Histoires de trains et trains de l’histoire : « Des flashs de lumière le long de la voie », par Bernard Laget

Billet invité. Je n’ai pas vérifié les faits bien entendu

Je tiens d’un homme digne de confiance l’histoire qui va suivre concernant l’utilisation d’un flash lumineux le long d’une voie de chemin de fer, utilisation qu’Einstein lui même n’avait probablement pas envisagée.

A l’approche des débarquement allié du 6 Juin 1944, en Normandie, et de ceux de Provence, les réseaux de résistance de la région toulousaine avaient reçu pour mission de saboter les lignes ferroviaires, d’entraver un retour rapide des forces allemandes présentes dans la région.

La résistance disposait de maigres moyens, car les Anglais avaient toujours trainé des pieds pour armer lourdement des maquis dont l’obédience au parti communiste prévalait, en dépit de l’action de De Gaulle pour créditer auprès de Churchill et Roosevelt un soulèvement d’ordre national. En outre les militaires anglo-américains ne croyaient pas vraiment à l’efficacité stratégique des résistants. S’ajoutaient à ces considérations des questions de distance à franchir pour parachuter des armes depuis l’Angleterre ou l’Afrique du Nord dans les maquis du Massif Central ou ceux des forêts pyrénéennes. Cependant à l’approche des débarquements il devint évident que des actions de sabotage en zone occupée, ponts, voies de chemin de fer lignes électriques pouvaient aider les alliés en compliquant la vie des forces d’occupation, sur leurs arrières.

Le matériel un peu sophistiqué comme le plastic et les détonateurs, rares, étaient réservés par priorité aux plasticages de lignes à haute tension. En particulier couper l’électricité pendant les raids aériens de nuit sur les aérodromes toulousains, occupés par les usines d’aviation d’avant guerre (Blagnac, Francazal) que les Allemands utilisaient pour construire ou réparer des avions de la Luftwaffe. Des instructeurs venus d’Angleterre initiaient au maniement de ces produits les résistants qui en ignoraient tous les secrets. Pour ce qui concerne les voies de chemin de fer, des moyens artisanaux et ingénieux suppléaient amplement le maniement des explosifs.

La coupure durable d’une voie de chemin de fer, longue à réparer, est garantie par un déraillement judicieux de convois lourds du type marchandise, en ce début d’été 1944 un convoi militaire est un must, car cela joint l’utile à l’agréable. L’objectif est de couper la voie, mais d’épargner coûte que coûte le déraillement d’un train de voyageurs. L’ayant pris en compte l’organisation militaire allemande s’ingéniait à déprogrammer à tous moments les horaires prévus, à intercaler à l’improviste des convois militaires entre les civils, etc.

Il fallait donc trouver un dispositif réactif à la dernière heure pour faire dérailler le convoi militaire, de nuit et en pleine campagne, et si possible sans lune ou par ciel couvert. Une question bien posée trouve toujours une solution, les convois en préparation dans une gare de triage ne passent pas inaperçus car il faut embarquer les blindés, camions, canons ; bref tout l’attirail logistique d’une armée moderne. Les cheminots Français connaissaient donc préalablement à son départ le profil du convoi qui était sa signature ; deux motrices un wagon antiaérien 10 de camions, etc. Il suffisait d’ailleurs de le connaitre peu de temps avant son départ pour pouvoir l’attendre dans la nature à 30 ou 40 kms de Toulouse. Ces convois circulaient plutôt de nuit pour échapper à des attaques aériennes.

Quatre ou cinq jeunes gaillards, rejoignent à vélo de nuit un site propice à leur « nocturnes desseins », isolé, loin des routes donc plus difficile à surveiller, il fallait en plus que la voie soit très légèrement en courbe, mais pas trop. L’objectif étant que la motrice de tète sorte des rails mais et par la même occasion que les roues arrachent le plus longtemps possible les traverses et les rails ; une sortie de voie rapide en virage aurait certes envoyé les wagons dans la nature mais raccourci la « blessure » infligée à la voie, la rendant plus rapidement réparable, de plus un bon enchevêtrement de wagons dans l’emprise du ballast des deux voies est gage de complications. Les trains circulant à gauche, la courbe doit être à droite car la voie de droite qui servira à acheminer les moyens de réparation n’est pas à saccager, le convoi doit dérailler vers l’extérieur. Voila pour la topographie et les lieus de l’action. On imagine facilement que l’expertise des cheminots servait à choisir un site ; mais aussi que le conducteur de la motrice avait de bonnes raisons de s’attendre à un déraillement, compte tenu du précieux convoi qu’il conduisait. Le narrateur a précisé qu’au cours de l’action qui va suivre et à laquelle il a participé, le convoi était tracté par deux motrices électriques. La voie à couper concernait la liaison Toulouse- Carcassonne, donc un axe stratégique vers la Méditerranée, le front d’Italie, et le futur débarquement de Provence. La coupure était programmée à l’est de Bazièges avant Castelnaudary.

A l’endroit choisi, 2 ou 3 s’attaquent à libérer le rail des traverses en bois ainsi que du rail qui précède dans le sens du train, des grandes clés en T déboulonnent les tirefonds qui attachent la semelle du rail à la traverse sur une dizaine de mètres. De lourdes clés plates sont affectées à défaire les éclisses qui assurent la jonction des rails. Les autres « camarades », c’est ainsi qu’ils s’appellent, font le « pet » aux environs. Le moindre bruit suspect dans le silence de la nuit met l’équipe en alerte, ceux qui défont les tirefonds sont en nage, car l’effort à produire est grand et il y en a deux à chaque traverse. Le rail aval est libéré mais tient toujours en place, suffisamment pour laisser passer un train non programmé à dérailler. Vu du talus on peut le voir vibrer verticalement, c’est spectaculaire, mais le train passe. Une fois la coupure préparée, le commando se répartit sur 2 kms environ, un ou deux hommes restent à la coupure pour le dernier acte. Le plus éloigné vers l’amont connait par cœur le profil du convoi sélectionné, sa mission est de l’identifier sans erreur. Dans la nuit un train s’entend de loin, le groupe est alors en alerte ; est ce le bon ? Si c’est le cas un relai lumineux à coups de pile Wonder, celle qui ne s’use que si l’on s’en sert, remonte l’information vers la coupure, alors la grande clé en T, glissée sous le rail le ripe d’une dizaine de centimètres pour glisser entre les deux rails les deux plaques d’éclisse disponibles. Le travail est achevé, comme des moineaux, le commando file reprendre les vélos cachés, chacun pour soi, interdiction de se retrouver ensemble ce serait trop dangereux. Un puissant arc électrique venu des caténaires apprend que le convoi a eu des problèmes, mais ne peuvent constater de visu l’ampleur des dégâts.

La méthode a ses avantages, mais peut créer des regrets ; car « un convoi complet de blindés, non prévu nous est ainsi passé sous le nez, le début du train n’ayant pas le bon profil le camarade de tète n’a pas bougé » , confie-t-il, et d’ ajouter au récit une anecdote amusante « je repassais le lendemain ou surlendemain dans un train de voyageurs pour observer les résultats, quant il fut devenu patent que suite à un sabotage un transfert était prévu sur un autre train, un voyageur éclairé m’expliqua avec forces détails, un brin fantaisiste, les techniques terroristes, ces explications me firent rire sous cape, moi qui avait participé au sabotage ». Le dispositif de sabotage se modernisa avec la disponibilité du plastic, la technique d’identification du convoi fut maintenue, mais la longue besogne de déboulonnage supprimée.

A la mi juillet 1944, âgé de 22 ans , notre résistant tombe dans une souricière tendue par la Gestapo dans l’immeuble ou il se planque ; par chance l’appartement ne contenait plus de matériel compromettant, sauf les traces dans un meuble d’une rafale inopinée de Sten, cette sulfateuse rustique « Made in England » conçue pour les conteneurs parachutés, était aussi capricieuse quelle avait tendance à s’enrayer. Cette rafale entraina une rafale de coups et de trempes pour faire parler le « Gamin », La Gestapo le prenant pour un second couteau, cherchait de plus gros poissons dans la résistance toulousaine. Sous l’occupation nazie, on fusille sommairement pour moins que cela, mais la chance joua en sa faveur. Interné à la prison St. Michel de Toulouse, il fut interrogé par un officier de la Wehrmacht, qui ayant compris l’issue de la guerre, peut être par charité ou besoin de déporter de la main d’œuvre, retira du dossier des pièces, évitant le poteau d’exécution auquel le jeune homme était promis. Je remercie cet officier anonyme sans lequel je n’aurais pas pu rencontrer mon père en ce monde.

Il fut déporté, vers Buchenwald via la vallée du Rhône, dans un train de marchandises. Ce convoi, le dernier parti de Toulouse, 14 ou 15 juillet 1944, subit l’enfer dans la vallée pilonnée par l’aviation alliée en vue du débarquement de Provence. La chaleur, la soif et la lenteur du convoi valut à la moitié des détenus de mourir dans le train. Mon père raconte le soulagement, la sollicitude de la Croix Rouge, et des communistes prisonniers quant le train parvint au camp. Il passa l’été dans ce grand camp de concentration, le chêne ou le Hêtre de Goethe se trouvait au centre du camp, les Nazis pouvant être romantiques, mais pas sentimentaux ; il y avait des chambres à Gaz à Buchenwald ! On sait le rôle du responsable communiste Marcel Paul, qui interné à Buchenwald, intercéda en faveur de Marcel Dassault auprès des dirigeants du camp, et plus généralement des groupes de déportés.

En octobre 1944, mon père fut transféré dans un camp de travail, tenu par des SS chargés de fournir de la main d’œuvre au creusement de tunnels d’usines souterraines dans le massif forestier du Hartz, conformément au plan d’Albert Speer. Ce camp est celui du « Sweeberge », l’un des camps de Langenstein-Malachit à proximité du Bourg de Langenstein, prés de la ville d’Halberstadt. Il était installé dans le forêt à 1 kilomètre environ des futures usines d’avions et de fusées. L’hiver 1944/1945 y fut d’autant plus terrible que s’ajoutait à la rudesse du climat, la pénurie alimentaire d’une Allemagne à l’agonie. Dans le camp lui-même, régnait d’une main de fer l’idéologie SS « Nacht und Nebel », Nuit et Brouillard que subissaient les captifs, vêtus de Pyjamas Rayés. Mon père y a vécu l’horreur, c’est à peine imaginable. Caché dans le camp à l’évacuation par les SS, il fit partie des quelques survivants que les Américains secoururent. Le reste des prisonniers survivants encadrés de SS évacuèrent le camp et entamèrent entre troupes russes et américaines une « longue marche » de mort.

Les rares fois ou j’ai pu l’entendre raconter, c’est un homme retenant des pleurs d’avoir pu devenir à la limite de l’humain, qui racontait sa « honte » d’avoir pu être presque une bête aux abois… et a toujours considéré que ces crimes étaient à charge de l’humanité, pas du peuple allemand. Belle leçon à entendre dans la voix de son père…

Pour clore ce récit sur une note joyeuse, toujours ferroviaire, je me souviens, bambin, de Noëls de rêve, mis en scènes par des parents sortis des privations de la guerre. Ils nous émerveillaient mon frère et moi dans la maison toulousaine, de la magie de Noël. Le matin, aux cris de « il est passé, il est passé », autour d’un sapin scintillant de bougies, tournait avec forces étincelles issues des balais, une locomotive et son wagon.

Ce jouet dérailla souvent dans la paix et les jeux d’enfants.

François Laget, mon père lira ce texte, il est encore parmi nous.

La Division « Das Reich », division blindée SS de sinistre mémoire opérait en Languedoc des opérations de « pacification » sauvagement conduites par ses régiments épars dans la région. Apres le débarquement de Normandie et la tournure militaire sur ce front, elle fut appelée à la rescousse ; je me suis demandé si son retour par la route avait été préféré à un transport ferroviaire à risque ou répondait à des actions à conduire dans le massif central (Tulle, Limoges) ; mais eu égard à la tragédie d’Oradour-Sur-Glane, mon interrogation à laquelle je n’ai pas eu de réponse, a un sens plus aigu, car il y aurait alors un enchainement historique un peu diabolique.

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27 réflexions sur « Histoires de trains et trains de l’histoire : « Des flashs de lumière le long de la voie », par Bernard Laget »

  1. Il faut lire « Les Jours de Notre Mort » de David Rousset, à propos de Buchenwald. Son témoignage fut l’un des premiers publiés, dans les lettres internationales, apr Maurice Nadaud. Il avait écrit « roman » sur son récit par pudeur, car il rassemblait de mémoire des choses qui lui avaient parfois été rapportées. C’était sans doute aussi une manière de les mettre à distance. Je m’étonne du fait qu’il semble ne pas exister de traduction allemande du livre de Rousset.

  2. La 25e heure de Virgil_Gheorghiu montre bien l’universalité de la barbarie.
    Quant aux trains… j’ai une certaine fascination pour eux, pas du tout obsédée d’ailleurs mais je trouve qu’ils sont beaux depuis l’extérieur ou depuis l’intérieur, matériellement ou symboliquement. Mais j’imagine qu’il y a déjà dans cette approche esthétique la possibilité de son retournement total, que dans un certain commensalisme civilisé il y a déjà la notion du troupeau qu’on mène à l’abattoir, et dans le déterminisme du rail l’idée du sabotage.
    Finalement je ne sais pas si les déraillements de train des enfants sont toujours innocents. Ou plutôt ils sont certainement innocents, mais sans doute pas inoffensifs.

    1. « certainement innocents, mais sans doute pas inoffensifs. »

      Que dire alors des jeux vidéos, ou le score est proportionnel au nombre de tues ?

  3. Est-ce que votre père vous a dit ce qu’il pensait de l’utilisation de déportés de Dora et Buchenwald pour la construction des V2 sous la houlette de Wernher von Braun ? (Von Braun, récupéré par les américains après la guerre fut le concepteur et directeur du programme spatial américain et notamment du programme Apollo.)

    Rappelons que les prisonniers étaient exploités dans des conditions inhumaines et que ces « conditions » firent plus de morts (10000 prisonniers ont perdu la vie à Dora) que l’utilisation des V2 comme arme.

    Lorsque l’homme a mis le pied sur la Lune (j’avais 8 ans) j’étais passionné par cette aventure spatiale, mais quand bien plus tard j’ai su ce qu’il en était, ce qu’il en avait coûté de vies humaines et de souffrances, mon enthousiasme est retombé et j’ai éprouvé un sentiment de dégoût. Von Braun a toujours déclaré qu’il n’avait pas eu d’autre choix que d’adhérer au régime nazi pour accomplir l’oeuvre de sa vie. En d’autres termes pour lui la fin justifiait les moyens, moyens abjectes dont von Braun a toujours dit ne rien savoir s’agissant des exécutions. Pourtant d’après le témoignage de résistants français von Braun aurait vu de ses yeux les corps pendus d’éxécutés, von Braun se serait même montré peu compatissant, voire cruel envers un de ces résistants après avoir constaté un sabotage.

    Lorsque votre père dit que les crimes sont à la charge de l’humanité il ne croit pas si bien dire.
    Dans cette affaire von Braun le fait est que l’humanité ou du moins une partie d’elle-même a fermé les yeux, mis un voile sur la recherche de la vérité historique (voir l’association von Braun – Walt Disney pour la promotion de l’aventure spatiale) pour assouvir une soif de puissance.

    1. De tous temps, on a besoin des monstres, leurs passions passent avant tout et s’il s’agit de détruire et d’anéantir, on en fera des dieux,
      des pyramides en passant par versailles, de tous les empereurs et dictateurs, tous se sont construits, élevés sur le malheur des peuples.

    2. Mon pére nous a surtout parlé de la vie quotidienne dans le camp, les 2 équipes de travail de 12 heures partant de l’Appel Platz ou elles étaient comptées à l’aller comme au retour du tunnel, il fallait porter les morts du tunnel au retour pour que le compte y soit, dans le tunnel il éssayait de se cacher dans les « Luftstunnel »de ventilation pour s’épargner. Le comportement suicidaire des Russes pour tuer un SS, la maigre soupe ou l’espoir était d’étre le dernier pour avoir le fond de la marmite Norvégienne, le froid térrible, son ami Corne un suisse qui parlait Allemand et qui fit taire un SS arogant lui ayant demandé quel espoir il lui restait Corne lui ayant dit « mine mouther », le revier, les morts partout, l’ouverture des fosses par les américains qui y poussaient au budozer les cadavres devant les civils de Langenstein, du tremblement des sols venus de ville lointaines bombardées. Pris en charge par un officier américain à la libération du camp qui parlait français il vit depuis sa jeep les avions alignés neufs par dizaines sur une autoroute voisine, mais pas les fusées qui dépendait des tunnels de Dora.Non il ne porta pas de jugement sur le peuple allemand les savants,ingénieurs, de Speer qui fut acquitté à Nuremberg. Je crois que la folie, l’aveuglement d’une nation toute entiére a été bien résumé dans le film de Marcel Ophüls, « le chagrin et la pitie » ou un officier SS volontaire français de la division Degueldre, conclu le film sur les créneaux d’une citadelle Rhénane en disant  » Je me méfie depuis des Idéologies »
      Il est né 4 ans aprés l’armistice de 18, et leur jeunesse s’est déroulée dans un monde d’Idéologies croissantes.
      Songez que dans notre famille, son propre oncle collabora comme « Commissaire aux affaires juives »à Toulouse, le dénonça comme réfractaire au STO. Mon père a toujours soutenu n’avoir pas choisi son destin, s’etre trouvé du bon coté de l’histoire parcequ’il était jeune, donc rebelle et avait cru à l’appel de De Gaulle, contre ceux qui courbèrent l’échine dans une France assomée par la défaite. Il admire de ce point de vue les adultes de sa génération qui entrerent en résistance en s’exposant consciemment à la mort.
      Oui pour lui Hiroshima, la shoa, les gégenes en Algerie sont des hontes aux humains, et quel peut étre le poids d’une nation Allemande coupable devant l’histoire a Nuremberg. Mon pére n’a jamais compris mon hostilité à la guerre d’Irak, car pour lui l’étoile américaine sur une Jeep qui pénetrait dans ce camp désert est restée celle de la liberté. Peut t’on soi méme étre certain aujourd’hui d’avoir pu en 1940 choisi le vent de l’histoire, l’Histoire nous donne aujourd’hui le chemin qu’il fallait suivre, mais son choix est t’il une certitude pour chacun de nous ?
      Juger Von Braun ?
      Si je l’avais connu, je pourrais peut étre le faire !
      Juger O. klempereur, Baguette Wagnérienne adulée des dirigeants Nazis?

  4. « ces crimes étaient à charge de l’humanité, pas du peuple allemand ».

    Puisses ces magnifiques paroles être entendues et comprises par tous. S’il vous plait, au nom de tous ceux qui se sentiront plus fiers d’être des hommes à cause de son exemple, embrassez votre père.

    De la part de G. Brassens.
    Nous étions quatre bacheliers
    Sans vergogne
    La vrai’ crème des écoliers
    Des écoliers

    Pour offrir aux filles des fleurs
    Sans vergogne
    Nous nous fîmes un peu voleurs
    Un peu voleurs

    Les sycophantes du pays
    Sans vergogne
    Au gendarmes nous ont trahis
    Nous ont trahis

    Et l’on vit quatre bacheliers
    Sans vergogne
    Qu’on emmène, les mains lié’s
    Les mains lié’s

    On fit venir à la prison
    Sans vergogne
    Les parents des mauvais garçons
    Mauvais garçons

    Les trois premiers pères, les trois
    Sans vergogne
    En perdirent tout leur sang-froid
    Tout leur sang-froid

    Comme un seul ils ont déclaré
    Sans vergogne
    Qu’on les avait déshonorés
    Déshonorés

    Comme un seul ont dit: « C’est fini
    Sans vergogne
    Fils indigne, je te reni’
    Je te reni’  »

    Le quatrième des parents
    Sans vergogne
    C’était le plus gros, le plus grand
    Le plus grand

    Quant il vint chercher son voleur
    Sans vergogne
    On s’attendait à un malheur
    A un malheur

    Mais il n’a pas déclaré, non
    Sans vergogne
    Que l’on avait sali son nom
    Sali son nom

    Dans le silence on l’entendit
    Sans vergogne
    Qui lui disait: « Bonjour, petit
    Bonjour, petit »

    On le vit, on le croirait pas
    Sans vergogne
    Lui tendre sa blague à tabac
    Blague à tabac

    Je ne sais pas s’il eut raison
    Sans vergogne
    D’agir d’une telle façon
    Telle façon

    Mais je sais qu’un enfant perdu
    Sans vergogne
    A de la corde de pendu
    De pendu

    A de la chance quand il a
    Sans vergogne
    Un père de ce tonneau-là
    Ce tonneau-là

    Et si les chrétiens du pays
    Sans vergogne
    Jugent que cet homme a failli
    Homme a failli

    ça laisse à penser que, pour eux
    Sans vergogne
    L’Evangile, c’est de l’hébreu
    C’est de l’hébreu

    1. Figurez vous que Georges Brassens était un copain de classe de mon pére à Séte, ils se retrouvérent plus tard à Paris chez « la jeanne » l’auvergnate de la chanson, petite grisette parisienne dont je me souviens………impasse florimont dans le 14 éme.
      Oui un pére de ce tonneau la !
      Je peux anticiper ce qu’il dirait à la lecture de la lettre de Guy Moquet………………foutaises!

    2. juste ajouter que je suis un enfant du 14, entre l’impasse de Georges et la rue de l’ouest où habitait la mère de Rol Tanguy,

    3. C’est apaisant de lire du Brassens après un récit de guerre. Cela redonne une perspective et nous éloigne d’une écoute partisane.

      Et c’est amusant de retrouver les liens avec Brassens dans les commentaire suivant, entre la Jeanne et des indications de rues… Y a vraiment tout sur ce blogue! Bravo!

    4. Yves, c’est probablement pourquoi Brassens préferait Bobino, le 14 éme, il c’est fait tirer un peu des pieds pour l’Olympia, mais y aller pour etre sympa avec Coquatrix.

  5. Décidément , ces trains humains ont plus d’histoire que les trains de Nadine et HFD .

    De mon côté , de la même façon , j’ai des histoires familiales du même type avec en particulier un oncle , qui en tant que « chauffeur » de locomotives , était aussi membre de la résistance et il passait son temps à transporter des armes légères pour la résistance du massif central , planquées dans sa locomotive ( qui n’était qu’à vapeur).Il faisait très souvent le service Lyon-Saint Étienne Ma tante ne l’a appris que vingt ans plus tard , et n’a compris qu’à ce moment là pourquoi il lui était interdit d’aller à la cave quand des paquets étranges y séjournaient pour un jour ou deux .

    Heureusement pour eux deux, ils ont connu la libération dans la liesse commune .

    Mon cordial respect pour votre papa .

  6. @ Bernard Laget

    Je suppose (peut-être à tort) que votre père appartenait au réseau du colonel Rol, qui aura rendu de sacrés services à une nation humiliée. Sa réputation était telle que De Gaulle avait peur de sa capacité d’organisation! On le lui a bien fait sentir, si je ne m’abuse, en exigeant qu’il enrôle ses « troupes » dans l’armée française juste après la guerre, ce qu’il a fait, même si ça ne plaisait pas beaucoup aux membres du réseau.

    Votre texte m’a appris beaucoup sur les techniques de sabotage des voies. Un ex-cheminot de Haute-Normandie m’a expliqué, il y a déjà pas mal d’années, que l’on pouvait incapaciter une locomotive à vapeur avec une simple pièce de monnaie, mais ça, c’était une autre paire de manches!

    Personne de ma famille n’est allé à Buchenwald ou dans un autre camp. Mais le beau-père d’un de mes copains, ex- vice-président de la Fédération nationale des déportés et internés de la Résistance, a fini à Dachau et en est ressorti vivant par miracle. Il a en a conservé pendant le restant de sa vie une tendance à la fusion des vertèbres cervicales. Comme personne chez lui ne savait ce qu’il était devenu après son arrestation, on a cru qu’il était mort, y compris l’administration de Vichy, et sa femme s’est remariée (elle avait eu 4 enfants). Ce deuxième mariage a été dissous après la guerre, après que notre rescapé fut rentré d’Allemagne à la surprise de tous.

    C’est lui qui m’a expliqué comment ceux qui avaient survécu à ses côtés étaient quasiment tous, soit des chrétiens pratiquants, soit des militants du PCF ou de la SFIO. C’est en grande partie grâce à lui que j’ai appris la valeur de l’engagement. Je suis convaincu que votre père devait être un homme de cette trempe. Vous voudrez bien lui transmettre mes meilleurs souhaits et le témoignage de ma gratitude. C’est à cause de gens comme lui que nous avons pu préserver une parcelle d’honneur et de fierté, et un sens aigu de la fraternité.

    1. Non, a son niveau il ne cnnaissait pas la hiérarchie, le cloisonnement était nécessaire pour ne pas qu’un réseau s’éffondre sous des aveux. Mon pére connaissait la présence sous un pseudo que je n’ai pas en tete de Malraux dans le massif central.

  7. Concernant la remontée des divisions blindées par voie routiere en 44 :

    Il existait pendant la guerre un domaine de 40 hectares, entre Saumur et Le Mans, où s’étaient retirés les services de la Banque de Paris et des Pays-Bas pour la durée de la guerre ; un matin, une division de blindés se présente à l’entrée du domaine, avec l’intention de faire étape pour la journée dans ce domaine, entierement clôturé, très boisé et facile à garder; le responsable logistique de la banque (c’est lui qui m’a raconté l’histoire en 1962) s’oppose au stationnement des chars dans cette enceinte à vocation neutre; le général allemand refuse et persiste à vouloir s’installer; proposition est alors faite par le banquier – au général- de téléphoner à Berlin pour trancher le litige : ce qui est fait. Dans l’heure qui a suivie, toute la division blindée a évacué le domaine (de jour) et est partie se faire pendre ailleurs.
    Le domaine a été vendu, depuis.
    Le chateau qui le signale existe toujours.

    1. J’ai lu quelque part Que la Das Reich, fini son périble vers Coutances par train depuis une ville de la Loire, ce qui tendrait à prouver que Lammerding traversa délibérément le Massif Central par la route, il me semble qu’il a repris Limoges, libérée par les FTP commandés par un « colonel Guéguin »(ortographe à préciser) qui posa par son comportement un problème éthique au PCF.

  8. Mes parents ont survécu à la guerre, à Paris, grâce aux papiers d’identité qu’ils ont réussi à se procurer auprès de la résistance ;
    Sur la carte d’identité de mon père, on lit :
    Non : DELATRE
    Prénom : Alfred
    Profession : mécanicien
    Né le : 10 mai 1903 à Meurchin, Pas de Calais ;
    Domicile : 3 avenue de la gare, Meurchin, Pas de Calais
    Pour ma mère :
    Nom ; DELATRE
    Née : ETIENNE, le 5 décembre 1913, à Meurchin, Pas de Calais
    Prénom : Claire
    Même adresse que mon père ;
    Les cartes d’identité sont signées par 2 témoins l’un Levetta ( ?), l’autre Briquet ; elles sont datées du 26 janvier 1942, avec le tampon de la mairie ;
    Ma mère est entrée dans le réseau qui fabriquait les faux-papiers ; sous le matelas du landau de mon frère, né en mai 1941, elle transportait les armes et les documents ; elle a échappé par miracle quand l’imprimeur et le réseau ont été dénoncés à la Gestapo ; elle a , à partir de ce moment, vécu dans une double angoisse : d’être prise, alors qu’elle avait déjà deux enfants ; et que l’on puisse penser que c’était elle qui avait dénoncé le réseau ; cette double angoisse a miné sa santé ; l’imprimeur est mort à la libération des camps , de trop de privations ; son épouse, Mme Durand, tenait la petite librairie, rue des Ecoles, à côté du restaurant marocain El Coutoubia ;
    Mon père est mort en 1969 ; ma mère en 2004 ; on ne parlait jamais de ces sujets chez nous ; ce n’est que quelques mois avant sa mort que ma mère a enregistré un témoignage ;
    Mon père s’appelait AUSPITZ Dezsö , ma mère SCHEIN Stefània
    C’est moi qui préserve ce souvenir ;

  9. Je vous conseille à tous l’ouvrage des Editions Tirésias http://www.editionstiresias.com/

    Le LIVRE-MEMORIAL
    des déportés de France, victimes de mesures de répression, réalisé par la Fondation pour la Mémoire de la Déportation
    La Fondation approfondit la connaissance de la déportation et fait oeuvre de mémoire. Plus de 86 827 noms ont été répertoriés. Peut-être aussi ressurgiront ces noms de disparus parmi les ombres du système concentrationnaire, qui ultérieurement permettront encore de compléter ces listes. Dont la liste des républicains espagnols à Mauthausen. Ces hommes et ces femmes touchés par la répression ont été déportés pour leurs activités, leurs sentiments ou leurs propos jugés hostiles ou dangereux pour l’occupant et ses collaborateurs. Le Monde, à la une du 17 novembre 2004, titrera : « 1940-1945 : la liste des victimes politiques de la déportation : le Livre-mémorial est le résultat de sept années de travail, comble une lacune historique et dresse une liste de 86 827 noms. » Vu au Grand journal de LCI… (Ouvrage en 4 tomes)
    Parution : 2004 | ISBN : 2-915 293-05-8 | 5548 pages | 24 x 19 | 140 € 70 €

  10. Les légendes ont la vie dure. Pour info, la célèbre mitraillette Sten était une arme très rustique, mais très fiable. Sans ça cette arme n’aurait jamais été adoptée par l’armée britannique, ni copiée par les allemands. Il fallait juste savoir s’en servir, ce qui n’était pas le cas de tout le monde. Il n’y a qu’a voir la prise en main de ces armes sur les photos d’époque pour comprendre. Visiblement ces gens ignoraient tout des consignes de sécurité à respecter en matière de manipulation des armes à feux.

  11. Mon père, réfractaire au STO, avait pris le maquis, puis à la Libération, il s’est engagé (ou on l’a fortement incité à) dans l’armée pour poursuivre la lutte. Il en est revenu vivant, contrairement à plusieurs de ses camarades.
    Il n’a jamais parlé de ça à ses six enfants. Peut-être aussi ne l’avons nous pas suffisemment sollicité. Pour en avoir parlé avec d’autres fils et filles de résistants, j’ai l’impression qu’ils se sont peu confié sur ce qu’ils avaient vécu (contrairement aux soldats de la Grande Guerre).
    Je n’ai jamais entendu mon père tenir des propos anti-« Boches ».
    N’oublions pas non plus que cette Deuxième Guerre mondiale a fait plus de victimes civiles que militaires, y compris en Allemagne, sous les tapis de bombes des Alliés….

  12. mon pere avait fait les chantiers de jeunesse avant que la zone sud soit occupée, alors il était passible du STO. Réfractaire il se cacha car la gendarmerie francaise le recherchait, de fil en aiguille il intégra le Maquis de Picaussel au dessus de Puivert, mais ce maquis fut attaqué sans trop de difficulté par les allemands. Revenu vers Toulouse, il se porta volontaire aupres d’un ami architecte communiste (qui s’était occupé avant guerre des réfugies et des camps de réfugies espagnols). Ainsi il bascula d’une clandestinité « civile » à l’action, laquelle commencait par des petits boulots sans gloire…..

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