La finance ne s’auto-policera pas

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Ton vieux copain Michel

Selon un article du New York Times, les banques américaines (Goldman Sachs, JP Morgan), toujours elles, seraient responsables de l’aggravation de la dette grecque. Elles auraient consenti des prêts sous forme de produits dérivés sophistiqués afin que les dettes n’apparaissent pas dans la comptabilité nationale et que les échéances soient reportées… aux calendes grecques. En échange, la Grèce aurait gagé les revenus futurs de son trafic aéroportuaire et autoroutier et même les revenus de sa loterie nationale. Incroyable !

Oui, les banques se spécialisent dans le « loophole », la faille dans le système, et vont vendre les moyens qu’elles inventent pour détourner les règles en vigueur aux gouvernements (quand ces règles sont supranationales), comme ici la Grèce, mais surtout aux entreprises et aux particuliers. Mais il n’y a pas que les banques ! Il s’agit là aussi d’une spécialité des grandes firmes comptables : qui a oublié les démêlés en 2005 de KPMG avec la justice américaine pour avoir vendu des « packages » d’évasion fiscale fondés sur des « firmes » créées spécialement pour rassembler les pertes subies par d’autres ?

Deux leçons à tirer de cela :

Primo, on ne peut pas compter sur le milieu des affaires pour s’auto-policer, le concept lui est étranger : il va là où il y a de l’argent à faire, quitte à enfoncer ensuite pour cela – comme dans le cas de la Grèce – celui à qui il vient de « rendre service » en échange d’une somme coquette.

Secundo, les réglementations particulières contiennent toujours des failles, que quelqu’un payé pour les trouver et pour découvrir ensuite le moyen de les contourner, trouverera facilement. C’est pourquoi les grands principes d’une « moralisation » de la finance, comme l’interdiction des paris sur les fluctuations de prix ne doivent pas être introduits à l’aide de réglementations ad hoc mais faire partie des articles d’une constitution pour l’économie.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

0Shares

77 réflexions sur « La finance ne s’auto-policera pas »

  1. J’aimerais bien prolonger le propos de votre secundo sur autre chose, et qui pourrait peut-être très bien s’accorder au sujet des réglementations particulières ou officielles, contenant souvent aussi des failles je pense à la corruption.

    Tertio, on ne peut pas non plus toujours compter sur le milieu des bureaucrates pour rendre le monde plus différent,
    moins conditionnel, il est vrai que payer les notes de frais, payer l’essence, payer l’addition dans les grands restaurants de plus, est également un concept de vie, de moralité et de responsabilité qu’ils ne mettent pas encore bien en pratique les premiers ce serait bon parfois d’en parler aussi, les bureaucrates prennent souvent aussi plaisir au grand luxe matériel et de la vie facile.

    Bref, on ne peut pas toujours compter et rêver sur le monde des bureaucrates pour rendre le monde moins grave à voir, pour s’auto-réguler aussi dans leurs notes de frais supplémentaires aux frais de la belle princesse au bois dormant.

    1. La finance pour qui agit-elle ? les banques possèdent le grigri magique d’agir sur le marché ; elles sont des entreprises privées ; elles investissent, ainsi qu’on fabrique des sodas des autos des armes, qu’on distribue. les mêmes logiques d’investissement président ; seul adversaire est le temps, la compression du temps, et puis subsidiairement, qu’une personne ne peut se confondre à cet objet éperdu. L’état et son imagerie d’épopée est fasciné par les plans qui promettent réussite performance etc. Quand ça va à force on s’en tape, mais quand la crise s’amplifie il devient raide avec mauvais tourments de petits dictateurs en cave. L’état le pauvre arbitre comme il peut, mais n’est-ce pas se tromper, à suivre cette séquence Grecque, d’espérer quoique que ce soit de lui ? M. Woerth, qui répond à Paul Jorion, semble vous regarder avec envie et chagrin ; chagrin que vous ne puissiez pas vous faire, et ceci par le mensonge, à ce que la marge d’intervention est maintenant très très étroite (éternel discours) et qu’il faut en profiter, montrer avec orgueil qui on est aux armes etc.

  2. En effet ce n’est pas la finance qui va arrêter ces activités si lucratives avec garantie des Etats en constat d’échec.
    Comme ce n’est pas ceux qui ont le plus qui vont partager d’eux même un peu avec ceux qui ont le moins.
    Notre société est totalement incivile. C’est touche pas à mon blé.

  3. Toutes ces pratiques banquaires relèvent du piratage. Vieille tradition du droit de la mer qui inspire la pensée capitaliste idéologiquement prédatrice c’est à dire spoliation des moins mobiles et des plus faibles.

    L’homme procède par mimétisme et identification. Allez voir Océans de Perrin et vous comprendrez l’actualité de ce processus dans sa version écologiste d’amour et d’identification aux grands prédateurs. Aucune pitié pour la sardine ou pour le végétal. Amour de la baleine et du requin au nom de la liberté.

    Observons la nature et examinons le passé et nous trouverons des solutions( étouffement des bourdons par les abeilles).. Il faut sans doute éradiquer l’identification à la prédation pirate à la fois par un processus idéologique montrant ses risques et ses échecs et concrètement punir férocement à la manière Poutine les avantages que l’on en tire(khodorofski). Ce n’est pas plaisant.
    Qu’en pensez vous?

  4. Quelles pourraient être les conditions pour que « la finance » qui semble gouverner les gouvernants baisse pavillon le temps que s’élabore et s’impose aux nations une « constitution pour l’économie » ?

    Le rapport des forces pourrait il s’inverser sans que précède un effondrement de Goliath ?

  5. PS Le végétal vit du CO2 et de l’énergie solaire. Il est immobile donc solidaire. L’animal vit de la merde du végétal, l’oxygène. Le prédateur vit des proteines des deux.
    La société humaine réplique cette organisation. Le travail c’est le CO2, l’oxygène c’est largent qui organise symboliquement les différents types de prédation.
    Nous sommes bien partie prenante de la nature. Les agités du bocal participent au bruissement de la planète.

  6. Le nouveau Stiglitz est paru « Le triomphe de la cupidité ».
    S’auto-policer, faut pas rêver.
    Est-ce différent chez l’homme en tant qu’entité? Le travail, c’est la santé… oui, mais pas pour moi. Alors, quand l’argent fructifie tout seul… sans effort…. c’est le pied.
    Même les animaux comme les prédateurs cherchent le moindre effort lors de l’attaque de leurs proies.
    La cupidité, l’amour du gain? Il suffit de voir les filles toutes les semaines pour acheter les billets de loterie.

    Bonne Saint Valentin

  7. Bonjour Paul,

    J’ai découvert votre blog il y a seulement 3 semaines, il est réellement passionnant et mobilisant, et je vous en remercie.
    J’avais jusque là compris que le « système » était vérolé, mais ne comprenant « pas grand chose »aux mécanismes en jeu, cette vague compréhension me conduisait plutôt à une certaine frustration peu mobilisatrice.

    Je n’ai pas encore tout assimilé sur la « constitution pour l’économie », j’en comprends les enjeux et l’intérêt, mais je ne vois pas comment ?, par qui ?, et quand elle pourrait être mise en chantier ?
    Pouvez m’éclairer en quelques lignes ou me renvoyer à un texte déjà écrit (moi et probablement quelques autres internautes) sur la façon dont vous (ou/et François Leclerc) voyez les choses ?

    Il me semble cependant qu’avant qu’elle sorte, il y aura encore beaucoup de morts. En attendant, si l’information du New York Times est confirmée, pensez vous (avec Me Lepage qui prend goût avec bonheur à ce blog) qu’il y a matière à des actions d’ordre juridique (Cf KPMG, Arthur Andersen,..), avec pour plaignant le nouveau Gvt Grec ou une instance de l’UE, ou … ?
    Ca aurait « de la geule » et permettrait peut-être une communication plus large de vos (nos?) solutions.

    Cordialement,

    1. Je ne vois pas comment les dirigeants politiques grecs pouvaient être inconscients qu’ils rétrocédaient aux banques des prérogatives régaliennes de leur Etat. Par conséquent, il ne semble pas y avoir d’action juridique possible contre quiconque, fût-il un « comparse » (commissaires aux comptes, etc.). L’enjeu est celui de la destruction des Etats par le marché financier, et les outils de la lutte ne peuvent donc se limiter à de telles actions. Il faudrait frapper fort et VITE. Pour le moment, on n’en prend pas le chemin.

  8. « les réglementations particulières contiennent toujours des failles » : les règlementations sont des murs, des obstacles limités. Même dépourvues de failles, il est toujours possible de les contourner: il suffit d’être suffisamment retors ou malhonnête.

  9. Tout ce qui n’est pas expressément interdit est autorisé !
    -on n’a pas interdit aux états d’avoir un déficit, on l’a simplement limité
    -on leur a interdit de se financer auprés des banques centrales
    -on ne leur a pas interdit de se financer ailleurs !

    1. Le meilleur flic, c’est celui que chacun a dans sa tête…
      Certains n’en ont pas…
      De Flic..
      Ou..
      De tête…

  10. Il ne faut pas hésiter à employer des mots tabous par le néolibéralisme comme réglementer et non pas « auto-policer » ce que le système bancaire est incapable de faire tel un alcoolique ou un drogué en manque. Seuls les états seront obligés de le faire mais on ne peut savoi quand tant ils sont les promotteurs de ce néolibéralisme malfaisant! Il suffit d »examiner le cas Obama pour constater qu’il s’est entouré de conseillers et banquiers responsables de la crise tel Lawrence Summers!

  11. Oui, Paul, vous avez bien raison d’écrire « constitution pour l’économie » en caractères gras.
    Souvent on ne retient de votre proposition que son aspect technique alors qu’en réalité c’est sa signification politique qui est essentielle et lui donne sa réelle dimension.

    La sortie de la crise ne pourra être que politique, non pas au sens de la politique politicienne qui se trame dans les réunions intergouvernemenatales — même si aucun moyen n’est à négliger –, mais de politique comme pensée et initiative des citoyens de la Cité.

    La constitution pour l’économie ne vise pas à réguler un système existant, mais serait déjà en elle-même l’aboutissement d’une prise de conscience décisive quant à la nécessité de refonder l’économie sur de nouvelles bases, ce que vous appelez la nécessaire domestication d’une économie encore restée à l’état de nature, dont le principe cardinal est celui d’une concurrence généralisée, à terme fatale pour la civilisation et même la survie de l’espèce. Tant que ce principe nocif n’aura pas été reconnu pour ce qu’il est, à savoir une voie sans issue, et ce par le plus grand nombre et a fortiori par ceux qui tiennent les rênes du pouvoir, il ne pourra y avoir de nouveau pacte social et donc de constitution pour l’économie.

    La pédagogie a un rôle très important à jouer bien entendu, car si l’on ne comprend rien à l’interdiction des paris sur les fluctuations de prix, idée inspirée par une analyse de l’économie selon Aristote, lequel avait très bien vu tout la nocivité sociale qu’il y a à faire jouer à l’argent un autre rôle que celui de l’échange de biens physiques, il est difficile de comprendre la portée politique de la mesure.

    1. Oui, tout à fait d’accord. Une Constitution se place au dessus de toute réglementation et on constate tous les jours l’insuffisance opératoire des règlements. Pour s’en sortir, il faut sans doute passer au niveau supérieur, celui qui institue la règle par acceptation ou consentement mutuel.
      Reste que je ne sais quel prix il va falloir payer pour l’admettre…

  12. bonjour

    deux exemples concrets pour les failles des réglementations exploitées par une catégorie d’individus organisés pour les mettre en valeur:

    1) les génériques
    a priori, c’est une bonne idée que de favoriser-voire d’obliger- les prescripteurs, porte-stylos des firmes pharmaceutiques d’aller vers la molécule dont le brevet est tombé dans le domaine public
    Là, des firmes se sont créées de par le monde qui n’embauchent que des avocats pour faire tomber les brevets des firmes encore dotées d’un minimum de structures recherche et développement, faisant procès sur procès de par le monde là où le système juridique est « fragile » à quelques incitations particulières (USA et Canada), décourageant la mise en place de la filière recherche ..
    Puis, une fois obtenue cette obligation, la médiatisation aidant, le détaillant vous donne le « générique » ie le non princeps indépendamment du prix reél puisqu’il suffit d’être dans une boîte différente pour avoir droit à ce statut de moins cher
    il est devenu avec le temps de moins en moins certain que les génériques soient moins coûteux à la Sécu puisque les laboratoires « inventeurs » de la molécule se sont depuis longtemps alignés au niveau prix. Il est à remarquer que le Delta prix consentis par les génériqueurs est d’un pourcentage de l’ordre de 5%
    Tout à fait au début de la disposition, les officines étaient tenues de consulter les prix de façon suivie car s’était installé un petit jeu de baisse de quelques centimes sur la boîte, un peu comme les cours des actions en bourse afin de toujours délivrer le moins cher
    Avec le temps, cela devenant intenable, la stabilisation s’est faite par la pratique des génériqueurs de récompenser les officines au pro rata de nombre de boîtes qu’elles écoulent
    Total:
    en plus du phénomène acquis par les fusions-acquisitions qui ont fait diminuer drastiquement le nombre des laboratoires dans le monde avec licenciement du personnel le plus « utile » les chercheurs au profit des « inutiles » les commerciaux et les marchetting, tout le monde est devenu génériqueur et les molécules originales sont devenues de plus en plus rares sur le marché sans que les effets sur les coûts ne soient mesurables ni mesurés..

    2) dans les accords de libre-échange avec préférence « douanière » accordés à certains pays, il a été observé une prolifération d’éplucheurs des codes douaniers européens avec organisation d’effacement de traçabilité d’origine des produits importés, de sorte qu’il suffisait de faire faire la traversée de quelques frontières pour qu’ils apparaissent issus du pays voulu.
    escroquerie à la douane qui a enrichi pas mal d’importateurs-grossistes
    ..

  13. Une solution transitoire consisterait à empêcher les financiers (quels qu’ils soient) d’opérer seuls ou de connivence. Jusqu’à présent et ceci depuis le fameux ‘Big Bang’ financier de 1986, les banques s’arrogent tous les pouvoirs. Quelle que soit l’opération, on finit toujours par devoir passer par elles et, pis, ce sont elles qui en définitive déterminent les clauses de ces opérations. L’article du NYT le démontre à l’envi. Et tous les pays sont concernés, surtout les pays occidentaux.

    Alors, faisons en sorte que toute opération financière se déroule selon une procédure particulière. Le donneur d’ordre ne peut être le conseiller, ne peut être l’exécutant, ne peut être le compensateur, ne peut être l’assureur, etc. De plus, rendre toute opération, aussi futile soit-elle, publique en mentionnant les parties concernées. A l’heure de l’électronique, c’est chose aisée : tout le monde connaît le code IBAN pour les comptes bancaires, les codes ISIN pour les titres financiers, les code BIC pour les institutions financières. Généralisons ce concept en introduisant un code pour toute transaction financière. Cela représenterait une seule et simple ligne supplémentaire dans l’administration de ces opérations et faciliterait tous les contrôles. Et, bien sûr, tentons d’imposer le fixing autant que possible pour éviter tout monopole.

    Si on rend toutes ces fonctions autonomes ou individuelles les unes par rapport aux autres, on compliquerait sensiblement les magouilles financières, sans que cela change du jour au lendemain le fonctionnement du système. Cette approche pourrait donc être revue à tout moment pour être paufinée. Ce n’est qu’une question de volonté, politique malheureusement.

  14. Ce sont les memes pratiques que celles des banquiers venitiens et lombard des annees 1330 a 1370 soit le moment de l’effondrement de la civilisations myen ageuse. Il faudra 200 ans pour le renouveau de la renaissance grace aux etats-nations. Une donnee confirmant une fin de civilisation ?? 200 ans de misere et de mort devant nous ?? Les venitiens/florentins etaient allies des mongols. Qui ont elimines physiquement 25% de la population chinoise a l’epoque. Et un peu moins dans l’europe de l’est. Qui sont nos mongols?

    1. Si on tente de déterminer qui sont les Mongols au nombre de morts dont ils ont été la cause dans les 50 dernières années, la palme revient hélas aux Etats-Unis.

    2. bonjour

      qui peut m’aider à retrouver une mesure que la République de Florence avait institué au début de la Cité constituée en État
      L’ élu, le mandaté par ses concitoyens devait emprunter un chemin enterré de son domicile au lieu de l’exercice du pouoir pour éviter de se faire corrompre en chemin par les marchands qui n’auront de cese de lui quémander et arracher des privilèges?

      Il faut toujours prévoir les effets pervers des systèmes les plus justes en apparence et les prévenir..

      de nos jours, la fabrication des consensus et la pénétration dans le mental par les bonimenteurs est aux mains de ceux qui obtiennent la servitude volontaire de la majorité qui se croit informée

      nous subissons une Pravda à l’échelle planétaire sans plus avoir la chance d’espérer atteindre l’autre côté du rideau

  15. @ Mikael EON :

    Alors ca!! Si vous obtenez une réponse claire à cette question, je vous offre ??
    Je serai votre ‘éternelle abonnée’!

  16. Ce n’est peut-être pas le billet appropié pour ce type de commentaire, mais bon …

    Dans la ligne du rapport de la Société Générale (« Le pire scénario de la dette »), du rapport Natixis (Est-ce grave docteur), voici un article sur un écrit de l’économiste Espagnol Nino Becerra (El crash del 2010 : Toda la Verdad Sobre la Crisis – Le crash de 2010: toute la vérité sur la Crise) :

    http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/la-crise-ne-ferait-que-commencer-69704

    Bien sûr il y a d’autres points de vue sur le moment du déclenchement, la durée de la « purge » et la nature du rétablissement.

  17. Re-bonjour,

    Dans le cadre de cette très attendue « constitution pour l’ économie » je repropose :

    Et si chacun imprimait les « mesures que je préconise » de Monsieur Jorion afin que nous les envoiions, signées, aux principaux « responsables ».

    Avec le nombre de lecteurs de ce blog, ca en ferait du courrier chez tous ces individus…

    Monsieur Jorion, pouvez-vous nous donner votre opinion sur l’incidence que pourrait avoir (?) une action comme celle-là??
    Où est-ce complètement dérisoire par rapport à d’autres ‘tractations’ dans d’autres sphères??

    Comme aucun des érudits du blog ne me donne d’avis à ce sujet… je ne sais pas si je dois m’obstiner à le proposer encore (D’autant que la dernière fois je me suis fais passer un savon par un des lecteurs qui trouvait prétentieuse cette démarche …)
    Mon but n’est pas de contrarier les gens………….

  18. à jean-Pierre,
    Si toutes les solutions possibles et imaginables se heurtent encore et toujours au politique, il faudra bien faire SANS le politique un de ces jours, non??

  19. Toujours à propos du rôle des banques américaines dans l’aggravation de la dette grecque et de l’utilisation de produits dérivés (les swaps) pour masquer l’étendue du passif, voir cet article.

    Le passage le plus intéressant est le suivant: « This credit disguised as a swap didn’t show up in the Greek debt statistics. Eurostat’s reporting rules don’t comprehensively record transactions involving financial derivatives. “The Maastricht rules can be circumvented quite legally through swaps,” says a German derivatives dealer. »

    Autrement dit, si l’on en croit l’auteur de l’article, les statistiques comptables d’Eurostat ne prennent pas en compte le recours aux produits dérivés. Dans l’exemple cité, un pays emprunte 11 milliards mais n’inscrit que 10 milliards dans ses livres.

    J’ignore si cette allégation est vraie ou fausse mais il existe un document Eurostat qui traite du recours aux produits dérivés. Hélas, n’étant ni financier ni comptable, je n’y comprends pas grand-chose mais il serait intéressant qu’un expert le lise et donne son avis.

  20. Le rôle qu’a joué Goldman Sachs avec la Grèce illustre la puissance acquise par une mégabanque, qui traite un Etat comme un client, avec des produits adaptés à ses besoins très particuliers, sans se soucier des traités internationaux. Et qui va d’ailleurs jusqu’à spéculer contre lui lorsque cela devient son intérêt.

    Rien que du banal, la nature même de la banque centrale des Etats-Unis, la Federal Reserve (Fed), nous rappellant, s’il en était besoin, que les banques privées peuvent se voir confier une mission que l’on aurait pu croire régalienne.

    A la faveur de la crise, il est mis à jour qu’une ou des mégabanques ont donc un discret rôle fonctionnel étendu vis à vis des Etats, la Grèce ne devant pas être un cas unique. Attendons-nous à de nouvelles découvertes, où l’on retrouvera les produits dérivés de la shadow economy, qui nous ont habitués aux miracles !

    Cela ne rend que plus inconvenante une situation où les banques sont alimentées en liquidités à coût très réduit par les banques centrales, tandis que les Etats sont soumis aux aléas d’un marché opaque et concentré, où ils doivent payer le prix cher pour se financer.

    1. @François

      La parution au JORF, il y a quelques jours, de la reconnaissance (par l’Etat français) de Goldman Sachs, JP Morgan comme intermédiaire financier sur le marché énergétique national est aussi choquant que l’attitude de ces dernieres à l’égard de la Grèce.

      J’ai recherché cette info parue sur le blog il y a quelques jours mais je ne la trouve plus. Pouvez vous la confirmer?

      Quelle est la finalité de cette reconnaissance de la part de l’Etat?

      – Gage de la future consommation énergétique des français?
      – Garanties de bonne fin pour les futurs contrats court terme que l’Etat doit négocier régulièrement sur le marché financier?
      – Taux d’intérêt préférentiel: la baisse des taux étant compensée par la capacité de spéculer sur les flux énergétiques?
      – Futur Cocorico de nos dirigeants mettant en avant la faiblesse des taux accordée par les marchés.
      – Paiement individualisé et masqué du différentiel de taux par les factures de carburant et de chauffage.

      Est-il possible d’analyser ce positionnement de nos dirigeants?

      Merci pour vos analyses.

    2. Louis XIV avait un ministre Nicolas Fouquet, surintendant des finances. Il est devenu fabuleusement riche et puissant. Peut etre plus que le Roi lui meme.

      Conseillé par Colbert, Louis 14 donne ordre de l’arrêter en 1661. Au terme d’un procès qui dura trois ans devant une cour spéciale, il est condamné à la confiscation de ses biens et au bannissement du royaume.

      Aussi puissant que soient Goldman et les autres, nous – le peuple, le pouvoir politique – pouvons les mettre hors d’etat de nuire ! C’est une question de volonte et non de possibilite. Les generations futures jugeront le manque de courage de nos politiciens corrompus qui ont plie devant les surintedants des finances du monde.

  21. @Laurence, Michael et tous les autres …

    Avant de proposer des solutions (ou dans le même temps), je suggérerais une intervention massive des internautes familiers des blogs sérieux en économie (et il y en a), pour se manifester auprès de toutes les « élites » et les politques impliqués dans le désastre, et leur faire savoir qu’ON LES VOIT.

    Eventuellement en leur communiquant une sélection d’articles tels qu’on les trouve sur ce blog.

  22. Petit rappel : 2 arrêtés du 5 et 19 janvier du Ministre de l’écologie, de l’énergie .. pour que Goldman Sachs et JP Morgan
    EXERCENT l’activité de fourniture de gaz sur le territoire français pour approvisionner les fournisseurs de gaz naturel.
    @F. LECLERC Quelle clairvoyance : « A la faveur de la crise, il est mis à jour qu’une ou des mégabanques ont donc
    un discret rôle fonctionnel étendu vis-à-vis des Etats »
    Qu’elle a été la contrepartie pour la France ?

  23. La tactique des prédateurs semble très bien fonctionner.
    L’article du NYT crée la panique dans le troupeau [ Euroland ]
    La ZiZanie va aller en s’amplifiant…… doit-ont soutenir la Grêce (réellement) ou la sacrifier ?
    Dans la tactique de prédation, on se doit de séparer la proie du troupeau, alors on la met à mort et on se régale.
    À la prochaine proie…. le troupeau est tout désemparé… on regarde pour isoler la prochaine , la plus faible et…. on recommence.
    C’est une question de vie ou de mort, on ne peut attendre aucune pitié du monde de la prédation.
    –La meilleure défensive est l’attaque.
    –Il faut resserrer les rangs et foncer, on peut prendre tous les risques, car de toute façon c’est la mort à plus ou moins long terme.
    Et pourquoi il ne se continuerait pas ?
    –Tant qu’il y aura du sang [fric]….. ça va continuer.

  24. Comme déjà signalé plus haut, l’émission « Esprit public » de ce matin sur F Culture était consacrée au problème de la Grèce.
    J’ai particulièrement apprécié les interventions de JL Bourlanges et E Le Boucher.

    Quelques brèves :
    L’Europe n’a réagi qu’à minima, elle s’en remet aux marchés, lamentable, cocasse
    On n’a pas traité les leçons de la crise ==> retour 0 la spéculation
    La zone euro va mal : manque d’unité, de dynamisme, impuissance, la responsabilité est politique
    Les marchés financent : l’immobilier, l’innovation, la dette d’un Etat et sont parfois en rupture complète avec la REALITE, ils spéculent pour se faire du gras.
    A qui la faute ? aux politiques (tiens donc) La triche des grecs était connue

    Il y a écart entre le REEL/VIRTUEL : + info, + de transparence
    Il faut faire un max de PROFITS dans un min de TEMPS, 15% de profits/an
    La Grèce est le détonateur qui ….. (voir Denis Kessler ??) (restons zen).
    Nous sommes face à un endettement public généralisé, un problème de SOLVABILITE, pourquoi : LAXISME de l’Europe, la signature des Etats est en cause. Il faut jouer cartes sur table
    Ce seront les contribuables qui passeront à la caisse en dernier ressort, et pschitt de la croissance
    Le FMI = Washington = DSK…..bof » ==> « Cependant ne pas confondre le FMI actuel à ce qu’il était, à ce jour DSK est très attentif.

    Le monde est en train de basculer, aucun homme politique ne prend en compte la REALITE qui est un affaissement de l’Europe
    La crise est grave, la crise SOCIALE est très, très profonde
    Les marchés sont opportunistes, il savent où ça douille, nous n’avons pas fait d’efforts depuis 20 ans contrairement aux asiatiques qui ont fait le ménage chez eux.
    La BCE n’a pas de moyens du fait des logiques nationales et non supra nationales
    Les marchés sont internationaux et peuvent avoir des effets dévastateurs, il fallait réguler depuis 30 ans, les états n’ont rien fait, le G20 beurk
    Remèdes : réguler les hedges funds, couper les ailes aux banques (pauvres piou-piou), les Etats doivent mieux réagir à l’image de l’Irlande, de la Californie.

    Conclusion: Je vous laisse apprécier car je reste un simple auditeur parmi d’autres soucieux de na pas trop se faire plumer, comme d’hab. mais je retiens que les marchés spéculent certes, mais pas que, ou à juste titre en partie.
    Achtung dirait Angela. si elle passait par là !
    Heureusement JC Trichet a rassuré tout le monde ce soir au Grand Jury RTL (sous réserve car je n’ai entendu que partiellement)
    :
    pas d’inflation, stabilité des prix, rigueur, gouvernement économique effectif des 27, se serrer la ceinture surtout là où les dépenses publiques sont élevées (suivez mon regard).
    Suite demain matin à Bruxelles.

    http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/esprit_public/fiche.php?diffusion_id=81632

  25. Quel est le boulot d’un avocat d’affaires: trouver les failles qui permettent de contourner les lois fiscales.
    Nos propres dirigeants SONT DES AVOCATS D AFFAIRES!
    Sarkozy en tête,Borloo (ministre d’état) Devedjian,Copé, Strauss-Kahn, LAGARDE …&Co.
    Vous croyez qu’ils agissent pour le bien de l’état; qu’ils ont changé?
    Certains sont d’anciens banquiers comme Woerth…
    Nous avons fait entrer les loups dans le poulailler…démocratiquement.

    1. Voilà une bonne remarque, TARTAR (un filtre supplémentaire de compréhension des choses, à conserver dans un coin de notre tête)
      « Démocratiquement », vous faites bien de le rappeler. Les poules et les moutons sont toujours aussi libres.

  26. Dans ce cas, l’analyse de Marx est toujours valable.

    Les gens/corporations travaillent pour preserver leurs droits, acquis, « richesses » au profit de la societe.
    Exemple: J’utilise un conseiller fiscale pour payer moins d’impot, je vais voir le notaire pour pouvoir avoir un processus d’heritage moins couteux.

    Les personnes/entites legales trouveront toujours des moyens de preserver leur richesse en depends des autres, vis a vis la societe. Le desequilibre des richesses assure l’accumulation de richesse.

    Une constitution de l’economie est necessaire ainsi que la lutte des paradis fiscaux est necessaire.

  27. Paul,

    Vous écrivez que «  »les réglementations particulières contiennent toujours des failles, que quelqu’un payé pour les trouver et découvrir ensuite le moyen de les contourner, trouvrera facilement. C’est pourquoi les grands principes d’une « moralisation » de la finance, comme l’interdiction des paris sur les fluctuations de prix ne doivent pas être introduits à l’aide de réglementations ad hoc mais faire partie des articles d’une constitution pour l’économie. «  »

    Je suis entièrement d’accord avec votre projet de constitution pour l’économie, contenant les grands principes devant la régir. Mais, comme c’est le cas pour n’importe quelle constitution, ces grands principes devront nécessairement faire l’objet de mesures d’exécution particulières qui contiendront malheusement toujours des failles, exploitables par ceux qui voudont se soustraire à l’application de ces mesures. Tel est le sort de toute loi : souvenez-vous de que qu’en disait Platon dans « Le politique » (294 a-b).

    Qui supplée aux lacunes de toute loi ? Le juge, bien sûr : c’est le principe même de l’équité ! C’est pourquoi votre projet de constitution pour l’économie devrait contenir une disposition prévoyant la création d’une juridiction spéciale (tant pénale que civile) chargée de veiller au respect de la constitution et de ses mesures d’exécution. Le législateur intégrerait, dans la loi, les leçons de la jurisprudence de cette juridiction, au fur et à mesure de son développement, et s’en inspirerait pour, autant que faire ce peut, anticiper les « dé(con)tournements » futurs et leur « couper l’herbe sous les pieds », car il n’y a à cet égard rien de fatal.

    1. Tout à fait,

      Un peu comme les organes de l’ONU qui font respecter les droits de l’homme, de la Chine à l’Iran en passant par Israel.

  28. Bonjour à tous 😀 ravie de vous retrouver!

    @François78

    OUI oui oui !
    On est plus fort à deux que seul etc…
    Je n’ai découvert le blog de Monsieur Jorion qu’il y a peu de temps (jusque là, sans être totalement dupe, je ne me doutais pas de l’ampleur de ce…, de cette… supra-supercherie ingnoble -je reste polie- sur base de laquelle nous vivions).

    Mais vous avez l’air plus aguerri que moi.
    Je suis partante.
    Ca serait chouette qu’on soit nombreux !!!

    Si vous voulez bien communiquer vos références pour les documents à envoyer…

    Non seulement on voit ‘les renards dans le poulailler et les loups dans la bergerie’ 😀 mais on voit aussi ce qu’ils fricotent et ils sont invités à dégager comme le disait roma ,avec beaucoup de poésie, hier.

    Merci François78 je me sentais un peu dans le désert.

  29. ps: j’ai bien conscience de la modestie de cette ‘action’ mais -rien- je ne sais pas (?) si c’est mieux??

    Si il y en a qui pensent que ‘statégiquement’ c’ est maladroit ou autre, dites-le, n’hésitez pas, hein…

  30. @ PJ
    J’aurai bien aimé répondre en temps et en heure, mais j’étais auprès de mes vieux parents (une priorité)
    Vous avez raison de pointer la nécessité d’une constitution pour l’économie, mais il ne faut pas entretenir de confusion à ce propos.
    Une constution ce n’est pas une loi, autrement dit ce n’est pas un ensemble de textes qu’il suffirait de rédiger, et de faire voter pour qu’ils soient appliqués . Cela c’est la vision américaine : le texte a été rédigé par les fondateurs et toutes les lois doivent en découler

    Dans la vision européenne la constitution est l’aboutissement d’un long débat et d’un consensus sur ses fondemants : en France ce consensus a mis tout le XVIIIème pour se créer (et les  » élites » se réclamaient des Lumières bien avant 89) . Une constitution pour l’économie ne peut être que l’aboutissement d’un tel débat où sont interrogés les fondements de nos « anciennes « institutions . Qu’est-ce qui est valide , qu’est-ce qui faut changer ?
    Aujourd’hui un tel débat est encore balbutiant .. c’est sur ce débat qu’il faut miser
    amicalement

  31. Bonjour,

    @ Claude Roche,

    Oui, sans compter qu’une constitution pour l’économie n’a pas de sens, je vous renvoie en cela aux remarques très pertinentes d’Antoine Y. Une constitution ne porte pas sur un objet ou sur un autre : elle est chargé d’organiser les fondements d’une vie en société. Un point c’est tout.
    En revanche, il n’est pas douteux que les dérives actuelles, d’origines et de finalités financières, du capitalisme mettent en évidence la nécessité de revoir les modalités d’organisation de la vie en société que nous connaissons.

    Cordialement,

    1. @ VB
      excusez moi, j’ai un peu de mal avec le blog en ce moment car j’ai moins de temps et je, ne peux pas tout suivre
      ( pS attention de facto le blog risque de devenir l’apanage de ceux qui « ont le temps »)
      je ne comprends pas bien la distinction que vous faites
      amicalement

  32. @Claude Roche

    « Une constitution pour l’économie » n’est pas une constitution « à part », il s’agit simplement de prendre en compte ce qui a été laissé de côté ou manqué par les mouvements constitutionnalistes antérieurs.

    Avec votre aide, ajustons le vocabulaire. Dans la continuité des mouvements constitutionnalistes du 18e, il s’agit d’ajouter / ou d’amender des principes constitutionnels généraux à partir desquels régler l’économie. Les réglementations respectent les principes, mais sont susceptibles d’évoluer, alors que les principes sont faits pour durer, inchangés le plus longtemps possible ; le tout « fonctionnant d’ensemble » il n’est pas illégitime, je crois, de parler de régulation.

    Pratiquement, nous pourrions nous attaquer au noyau de principes économiques tels que les crises nous enseignent à les dégager et ensuite, vérifier si les principes constitutionnels généraux sont en cohérence avec les nouveaux, et (éventuellement) modifier les anciens qu’en pensez-vous ?

    (Cette page date de quelques mois, voudriez-vous y ajouter quelques liens ou références ? )

    1. Cette question n’est pas juridique, c’est une question de démocratie. Démocratie active qui doit intégrer l’économie politique comme une de ses dimensions fondamentales. Tant que nous penserons constitution politique séparément de constitution économique cela ne nous conduira à rien : l’objectif est une constitution qui organise un véritable fonctionnement démocratique des institutions et qui n’établisse pas des domaines de non droit réservés à certains (le droit d’exploiter son semblable, par exemple, qui devrait être interdit si l’on considère à juste titre que ce droit est le droit d’être un parasite, de vivre en parasite).

      Remarque : le préambule de la constitution de 1946, repris en 1958, considéré comme partie intégrante de la constitution française par le Conseil constitutionnel depuis 1971, inclut de manière explicite l’économie et définit entre autres une politique de plein emploi, la nationalisation des moyens de production qui sont détenus de manière monopoliste ou oligarchique et une solidarité collective pour que ceux qui sont privés d’emploi ou âgés puissent vivre dignement.

      Personnellement, je trouve cela déjà pas mal comme embryon d’économie politique constitutionnelle… cela le serait encore mieux si c’était appliqué et respecté : ce qui montre que le problème des injustices et des malversations économiques et financières est ailleurs, dans le rapport de forces imposé par les tenants du capitalisme.

      Le capitalisme n’est pas mort, il faut le tuer. (Je me sens catonien !)

    2. @ JL M.
      sur le fond nous sommes d’accord. S’entendre sur les termes est important, mais c’est difficile ( je ne vous suis pas sur le mot « régulation » parce que cela ne renvoie pas pour moi à un principe mais à une application)
      Plus encore OK sur le « ensemble ».
      Voilà comment je vois les choses : je note d’une part que le marché est une réalité institutionnalisée et je renvoie à M Weber qui en a fort bien décrit l’esprit. Ces règles économiques étaient fondés sur l’idée de JUSTICE commutative ( la justice commutative veut qu’il y ait égalité en droits au coeur des transactions économiques et s’oppose à la justice DISTRIBUTIVE qui organise la distribution des revenus, ce qui est toujours source de corruption)
      ). Ces principes , je pense, ont « marché » tant que l’économie était dominé par le matériel, le point d’orgue étant les 30 glorieuses. Ils marchent de moins en moins maintenant que l’économie devient immatérielle. Le problème de la finance n’est pas tant que les gens s’enrichissent (tant mieux pour eux), mais que la Justice disparaît : il y a enrichissement sans cause. Et comme le dit J Locke : la justice et la vérité sont le fondement de la société. Mais il ne s’agit que d’un symptome : la même absence d’objectivité s’immisce partout dans l’économie de l’IMMATERIEL et avec elle l’absence de lien entre la contribution à la société et la rétribution ( je suis comme Sarko : beaucoup plus choqué par le salaires des footballeurs que par celui des traders de BNP : la preuve , allez dans les quarties nord de Marseille et dites qu’il faut baisser les salaires des joueurs de foot , vous allez vous faire lyncher)
      A mon sens c’est cela le dérèglement majeur de nos sociétés .
      Je vais même plus loin, je pense – comme PJ – que si l’OCCIDENT est incapable d’y apporter une solution dans le siècle il y laissera la peau littéralement . Et je fais plus confiance à L’Europe qu’aux USA dans cette affaire
      Par contre je crains comme la peste tous les discours sur l’opposition des pauvres et des riches.
      Regardez pour vous en convaincre l’évolution de l’ex-LCR que je connais bien : après avoir ressuscité le regrétté MOU de Pierre DAC, les voilà qu’ils font l’article de l’Islam . C’est loin d’être anecdoctique.
      amicalement

    3. @ C.Roche

      Nous aurons la possibilité d’accorder le vocabulaire en avançant. Sur les termes « règles », « régulation ». Dans l’ enthousiasme des débuts n’étant en rien constitutionnaliste, j’empruntais au vocabulaire « cybernétique ». C’était un peu l’optique de la « première cybernétique » observant les principes sur lesquels la nature régule les équilibres naturels pour (en gros et sans les sortir d’un chapeau, tirer des règles pemettant de construire des systèmes sociaux plus stables.

      §

      Vous attribuer le dérèglement actuel de « l’économie » à l’émergeance de l’immatériel dans le jeu antérieurement bien réglé d’une justice commutative et prenez l’exemple de l’opposition « salaires » à la Sarko / « salaires » joueurs de l’OM ; vous terminez en attirant l’attention sur la position de l’ex LRC relativement à l’islamisme.

      Je crois en effet qu’il serait éclairant de parcourir processus historique qui conduit du traité des deux gouvernements jusqu’aux salaires Sarko /OM ; contrairement à vous, je fais l’hypothèse que le dérapage « immatériel » est déjà inscrit dans les premières phases d’institutionnalisation de l’économie, ce serait l’occasion d’évaluer la pertinence de l’article 1 d’ECCE

      Toute forme d’organisation économique doit viser à l’émancipation des individus; aucune forme économique ne peut concourir à la domination d’un groupe ou d’une personne sur un autre groupe ou une autre personne .

      Le mot essentiel de cet article est, à mon avis, domination : en gros « il ne faudrait pas qu’on nous raconte des histoires », l’économie doit être réglée pour remplir et faire bouillir la marmite, puis pour reprendre l’expression de Paul Jorion pour « aller vers les étoiles ». Surtout, elle ne doit pas servir de « faux nez » à l’asservissement des uns par les autres, au nom de « règles » de l’économie. L’économie ne doit pas servir de cheval de Troie pour bazarder l’équilibre entre liberté égalité et fraternité au profit de quelques-uns. Avec votre aide, nous pourrons peut être relire Locke et mouvement constitutionnalise dans ce sens. Peut-être découvrirons-nous ce qui sur ce point n’a pas marché dès le départ, jusqu’à nous conduire dans le mur.

      Relativement à la position de Besancenot sur « la Burqua », je ne vois pas comment nous allons remonter « productivement » à Locke, sauf a emprunter le cheminement de Sloterdicjk (Colère et temps 2007) dans la généalogie des figures de la colère et du ressentiment en occident. Néanmoins, dans l’état actuel de saturation des écosystèmes par nos aberrations économiques mortifères, une constitution pour l’économie ne peut éviter la question du « renoncement à Prométhée » Cette importante question est , je crois , sous-jacente à l’option de la décroissance (cf. ma récente « réponse » à Fuljisan « décolonisons l’imaginaire de l’escargot ») .

      A+

    4. @JL Morlie
      Merci mille fois de votre réponse. Je pense en effet que c’est un angle d’attaque. Relire les anciens (il n’y a pas que Locke, mais c’est celui que je connais le mieux), sous l’angle d’attaque que vous prenez : la domination était à l’époque une de leurs préoocupations. Puis voir ce que l’on a fait et les trous que cela a créé.
      Je suis à votre disposition ( modulo le temps qui me manque actuellement, mais cela devrait se tasser)
      Sur Besancenot c’est à la fois une pique et un rappel à Marx. Avec la disparition des principes du mouvement ouvrier .. il y a une dérive des mouvements radicaux vers l’opposition entre les pauvres et les riches , qui historiquement est d’origine catholique en Europe. Sauf qu’aujourd’hui le catholicisme est moribond : et il n’y a que l’Islam pour récupérer la chose . Ne jouons pas avec le feu
      amicalement

  33. @ jeanNimes

    « Une constitution pour l’économie » n’est pas une constitution « à part », il s’agit simplement de prendre en compte ce qui a été laissé de côté ou manqué par les mouvements constitutionnalistes antérieurs.

    Comme l’indique la suite du post: « ce qui a été laissé de côté ou manqué du coté de l »économie … »

    A+

  34. @ Messieurs VB, J-L Morlie,J.Nîmes et C.Roche,

    ces précisions sont infiniment précieuses…
    J’espère qu’elles nous serviront un jour prochain…

    Merci de tout coeur.

  35. à jean-luce morlie

    Alors nous sommes d’accord sur la forme, il faut aller au fond !

    De plus en plus, il me paraît que la coupure entre le but non lucratif et le but lucratif doit être étanche, et que tout franchissement doit être interdit.

    Je trouve ainsi intolérable des situations comme celle qui est en train de se créer (façon de parler, car elle est volontairement créée, évidemment) pour la publicité de France Télévisions, cf.

    Voilà ce que doit impérativement énoncer la constitution d’un pays démocratique, au lieu de cette tartuferie de concurrence libre et non faussée.

    La concurrence c’est le moyen pour le capitalisme de s’imposer dans tous les secteurs de la société.

    Faut-il le redire ? Le capitalisme n’est pas mort, il faut le tuer.

  36. — Qu’est-ce que tu en dis, toi, de leur société ? demanda Rasseneur à Souvarine.
    Celui-ci, qui grattait tendrement la tête de Pologne, souffla un jet de fumée, en murmurant de son air tranquille :
    — Encore des bêtises !

    Émile Zola – Germinal

  37. @ JeanNimes
    @tous

    Sur la séparation du lucratif et du non lucratif, quel est le principe englobant, est-ce la gratuité, est-ce le don ?

    Le capitalisme se tue tout seul, et je ne sais pas ce qu’il faut mettre à la place, mais je me méfierais si d’aucuns me disaient ce qu’il faut faire : « c’est ça ». Je me méfie encore plus de ce qui se déjà se prépare à le remplacer.

    Par contre, je crois que nous pouvons réfléchir sur l’échec du capitalisme et dégager les principes permettant de rendre impossible la répétition de certaines erreurs. Il s’agit, je crois, de présenter une utopie structurante qui puisse servir de référence lorsqu’il s’agira de contrecarrer sans cesse l’émergence, hors du chaos, de nouvelles formes de domination.

    La séparation du lucratif et du non lucratif est à mon avis une forme « réglementaire » parfois utile parfois inutile. Selon mon approche « a priori » de que devrait être une constitution, nous devrions explorer le « principe de gratuité » et interroger l’apport de l’anthropologie maussienne à l’inscription d’une constitution pour l’économie dans le processus de la nature prenant conscience d’elle-même. Jacques Attali, à qui nous devons, je suppose -c’est plus fort que moi – d’avoir relevé la nécessaire interdépendance entre liberté égalité et fraternité (cf. Fraternité) offrait déjà une très belle réflexion sur la gratuité (cf. La voie humaine) et présentait des propositions – plutôt neuves – (faisant preuve d’imagination sociologique) et qui peuvent alimenter notre réflexion en amont sur les principes que nous cherchons à établir.

    1. Attention !!!

      Deux débats qui ne doivent pas être confondus :

      1/ But lucratif (BL) / but non lucratif (BNL)
      2/ Gratuité / Marchand

      Il n’y a pas de rapport direct entre ces deux débats et surtout rabattre le second sur le premier empêche d’envisager toute évolution ou sortie du capitalisme.

      En effet : il existe aujourd’hui de multiples formes d’activités à BNL qui sont marchandes et ne sont pas gratuites.

      La première opposition est entre activités qui visent un profit privé et activités qui ne visent pas un profit même si elles font des bénéfices, ceux-ci retournent à la collectivité et servent à l’investissement ou à soutenir d’autres activités.

      Personnellement, je préfère des solutions à péréquations tarifaires (ou de ressources) qui permettent des aménagements de territoires harmonieux et des choix démocratiques sur les allocations de ressources.
      Ceci n’exclut pas des tranches de consommation gratuite si cela est possible (par exemple les X premiers mètres cubes d’eau dans une régie communale de distribution, les suivants étant payés à un tarif qui peut lui aussi varier selon les revenus, etc.).
      Les bénéfices éventuels sur la distribution d’eau vont être affectés, selon une décision démocratique, soit à la pérennisation de l’approvisionnement, à l’amélioration de la distribution, à l’augmentation des tranches gratuites, à l’augmentation des salaires des employés ou encore reversés à la collectivité locale pour d’autres emplois.
      Mais en aucun cas à des actionnaires par le biais de dividendes !

      Ne vouloir discuter que de l’opposition gratuité / marchand gomme bien entendu le profit et c’est pour cela qu’une forte pression de l’idéologie dominante tente de ne faire envisager le problème que selon cet axe.

      Pour réfléchir sur ces questions, je préfère m’appuyer sur des pratiques concrètes qui ont été mises en oeuvre et qui existent un peu partout dans le monde, il n’y a rien d’utopique là-dedans.
      Ce qui manque c’est seulement la volonté politique de s’engager résolument.
      Si l’on ne dit pas les formes, les principes sur lesquels doit s’appuyer la société que nous voulons, le risque est alors grand qu’il se produise n’importe quoi, et il n’y a aucune raison a priori pour que ce n’importe quoi soit bénéfique !

      Le capitalisme n’est toujours pas mort et il faut le tuer, en lui enlevant progressivement toutes ses dents !

  38. @ Jean-Luc Morlie !!

    Ce que vous dites, redites-le encore et encore, je vous en prie !!
    A la suite d’autres billets, d’autres articles, chaque fois que cela sera possible…

    Peut-être vous écouteront-ils, vous.

    Je pense qu’il est temps de réfléchir à ce que NOUS voulons, cette, fois avant qu’ON ne nous l’impose…
    On me dit que je vais trop vite, que ce blog est un ‘site d’observation’, qu’il faut d’abord bien tout comprendre de ce que nous venons de traverser, PIRE :

    que les CHOSES se joueront AILLEURS en d’autres TEMPS !!

    Dites-leur, vous, que nous avons une chance incroyable avec le blog de Monsieur Jorion de pouvoir tenter d’élaborer comme vous le dites une UTUPIE
    STRUCTURANTE.

    A moi, ils disent que je suis la démarche est prétentieuse…

    DITES-LEUR !!

  39. @ JeanNîmes,

    bonjour,

    j’espère de tout coeur que vous aurez l’occasion, dans d’autres billets, articles de revenir sur l’importance d’envisager ‘les formes et les principes sur lesquels doit s’appuyer la société que nous voulons’….

    Merci

  40. Concrètement comment fonctionnerait une économie fondée sur le don ?

    Dans une usine, le ouvriers fabriqueraient des voitures et les mettraient à disposition, plutôt on leur passeraient des commandes, des « voeux » disons. Les ouvriers pourraient en échange, ou même sans échange, émettre des commandes à n’importe qui dans la société, disons quand-même que le minimum requis serait de produire quelque chose…

    Le don m’a assez fasciné, sur le net, l’échange de fichier, l’échange de logiciels libres de sorte que lorsque je rentrais dans un magasin je trouvais assez mesquin et arriéré qu’on exige de moi un payement… Ah vous y tenez tellement à votre menue monnaie, c’est pas possible. Etonné que je ne puisse pas me servir gratuitement de petits gâteaux, alors que sur le net je mettais à disposition gratuitement bien sûr ! mon travail.

    Ce qui apparait aussi c’est que c’est la partie gratuite du travail qui est son fondement. Le travail est un acte de générosité, personne ne travaille uniquement pour la rémunération. On travail pour la reconnaissance, la vraie, non celle qui est synonyme de salaire, d’émolument. Ou pour partager une vie avec des collègues etc. Ceci dépasse depuis toujours le cadre de l’acte égoiste. L’egoisme n’a lieu QUE sur les marchés.

    Souvent, voire toujours, le bourgeois (caricature) transpose son propre égoisme à la société entière, il jette sottement ses qualités aux autres (Molière) : ex : les nantis, ex les chômeurs qui ne pensent qu’à gruger, qui n’ont pas de vie de famille, qui calculent comment escroquer lé sécu, etc. Ces raisonnement psychopathes sont inventés par des psychopathes de droite, je suis désolé de le dire.

    Bref l’économie idéale fondée sur le don je ne suis pas loin d’approuver, c’est une utopie qui pourrait se passer de centralisme, où chaque acteur créerait dans son coin et échangerait avec les autres, l’usine X avec la ferme Y, etc.

    De cette utopie, la contrainte serait absente. La contrainte de travailler… la grande question est de savoir si ça marche, ou si des comportement là encore égoistes finieraient par produire l’arrêt de l’activité…

    1. @Lisztfr
      Le don comme principe organisateur

      En tout, la motivation du profit échoue à motiver un comportement altruiste, parce qu’il n’est pas réciproque. Et c’est un comportement altruiste qui augmente le capital social de la société. Dans un système de dons, nous pouvons tous être endettés envers chacun, mais s’endetter nous rend tous plus riches, et non plus pauvres.

      Le troc comme principe organisateur

      Les dons sont magnifiques, bien sûr, mais parfois nous voudrions quelque chose de spécifique, et sommes prêts à travailler avec d’autres pour l’obtenir, sans recours à l’argent, bien sûr. C’est là le principe de base du troc. En général, vous troquez quelque chose dont vous avez le moins d’utilité (l’une des nombreuses choses que vous pouvez offrir) contre quelque chose dont vous avez plus d’utilité (quelque chose que vous désirez).

      Les économistes vous diront que le troc est inefficace, car il exige la «coïncidence des besoins» : si A veut troquer X contre Y, il ou elle doit trouver B qui veut troquer Y contre X. En réalité, la plupart de ceux que j’ai rencontrés ne veulent pas troquer X contre Y, ou Y contre X. En fait, ils veulent troquer ce qu’ils peuvent offrir contre tout un ensemble de choses qu’ils désirent.

      @JLM
      http://jcbonsai.free.fr/cc/OrlovConfDublin/#20
      😉

  41. @JeanNimes

    Maintenant que ça ne va pas être trop dur, je veux bien « le » pousser un peu .

    Personnellement j’ai besoin d’une utopie structurante , parce que si je me contente de « ce qui est » et de « ce qui se prépare », je déprime et depuis quelque temps j’ai peur, mais vers quoi vont basculer « les classes moyennes européennes » ? Faut-il pousser sans savoir au moins la direction dans laquelle aller ?

    Cela dit, vous avez raison de distinguer BNL et gratuité au sens strict (il y a au moins une part de « gratuité morale » dans la BNL), mais je ne saisis pas en quoi cette confusion « empêcherait toute sortie du capitalisme » ?

    A+

    1. @ Jean luc Morlie
      Comme disait le pape « n’ayez pas peur  » ( je ne suis pas catho, vous l’aurez deviné !) . Si vous aviez comme moi goûté au mur de verre des intellectuels de toutes obédiences pendant des déceniies ( car il n’y a pas que les économistes=!) , combattu seul leur sophistique irresponsable , vous ne seriez pas pessimiste : le simple fait de parler ainsi sur un blog est déjà une avancée considérable .
      Les idées justes, une fois qu’elles sont bien formulées sont généralement inérrêtables ( bien sûr le plsu dur est bien les formuler)
      amicalement

  42. @Jean-Luc Morlie,JeanNîmes et ClaudeRoche,

    il me semble qu’il ne faut VRAIMENT PAS SOUS-ESTIMER ce BESOIN d’UTOPIE STUCTURANTE.

    Formuler des IDEES, c’est bien de cela qu’il s’agit. IL FAUT LES FORMULER !!
    Tant qu’elles ne sont pas FORMULEES, nous errons > pessimisme et peur.

    >> paralysie. Sentiment d’être une victime impuissante etc…

    Il y a un BESOIN IMPERIEUX que des idées soient FORMULEES pour savoir vers quoi nous allons >> que mettre en place pour y arriver….

  43. @laurence et les autres

    Nous sommes une tribu d’australopithèques (ou ce que vous voudrez), notre territoire est devenu désertique et ne peut plus nous nourrir que de plus en plus parcimonieusement.
    Que faisons nous ?

    Nous faisons des sacrifices aux dieux pour qu’ils nous envoient à manger ?
    (humains les sacrifices, tant qu’à faire, ça fait des bouches de moins à nourrir)
    (en fait pour certains c’est ce qui se passe aujourd’hui)

    Nous attendons la fin en réduisant les portions pour que ça dure le plus longtemps possible ?
    (en fait pour certains cela a déjà commencé)

    Nous prenons nos cliques et nos claques et allons à l’aventure ?
    (en se disant toutefois que la prochaine fois nous ferons attention à ne pas dégrader notre environnement)

Les commentaires sont fermés.