Paul A. Samuelson (1915 – 2009)

Je ne suis pas économiste de formation et je n’ai lu aucun livre ni aucun article de Paul Samuelson. J’ai découvert l’objet de ses travaux dans les résumés qui en existent dans les livres qui ont accompagné ma formation sur le tas en finance.

Depuis hier, j’ai voulu en savoir plus à son sujet, j’ai lu non seulement les notices nécrologiques mais d’autres biographies ici et là. Son âge respectable au moment de sa mort me fait penser qu’il a dû connaître la satisfaction d’avoir communiqué tout ce qui au sein de son expérience lui semblait essentiel de faire savoir à d’autres. Dans ce que j’ai lu, il y a deux textes que je voudrais vous faire partager. Le premier, je l’ai trouvé ici-même sur ce blog, dans un commentaire de Claude Roche. Voici ce que cela dit :

C’est dans « L’économique » que les gens de ma génération – id est ceux qui sont aux commandes actuellement – ont été formés : et si un auteur porte la responsabilité de la crise, ce n’est pas Hayek, ce n’est pas Friedman, c’est Samuelson.

Pincez-vous d’abord. Et ouvrez la première page du livre, qui s’ouvre sur cette citation « nous avons goûté à l’arbre de la science et jamais plus nous ne connaîtrons de crises analogues à celle de 29 ».

[…] PA tu fais bien de mourir, car tu es peut-être trop honnête pour supporter un tel désaveu. Toi un prix Nobel. Mais honnête, l’étais-tu jusqu’au bout ? Très peu de gens se souviennent de la fameuse polémique qui t’a rendu célèbre : elle t’opposait aux vieux disciples de Keynes et portait le nom de la querelle de la mesure du capital – ou querelle des deux Cambridge. Tu soutenais toi, que l’on pouvait « scientifiquement » mesurer le capital, quand Robinson et Sraffa pointaient quand même quelques difficultés dans le modèle keynésien. La querelle dura dix ans. Jusqu’au jour où, de Jérusalem, tu reconnus t’être trompé : non, si l’on en reste à la formalisation économique dominante, on ne peut pas mesurer le capital as-tu concédé à l’époque !

Le lendemain tu devenais premier prix Nobel d’économie. Tout un symbole.

Le deuxième texte sur Samuelson que je voudrais vous faire partager, je l’ai trouvé dans le Wall Street Journal, dans un article intitulé Remembering Paul Samuelson où sont rassemblés les témoignages de diverses personnalités. Parmi celles-ci, Robert Shiller, professeur d’économie au MIT, co-auteur du fameux indice Case-Shiller qui mesure le prix de l’immobilier résidentiel américain, et auteur de l’heureuse expression « machine de Ponzi spontanées » pour désigner les bulles financières. Voici ce qu’il écrit.

Paul Samuelson m’a influencé durant l’entièreté de ma carrière d’économiste. Il est resté en contact avec moi jusqu’à très récemment.

Il m’a envoyé un mail et m’a demandé de le joindre par téléphone. Je l’ai appelé le 8 octobre 2009 pour découvrir que ce dont il voulait m’entretenir n’était pas le genre de choses qui motivent généralement les appels téléphoniques […] Il voulait que l’on rumine ensemble au sujet de la spéculation sur les marchés et sur la manière dont les marchés que j’ai contribué à créer (marchés à terme et titrisation dans le secteur de l’immobilier […]) ont pu alimenter la spéculation plutôt que la calmer comme je l’ai toujours personnellement pensé. J’eus avec lui une conversation très sérieuse à ce sujet ainsi que sur des sujets connexes de politique gouvernementale. Cette conversation ne m’a pas fait changer d’avis, du moins pas encore, mais elle m’a rappelé à quel point il est vraiment différent de la plupart des gens que je connais. Il semble être très sincèrement mû par une cause supérieure. Il me surprit en me disant : « Il faudrait que vous en parliez à votre prêtre ou à la personne qui vous conseille au plan spirituel ». Plaisantait-il ? Je ne le pense pas. L’humour à froid de Samuelson se manifestait aux endroits les plus inattendus mais il y avait dans sa personne un fonds d’authentique gravité.

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21 réflexions sur « Paul A. Samuelson (1915 – 2009) »

  1. Machine de Ponzi spontanée est effectivement une magnifique illustration du mécanisme de la bulle spéculative.

  2. je lis, ce matin, sur boursorama, un article sur la situation des agriculteurs français , à cette adresse :
    http://www.boursorama.com/infos/actualites/detail_actu_marches.phtml?num=f718c4b816cd5b5124c73dfec1ed1216
    avec comme titre :
    Agriculture : chute des revenus 2009, producteurs de lait les plus mal lotis

    je mentionne deux passages :
    -“Le revenu annuel moyen des agriculteurs devrait se situer en 2009 à 14.500 euros, environ moitié moins que le record de 28.500 euros de 2007. Et leur revenu de 2009 sera inférieur à celui du début des années 1990. Ces revenus comprennent les aides européennes et françaises perçues par les agriculteurs.”
    -“De façon unanime, les acteurs du secteur ont fait part lundi de leur inquiétude. Le syndicat majoritaire, la FNSEA, fait état d’une “situation désespérée” des agriculteurs tandis que les Chambres d’agriculture évoquent “un effondrement annoncé”.
    Pour la Confédération paysanne, “les paysans sont au bord du gouffre” et la Coordination Rurale (CR) parle d’un “bilan consternant”.”
    quels sont les secteurs d’activité dans lesquels le gouvernement voit des signes de reprise, ne serait-ce que ténus ? que

    1. Pendant ce temps-là, les supermarchés qui vendent leurs produits, gagnent toujours autant d’argent. Cherchez l’erreur…

  3. Machine de Ponzi spontanée…
    C’est exactement le principe de toute économie basée sur une perpétuelle croissance.
    This is modern economy idiot!
    (ceci n’est pas une attaque ad hominem).
    De plus en raison du virtualisme actuel des chiffres affichés nous sommes dans le gaz , ce qui génère de multiples bulles.

  4. Je note le contenu très espiègle de votre billet.
    La conclusion immédiate qui s’impose et qu’il convient de dire sans fioriture, c’est que les locomotives déraillent. Ce n’est certes pas leur mission mais c’est tout de même bien ce qui les caractérise et à nul autre pareil. Lorsque la science entre en religion, c’est un déraillement. C’est écrit dans mon dictionnaire personnel !
    Bientôt Noël qui opportunément vient nous rappeler gentiment à tous, petits et grands, avec les miniatures des trains électriques les jeux non moins sérieux pour grands et petits “manipulateurs” et le monde tel qu’il va.

  5. Ce matin sur BFM, Soumier reçoit :

    Nicolas Crespelle, administrateur de l’université Pierre et Marie Curie et Président de la Fondation Pierre et Marie Curie

    Sujet le grand emprunt et les fonds destinés aux universités.

    Que dit ce grand homme, banquier de surcroît, :
    – vu la taille de son université, 1 milliard n’est pas assez, il faudrait 1.3 milliard.

    Pourquoi ?
    – Parce que monsieur veut avec 300 millions rénover le parc immobilier et construire sur des terrains qu’ils ont des bâtiments pour loger des étudiants.

    Très bien, rien à dire.

    Mais ça se gâte.

    Ensuite, après avoir essayé de jouer la montre et d’éluder la question, sous la pression de Soumier, il explique qu’il veut placer « quasi sans risque » 1 milliard en espérant un retour de 11%. Comme ça en réinvestissant une partie des bénéfices pour compenser l’inflation, le reste servira à couvrir les frais de gestion.

    Ce monsieur est banquier-conseil et avec l’argent du contribuable, il souhaite que ses amis asset-managers puissent continuer à jouer sur les marchés, nous faire une petite bulle par-ci, par-là.

    L’exemple des universités américaines, c’est du passé, lui est trop fort, c’est du 11% sans risque, et puis s’il perd, c’est l’argent de l’état et ces couillons de contribuables viendront éponger les pertes.

    Pensez, avec 1 milliards, embauchez du personnel, offrir des bourses, créer des formations à l’international, non, trop simple. Investir sur le marché, oui, tout bon. Matières premières, c’est à la mode, les banques embauchent dans ce domaines, attendez vous à des bulles.

    En plus, sa vie est dure, pensez, on ne veut pas le laisser jouer avec le fric, non, l’état préférerai placer la somme dans des bons d’états qui rapportent moins. Qu’environ 4% l’an. Les nuls, on peut faire du 11% sans risque. C’est vrai que l’état est un sacré boulet, empêcher le libre placement !

  6. en ce qui concerne le grand emprunt ( tout est grand en France : le débat, l’emprunt; sauf le Président), j’aurais pu y adhérer, s’il était intervenu tout de suite après l’élection, comme une grande ambition pour le pays; 2 ans plus tard, ses effets anti-crises commenceraient à se faire sentir;
    aujourd’hui, en pleine tourmente financière, on repeint la cabine du capitaine pendant que le bateau coule; on le ressent comme une nouvelle manoeuvre politicienne;
    dans une tourmente comparable(sauf si personne n’a compris), le général de Gaulle a refusé de capituler; il a pris sur lui de faire le choix juste, sans savoir s’il allait réussir, sans se poser la question de l’image qu’il laisserait de lui au regard de l’Histoire;
    quelle est aujourd’hui l’image des capitulards de Munich ? on préfère ne pas aborder le sujet ; on passe;
    bien sûr, personne n’agit volontairement pour que son nom se grave dans le marbre; c’est la suite qui en décide;
    même si certains, en ironisant, parlaient du ” grand Charles”, il est probable que les générations futures ne retiendront que le ” petit Nicolas”, celui qui n’a pas vu ce que son destin, dans les circonstances actuelles, lui présentait sur un plateau; être celui, qui au nom de ce que représente la France, la fameuse identité française , aura au moins essayé, nous ne lui aurions même pas demandé de réussir, celui qui aura au moins essayé de porter haut les valeurs de la France, en s’opposant à lui tout seul, à nous tous seuls, à ce qui se passe sous nos yeux, et à ce qui va encore se passer, faute d’avoir le courage de se dresser et de faire le nécessaire;
    ma déception ne provient pas de ce qu’on ne réussit pas, mais de ce que l’on n’essaie rien, rien qui vaille;
    les Hongrois ont pourtant prouvé de nombreuses fois qu’ils préféraient mourir glorieusement en se battant, plutôt que de vivre dans la honte de la résignation;

  7. Au sujet de Samuelson. Ci-dessous un extrait de la conférence du Dr Osvaldo Cirnigliaro, argentin, qui fut il y a quelques années, premier responsable aux finances (ministre des finances) de la Province de Tucumán, Argentine. En 18 mois de fonction il parvint à émettre de la monnaie provinciale (des bons) convertibles à taux d’intérêt égal à 0. Les gens, méfiants au début, ont assez rapidement repris confiance en ces bons, et ce, malgré les tirs de barrages furieux à boulets rouges des banques nationales et étrangères (qui, comme partout, tiennent une grande patie des média) et donc de toute la “clientèle politique et financière”, largement “commissionnée”, autrement dit la coterie gouvernementale et provinciale impliquée et frauduleusement enrichie par cette “manne” du “système” de dettes usuraires payées par la société (ici la société argentine) lors de l’octroi de nombreux prêts effectués aux provinces et à l’État. En 1 an et demi de fonction Osvaldo Cirnigliaro parvint à démontrer la faisabilié et la grande efficacité d’une monnaie À TAUX D’INTÉRÊT = 0. Au bilan, cela se solda par la satisfaction de la société et une économie provinciale d’un équivalent de 1 720 000 dollars (un million sept cent vingt mille). J’ai écouté sa conférence au Canada, il y a peu de mois, en tant que traducteur simultané de l’espagnol en français pour l’auditoire.
    Voici un extrait de l’intervention:

    – En tant que professionnel de l’économie, je propose de retourner aux sources où j’ai étudié, et je me rappelle d’un livre classique, que tous les étudiants américains en économie ont dû étudier. Paul Samuelson fut un professeur qui laissa gravé dans nos esprits le fruit de ses meilleurs efforts à nous enseigner que l’économie est une science qui étudie le comportement humain par la transformation des ressources rares en biens et services qui seront distribués entre les membres d’une communauté

    En outre, il précisa que les problèmes de base que doit résoudre une société sont: QUE PRODUIRE? COMMENT PRODUIRE? POURQUOI PRODUIRE? Les réponses à ces interrogations servent pout évaluer si la société a été capable de résoudre les problèmes centraux que propose n’importe quelle économie.

    Nous savons que se sont développées des techniques tel que produire tout ce qu’on propose, la seconde question y répond par elle-même. La réponse à la première question: QUE produire? est plus complexe, car elle dépend des décisions politiques des peuples; tandis que la troisième question: POUR QUI PRODUIRE a une réponse qui se base sur l’INJUSTICE la plus absolue DU SYSTÈME ÉCONOMIQUE en vigueur. Cette société est capable de dépenser des quantités colossales d’argent pour la recherche spaciale et de doter quelques nations d’armements capable de détruire la planète en un instant. Mais elle exibe alors le stigmate déhonnorant de laisser mourrir de faim des peuples entiers. Cette conclusion catégorique nous dit que le sytème a échoué.

    Les deux mécanismes qui servent à lier l’existence de ressources rares face aux besoins des peuples: le libéralisme et le socialisme ont échoué. Ils ont échoué parce que dans ces deux propositions existe un effort de domination et d’exploitation de l’homme. Jamais l’on propose de résoudre les problèmes. Au contraire, le libéralisme et le socialisme ont démontré un mépris pour la condition humaine, à tel point que beaucoup de peuples ont sucombé par la faim, la guerre, les déprédations, les tortures et les génocides de masse.

    Cela se doit au fait que ces deux doctrines ont une base crûment matérialiste et régressent par le pouvoir de ce pouvoir lui-même et non dans la recherche d’une solution. Pour ce type de pouvoir, tout se concentre dans la force et non dans la raison. Une société humaine qui nie la Justice, entame un processus inéxorable qui la conduit à sa propre destruction.

    À l’intérieur des mécanismes développés, surtout par le capitamisme, celui du système financier a produit un résultat pervers. L’usure a servi comme moyen “habituel” de domination… –
    (fin d’ extrait)

    Quand on médite un tant soit peu sur cet exemple qui mérite d’être connu, on peut se demander pourquoi l’on se réfère encore à tels ou tels “grands pontifs” en économie et en finances, comme ici Samuelson, Keynes et bien d’autres, il y a même parfois des insistances exagérées et lassantes. Je ne dis pas que ces maîtres ne nous ont rien laissé comme points de repères et références indispensables à connaître, mais il faut, il fallait bien comprendre, et bien avant la crise! que priviligier un groupes d’économites et réduire au silence tel autre groupe d’économistes est profondément suspecte et très nuisible. Pourquoi faire cela? Un exemple éclatant d’erreurs et de manquements élémentaires est la mise à l’écart totale de Maurice Allais (aujourd’hui 97 ans!), de même croire Keynes le grand théoricien quand il se trompe en minorant Douglas le praticien incontournable du terrain écnomique productif, et tant d’autres exemples. Dans le domaine économique et financier, nous ne sommes pas en religion, encore moins dans les dogmes, mais dans les techniques de production à perfectionner (comme la production industrielle et agricole qui sont les modèles de la finance ET NON L’INVERSE !), c’est à dire les résultats expérimentaux concrets au bénéfice de l’ensemble de la société. Donc ne négligeons jamais aucune expérience et utilisons ce qu’elles ont de positif.

  8. On ne dira jamais assez tout le mal qu’il a fait à la théorie économique non seulement en recyclant le keynésiannisme mais également en la mathématisant à outrance et de manière fétichiste au point de lui faire perdre tout contact avec la réalité. Par exemple, dans la treizième édition de son plus fameux opus, Economics, il sera capable d’écrire en 1989 (!) :

    L’économie soviétique est une preuve que, contrairement à ce que beaucoup de sceptiques pensent, une économie socialiste peut fonctionner et même prospérer. C’est-à-dire qu’une société dans laquelle la majorité des décisions économiques sont adoptées de manière administrative, où les bénéfices ne sont pas le motif principal de la production, peut croître durant de longues périodes de temps.

  9. @ Max

    Je suis très surpris de la haine soulevée par Keynes; vous n’êtes
    pas le premier sur ce blog à citer Keynes en mal et ensuite
    donner un exemple où il ne semble pas partie prenante :
    si Samuelson déraille au sujet de l’ économie soviétique,
    où se place la responsabilité de Keynes ?
    Samuelson semble avoir les épaules assez larges pour
    assumer ses propres divagations.
    Je crois que cette désaprobation de Keynes est fondée
    sur l’ignorance de ses écrits. Ils ne sont pas théoriques:
    histoire, psychologie, sociologie et très peu technique.

    Auriez-vous un texte disponible explicitant les reproches
    adressés à Keynes ?

    Précisions :
    Je cite les noms propres pour faire court.
    Je n’ai pas les moyens , ni l’envie, de faire des choix idéologiques
    ou théoriques hors de propos. Je crois simplement que les
    universitaires US en économie, dirigés par Friedman, comptent parmi les
    causes d’une crise remontant à Reagan/ thatcher. Ce sont
    des politiciens revanchards et manipulateurs.
    ‘politicien’ parce que ‘conseiller’ ne convient pas:
    ils ont un aspect impérieux et totalitaire très génant pour
    le démocratie.
    Ma référence est bien sûr l’ouvrage de Naomi Klein.

    Joyeux Noel et au plaisir de vous lire…

    1. C’est une véritable campagne de haine qui fut lancée par les ultralibéraux contre Keynes – une assimilation de son souci du plein emploi à tous les totalitarismes. Vous avez dû remarquer samedi dernier : avant même que vous n’ouvriez la bouche on vous balance dans les gencives un barrage Rousseau = Keynes = nazi.

      Keynes considérait von Hayek comme un crétin et l’avait laissé entendre. Sa seule erreur était d’avoir cru qu’il s’agissait d’un crétin inoffensif.

    2. Comme j’aime te lire sur ces sujets, Paul.

      Merci.

      Les (bas) salaires sont depuis toujours l’obsession première des industriels et des banquiers (Cf. les travaux passionnants d’Annie Lacroix-Riz sur la synarchie), au point que ces privilégiés sont capables de financer et mettre en place les pires régimes pour tenir les salaires.

      Le chômage (et l’armée de réserve qu’il fournit aux exploiteurs) est, par nature, un formidable outil de contrôle social et de docilité salariale. D’où les véritables fortunes distribués aux enseignants, aux chercheurs, aux journalistes et aux philosophes soutenant l’idéologie chômagène par excellence : le libre échange libéral.

      L’Union européenne est l’aboutissement antidémocratique de ce travail de sape contre la République.

      Étienne.
      _____________

      L’homme libre n’est pas celui qui n’est point actuellement opprimé ; c’est celui qui est garanti de l’oppression par une force constante et suffisante.

      Robespierre, discours « sur l’organisation des gardes nationales » (contre la maréchaussée, police de métier au sein d’un peuple désarmé), 18 décembre 1790, à la Société des Amis de la Constitution.
      _____________

  10. En repoussant Keynes comme un pestiféré, nos grands chefs
    politico-académiques se privent du guide pratique le moins
    inadapté à cette crise.
    Parfois un résultat positif est obtenu en dépit, ou malgré,
    l’action de dirigeants politiques armés d’une théorie erronée.
    C’est la gràce que je souhaite aux chômeurs -dont j’ai fait partie-
    et autres victimes. Parce qu’ avec les doctrinaires actuellement
    aux manettes, un avenir meilleur restera lointain. ‘Reprise’
    ou non. Le NAIRU , comme justement signalé ici, c’est une monstruosité-
    ou le trickle down, ou d’autres fariboles anti-keynésiennes
    ne vont pas les aider.

    La suite ‘logique’ Rousseau = Keynes = nazi, dont vous avez
    été la victime rapetisse seulement son auteur.
    C’est en cela qu’ elle est importante. Dans ces conversations
    détendues, entre gens civilisés – à défaut de qualités plus
    probantes pour l’un des participants- il surgit tout à coup
    une ressucée de l’air du temps; une musiquette éternellement
    véhiculée, sans fondement, croyant sans doute que sa répétition
    sans fin vaut véracité.
    Les gens bien sont ainsi: ils vous offrent sans prévenir
    une ouverture béante, bien que fugitive, vers leur néant insoupçonnable.

    Vive l’oecuménisme, laique et sans pub pour ma part:
    Joyeux Noel chez vous et à tous.

  11. @ Daniel

    L’exemple se fiait à sa perte de contact avec la réalité. Sinon l’analyse de la connerie des propos de Keynes se trouvent facilement via les écrits d’Étienne Mantoux entres autres.

    @ Paul Jorion, en effet Keynes serait très étonner de la proportion que l’état a pris dans nos sociétés corporatiste/social-démocrate, et encore plus d’entendre que vos amis de droite et de gauche, justifient encore et toujours plus de d’état en osant le citer et se revendiquer de sa pensée. C’est à se demander s’ils ont lus Keynes ? Sans doute que non, après tout en restant dans le domaine du religieux, combien de Chrétiens ont lus la Bible ?

    “Keynes considérait von Hayek comme un crétin et l’avait laissé entendre. Sa seule erreur était d’avoir cru qu’il s’agissait d’un crétin inoffensif.”

    Vous pratiquer donc autant le révisionnisme qu’ont le dit ?

    1. … Hayek’s book, which he [Keynes] called ‘one of the most frightful muddles I have ever read… It is an extraordinary example of how, starting with a mistake, a remorseless logician can end in Bedlam’ (p. 457).

      ’The wildest farrago of nonsense yet’, he [Keynes] scribbled on a draft copy of Hayek’s article ‘Capital Consumption’, published in German in 1932 (p. 459).

      Etc.

      dans Robert Skidelsky, John Maynard Keynes, Vol. 2, MacMillan 1992.

  12. De là à prétendre qu’il s’agissait d’un crétin … Enfin bon cela n’enlève en rien les dégâts de Samuelson et la dénaturation des idées de Keynes par les néo- “keynesiens”.

  13. @ Max 30 décembre 2009 à 11:41:

    A tout hasard : RIEN de ce qui a été fait en vue de ‘résoudre’ la crise
    n’a un caractère kineysien, ou néo-kineysien.

    @ Étienne Chouard 30 décembre 2009 à 19:06 :

    Je suis entièrement d’accord – qui ne le serait ? – sur l’importance
    des bas salaires et de l’énorme disproportion dans la répartition
    des richesses comme explication de la survenue de la crise.
    Paul l’a dit en citant des chiffres que j’ai eu des difficultés à croire.
    ( de mémoire 80% de la richesse concentrée par 2% de la population US )
    et Galbraith cite une disproportion de 33% et 5 % comme cause
    numéro 1 de la crise de 29.
    L’affaire est simple et claire.
    Mais je récuse la théorie synarchique de la dame citée.
    Encore une fois ( pour ma pomme), la réalité se suffit à elle-même.
    Nous n’avons pas besoin de théorie quand l’expérience et la réflexion
    suffisent à comprendre. Et donne la clé pour agir ou réclamer.
    Non seulement vous citez une théorie superfétatoire, mais vous
    y associez une notion de synarchie, au moins baroque ( et je suis poli).
    Pourquoi ajouter un aspect controversé à une notion opérationnelle ?

    Pour info partielle, la synarchie est traité dans le livre de Robert Aron
    “Histoire de Vichy” . C’était la “création” d’un inspecteur de police
    pas très regardant – un complotiste ! – et voulant une promotion.
    ( J’ai rangé le livre, il y a au moins 3 ans. difficile à retrouver ce soir.)

    Il faut tordre le cou à ces trucs – je dis trucs- qui sont de véritables
    DIVERSIONS, comme la récente pseudo initiative politico-politichienne.
    Ils nous font perdre du temps, de l’énergie et de la cohésion.
    Admettons l’existence d’une synarchie, quel est l’action à préconiser ?
    Perdre du temps à chercher ne remplacera pas la satisfaction, illusoire,
    d’avoir découvert un truc -je dis truc- inutile car sans emploi pratique.

  14. En effet nous avons des personnes qui agissent au nom de Keynes, en allant même jusqu’à pervertir ces idées en les faisant passer pour la défense d’un étatisme absolu ( mais cela ne doit pas trop déranger 90% des lecteurs de gauche et de droite qui trainent ici). C’est à se demander s’ils ont lus quelques ouvrages de ce monsieur.

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