Cuarteto Cedrón

Il y a de la musique que vous découvrez comme un coup de poing dans l’estomac, et ce fut le cas pour moi le jour où j’entendis pour la première fois le Cuarteto Cedrón.

Je mentionnais hier à propos de Lévi-Strauss à quel point sa conception de la construction d’un savoir comme la quête d’un loup solitaire m’est étrangère. Faute du dialogue avec des collègues et des étudiants que m’aurait offert un environnement universitaire, j’ai découvert mieux encore avec un blog : bien que vous soyez aux quatre coins du monde, nos intérêts communs nous convient à nous asseoir ensemble le soir autour du feu. La culture hispanique m’est malheureusement étrangère. Tout ce que je sais du Cuarteto Cedrón et de ce qu’ils chantent, c’est ce coup de poing à l’estomac ressenti pour la première fois au début des années 1970 et mes dix années d’effort plus tard aux États–Unis pour retrouver leurs disques (c’est Amoeba sur Sunset Boulevard qui mit fin à mes misères). Alors, plus encore que d’habitude, je compte sur vous : dites-nous tout ce qu’il faut savoir du Cuarteto Cedron, de Paco Ibáñez et du tango – et qu’il est criminel d’ignorer plus longtemps.

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29 réflexions sur « Cuarteto Cedrón »

  1. Excellent choix, le Cuarteto Cedrón.
    J’ai eu le plaisir de voir un de leur concert en 2006 à Cavaillon et j’en ai encore des frissons.
    Je ne dirais qu’une chose : allez voir absolument un de leurs concerts. Vous en sortirez amoureux du Tango.
    Chacun des musiciens est absolument exceptionnel. L’émotion transpire de tous les pores de leur peau, à travers les mouvements de leurs mains et les traits de leurs visages. La musique du Tango est exceptionnellement expressive et dynamique.

    Paul, merci d’avoir réveillé en moi ce souvenir mémorable.

  2. Petit détail qui a son importance : à ce concert, était présent le pianiste argentin Roger Helou qui ne fait pas partie du groupe et qui a été absolument magique. Sans lui le résultat aurait été plus sobre et moins enivrant.

  3. Le tango , comme la politique bien exercée , est une des rares manifestations humaines qui permette d’avancer en faisant un pas en avant et deux en arrière .

  4. Les quelques mots d’espagnol que j’ai appris viennent des poètes, et de Wilhem Reich.

    Le premier texte que j’ai lu en espagnol figurait sur la page de gauche et sur la page de droite sa traduction par Benjamin Péret : « la pierre de soleil ». La langue de Péret aurait suffit, il n’y avait pas de trahison dans la traduction, pas plus qu’un chanteur trahit un auteur qu’il interprète s’il sait recréer la partition.

    Comme la partition originale se trouvait sur la page de gauche je l’ai lue mot à mot. Les mots d’Octavio Paz , ceux de « la piedra de sol » furent les premiers mots espagnols que j’ai lu.

    « La aplicacion del psicoanalisis a la investigacion historica » trouvé trois ans plus tard à Madrid m’était inconnu en français et je n’aurais pas su le comprendre en allemand, c’était cocasse de trouver Reich chez Franco.

    Mais c’est Paco Ibanez qui m’avait alors permis de prononcer quelques mots en espagnol.

    La première chanson de lui que j’ai chanté fut « Andaluces de Jaen » où la question essentielle est posée aux fiers cultivateurs d’oliviers : Andalous de Jaen, dites moi sincèrement qui, qui fait pousser les olives ? Personne ne les fait pousser, ni l’argent, ni le maître, si ce n’est la terre silencieuse, le travail et la sueur…….

    Par le choix des auteurs qu’il met en musique, la sobriété et l’intensité de son interprétation, je crois que Paco Ibanez a démontré tout au long de sa carrière que (il l’a chanté en chantant Gabriel Celaya) : « la poesia es un arma cargada de futuro » la poésie est une arme chargée de futur.

    Andaluces De Jaen,
    aceituneros altivos,
    decidme en el alma:
    Quien, quien levanto los olivos?
    No los levanto la nada,
    ni el dinero, ni el señor,
    sino la tierra callada,
    el trabajo y el sudor.

    Unidos al agua pura
    y a los planetas unidos,
    los tres dieron la hermosura
    de los troncos retorcidos.
    Levantate, olivo cano,
    dijeron al pie del viento.
    Y el olivo alzo una mano
    poderosa de cimiento.

    Andaluces De Jaen, aceituneros
    altivos, decidme en el alma:
    Quien, amamanto los olivos?
    Vuestra sangre, vuestra vida,
    no la del explotador
    que se enriquecio en la herida
    generosa del sudor.
    No la del terrateniente
    que os sepulto en la pobreza,
    que os pisoteo la frente,
    que os redujo la cabeza.
    Arboles que vuestro afan
    consagro al centro del día
    eran principio de un pan
    que solo el otro comía.

    Cuantos siglos de aceituna,
    los pies y las manos presos,
    sol a sol y luna a luna,
    pesan sobre vuestros huesos!
    Andaluces De Jaen, aceituneros
    altivos, pregunta mi alma:
    de quién, de quién son estos olivos?
    Jaen, levantate brava
    sobre tus piedras lunares,
    no vayas a ser esclava
    con todos tus olivares.
    Dentro de la claridad del aceite
    y sus aromas, indican tu libertad
    la libertad de tus lomas

  5. Le tango est une musique argentine dont l’origine se limite à Buenos Aires. Ce n’est pas une musique forcément très populaire en argentine.
    Le chamamé est un autre style argentin issue de la rencontre des colons et de leurs accordéons avec les indiens Guaranis. C’est une musique métissée elle aussi exceptionnellement « expressive et dynamique »
    Raul Barboza est en l’un des interprètes les plus connus : http://www.espritsnomades.com/sitemusiquedumonde/barboza.html
    http://www.myspace.com/raulbarboza

  6. Le tango, Carlos Gardel, le bandonéon…

    Le port de Buenos Aires abritait des estaminets où les marins dansaient le tango. Entre hommes, faute de femmes.

    L’improvisation dans cette danse corps à corps aurait de quoi échauffer une vestale.

    Le tango, tansposition chorégraphique de « l’association libre » ?

  7. Le Cuarteto Cedrón, créé en 1964 par Juan Cedrón (compositeur, chanteur et guitariste), a été d’abord un trio. En 1970 il devient un quatuor. En 1971, ils rencontrent en Argentine Paco Ibañez qui les invite à faire une tournée en France, où ils s’installent définitivement en 1974 fuyant la dictature militaire. En 1998-1999 Juan Cedrón crée un orchestre de tango de 12-14 musiciens, La Típica, dont l’activité est parallèle à celle du quatuor. À partir de l’année 2000 le Cuarteto devient Quinteto, avec l’entrée du violoniste Emilio Cedrón, le fils cadet du fondateur, comme invité permanent (depuis 1989 le fils ainé est le contrebassiste du groupe).

    En 2004, année du quarantième anniversaire de la création du Cuarteto, Juan Cedrón est revenu vivre à Buenos Aires.

    Le Cuarteto Cedrón a publié 27 disques.

    Son fondateur, Juan « Tata » Cedrón est né à Buenos Aires le 28 juin 1939 mais a vécu son enfance et adolescence à Mar del Plata. Son père était un mécanicien fou de tango. Très jeune, à force d’entendre Gardel à la radio, il connaissait par coeur toutes ses chansons. À 14 ans il commence à jouer de la guitare. À 17 il part étudier la musique (guitare et harmonie) à Buenos Aires.

    Juan Cedrón a mis de la musique à des chants anonymes mayas et à des poèmes de Raúl González Tuñón, Julio Cortázar, Juan Gelman, Acho Manzi, Dylan Thomas, Bertolt Brecht, Federico García Lorca, Antonio Machado, Homero Manzi et César Vallejo (entre parenthèses, le plus grand poète en espagnol du XXe siècle, péruvien mort de misère à Paris en 1938 à 46 ans – Neruda, qui était jaloux de son talent et connaissait sa situation critique, n’a rien fait pour l’aider).

    Juan Cedrón est l’auteur de plus de 200 compositions originales.

    Discographie:

    -MADRUGADA (1964)
    -TANGO (45T. 1965)
    -GOTÁN (1967)
    -CRENCHA ENGRASADA (45ST. 1967)
    -CUERPO QUE ME QUERÉS (1968)
    -FÁBULAS (1970)
    -LOS LADRONES (Buenos Aires 1970)
    -DE ARGENTINA (Barcelona/París 1972)
    -LE CHANT DU COQ CANTATE / Del gallo cantor, Cantata (París 1972)
    -CHANSONS D’AMOUR D’OCCITANIE ET AUTRES HISTOIRES (París 1973 / paru 1975)
    -CUARTETO CEDRÓN CHANTE RAÚL GONZÁLEZ TUÑÓN (1977)
    et dans l’autre face PACO IBAÑEZ CHANTE PABLO NERUDA, avec le Cuarteto Cedrón
    -“CHANCES” Cantata e INSTRUMENTALES (París 1977)
    -LE CHEVAL DU MANÈGE / El caballo de la calesita (París 1979)
    -CHANSONS TRADITIONNELLES D’ARGENTINE / Canciones tradicionales de Argentina (París 1980)
    -CHANSONS D’UN PAYS QUELCONQUE / Canciones de un país cualquiera (París 1981)
    -FAUBOURG SAUVAGE / Arrabal salvaje (París 1982)
    -CUARTETO CEDRON CHANTE / canta a / BERTOLT BRECHT (París 1985)
    -CEDRÓN Y GUITARRAS (Buenos Aires 1990)
    -TANGO PRIMEUR (París 1990)
    -LES MILONGAS D’ANTIGONE (París 1994)
    -TODO RAÚL GONZÁLEZ TUÑÓN (1994)
    -APPARITION URBAINE / Aparición urbana (París 1995)
    -PARA QUE VOS Y YO (París 1997)
    -LA TÍPICA (2000)
    -NOCTURNO – La Típica (2002)
    -CUARTETO CEDRÓN – 1964 – 2004 DE CADA DÍA (2004)
    -CUARTETO CEDRÓN – PIOVE EN SAN TELMO (París 2004).
    -OREJITAS PERFUMADAS (2007)

    http://cuartetocedron.eu/office/cedron.html
    http://www.gabo.com.ar/index.php?option=com_content&task=view&id=45&Itemid=31
    http://boutique.ina.fr/video/divertissement/chansons/I07293613/cuarteto-cedron-siempre-me-has-mentido.fr.html

  8. La meilleure définition du tango, c’est un cardinal espagnol (ou argentin) qui l’a donné. Comme on lui demandait ce qu’il pensait du tango, il a répondu:

    – Je me demande pourquoi ça se danse debout…

    1. Ce en quoi il rejoint Pierre Desproges, qui à la définition du mot « danse » proposait : « expression verticale d’une frustration horizontale ».

  9. Le tango est né vers 1880 dans les files d’attente des bordels de Buenos Aires. Pour que les clients ne partent pas, les propriétaires faisaient jouer de la musique (des polcas, des habaneras, des valses, des mazurcas, des chotis…) à des petits groupes de musiciens. Certains clients ont commencé à improviser des danses sur ces musiques importées, danses que très vite sont devenues une mode.

    http://www.prensarotaria.com.ar/es/comonacioeltango.htm

  10. C’est le mois de décembre dans les années 1980. Nous invitons le cuarteto Cedron en concert au Centre culturel. Il faut les loger. Dans notre région, il n’y a pas d’hôtel « convenable ». Ils logeront dans un hôtel aujourd’hui disparu qui accueillait les représentants de commerce. En face de la gare. On est au coeur de la Wallonie profonde. C’est le jour de la Ste Barbe. La bière coule à flots. Il fait couleur noire. Ils joueront toute la soirée et la nuit pour les travailleurs présents au café situé au rez-de-chaussée de l’hôtel. Ce fut mille fois autre que le concert « culturel ». Le bandoneon a emporté tout sur son passage. La crise de 1970 frappant déjà très durement, je vous laisse imaginer les effets de cette musique. Un ravage d’émotion. Personne ne savait se quitter. Ils ont mélangé des gens qui n’auraient jamais fait la fête ensemble.

  11. La balade de l’ex-trafiquant de diamants est une splendeur…

    « je me suis pendu après déjeûner
    pour les diamants que j’ai vendu
    je ne savais pas qu’ils étaient beaux
    je ne savais pas qu’ils étaient beaux……

  12. L’une des plus belles chansons de Paco Ibáñez (avec le Cuarteto Cedrón) sur l’un de plus célèbres poèmes de Pablo Neruda (du livre « Veinte poemas de amor y una canción desesperada »).

    http://www.youtube.com/watch?v=zy63PcayySg

    Traduction rapide et donc prosaïque (difficile de reproduire la si belle musique de l’alexandrin espagnol avec accent en sixième):

    Puedo escribir los versos más tristes esta noche
    (Je peux écrire les vers les plus tristes ce soir)

    escribir, por ejemplo: la noche está estrellada
    (écrire, par exemple : la nuit est étoilée)

    y tiritan, azules, los astros, a lo lejos.
    (et grelottent, bleus, les astres au loin.)

    El viento de la noche gira en el cielo y canta.
    (Le vent de la nuit tourne dans le ciel et chante.)

    Puedo escribir los versos más tristes esta noche
    (Je peux écrire les vers les plus tristes ce soir)

    yo la quise, y a veces ella también me quiso.
    (je l’ai aimé et parfois elle m’a aimé aussi.)

    En las noches como ésta la tuve entre mis brazos
    (Dans des nuits comme celle-ci je l’ai eu dans les bras)

    la besé tantas veces bajo el cielo infinito.
    (je l’ai tellement embrassé sous le ciel infini.)

    Puedo escribir los versos más tristes esta noche
    (Je peux écrire les vers les plus tristes ce soir)

    pensar que no la tengo, sentir que la he perdido,
    (penser que je ne l’ai pas, sentir que je l’ai perdu,)

    oír la noche inmensa, más inmensa sin ella,
    (entendre la nuit immense, plus immense sans elle,)

    y el verso cae al alma como al pasto el rocío.
    (et le vers tombe dans l’âme comme sur l’herbe la rosée.)

    Puedo escribir los versos más tristes esta noche
    (Je peux écrire les vers les plus tristes ce soir)

    pensar que no la tengo, sentir que la he perdido,
    (penser que je ne l’ai pas, sentir que je l’ai perdu)

    ya no la quiero, es cierto, pero tal vez la quiero,
    (je ne l’aime plus, c’est vrai, mais peut-être je l’aime)

    es tan corto el amor y es tan largo el olvido.
    (il est si court l’amour et il est si long l’oubli).

    Puedo escribir los versos más tristes esta noche
    (Je peux écrire les vers les plus tristes ce soir)

    escribir, por ejemplo: la noche está estrellada
    (écrire, par exemple : la nuit est étoilée)

    y tiritan, azules, los astros, a lo lejos.
    (et grelottent, bleus, les astres au loin.)

    El viento de la noche gira en el cielo y canta.
    (Le vent de la nuit tourne dans le ciel et chante.)

    Porque en noches como ésta, la tuve entre mis brazos,
    (Parce que dans des nuits comme celle-ci, je l’ai eu dans les bras)

    mi alma no se contenta con haberla perdido
    (mon âme ne se satisfait pas de l’avoir perdu)

    aunque éste sea el último dolor que me causa,
    (même si celle-ci est la dernière douleur qu’elle me cause)

    y éstos sean los últimos versos que le escribo.
    (et ceux-ci soient les derniers vers que je lui écris).

    (Poème complet, plusieurs versions recitées, traduction en anglais et autres chansons sur ce poème:
    http://www.poesi.as/Pablo_Neruda_Poema_20_XX_Puedo_escribir_los_versos_mas_tristes_esta_noche.htm)

  13. sur le cuarteto, je vous signale le blog:
    http://elcedroniano.blogspot.com
    le gros est en espagnol, mais on peut aller voir l’étiquette « baratins » pour les nouvelles du groupe en français
    ainsi que les docs. audio qui ne parlent qu’une langue, celle de la musique
    amitiés
    a

  14. merci de me donner l’occasion de réécouter ce groupe qui m’avait tant impressionné et ému il y a une vingtaine d’année, en concert à Toulouse.

  15. bonjour, je suis passionnée par la musique de cuarteto cedron depuis l’année 1977 ou je les ai découvert .ils ne m’ont jamais quitté depuis.
    j’ai eu le bonheur de les voir au petit théatre d’autun en mai 2005.
    un bouquet de roses rouges en remerciement de toutes ce qu’il ont pu apporter par leur musique.
    aujourd’hui grâce à eux j’écoute, je danse et j’enseigne le tango argentin.

    Si quelqu’un peut me donner des dates de concert en france pour 2010 ce serait gentil car je n’arrive pas à trouver des dates precises.
    merci a ce quelqu’un qui me repondra.
    isabelle

  16. Bonjour,

    Je suis un amateur du cuarteto Cedron et leur disque qui m’a le plus marqué est sans nul doute LE CHANT DU COQ CANTATE car nous l’écoutions souvent l’écoutions souvent quand j’étais petit (la pochette me faisait d’ailleur assez peur à l’age de 4 ans…).
    Dans un registre un peu différent du tango je vous coneille vivement LLuis LLach, un chanteur catalan, ainsi que certains chanteurs béarnais et occitans comme Los de Nadau ou Claude Marti qui peuvent vous intéresser si vous ne les connaissez pas encore.

    a bientot,

    Vincent

  17. Bonjour cher inconnu, j’ai vu le cuarteto cedron il y a 1mois environ dans un dvd … « chanson sans été » m’a fait pleurer, moi qui suis un tiermondiste insignifiant dans un monde qui bouge, qui evolue, qui rit, qui vit … j’ai été ému devant tant de beauté .

  18. un peu d’irrespect et de dérision ne feront pas de mal dans ce monde de louanges!!!!
    je me souviens du cuarteto cedron que je regardais souvent quand j’étais ado, dans l’émission « le grand échiquier », entre mstislav rostropovitch et les quilapayun . Juan cedron me faisait mourir de rire par son expression dramatique et ses interprétations tragiques, j’adorais notamment lorsque la mélodie passait en majeur comment son visage soudain s’éclairait. Aujourd’hui je les écoute avec infiniment de plaisir et de respect.
    Muchas gracias amigos

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