L’Express, le 18 février 2010

Banques: « Il faut des mesures chirurgicales »

Les banques ont-elles tiré les leçons de la crise ?

Non. Mais pourquoi l’auraient-elles fait puisqu’on les laisse opérer dans le même cadre qu’hier ? Depuis le début de la crise, elles n’ont reçu aucune véritable directive, et maintenant on s’étonne qu’elles retombent dans leurs pires travers ! Aucune banque ne va prendre sur elle de réformer le système. Ce sont des entreprises commerciales, on ne peut pas leur reprocher de vouloir gagner de l’argent.

Est-ce à dire que les Etats ont trop ménagé les établissements financiers ?

Les Etats se sont contentés de froncer les sourcils, de prendre des mesures symboliques, histoire de satisfaire leurs opinions publiques. Mais, en réalité, ces mesures n’ont eu aucun impact réel. Le décor n’a pas changé.

Des mesures d’encadrement et de régulation ont quand même été votées…

D’abord, la plupart d’entre elles, comme la séparation, aux Etats-Unis, des activités bancaires, ne sont pas encore entrées en vigueur. Ensuite, ce ne sont que des mesures de surface qui prennent le sujet par le mauvais bout.

Que préconisez-vous ?

J’ai eu la chance de travailler dans la finance. C’est pourquoi je suis partisan de mesures chirurgicales. Depuis 2007, je fais une proposition qui soulève la terreur des banquiers : l’interdiction des paris sur les fluctuations de prix.

C’est-à-dire ?

Aujourd’hui, nombre de produits financiers sont dévoyés. A l’origine, ils permettaient à leurs utilisateurs de se protéger moyennant un certain coût contre les fluctuations, par exemple d’un marché ou d’une matière première. Ces outils ont une fonction prudentielle qu’il faut conserver et même encourager. Mais ils ne doivent plus être accessibles à des intervenants venus dans le seul but de spéculer et de faire de l’argent. Quand on permet à n’importe quel acteur de faire des paris, on contribue à déstabiliser le système.

A vous entendre, l’économie serait devenue un casino…

Mais c’est un casino ! Il a diminué de taille du fait de la crise, cependant les règles n’ont pas changé.

Les banques européennes n’ont-elles pas montré plus de discipline que leurs homologues américaines ?

Allons donc ! Dominique Strauss-Kahn lui-même reconnaissait, voilà quelques semaines, qu’il restait encore d’importantes pertes cachées dans les bilans et que la proportion était plus forte en Europe qu’aux Etats-Unis.

La croissance repart un peu partout. La crise est-elle derrière nous ?

Il s’agit d’une reprise sans emplois, une reprise statistique : les entreprises reconstituent leurs stocks. Seules la Bourse et les banques semblent aller mieux, mais cela ne durera pas.

Sur quoi se fonde votre pessimisme ?

Nous avons devant nous deux bombes à retardement. D’abord, la dette des Etats. A eux seuls, en 2010, les Etats-Unis auront besoin d’emprunter sur les marchés 1 700 milliards de dollars. Ils seront en compétition avec l’ensemble des pays et des grandes entreprises. Comme il n’y aura pas assez d’argent pour tout le monde, les Etats les plus faibles devront offrir des taux d’intérêt plus élevés, ce qui ne manquera pas de les fragiliser davantage. L’autre bombe est encore plus prévisible : c’est l’immobilier commercial américain – bureaux, hôtels et autres stations touristiques. Ces actifs ont été construits à crédit. Or, en 2012, nombre de prêts vont arriver à échéance. Il va donc falloir trouver d’autres capitaux, mais qui voudra les apporter alors que la valeur de ces biens n’a cessé de se déprécier du fait de la crise ? Des entreprises vont tomber et, avec elles, les milliers de petites et moyennes banques qui les ont financées. Cela va être un massacre.

Partager :

142 réflexions sur « L’Express, le 18 février 2010 »

  1. @ Fab,

    merci infiniment pour votre réflexion et cette citation.

    Il me semble que c’est une bonne base de réflexion.

    Navrée de me répéter :

    reprendre conscience de notre valeur individuelle ET de notre pouvoir personnel.

    NOUS FAISONS PARTIE DU PROBLEME ET DE LA SOLUTION.

    1. @ Laurence

      Eldridge Cleaver, ex-Black Panther (qui passait pour l’intellectuel de la bande) à la fin des années 60: « If you’re not part of the solution, you’re part of the problem. » C’est sans doute l’une des rares choses sensées qu’il ait dites dans sa vie.

      PS: Je veux bien me considérer comme faisant partie de la solution, mais, pour le problème, makache bonnot! Comme disait la chanson de Mouloudji: « J’ai pas tué, j’ai pas volé… » Et je me dis tous les matins que je préfère être ce que je suis avec mes maigres moyens que le fameux Blankfein, PDG de Goldman Sachs, qui, lui, se prend pour Dieu ou sa nouvelle incarnation sur Terre. Et de m’écrier, dans mon for intérieur: Non, nous ne sommes pas égaux dans la scélératesse!

    2. Ne soyez pas injuste avec Huey Newton, Stokely Carmichael et Bobby Seale, tous également membres du Black Panther Party, tous exprimant à leur manière la révolte des Afro-Américains à la fin des années 60, dont la politique était l’auto-défense armée de leur communauté et qui ont mis en place des services sociaux.

  2. @ TOUS,

    Aujourd’hui, c’est le jour des voeux !!

    Si il y avait une fée pour exhausser vos voeux, que choisiriez-vous ???
    Quelles sont vos envies dans le contexte que nous connaissons ???

    Vous avez chacun droit à 5 voeux…

    1. Laurence, ne quittez surtout jamais les parages, n’allez pas mettre votre esprit au service d’autres blogs, vous nous manqueriez énormément!

      En premier lieu, et si c’était possible, je choisirais la fée Clochette plutôt que la fée Carabosse.
      Pour les voeux c’est pas facile…
      On a jusqu’à ce soir?

    2. Des voeux, Laurence, oui, pourquoi pas.

      Après une religion de trop de matérialisme, pourquoi ne pas passer à une religion de trop de spiritualité.
      L’effet balancier comme je l’aime.

      Et.. regarder la réalité en face. Même si c’est dur. Ne serait-ce pas le meilleur moyen d’évoluer..???

    3. Laurence, j’ai trouvé mes cinq voeux! (vous allez voir c’est pas compliqué)
      Tout à l’heure -alors que je travaillais- un poème de François Villon m’est revenu en tête. Vous le connaissez sûrement. Je l’avais appris à l’école en français contemporain, mais je l’aime beaucoup dans la forme d’origine. Du vieux « françois »; accrochez-vous quand même.
      Et voilà mes cinq voeux. (j’aurais voulu faire dans le registre léger, mais tant pis! ce sera pour une autre fois. François Villon est là, alors on arrête de faire les marioles. Vous nous referez bien un autre jour des voeux de temps en temps?)

      -« Frères humains qui après nous vivez,
      N’ayez les cuers contre nous endurcis, »
      (Frères humains, je souhaite que nous apprenions à nous respecter, en dehors de toute idée d’égalité, et à respecter nos ancêtres.)

      -« Car si pitié de nous povres avez,
      Dieu en aura plus tost de vous mercis. »
      (Je souhaite que cette miséricorde que nous aurons pour chacun et pour tous, puisse faire advenir le meilleur.)

      -« Vous nous voiez cy attachez cinq, six:
      Quant de la chair, que trop avons nourrie, »
      (Je souhaite que nous nous rappelions bien que nous ne sommes que chair, mais que nourrir cette chair n’est pas notre unique destin.)

      -« Elle est pieça devorée et pourrie,
      Et nous, les os, devenons cendre et pouldre. »
      (Je souhaite que de nourrir autre chose que la chair, nous évitera de disparaître un jour.)

      -« De nostre mal personne ne s’en rie;
      Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!
      (…Je souhaite enfin que toute cette bonne volonté de nous fasse jamais oublier qu’elle n’est pas la chose la mieux partagée par nos frères humains. Et qu’il conviendrait qu’elle le soit.)

      Voilà!
      Mes voeux sont surtout l’occasion de rendre hommage à François Villon qui a su, dans sa belle épitaphe, exprimer le meilleur de nous-même.
      Je ne reproduis pas l’ensemble de ses vers, mais on comprend que son dernier souhait, à lui, est le plus important de sa lettre à tous ceux qui vivront après son supplice, car deux vers différents à la fin de chaque strophe le répètent et le scandent:

      Nous sommes morts, ame ne nous harie;
      Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre! »

      Ne soiez donc de nostre confrairie;
      Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre! »

      Hommes, icy n’a point de mocquerie;
      Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre! »

      —————-

      – Tu vois fée Clochette, c’est pas si terrible que ça! …Alors? Tu veux bien me les exhausser mes cinq voeux, dis?…

      – Et allez! (comme dit un commentaire de Martine Mounier ailleurs)…

  3. « Ce sont des entreprises commerciales, on ne peut pas leur reprocher de vouloir gagner de l’argent. »

    C’est peut-être ça le problème. A quoi ça sert une banque ? Ca crée quoi ? Ca produit quoi pour mériter un bénéf ? Est-ce une activité symbiotique ou parasitaire ?

  4. Pour rebondir sur les propos de Fab et Laurence, pourquoi nulle part la question de la place du travail (emploi) ne peut elle être soumise à question et discussion ainsi que la connexion du travail et d’un revenu ? Ceux qui le font sont extrêmement minoritaires à gauche (utopia notamment) alors même que la réalité imposerait de revoir les termes dans lesquels on pose le problème: chômage de masse, travailleurs pauvres, retraites misérables…on fait comme si le retour au plein emploi (à temps plein) était à nouveau possible, à travers je ne sais quelle recette miracle, retour de la croissance, augmentation des les salaires…les trente glorieuses, le plein emploi n’ont pu être possibles qu’avec une énergie bon marché dont on s’est gavé. Tout ça est bel et bien fini. Et ce n’est pas être irréaliste que de demander à remettre en cause la place centrale du travail, c’est juste constater les tendances à l’œuvre. Malgré un discours qui, lui, met en scène tout un fond moralisateur et indécent qui accompagne les réflexions sur le travail.Le problème central, est que, jusqu’ici les droits et avancées sociaux sont attachés au travail. Ce qui fait dire à quelqu’un comme Robert Castel que l’allocation de subsistance par exemple, enfermerait encore plus une partie de la population dans la pauvreté car le montant ne serait forcément que bas.

    1. Entièrement d’accord, c’est même une question de bon sens qui finira (je l’espère) par émerger d’elle-même.

      Mais qui aura le courage politique – non démagogique – de mettre en doute la valeur du travail non consenti librement ?

      On nous promettait que la mécanisation et la technologie libéreraient les hommes des tâches fastidieuses et aliénantes, et même de la famine… Nous avançons en sens inverse, passant le cap du milliard d’êtres humains sous-alimentés, pendant qu’une minorité (grandissante il est vrai) se goinfre comme jamais, et fait construire des paquebots de croisière avec piscines en marbre et robinetterie en or (j’ai vu un reportage là-dessus, sidérant).

      Aucun dirigeant politique ne se pose la question de l’épanouissement dans le travail, ni de la fatigue, de la lassitude liée à ce travail.

      Leur plaisir est de diriger la marche forcée, quoiqu’il en coûte. Et d’être applaudis par ceux dont le but ultime sur terre semble être de mimer le bonheur assis au bord du gouffre.

      Quand ils se rendront compte de leur erreur, le monde sera probablement détruit.

      « La faute, tragique, est de ne pas être conscient » (Jung).

      Je sais, je radote: je l’ai déjà cité. Mais Paul* me pardonnera peut-être 😉

      Je ne suis pas d’humeur lacanienne aujourd’hui!

      @ laurence:

      Mes voeux du jour sont au nombre de un: qu’un éclair de lucidité traverse le ciel et se pose avec délicatesse sur mes frères terriens. Mais j’ai bien peur qu’il s’agisse d’un voeu pieux.

      En attendant, je continue, malgré tout, comme le chien de Giacometti, et je vous dis à tous: merci.

  5. @ Fab,

    Votre citation est délicieusement subversive CAR ELLE REMET en QUESTION TOUT CE QUE LE CAPITAL A MIS EN PLACE DEPUIS L’AVENEMENT DE LA SOCIETE DE PRODUCTION AU 19 éme siècle.

    Et qui est bien pratique en terme de contrôle des masses (tous étant occupé dans leus entreprise-usine) ET assurant aussi un contrôle IMMEDIAT des REVENUS grâca au SALAIRE.

    Une grande illusion : on a fait croire aux gens qu’un travail régulier (au profit des capitalistes) allait les prémunir de tout manque matériel.

    Dans l’aventure, ils ont, ces salariés perdus leur liberté, d’être, de penser, de contester.

    D’ailleurs je lisais hier ici même que les SALARIES devaient faire un gros effort pour lire ce blog tant le TEMPS qui restait APRES le boulot était bref ET qu l’ENERGIE leur manquait parfois après cette sacro-sainte prestation de travail quotidienne.

  6. DSK s’est réveillé: tribune dans le FT

    « The global process of reaching agreement on prudential policies under the Basel Committee and the Financial Stability Board is thus an extremely important undertaking that deserves the full backing of the international community. The work of these bodies, and of other financial standard setters, must be accelerated to harmonise rules that limit excessive risk-taking and to tackle some of the broader challenges, such as providing liquidity beyond the confines of the formal banking system (in this crisis the run was not so much on bank deposits as on wholesale funding by international investors).Time is of the essence in reaching an international agreement lest political patience with regulatory conclaves runs out and we enter a cycle of unco-ordinated policy, distorted capital flows and regulatory arbitrage. The International Monetary Fund, for its part, will work to draw out the systemic and macroeconomic implications of financial sector reforms – and, if it comes to it, the implications of a failure to converge on a common solution. »

  7. @ Jean-luc 😀

    Je suis bonne et généreuse : vous avez jusqu’au soir 😉

    (en plus , impossible de vous quitter… suis junkie à ce blog, c’est-à-dire à vous tous
    et voyez-vous tout à coup ca m’amène à une idée : une addiction en remplace une autre, c’est bien connu.
    Je crois que l’addiction à l’argent peut être remplacée… être ici par exemple ;).

  8. La presse et la politique semblent avoir pris conscience de l’innommable attitude des banques et la première demande (enfin!) une règlementation stricte, comme en témoignent plusieurs articles des Echos du 18/2.

    http://www.lesechos.fr/info/analyses/020371862722-comment-rendre-les-banquiers-plus-raisonnables.htm
    http://www.lesechos.fr/info/inter/020372630188-allemagne-c-est-un-scandale-s-il-s-avere-que-les-.htm
    http://www.lesechos.fr/info/analyses/020371849204-le-combat-du-professeur-stiglitz.htm

    @ Paul J
    Le grand public est désormais informé des méfaits des banques. Faut-il passer la vitesse supérieure … ?

    Et merci pour la communication de vos réflexions et les réactions de tous. C’est un éclairage pour les choix des partis politiques. Ceux du Front de Gauche sont les plus ouverts … et décidés à aller jusqu’au bout.
    Pour la critique du néolibéralisme, une bonne référence : Wendy Brown
    http://www.vacarme.org/article1375.html

  9. @ Yvan,

    l’un n’empêche pas l’autre…

    C’est très répendu de ne voir les choses qu’en termes d’OPPOSITION.

    Ce n’est pas pour autant que c’est intelligent.

  10. @ Laurence

    Faire 5 voeux est idiot.
    Un seul suffit.
    Je fais le voeu de pouvoir à l’avenir faire tout voeu…
    C’est légal?

    De la même façon les diverses opérations financières léonines et casinotières qui ont eu lieu depuis 50 ans étaient « légales ».
    Leur exploitation « aux limites » ou à la « marge » est discutable certes mais elle est légale.
    De même et surtout l’~exploitation~ des paradis fiscaux…sauf pour +dissimuler+ des actifs illicites.

  11. Question de Caleb Irri, suite.

    claude roche dit : « Le travail c’est la forme moderne de l’engagement dans la collectivité ».

    C’est bien là le problème : quel que soit le travail, il faut s’y soumettre, il faut que la société trouve quelqu’un qui s’y soumette –et elle ne manque pas d’imagination pour créer des emplois insensés-, sinon le système s’effondre…c’était le sens de ma réponse réponse à la questionde Caleb Irri. Votre approche est la forme moderne de la définition du travail. C’est une approche ex post qui rassure : « les certitudes sur lesquelles ils ont construit leur vie pourraient s’effondrer, ce qui n’est pas chose facile à regarder en face ! » C’est l’approche que la société enseigne à ses enfants, de peur de devoir jeter un oeil en arrière et s’avouer qu’elle s’est trompée de chemin.

    (En additionnant les personnes qui « partent le matin avec écoeurement et ennui… » (taotaquin), celles qui occupent un emploi qui n’apporte strictement rien à la société (si ce n’est la création dudit emploi qui permet la consommation qui permet au système de fonctionner…), celles qui occupent un emploi qui nuit à la société ou à d’autres sociétés ou à la nature, celles qui ont accepté un emploi simplement pour le salaire (!), celles qui une fois sorties de leur boulot n’ont plus la force de penser ou de remettre en cause leur propre vie (laurence : « Dans l’aventure, ils ont, ces salariés perdus leur liberté, d’être, de penser, de contester. « ), celles dont la vie est brisée par ce qu’elles ne trouvent pas d’emploi justement (le système ne survivrait pas s’il laissait s’immiscer dans les esprits l’idée que le travail salarié pourrait ne pas être une fatalité),…(je dois en oublier !)…ça risque de faire un total assez important d’engagés volontaires à l’insu de leur plein gré, non ?)

    Pour répondre à la question de savoir pourquoi les solutions proposées pour remettre l’économie sur de bons rails n’étaient pas utilisées par nos dirigeants : « le système actuel, à travers même les inégalités qu’il produit, garantit la stabilité du peuple, notamment par l’asservissement au travail. Alors certes ceux qui sont en place essayent d’y rester, mais au-delà, ils se doivent, ne serait-ce d’ailleurs que pour y parvenir, de garantir la « paix sociale ». Ils n’ont pas de solution de rechange stable.  » (Il ne faut pas nécessairement voire le mal dans le terme asservissement : ce peut-être un auto-asservissement, par habitude, par facilité, par sentiment de nécessité.)

    En avons-nous une ?

    Engagez-vous qu’y disaient !

  12. M. Jorion,

    Je trouve vos analyses intéressantes, claires et pertinentes et posant les bonnes questions.

    Je suis d’accord sur le fait que l’action des spéculateurs (tels que vous les définissez plus hauts) accélère le mouvement nous menant tout droit dans le mur mais je me demande si votre proposition de laisser les marchés à terme dans les seules mains des acteurs souhaitant hedger une position physique est viable/possible dans tous les cas.
    Si on prend le cas du pétrole, pour lequel l’évolution à la hausse des prix semble inéluctable (peak oil, coûts d’extraction de plus en plus élevés, demande soutenue (Chine, Inde…)), qui jouera le rôle de contre partie aux acheteurs « naturels » (e.g industriels souhaitant se protéger contre la hausse des cours qui impacterait leurs coûts de production)? A priori, pas les producteurs qui n’ont aucun interêt à vendre dans un marché haussier. J’ai l’impression, sauf erreur de raisonnement de ma part, que ce sont les spéculateurs qui joueraient ce rôle (en vendant les positions achetées préalablement et qu’ils rachèteront aussitôt et ainsi de suite)… Si l’on interdit aux spéculateurs de « jouer », ce marché à terme disparait faute de combattants.
    Qu’en pensez-vous?

    Thierrix

    1. Et vous Piotr, 1er ou 2ème degré?

      1-« Surtout Tartar ne répond pas! »: une injonction à Tartar de ne pas répondre, parce que Laurence vous paraît sotte? (votre commentaire suivant sur les nuages, les étoiles et les sacs à main);
      2-« Surtout Tartar ne répond pas! »: vous regrettez par antiphrase de ne pas voir de réponse chez Tartar à la question de Laurence?

  13. Je crois que c’est en grande partie pcq nous sommes « la tête dans le guidon », avec notre travail essentiellement, que nous n’avons pas pris le temps et/ou la peine de nous interroger quand on nous a IMPOSE l’Euro (là, perso, j’ai compris qu’on n’était plus en démocratie MAIS j’étais tellement accablée par mon travail et autres obligations que l’énergie, le temps, les infos et le courage me manquaient pour creuser un peu plus profond).

    Si on veut être honnête, le travail et toutes les pseudo-obligations que nous nous créons NOUS EMPECHE DE REFLECHIR.

    >> repartir de la conception Citoyenne de la Grèce Antique, est peut-être une bonne idée…

  14. Juste un détail : ces histoires de changements , de problèmes , de solutions ( quand le problème c’est la solution ) sont traités dans un livre de :

    P.Watzlawick J.Weakland R.Fisch intitulé « changements, paradoxes et psychothérapie « issus du M.R.I de Palo Alto….

    C’est un livre très riche, mais abordable, que P.Jorion connait certainement . Je vous en recommande la lecture car participerait largement au débat . J’en ai un exemplaire de 1975 chez Seuil qui est toujours et plus que jamais d’actualité…

    Rien que de vous en parler me donne envie de me replonger dedans…

    Bonne soirée et merci à vous tous.

  15. @tripalium et lacan

    L’étymologie avec Lacan prenait du dit mention

    Séminaire du 13 novembre 1973 « Les non-dupes errent »

     » Ça éclaire le sujet au sens où je l’ai dit tout à l’heure et ça vous donne du travail. Il faut bien le dire, pour moi, il n’y a rien de tuant comme de vous donner du travail… enfin, c’est mon rôle ! Le travail, tout le monde sait d’où ça vient, dans la langue, dans la langue où je vous jaspine. Vous avez peut-être entendu parler de ça, ça vient de tripalium, qui est un instrument de torture. Et qui était fait de trois pieux. Au Concile d’Auxerre, on a dit qu’il ne convenait pas aux prêtres ni aux diacres d’être à côté de cet instrument au moyen de quoi torquentur reus sont tourmentés les coupables. Ça ne convient pas que le prêtre, ni que le diacre, soient là, ça les ferait peut-être bander, comme on dit.

    Il est en effet bien clair que le travail, tel que nous le connaissons par l’inconscient, c’est ce qui fait des rapports, des rapports à ce savoir dont nous sommes tourmentés, c’est ce qui fait de ces rapports la jouissance. »

    1. La langue est aussi cet appendice, ce muscle, ce membre, cet organe
      grâce auquel sitôt prononcés serments et promesses à tenir, souvent s’en libère, s’en dédit
      et bientôt s’en va, déjà claquant.

  16. @ jean-luc,

    n’empêchez pas Piotr d’être ce qu’il est : c’est très intéressant. Et révélateur.

    1. Laurence, j’empêche pas (c’est à Jorion de faire le tri si il y a lieu).
      J’empêche pas.
      Surtout que Piotr, de temps en temps, en trois ou quatre mots, sait nous réveiller de notre ronron intello-membraneux, ou de nos unanimités béates. C’est précieux, et ça évite que nous tombions ici dans la réunion « Tupperware » ou pire, dans la soirée boy-scout (Jorion à la guitare chantant du Bob Dylan autour du feu de bois, et nous, battant des mains en mesure dans des poses extatiques en reprenant les refrains).
      Piotr n’est pas le seul d’ailleurs, J-P Voyer fait ça très bien aussi. Et d’autres. Je dis « très bien », mais il y a des fois ou les piques pourraient être plus fines. C’est pour ça que j’ai relevé celle-là, vous concernant (j’attends d’ailleurs toujours l’explication que pourra me donner J-P Voyer à la sienne, dans « L’environnement… », à propos du marron « couleur des génocides »).
      Regardez, juste au dessus de votre commentaire. C’est du « Piotr », et ça tape juste.

      C’est drôle d’ailleurs, c’est la deuxième fois que vous évoquez le fait que les mots « révèlent » des choses de ceux qui les utilisent (l’autre fois c’était récemment, il faut que je vous retrouve).
      C’est vrai me semble-t-il, mais pas toujours.
      Vous savez, tout comme il existe des phrases que l’on prononce qui « dépassent notre pensée », il y a des mots ici qui peuvent trahir ce que nous sommes, trahir au sens propre (et non pas « révéler », comme dans l’expression: « les mots trahissent nos intentions » -bizarrerie de la trahison du mot trahir!).
      Oui, trahir ce que nous sommes. Je connais personnellement un des commentateurs d’ici, et lorsque je le lis, je reconnais un peu de son tempérament éruptif, mais pas complètement sa personnalité, que je connais.
      L’écrit est une chose étonnante, qui installe du double sens là où on ne s’y attend pas toujours. Les écrivains, professionnels des mots, savent en jouer, et nous serions surpris parfois de découvrir la personnalité qui se masque derrière certains de leurs écrits. La plupart d’entre nous, et moi le premier, sommes loin d’être des professionnels de l’écrit, et si nous trahissons parfois ce que nous sommes, si l’image est faussée, c’est peut-être par amateurisme.

  17. « en 2012, nombre de prêts vont arriver à échéance. Il va donc falloir trouver d’autres capitaux, mais qui voudra les apporter alors que la valeur de ces biens n’a cessé de se déprécier du fait de la crise ? Des entreprises vont tomber et, avec elles, les milliers de petites et moyennes banques qui les ont financées. Cela va être un massacre. » Cela voudrait dire donc que la crise ne risquera pas d’être finie mais va persister ?

  18. Et le « travail » de la parturiente.
    Manifestement lié lui aussi à la souffrance …avec une fin heureuse en principe.
    C’est peut-être au 3° degré là-aussi.

  19. claude roche,

    Pour faire suite à mon précédent message, en voici un autre que vous n’avez peut-être pas lu et qui vaut le détour.

    Vu sous ce « nouvel » angle, il convient peut-être de ne plus parler d’asservissement au travail, mais d’asservissement par le travail. C’est certainement cette nuance qui avait soulevé vos objections.

    Et cela répond de manière plus efficace à la question de Caleb Irri : les dirigeants des états n’ont pas la main (certains l’ont cru et les dégâts furent considérables), ils ne font qu’assurer la survie du système, ce qui d’ailleurs est la moindre des choses vu qu’ils ont été élus (chez nous en tout cas) pour ça ! Une preuve s’il en fallait une que le changement ne peut et ne doit venir d’en haut 🙂 !

  20. Paul Jorion présent dans le journal gratuit « métrofrance »:

    « il y a des efforts pour réduire les montants absolus des bonus, estime l’économiste Paul Jorion. Le problème, c’est que les activités spéculatives grâce auxquelles ils sont essentiellement acquis ne sont pas remises en cause, alors qu’elles pénalisent l’économie. »

    « les banques jouent la vertu » p4 metrofrance du 19 fevrier 2010 article de Gilles Daniel.

  21. Ce soir sur la 5 « C dans l’air » était consacré aux banques « Le monde immoral de la finance »
    Tiens donc ça commence à être de notoriété publique, harro sur la Grèce, Obama et GS alors qu’il y a 8 jours, stand by. Un peu facile tout de même. Le plan média suit son cours ou chant du cygne ?

    Brefs extraits :
    les banques font leur boulot et spéculent aussi
    GS et les autres sont à l’origine de toutes les bulles spéculatives
    pour les financiers talentueux tout est légal sauf les conflits d’intérêt et encore
    il y a porosité, entre WS et le pouvoir
    rien n’est surprenant et nouveau, tout le monde savait
    il faut des instituts statistiques autonomes
    BO privilégie les thèses de Paul Volcker…..oui mais ?
    L’Europe est à la traîne face au secteur financier, regardons ce qui ne va pas chez nous
    Eva : « la finance est en folie pour cacher l’endettement »
    et après : GB, Italie, Portugal, ……..
    en Grèce la triche fiscale était générale, les Etats maquillent les comptes avec la complicité des banquiers
    l’adhésion de la Grèce à l’euro était un choix politique, la Grèce n’a pas investi et la commission n’a rien fait, on est au pied du mur, sortira t’on par le haut ? qui va siffler la fin de la partie ?
    on est dans le syndrome des grandes écoles, on bosse en prépa et après bof
    en France il y a des mécanismes non contrôlés, on continue à s’endetter
    la crise de l’euro est un problème européen, une banque bosse pour le PROFIT
    WS n’est pas le méchant mais conduit l’économie, GS = les Médicis, il est scénariste, conseiller, spéculateur

    Bref, c’est le dernier round « GS sert le dernier verre à l’alcoolique » (déjà entendu).

    Une question posée par un modeste blogueur a été retenue, chic alors, mais n’a pas trouvé de réponse « GS & les contrats gaziers avec la France ». Surprise générale !

    M. Jorion vous auriez du être présent sur ce plateau pour apporter quelques éclaircissements, dommage
    Retransmission ce soir après 22h00

  22. Les commentaires sont fermés pour le post relatif à l’émission Arrêt Sur Images. Principe de précaution peut-être. Une bonne raison, au moins : le déversement probable d’un tombereau de propos désobligeants – mais mérités – et contre-productifs sur la personne de M. Sterdyniak. Alors même que lui et M. Jorion ont des positions sur le fond assez proches.

Les commentaires sont fermés.