles ?, si je lis ce blog c’est pour ce qu’il est et pas parce que son auteur porte une montre de 10 000 € ou la légion d’honneur.

  14. Vous entendez quoi par monde sans argent ? La monnaie sonnante et trébuchante ou la monnaie “dans toutes ses dimensions”, ce que l’on appelle je crois M2, M3 et M4 ?
    Si on enlève la monnaie fiduciaire, ce serait possible dans un monde totalement informatisé et quelque peu extrêmement surveillé et puis toute l’économie informelle serait condamnée…

  15. La parole est d’argent, [ô combien ! ]
    mais le silence est d’or…
    Et aussi :
    le silence est le plus éloquent des mépris.

    1. Yes, in fact.
      Le silence est d’or.
      On répond aux imbéciles par le silence.

      Donc, imposer l’or aux imbéciles coule de source… 😉

  16. Je souhaite rebondir sur le post de jducac du 10 novembre 2009 à 10:36 pour le compléter.

    Je vous fait part ici de ce qu’un non cultivé peut ressentir à la lecture de certains posts : les sentiments les plus proches pourraient être frustration et découragement.

    Lorsque je connais un sujet à fond, ma recherche est de l’exposer le plus clairement possible et d’adapter mon discours à la personne à laquelle je m’adresse. En d’autres termes, je cherche toujours à rendre accessible à la personne les propos que je tiens. Je reconnais que c’est souvent un exercice difficile, mais admettez que cela ne présente aucun intérêt de parler à quelqu’un si ce quelqu’un ne peut pas comprendre ce que vous dites.

    Dans le même temps, lorsqu’on élève un débat on ne peut pas toujours revenir sur des fondamentaux acquis et il faut bien avancer dans le débat. Pour éclairer mon propos, c’est un peu comme-ci on ne constituait que des classes totalement disparates dans leur niveau de connaissance, il y aurait une impossibilité totale à avancer dans le cours (oups que c’est décourageant si on creuse l’idée – merci à ceux qui on un point de vue de rebondir sur ce point).

    La balance est donc difficile à trouver.

    Ma démarche en tout cas dans ma prise de conscience consiste à trouver les termes accessibles au plus grand nombre et à vulgariser (je n’aime pas ce terme, mais c’est le plus signifiant que je trouve) car je pense que nous avons besoin d’un certain effet de masse pour être audible. En d’autres termes, si une manifestation regroupe 1000 intellectuels “reconnus”, elle aura une certaine portée, non négligeable certes, mais si elle regroupe 1000 intellectuels et quelques millions de personnes “lambda” comme moi, sa portée sera différente.

    En fait, dans ma prise de conscience, il y a des milliers de questions que je me pose sur le comment changer les choses et vers quoi aller. Pour cela, j’ai besoin de rechercher des connaissances auprès de personnes ayant sérieusement et objectivement étudié la question.

    Pour résumer. Ne cherchons jamais à être brillant, cherchons à être audible lorsque nous nous exprimons.
    Le savoir est un bien trop précieux pour ne pas être partagé par tous.

  17. bien dit ! J’ai toujours été écoeuré et non pas envieux de ces comportements d’affichage de sa pseudo-réussite sociale, le simple fait que l’on puisse penser que je sois envieux m’agace, et chaque port sur nos vastes côtes cultive l’étalage et le déballage de ces médiocres se réjouissant de la lutte des classes dont ils ressortiraient vainqueurs de par leurs possessions, et de par leur arrogante ignorance. C’est pitoyable !

  18. @ Paul Jorion

    Je trouve que vous simplifiez trop la réflexion des riches propriétaires de yatchs, car je ne crois pas que provoquer la jalousie des autres soit vraiment leur but (même si cette idée est extrêmement répandue).
    Je pense que, pour certains, le yatch est un signe de réussite personnelle. Mais avant tout il rend possible un loisir que beaucoup rêvent de s’offrir : allez naviguer et se prélasser au soleil dans un endroit calme avec une mer plate.

    Je ne doute pas que beaucoup ne trouvent finalement pas la motivation de le faire, ce qui explique pourquoi les yatchs ne verront jamais la mer.

    Croire que vouloir “rendre jaloux sont voisin” est la principale motivation qui pousse certains à vouloir maximiser les profits à tout prix ne me semble pas juste.
    Je pense simplement que nous vivons dont un monde où la vision du bonheur est très étroitement lié à une succession de plaisirs et une certaine quantité de possessions. Ce qui est bien entendu faux.
    Cependant cette idée est propagée dans l’inconscient collectif par une publicité omniprésente qui, à mon sens, nous affecte bien plus que ce que nous croyons.

    Mais tout celà n’est que mon avis 🙂

    Bonne journée

    1. “car je ne crois pas que provoquer la jalousie des autres soit vraiment leur but ”

      Si si, Yaka. J’ai des témoignages vivants, marquants, crédibles et bien réels. Désolé. Je sais ce qu’est la richesse.
      Et pas par observation ni par jalousie… non non.

      De façon vécue, soit la seule façon de parler d’une dimension de façon réelle.

    2. Posséder un yatch c’est un bien relativement rare. Or il est exposé à la vue de tous. Il fonctionne donc comme une marque de distinction sociale. Il symbolise aussi le confort et la liberté de circuler où bon nous semble, c’est là encore une façon d’indiquer par sa présence que certains des humains sont plus égaux que d’autres quant à l’accès aux espaces naturels, lesquels pour naturels qu’ils soient n’en demeurent pas moins sociaux, donc divisés.

      Il est vrai qu’il n’est pas nécessaire de posséder un yatch pour susciter la jalousie, très peu de choses suffisent pour cela, mais c’est un fait que la publicité, les articles de magazines ne cessent d’associer petits et grands yatcht au modèle de la vie agréable et réussie.
      Sans tous ses signes extérieurs de richesses le caractère enviable du modèle actuel perdrait de son attractivité et donc son idéologie s’effondrerait. Il y a donc une nécessité impérieuse à ce que certains objets de consommation suscitent de la jalousie. En ces temps de crise l’industrie du luxe — surtout le très haut de gamme — prospère toujours. Croyez-vous que ceux qui sont les acheteurs de ces produits n’éprouvent pas quelque satisfaction à se distinguer du commun des mortels ?

      Vous dites en substance qu’il est possible de refuser soi-même, individuellement, d’entrer dans ce jeu.
      Très bien, mais il me semble tout de même que l’industrie du luxe est le pendant de la misère de millions de personne.
      La rareté n’est pas condamnable en soi, le problème c’est qu’elle n’est pas accessible à tous.
      En somme il faudrait un type de rareté telle qu’elle puisse par principe se singulariser en autant de d’objets, de formes, qu’il y a d’humains. Aujourd’hui, la rareté, comme le capital, se concentre dans les mains d’un certain nombre de privilégiés.

  19. Et si l’on postulait ( mais pour moi c’est un peu plus qu’un postulat ) que l’argent ( voire les “richesses” pour faire plus global ) était une forme d’assurance contre la souffrance et la mort , par les “remèdes connus” qu’il nous permet de conserver , et les “remèdes nouveaux ” qu’il nous donne l’espoir de ” créer” ?

    J’ai souvent été surpris par les rangées de livres “réputés” que certains bougeois ne lisent jamais mais alignent sur leurs étagères , par l’accumulation de biens tellement nombreux qu’ils en deviennent oubliés au fond d’un grenier, par les centaines de milliards accumulés par certains qui ne savent qu’en faire sinon des milliards supplémentaires .

    Dans tous les cas ne s’agit-il pas “d’acheter” de la “non-souffrance” et …du temps ?

    Finalement ce n’est peut être pas le temps qui est de l’argent , mais l’argent auquel nous donnons des apparences de temps .

    Il n’y aurait alors d’autre issue pour faire tomber l’argent de son piédestal , comme le veau d’or , que de rendre le temps passé , présent et à venir moins inquiètant .

    En attendant que la nouvelle internationale s’empare du concept , on doit pouvoir ,a minima, raboter tout ce qui dépasse “trop” pour mieux partager et l’argent et le temps .

    1. bonsoir ghost dog

      vous ne venez pas souvent ou alors vous ne lisez pas tout,
      pas très sérieux tout ça 😉
      En réalité je suis de retour dans l’arche Jorion (belle image, belle formule 🙂 ) depuis fin septembre,
      une fracture m’ayant presque tout l’été immobilisé en un endroit où je n’avais pas accès à Internet.
      Bon, puisque vous êtes gentille, exceptionnellement — car c’est un peu hors sujet, que le modérateur et les lecteurs m’en excusent — je vous offre quelques vues de mon cru, moins raisonneuses, pas forcément radicales, mais néanmoins nécessaires. Elles font partie de ces jardins secrets qu’il nous faut cultiver sans quoi la vie devient insupportable et les forces pour résister, construire un meilleur avenir, nous manquent.

      Nous sommes un certain nombre à venir et revenir ici, tandis que d’autres arrivent et y restent ; ce n’est pas un hasard, c’est d’abord que nous nous y sentons bien, et qu’il y a un coté “work in progress”, séminaire public ou université populaire mais néanmoins buissonière. Paul doit sans doute s’étonner lui-même de ce qu’est devenu son blog au fil des ans et des mois.
      AU delà du succès personnel de Paul c’est encourageant, car cela montre que des idées marginales peuvent se frayer un chemin malgré tous les bonnes raisons qu’il y aurait de se décourager.” La matière subtile qu’est l’esprit peut essaimer et faire florès.
      C’est toujours une question de tendance. La tendance a été longtemps celle de la conquête de l’étendue, elle pourrait s’inverser en une autre tendance, celle-là tout d’approfondissement des liens qui nous relient à l’humanité. Ces liens nous les connaissions mais mais nous ne les avions pas travaillés. Il s’agit donc d’inventer une économie du lien.

      On dit souvent que la société fonctionne, ou pas, ou mal. Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais cette conception fonctionnelle de la société me paraît fausse. Dire qu’une société fonctionne reviendrait à dire que tout y est utile, comme le rappelle Paul à la fin de son billet à propos des belles choses. Or ce n’est pas le cas : beaucoup de choses inutiles sont “utiles” du point de vue de la vie en société, ceci parce qu’elles “jouent” sur un autre plan que celui de la matérialité matérielle des choses. Sans être religieux on peut poser que toute société repose pour une part sur ce qui ne compte pas, ce qui en fait n’existe pas, n’est pas mesurable et qui est de l’ordre du rêve, de l’utopie, du désir, et qu’expriment chacun à leur manière les oeuvres de l’esprit, de la politique et des arts. Si aujourd’hui le système a tant de mal à effectuer sa mue c’est aussi sans doute parce que le rêve, l’utopie et le désir sont devenus des produits culturels normalisés, d’où les plaisirs successifs et morcelés qu’évoque plus haut Yaka et qui rompent la continuité de nos existences et nous empêche d’agir, ne nous avancer confiants vers ce qui n’a pas encore existé. Finalement la difficulté de penser un meilleur monde et surtout le réaliser, ne réside-t-elle pas dans la difficulté de mettre en phase “ce qui n’existe pas” que j’ai évoqué ci-avant, avec la mise ne place de conditions matérielles d’existence (le système économique et social) réellement plus satisfaisantes ? Bref, ce qui m’apparaît c’est que c’est que beaucoup des écueils, des échecs, du pessimiste viennent de ce que l’on a bien trop tendance à penser l’un des aspects sans l’autre.

    2. @Pierre-Yves,

      Cette économie du lien que vous appelez de vos voeux, Paul n’en est-il pas un précurseur ? Il est au chômage, donc hors de la norme salariale (contrat de travail, cotisation retraite etc.) pourtant, il “produit” de la réflexion, des livres, ce blog.

      Qu’est-ce qui fait que des centaines de lecteurs lui verse entre 1500 et 2000 euros/mois ? Peut-être justement ce désir, cette utopie auxquels vous faites référence.

      Bien sûr , il faudra du temps avant que cela devienne “socialement” admis mais je crois que c’est indéniablement encourageant pour la voie que vous décrivez.

      Vous avez raison l’un ne va pas sans l’autre et ce qui est génial ici, c’est que vos deux aspects coïncident parfaitement, le blog développe une “utopie” (collective) tout en construisant une nouvelle condition matérielle d’existence !

      CQFD ?

      @Roland,

      arrêtez de frimer mon vieux je suis verte de jalousie !!! ouarf,ouarf !

  20. à ghost dog [18:22]
    – – – – – – – – – – – –
    Le reportage de France2.fr, par Anouk Burel et Frédéric Bohn, ne fournit pas un seul URL sur Internet où il serait possible de parcourir les faits [ Institutions inter-nations (…) – Créanciers de la Banque centrale du Kenya – Organisation politique nationale à la solde de (…) – Structure du Budget Régalien – etc.], les (éventuels) ouvrages bien-fondés sur la question, les conférences des Clergés Universitaires impliqués.
    Rien.
    Alors, à quoi servent ces images de France2.fr ?
    Simplement pour nous dire que nous avons bien de la chance ? Difficile à croire
    Plutôt faire peur – affaiblir les maigres défenses … regardez donc une niaiserie qui va vous défendre
    … dormez et demandez refaites vos 3 heures de transport (1:30 + 1:30) pour aller travailler dans le 92 où le m2 vaut parfois plus de 10.000€/m2 (cf. Sarko junior 2e année de droit pour les précisions)
    Faut-il fermer France2.fr ? Oui
    Dans quel délai ?

  21. Vous avez raison cher François, aucune dénonciation de la françafrique du sieur Pasqua, mentor du p’tit (si petit) Nicolas dans les Hautes-Seine…(pompe Afric-trempolin’ qui vous propulse au sommet…).

    Désolée d’avoir fait montre de sensibilité…

    Je m’abstiendrais à l’avenir…mettez cela sur le compte de l’humeur automnale.

    C’est un véritable vertige parfois vous savez, malgré les faits, malgré la raison, malgré la connaissance ou la conscience.

    On se croit protégé alors que la moindre image vous assaille, vous transperce et vous fait défaillir.

    il me faudrait peut-être votre style pour déconnecter les mots des maux…

    Bonne soirée à vous et à vos multiples ( si je ne confonds pas)

  22. pour faire cultivé et faire bisquer mes co-bloggueurs, je vais y aller de ma petite référence, moi aussi:

    sur le lucre et la jalousie:
    Obelix et Compagnie, Uderzo & Goscinny, 1976

  23. Vous n’allez pas tarder à en apprendre davantage sur John Pierpont II (Junior) Morgan,
    celui qui mourut au millieu de la Seconde Guerre Mondiale, en laissant 4 enfants derrière lui.
    Vous parlez de YACHTS & YACHTING … alors évoquons ceux de son père et les siens

    La serie des CORSAIR ! (en $$$$$$$$$$$$$$$$$ )
    Un bateau qui passa à la marine américaine http://www.history.navy.mil/photos/sh-usn/usnsh-c

    Une citation légendaire de “Morgan Senior”, celui qui mourut en mars 1913, avant de voir entré en vigueur “SA FED, FedReserveBank
    C’est son fils JackJohn (bis) qui tiendra le stylo du président Wilson 9 mois plus tard (décembre)

    Jack Morgan était davantage, l’un des signataires establishment of the Federal Reserve (1913)

    Revenons à la citation légendaire de “Morgan Senior”
    quand on lui demanda combien ça coûte d’entretenir et faire fonctionner un bateau de cette taille

    Sa réponse rapide
    “Sir, if you have to ask that question, you can’t afford it.”

    findarticles.com/p/articles/mi_qa4442/is_200810/ai_n29492022
    Cela vous sera utile. Une question en suspens :
    John Pierpont Morgan s’éteignit en 1913; son fils, aussi nommé John Pierpont Morgan, étail-il son clone ?
    comme corsaire ?   ou plutôt pirate ?
    Au décès du père (76 ans), le fils avait 46 ans … sur le pont pour la Première Guerre Mondiale et …
    … crise de 1929 aidant >> pour le traité de Bâle de 1930.

    Les années passèrent. Toujours à la première loge pour la Seconde Guerre Mondiale
    Son bateau était-il démodé ? … pour apitoyer la plèbe vous lirez :
    The tragic life of the Corsair IV
    comme daddy.

    Epitaphe :
    His private life was lived in the tradition of the great English and American private banker.
    The European bridgehead of his intl banking was in London, and many of the personal connections of his family were in England.
    He had a New York house but is principal residence was on Long Island; he also had a house in London and a country place in Hertfordshire.
    He loved the sea, and his yachts — like his father’s yachts named th Corsair — were among the best known of the world’s private ships. (…)
    He was something of an authority on Bibles and well read in the classics of English and Latin literature. (…)
    As a member of the Board of Overseers of Harvard University for many years he attended the meetings (…) and
    as a member of the Visiting Committee of the Harvard School of Businesshe gave moral and financial support (…).
    A sa mort, on March 13, 1943, the “Business Historical Society” also lost a life member and strong supporter.

    1. @Yaka 10 novembre 2009 à 15:59
      « Mais tout celà n’est que mon avis »

      C’est également le mien. Nous ne sommes que 2 à ce jour… Mais il n’empêche que nous sommes tous responsables. Autant les possesseurs de yachts immobiles, que les publicitaires, que tous les consommateurs et même les moins argentés qui s’endettent au delà du raisonnable. C’est sur des bases morales applicables à tous que l’on peut, peut-être, corriger la dérive générale. Je ne crois pas que c’est en trouvant des boucs émissaires et en liguant les plus nombreux pour abattre les plus puissants que l’on résoudra les problèmes du monde. Il y aura toujours quelques êtres ou groupements, plus doués ou plus habiles pour tirer mieux que les autres les marrons du feu et devenir puissants à leur tour. Mon espoir, c’est que Paul arrive aussi à faire monter dans son arche des puissants actuels convaincus de l’intérêt d’un salut commun. Noé n’a-t-il pas fait monter au delà des doux agneaux, le féroce et puissant lion, le rusé renard et le perfide serpent, pensant à juste titre qu’il faut la variété pour faire un monde.

      @François Jéru 11 novembre 2009 à 13:55
      Voila au moins des yachts qui ont eu une histoire. Il est probable aussi que de plus modestes, basés en Bretagne, ont été utiles pour traverser la Manche dans des missions nobles, lors de la dernière guerre.

    2. à J. de CAC [40, 12:03]
      – – – – – – – – – – – – – – –
      Fednework et son Fed_Reserve_System doit etre demantele. Le plus tôt sera le mieux.

  24. à Yaka [10 nov à 15:59] et J.duCac [13 nov 12:03]
    Vous ne me ferez jamais piloter un “beau” bateau à moteur … ça pue si c’est hors bord; ça fait du bruit
    Par contre j’adore la voile
            je manque de temps
    j’ai longtemps fait partie d’un yacht-club, entre 1960 et 1972
    Nous sommes donc, peut-être, au moins trois à aimer une certaine forme de jeu avec le vent, les vagues, les embruns, le mi-brouillard du petit matin. C’est bien loin tout cela …
    et encore si présent ! … les voiles … au vent … sous le vent …

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