Le capitalisme (I) – Les nervures de l’avenir

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Dans « La raison dans l’histoire » (1837), un ouvrage posthume composé à partir de notes de cours, Hegel observe que « … ce que l’histoire et l’expérience nous enseigne, c’est que ni les peuples ni les gouvernements n’ont jamais rien appris de l’histoire, et encore moins agi selon ses leçons ». C’est vrai : s’il en avait été autrement, aucune civilisation ayant gardé le souvenir de celles qui l’ont précédée ne serait jamais morte.

Faute de tirer les leçons de l’histoire, les hommes n’ont cependant jamais cessé de tenter de la déchiffrer et quand on la lit, l’attention se porte de préférence, soit sur ce qui revient sous la même forme, soit sur ce que l’on n’a jamais vu auparavant. Il est bien sûr essentiel de saisir la proportion dans laquelle se présentent ces deux ingrédients : le même et le différent, et plus particulièrement dans les périodes de transition. On ne peut savoir où l’on va si l’on ne détermine pas d’abord si l’époque où l’on vit se situe davantage sous le signe de l’inédit ou sous celui de l’éternel retour. Dans le premier cas, les processus que l’on observe sont en voie d’achèvement, dans le second, ils sont destinés à se poursuivre. Il faut pour cela savoir distinguer les ruptures des continuités et si les premières l’emportent sur les secondes, l’époque est au changement radical. Et c’est pourquoi cette capacité à lire l’histoire est moins essentielle quand on est aux premiers temps d’une époque nouvelle que quand, comme aujourd’hui, une époque épuisée touche à sa fin.

Si l’on brise une chrysalide, on y découvre un liquide noirâtre et épais où l’on ne distingue ni la forme de la larve en train de se dissoudre, ni celle de l’insecte parfait qui émergera un jour. Les périodes de turbulence sont de cette nature. Saint-Just fut un jour acculé à reconnaître que : « La force des choses nous conduit peut-être à des résultats auxquels nous n’avions point pensé ». Peu de temps après cette admission il devait capituler sans combat devant la promesse d’une mort prochaine, reconnaissant son incapacité à comprendre encore le tourbillon qui l’emportait.

Si l’époque est au changement radical, il existe en son sein des « nervures » : des trajectoires rectilignes qui relient le passé au futur en passant par les points qui constituent la trame du présent. Le reste, ce sont les zones de ce qui demeurera le même mais qui, tant que durera la transition, participant à l’effervescence générale, n’en sera pas moins soumis à d’inquiétantes turbulences. Parvenir à déceler la présence de telles nervures, c’est lire l’avenir déjà inscrit dans le présent.

(à suivre…)

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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128 réflexions sur « Le capitalisme (I) – Les nervures de l’avenir »

  1. Hegel, Saint Just …
    Diable, le train de la révolution s’est-il déjà élancé sur les rails de l’avenir !? 🙂

  2. C’est un thème récurrent sur ce blog ,une tentative de dessiner l’avenir en fonction d’un certain nombre de paramètres (économiques ,climatiques ,géologiques,anthropologiques,et maintenant historiques).Moi j’appelle ,ça peur millénariste.Cette peur qui à la fois épouse et masque,des peurs plus intimes propres aux sociétés vieillissantes.

    1. Da, Piotr.
      La peur. Quel puissance, non..??? Dire que n’importe quel animal devient la pire menace pour son chasseur lorsqu’il est mortellement blessé…

      Cette peur actuelle de l’avenir nous fait du bien : elle nous oblige à réfléchir et nous remettre en question.
      Que veux-tu de mieux à part une bonne bière d’abbaye trappiste…???

    2. Piotr,

      Pouvez vous décrire ces peurs vieillissantes, les énoncer, je vous prie ? Quand vous les aurez énoncées, pourriez vous me montrer le lien entre ces peurs et le vieillissement de notre société ?

      Une autre façon de poser ma question est : »En quoi la grande crise actuelle est une peur de société vieillissante ? » ou « Est ce que cette crise est pour vous psychologique, voire un tout petit incident de parcours dans notre histoire ? »

    3. De l’actualité de la « Theory of Everything » de Stanislas Lem..Mais ‘peur millénariste’, dans l’histoire des formes, cette peur se donne à voir dans la première décennie, peut-etre la décade perdue ?
      ´Piosenka o koncu swiata, Pozegagnie´ C. Milosz

    4. Bigre ! « Peur millénariste » comme vous y allez ! il y a dans cette définition un aspect irrationnel plutôt dérangeant. Comme s’il se cachait un Nostradamus derrière Paul Jorion (économie), derrière Jancovici (énergie) ou derrière le GIEC pour le volet environnemental et climatique.
      C’est d’ailleurs un reproche récurrent chez les détracteurs de service de ces divers « annonceurs de mauvaises nouvelles » comme on pourrait les nommer à tort.
      Paul Jorion ici, Jean-Marc Jancovici ou le GIEC ont une approche très factuelle des défis qui pointent leur nez depuis pas mal de temps déjà pour l’aspect énergétique (pétrole, pic de production…) ou environnemental (hausse avérée des températures globales).

      Les sceptiques de tout poil (dont certains scientifiques à la retraite) n’ont souvent d’autre argument que de voir chez ces empêcheurs de penser en rond des millénaristes…
      Est-ce vraiment ce que vous pensez ?

    5. A Didier…
      Première piste,un constat purement démographique,une pyramide des ages accréditant le vieillissement de la population ,et les peurs égocentriques qui en résultent;diminution de l’élan vital (j’évite les grossièretés), maladie , déclin cognitif et mort…
      Des peurs apparemment plus collectives(grippe H1N1,peak oil,réchauffement climatique…) plus ou moins en prise avec le réel mais toujours matérialiste.Dans les deux catégories un défaut de spiritualité ne permettant plus de faire passer la pilule…
      je déblogue…
      Ps :les peurs collectives sont plus avouables et occultent les précédentes…

    6. j’allais le dire aussi « qui vous parle d’avoir peur » ?
      le texte Hégel n’evoque pas la peur mais essaie de capter les signes d’un processus de changement en cours , « les nervures »

      ce texte est superbe

    7. L’Horreur économique est un essai de Viviane Forrester paru en 1996 :à lire sans effroi.Ce matin même sur France culture invité Dominique Lecourt, philosophe, sur l’un de ses ouvrages paru l’an dernier : L’âge de la peur paru chez Bayard.

    8. Piotr,

      Vous avez énoncé les peurs associées au vieillissement. Vous n’avez pas fait le lien entre ce vieillissement et les peurs collectives hormis une affirmation selon laquelle ce lien existe. Votre réponse est insuffisante.

      Je ne vois pas du tout comment vous reliez la peur du vieillissement au Peak Oil, par exemple. Un autre problème avec votre réponse est que le pétrole diminue vraiment. Nous sommes à plus de 87 millions de barils par jour et cela pendant une période de crise économique. Je doute sérieusement que la terre remplace le pétrole à cette vitesse. Avec les grippes H1N1 et H5N1, j’admets que l’industrie pharmaceutique s’est copieusement sucrée sur notre dos. Admettez que la grippe espagnole de 1918 a été une catastrophe. Une grippe aussi méchante va réapparaitre. C’est inévitable. Quel est le rapport entre la peur de la grippe ou d’une pandémie et le vieillissement ? J’y vois un motif d’inquiétude. Des cyniques en profitent. Cette idée me semble une bien meilleure explication que le vieillissement. Votre piste n’en est pas une.

      Pire, si vouloir savoir où l’on va est une marque de peur, tout humain est terrifié. Si vouloir savoir où l’on va est une marque d’égocentrisme, alors tout le savoir humain est une marque d’égocentrisme.

      Bref, je ne comprends pas votre réponse.

    9. Je parle ,mais c’est une pure hypothèse de sociétés vieillissantes au sens biologique et peut être même au sens historique donc plus fragile et perméable à la peur qu’elle soit individuelle ou collective,ces dernières entrant d’ailleurs dans des stratégies marketing …Les jeunes gens qui en veulent, fuient volontiers la sclérose voire l’athéro-sclérose hexagonale…bandes de petits cons me direz-vous…
      Si vous pensez que mes explications sont fumeuses ,mettez moi un 1 sur 20 pour les frais de bureau.

    10. Je décris maladroitement une crise de sénescence occidentale avec peut être en filigrane les premiers stigmates de ma propre entrée en hiver.
      Plus ne suis que j’estoy…

    11. Hhmm.. Piotr.
      Je te comprends mais ne te suis pas.

      Et… tous nos artistes françois dont même l’Italie n’eut pu faire ombrage…???
      Un peu moins en peinture, mais en musique…

      Pour fréquenter des esprits créatifs, surprenants (et en même temps retords, bande d’enfoirés), je peux te garantir que le franchouillard de base est capable de choses assez extraordinaires qui n’est actuellement brimé que par la finance, car le fric est par définition ce qui bride un esprit.
      Par deux courants que je n’expliquerai que si plusieurs ici me le réclament.

    12. Est ce que tu concèdes une perte de vitalité de l’occident ? Un déclin?
      Est ce que cette perte d’élan pourrait être liée pour partie au vieillissement de la population…
      Si tu me répond non j’en fait pas un plat…
      Parle nous plutôt de tes deux courants ici ou dans nervures (2)…
      Si la confrérie est d’accord…
      A Yvan.

    1. Le « Ksous » ? Qu’est-ce donc ? Il me semble qu’Attali se montre très sceptique si j’en juge à sa conclusion: « Dans ce cas, la proposition de Dominique Strauss Kahn reviendrait à faire fonctionner une nouvelle planche à billets, émettant une monnaie de plus, qui compléterait la panoplie des financements imaginaires de déficits illimités, emportant le monde dans une épouvantable glissade. »
      Pourtant, si la finance brûle, ce ne serait pas une mauvaise idée de la noyer sous un déluge de monnaie. Ne serait-ce pas préférable à la seule solution actuellement envisagée qui consiste à pomper nos euros ?

    2. ‘couscous’ en marocain (ou plutôt en berbère, car le couscous est d’origine berbère : ma femme, qui est chleuh, dit ‘ksou’ mais de fait, cela devrait plutôt s’écrire ‘kseksu’ et se prononce de fait ‘ks(o)u’ comme diminutif) …
      Exact pour Attali. ça en dit long sur le positionnement des ‘élites’ qui étaient ‘au coeur des ténèbres’ il y a peu et qui jugent ‘insuffisante’ ou inadaptée’ la solution préconisée, qui ne sera qu’une solution à court terme, pour sauver ‘boudu’ des eaux, si la pression devient insupportable. Elle ne remet rien en cause, et pour cause (future monnaie ‘de réserve’ mondiale, aussi mondiale soit elle, ne permettra pas de liquider la liquidité créée).
      Cordialement.

  3. Il faudrait régulièrement faire cet exercice de pensée: « Que pensera t’on de nous dans 1000 ans? »

    Il nous manque une sorte de surmoi collectif et historique.

    Nous jugera-t-on aussi durement que nous le faisons quand nous parlons du moyen-âge? Probablement. En plus eux ils auront les images! les discours des hommes politiques et les débats à la télé. Terrifiant quand on y pense! Nous seront la risée pour l’éternité.

    1. Doucement. Le problème de conservation des données n’est toujours pas résolu. Notre bibliothèque d’Alexandrie est en cendres.

    2. Plus que Caligula?
      Plus que Néron?
      Plus que Jules Ferry soutenant que la colonisation est souhaitable et même un devoir pour les races supérieures?
      etc…
      Alors le Nous doit englober tout ceux-là
      et cela suppose que nos descendants soient plus sages que nous et plus clairvoyants

  4. @Hegel (!)
    « … ce que l’histoire et l’expérience nous enseigne, c’est que ni les peuples ni les gouvernements n’ont jamais rien appris de l’histoire, et encore moins agi selon ses leçons »

    Mr Hegel, le peuple n’a pas vocation à comprendre l’histoire, c’est l’apanage des historiens ! L’Histoire a été, est et sera toujours l’hagiographie de l’Etat : l’histoire des vainqueurs, et pas celle des vaincus. Si vous pouviez voir notre siècle de là-haut, vous observerez un jour l’Etat capitaliste dans ses derniers soubresauts, convoquer un « Grenelle de l’Economie » pour légitimer son action de façon historique. Ce Grenelle racontera l’histoire du nouvel ordre mondial, nouvelle hagiographie d’un super état, avec ses politiciens comme figures historiques. L’Etat n’a pas à comprendre ses fautes, puisqu’il est le législateur, elles sont légitimes, même les guerres. La grande Histoire est alors celle des guerres militaires et économiques des états contre leurs peuples. A quoi servent donc les manuels d’histoire sinon à faire peur aux petits enfants ? Peut-être à les préparer à devenir adultes et un jour de dire « non ! », mais alors l’humanité n’a jamais été adulte.

    1. Beau groupe de personnes qui ne désirent nullement que l’humain évolue…

      Du moment que vous n’êtes que trois.

    2. @Yvan,

      Qui vous dis que je ne veux pas voir l’humanité grandir ?
      Tant que nous faisons des guerres, et tant que nous disons « moi moi, moi ! » comme les enfants de deux ans, nous ne sommes pas une civilisation d’adultes.

  5. Parmi les nervures, je crois que nous aurons une alliance du progrès et de l’écologie qui se combineront à un approfondissement de la démocratie pour certains pays et avec des régimes autoritaires pour d’autres. La force des choses devrait aussi pousser vos préconisations en matière de finance.
    Au préalable, je vois malheureusement un accroissement de la lutte acharnée pour l’accès aux matières premières.

    1. « nous aurons une alliance du progrès et de l’écologie » : il y a une faute de syntaxe dans votre proposition, il fallait dire: « alliance du progrès et de la pollution », pour cause d’OGM et de nano-matériaux. 🙂

  6. les effets de la contingence sont plus puissants qu’on ne l’imagine, et notre imagination est à géométrie variable, selon notre position, sous influence.
    seul le chat de Schrödinger connait toutes les solutions.

    1. Bien sûr que nos sociétés peuvent se « métamorphoser », et elles vont le faire ! Mais ce sera pire que maintenant ! Les nano-objets vont nous envahir et, d’ici 50 ans, en avoir une dizaine dans le corps et le cerveau semblera aussi « normal » que porter des lunettes !!!!!

    2. Bonjour à tou-te-s,

      Voilà ce qu’elle m’avait inspiré en la lisant :

      « Dédicace à l’espérance »
      inspiré par l’éloge de la métamorphose
      d’Edgar Morin

      Les cinq principes de l’espérance
      Valent la peine d’être rappelés
      Pour re-susciter la vivance
      Qui nous libère des barbelés !

      Le surgissement de l’improbable
      A fait ses preuves dans notre Histoire
      Pour montrer que nous sommes capables
      De surmonter le désespoir !

      Les vertus ré-génératrices
      Inhérentes à l’humanité
      Deviennent des forces créatrices
      Qui peuvent transformer les cités !

      C’est ainsi qu’après une crise
      L’humanité se régénère
      Pour éviter quelques méprises
      Ayant conduit à cette galère !

      Ainsi : « Là où croît le péril
      Croît aussi ce qui sauve » dit-on
      Le risque suprême est utile
      La chance de faire fuir le maton !

      L’aspiration à l’harmonie
      Inscrite dans nos origines
      Nous éloigne de l’agonie
      Pour sauver l’homme en héroïne !

      Edgar Morin est assez clair
      Il souhaite une métamorphose
      De l’humanité pour sur Terre
      Voir enfin notre Vie en rose !

      Signature : luami CREER
      http://luami.viabloga.com

      Bon voyage dans la Vie !

    3. Merci joelle, le lien fonctionne et vaut le coup d’oeil. Par contre, les liens dans les commentaires de ce texte sont réservés aux abonnés.

  7. Merci pour le terme de « nervures ».
    Asimov avait créé le spersonnage d’Harry Seldon.
    Une sorte de météorologue de l’histoire.
    Il déduisait l’avenir à partir des données de 10000 ans de l’histoire de « fondation et empire »!
    Asimov ne connaissait pas les bases de données actuelles et les supercalculateurs massivement parallèles.

    1. Hello, AH.

      Mais Asimov a très bien compris ce qu’aller donner les tous premiers ordinateurs à lampes.

      En parlant d’Asimov, nous évoquons ici, souvent sans le savoir : Pavlov, Maslow et, dans cet article, une pointe d’orgues de Staline basée sur la proba.

      Décidément, les US ont bien fait de recruter des Russes.

    2. TARTAR

      Après avoir cru 25 ans au déterminisme historique (comme base du scénario de ses livres), Asimov a compris les enseignements de la mécanique quantique et de la physique moderne et a écrit un quatrième tome de la trilogie de Fondation, « Fondation foudroyée » où il épouse plutôt l’hypothèse Gaïa d’une Terre organisme vivant sorte de bio-noosphère consciente d’elle-même.

      L’indétermination n’est pas la liberté mais elle est quand même plus éloignée de l’absurde que le déterminisme…

    3. Relire Asimov aujourd’hui c’est franchement gondolant ( mais commme l’éternité c’est un peu long surtout vers la fin…) Sa vision de l’informatique – et du nucléaire- c’est à se tordre ! Et c’est si typiquement soviétique pour un californien.
      Bon j’ai pas lu le dernier tome « fondation foudroyée » visiblement remise au goût du jour « new age ». En fait je n’ai même pas fini les premiers, je me souviens d’avoir veinement attendu un personnage féminin avant d’abandonner…et sur la planète Machin Chose la place des « épouses » était à l’élevage de la progéniture inter- galactique si je ne m’abuse…

  8. Stimulante introduction qui demande réflexion. J’y reviendrai: il faut que les choses se décantent dans mon maigre esprit.

  9. Hhmm.. ayant étudié la statistique et les proba, je ne peux que confirmer partiellement.
    Partiellement car nous pouvons avoir une vision de l’avenir sur du court terme. Au delà, les divergences sont trop nombreuses.

    Tiens… j’ai écrit « court terme », non..??
    Ce qui est le crédo de tout « bon » « investisseur ». Dire qu’ils recrutent dans ma filière…

    Je pense qu’il y a un autre phénomène concernant l’humain.
    Simplement le fait qu’il juge qu’il peut être meilleur que ceux qui l’ont fait naitre. Du fait de l’accélération du progrès technologique, des connaissances qu’il a…

    Chose amusante, actuellement, en école d’ingénieur, l’accent est mis principalement non plus sur la connaissance voire même la compréhension de domaines un peu périphériques, mais sur la gestion de l’information et le pilotage d’experts de domaines restreints.
    Et oui… nous avons maintenant TROP d’informations à gérer…

    N.B.: j’aurais pu, vu mon jeune age, utiliser les termes knowledge et management, mais ces termes english me gonflent franchement grave lorsque l’on sait parler un minimum français.

    1. à vous pouvez dire management des connaissances
      Vous parlez de quelle école ?
      cordialement

  10. De toute façonh, pas d’illusion. Soit nous laissons aux autres l’accès final au matières premières et à l’énergie, en nous appauvrissant « volontairement », soit ce sera la guerre pour les miettes restantes.

    J’avais un ami qui, lorsque nous étions en groupe à table, se servait toujours en premier du meilleur morceau et justifiait cela en disant:  » de toute façon, puisque vous êtes très polis, vous ne le prendrez pas et si je me sert en dernier, c’est moi qui en hériterait.. donc, c’est pareil »
    Raisonnement imparable!
    Alors on se sert les premiers ? Car dans le monde qui nous entoure, aucun risque que les autres, par charité, nous laissent le plus petit morceau si nous ne le réclamons pas (de force ou en le payant plus cher)

    1. De mon coté, c’était une parente qui coupait toujours les patisseries en parts très inégales, et qui, en cas de protestation, déclarait invariablement :

       » L’égalité, ça n’existe pas « 

  11. Oui, la métamorphose, est nécessaire, et comme vous le savez, l’opération est parfois douloureuse, mais nécessaire, oui, comme une lente maturation vers l’état d’adulte, qui se rappelle enfin de l’enfant qu’il a été… ce serait tellement bien.
    Mais je rêve, je suis une femme, je n’ai pas le pouvoir, je ne suis ni économiste, ni politique, je ne suis que… poète ? peut-être?… vous pensez bien que cela n’a aucune espèce d’importance…
    Eh bien, je suis joyeuse, moi, car nous allons à coup sûr vers un avenir différent. C’est il y a trente ans que ma jeunesse a désespéré. Je me suis battue comme une lionne… pour cet état du monde? Eh bien, NON!
    Aujourd’hui, l’ignominie apparaît à tous, enfin! Si elle se maintient, alors il faudra définitivement désespérer des hommes… et je dis bien des hommes… je ne dis pas encore des femmes… on ne sait pas de quoi elles sont capables. Ce qu’elles ont réalisé, c’est sous la coupe du pouvoir patriarcale… comment voulez-vous une réponse?
    Mais pensez-y…je ne désespère pas encore, je crois en les hommes…
    Le capitalisme n’est pas l’avenir du monde, c’est déjà son passé… et cela me remplit d’une joie spinozienne! Nous vivons sans doute ses derniers spasmes méchants… cela peut durer un moment, j’en conviens, tellement la bête est cruelle, mais pas bien longtemps au regard de l’âge de la terre. Exit le capitalisme…on doit trouver autre chose, et vite.
    Plus les hommes intelligents se ligueront de ce côté-là, et mieux le monde se remettra… Toutes les femmes seront avec eux! Ce qui fait bien du monde, l’air de rien…
    Bon, d’accord, je suis une pétroleuse incorrigible, mais je pense avoir raison, contre tous. Alors, je continue mon cirque, asta la victoria! Car ce que j’aime, moi aussi, c’est gagner…!!!!

    1. Vous parlez bien étrangement des hommes, mais n’oubliez pas que nous sommes égaux, peut être pas dans nos moyens ou notre nature, mais assurément dans nos travers. Un homme stupide et riche n’est jamais seul. Ne vous méprenez pas, vous avez tous les pouvoirs à présent. Seulement vous vous obstinez à utiliser les même armes que nous, que vous ne possédez pas, et vous voulez que nous ussions des même que vous, que nous ne possédons pas plus.

      Dans votre conquête effréné pour votre émancipation, vous avez souvent oublié ce qu’était la virilité, comme nous avons oublié ce qu’était la féminité. Il y a plein d’hypothèses pour l’expliquer, mais je ne saurai me prononcer d’avantage ici.

      En revanche, je sais qu’une société est mixte par nature, et que partant, il faut bien se garder de blâmer l’autre sex.

      Cela dit, si vous souhaitez voir des hommes debouts, je vais vous avouer un petit poême :
      Nous ne sommes plus si petit, lorsque nos chaînes tombent, que nous mettons pour vous, par respect pour vous. Quand de garder la clef vous serez lasses, sachez qu’un dieu dort sous la carcasse… Ouvrez dont les portes d’Apsû.

  12. Dans la série des avenirs manipulés, je vous présente une tragédie grecque…
    http://www.latribune.fr/actualites/economie/international/20100302trib000482966/crise-grecque-nouvelles-mesures-d-economies-pour-eviter-la-banqueroute.html
    « Crise grecque : nouvelles mesures d’économies pour éviter « la banqueroute » »

    Politicien un jour, politicien pour des générations…
    Dire que coté droite comme gauche, deux familles produisent les dirigeants depuis deux générations, les gènes doivent être particulièrement performants, et surtout, la corruption et le clientèlisme identiques à tous les autres pays dominés par les US. Soit la totalité moins 3 pays du monde.

  13. Le problème est que tout le monde voit des nervures et des bifurcations, mais pas les mêmes, d’où le statut quo actuel dans lequel restent les politiques qui se disent qu’une horloge en panne indique 2 fois par jour la bonne heure.

  14. Le problème avec ce blog c’est qu’il est plus passionnant de le lire que d’étudier. P J a réussi a ressortir un Hegel, chapeau. Moi je n’arrive même plus à commencer un livre. Avant, je n’arrivais plus à les finir, depuis les « Notes de chevet » il y a 10 ans, mais j’atteignais la moitié. Depuis, ça ne s’arrange pas !!!

  15. @ Piotr

    « C’est un thème récurrent sur ce blog ,une tentative de dessiner l’avenir en fonction d’un certain nombre de paramètres (économiques ,climatiques ,géologiques,anthropologiques,et maintenant historiques).Moi j’appelle ,ça peur millénariste.Cette peur qui à la fois épouse et masque,des peurs plus intimes propres aux sociétés vieillissantes. »

    Oui oui, évidemment, et jamais ô grand jamais le Gulf Stream ne s’arrêtera, l’éternel Gulf Stream…. Non non non, jamais ! C’est comme l’immobilier : ça ne s’arrête jamais de monter ! ah ah ah !

  16. « L’histoire est, par essence, science du changement. Elle sait et elle enseigne que deux événements ne se reproduisent jamais tout à fait de façon semblable, parce que jamais les conditions ne coïncident exactement. Sans doute, reconnaît-elle, dans l’évolution humaine, des éléments sinon permanents du moins durables. C’est pour avouer, en même temps, la variété presque infinie, de leurs combinaisons.
    Sans doute, admet-elle, d’une civilisation à l’autre, certaines répétitions, sinon trait pour trait, du moins dans les grandes lignes du développement. Elle constate alors que, des deux parts, les conditions majeures ont été sembables. Elle peut s’essayer à pénétrer l’avenir; elle n’est pas, je crois, incapable d’y parvenir. Mais ses leçons ne sont point que le passé recommence, que ce qui a été hier sera demain. Sur ses feuilles de recherche, les lignes, dont les faits écoulés lui dictent le tracé, ne sont jamais des droites; elle n’y voit inscrites que des courbes, et ce sont des courbes encore que, par extrapolation, elle s’efforce de prolonger vers l’incertain des temps. »

    Marc BLOCH: L’étrange défaite, témoignage écrit en 1940, première publication Société des Editions Franc-Tireur, 1946.

  17. Qui fait d’abord le destin d’une société le politicien ou le marchand ? Si je ne puis rien changé du cœur de l’autre aujourd’hui comment le pourrais-je demain ? Qui fait l’histoire ? Qui me raconte d’abord une meilleure histoire à la télé ? La marque ou le marché ? Qui veut faire encore parti des premières personnes à conduire le monde à la faillite morale.

    Détendons-nous qui se souviendra de nous dans 2000 ans, c’est sur nos lointains descendants se demanderont qui étaient vraiment les plus insensés des hommes de notre temps.

    (à suivre…)

  18. « Les nervures de l’avenir » : Très joli.
    Encore que j’aime bien, dans un style nettement plus ishikawa(ien), les Arêtes du présent ! 😉
    Putain faut vraiment que j’arrête avec ces smileys idiots.
    Demain, promis, sevrage.

    1. Waddington aurait dit « chréode », René Thom « bassin d’attracteur », Paul Jorion ajoute « nervure », ce qui appelle l’archet…OK, c’est « précieux « , :-).

  19. une petite parenthèse philosophique si je puis:

    la triste réalité si je puis dire c’est que nous sommes arrivées collectivement à un moment de l’histoire ou la valeur argent ne devrait plus être une fin mais un moyen, à un moment de l’histoire ou nous devrions tous œuvrer pour un monde meilleur, explorer plus en profondeur notre proche banlieue, mais non une caste de puissant à décider que le pouvoir ultime devait passer par l’argent, en fait nous sommes face au défit ultime:

    Abattre la dernière relique barbare de notre histoire, l’argent en tant que fin (accumulation), détruire le temple (la bourse), et ses églises (les banques), et museler son ministère (de l’économie), bref tournée la page sur cette religion, oui nous parlons bien de religion.

    Le libéralisme est le dogme du capitalisme, et si tout simplement la disparition des religions dans le monde occidentale avait été remplacé simplement par le capitalisme libéralisé, et la consommation de masse dans les temples supermarchés ?

    Il est bien question d’une crise de civilisation occidentale et de son dogme libérale.

    C’est peut être pour cela que se paradigme est si dur à quitter car il est question plus de croyance et de foie que de réalité finalement…

    un exemple: souvent ici bcp penses que sans croissance ni capitalisme (carotte) pas d’évolution, et si justement on n’avait pas la réponse puisque un vrai système basé sur la connaissance et le développement des individus pour le bien de tous n’était pas limité et l’argent mais plutôt aux capacités de chacun?

    votre avis?

    1. Si je puis vous répondre ainsi, religion et économie n’ont absolument rien à voir, même si Weber voulait y voir des liens de cause à effet et que l’islam propose aujourd’hui des modèles de vertu.

      Non, en réalité c’est bien plus complexe. L’économie est avant tout un système d’échange, pragmatique, de création humaine, basé sur un outil simple : l’argent. Je pense qu’il est préférable d’en rester là et de ne pas faire d’amalgames du type que vous évoquez. La croyance est la croyance, l’économie est l’économie. Même s’il y a interactions, il n’y a pas chimérisme.

      En ce sens, je considère essentiel l’effort de M. Jorion pour nous informer sur ces outils et nous permettre ainsi d’y voir plus clair.

      Cela dit vous avez raison, une grande caractéristique du capitalisme (qui est UNE économie) est qu’il pousse au libéralisme, ainsi qu’à l’individualisme et au délitement des valeurs et des modes de vie. Et ce pour la simple raison qu’il invoque l’ouverture des marchés, la diversification de l’offre, le progré, et la standardisation.

      Le libéralisme est un truc informe, ou à défaut, un argument multiforme. Au niveau économique de base, il donne à chacun l’autorisation morale d’échanger ce qu’il souhaite. Au niveau idéologique, il  »s’oppose à l’assujettissement des individus », donc est par essence anarchiste. A partir de là, je ne cherche même plus à comprendre car il n’y a plus de logique. Ce n’est plus affaire que de sensibilité. Mais il n’y a pas croyance en soit.

      Il y a croyance par défaut de sens, c’est donc de la croyance évanescente, non construite, de la crispation, des cauchemars d’enfants. On voit des choses bouger dans le noir…

      La croyance religieuse est construite, d’orientation absolue et vise à l’épanouissement de l’être. Il n’y a aucun rapprochement à faire avec cet isme qu’est le capitalisme…

    2. Merci Hentarbleiz d’avoir répondu:

      Il y a pour moi deux choses la réalité de tous les jours (ce qui se passe) et ce qui se passe vraiment.

      Pourquoi j’en viens à parler de « religion libérale », tout simplement parce que si vous prenez le temps d’écouter des radio comme BFM ou de lire des revue de presses comme latribune ou les echos ou encore bloomberg, enfin de lire tout ce qui est lié de prêt ou de loin au marché. souvent vous vous rendrez compte que l’on vous ressort la « messe » en permanence: Le marché est porteur de valeur, le marché est créateur de richesse etc…

      Qu’est ce que le marché en réalité?

      Il est à noté que là dans ce cas là quand les interlocuteurs vous parle de ce genre d’argument pour décrire le marché nous sommes plus dans le domaine de la croyance que du pragmatisme statistique non?

      Autre dogme du libérale (et ultra libérale) : L’état n’est pas capable de gérer, l’égalité n’est pas possible il faut une carotte pour faire avancer le monde etc, la destruction créatrice, l’argente créateur de richesse etc…

      Tout ceci qui est souvent martelé par les analystes et économistes financier sont aussi des croyances, la destruction n’a jamais rien créer sauf de la destruction, non ? Enfin je veux dire oui il y a potentiellement création après destruction mais ce n’est jamais garantie.

      L’argent créateur de richesse, c’est vrai si cela est appliqué rigoureusement (chaque $ créer est investit dans l’économie réel) mais a partir du moment ou les 3/4 des masses monétaires ne sert qu’a spéculer en bourse il n’y a plus création de richesse, il n’y a que destruction de valeur.

      Et ce n’est pas le fait d’entendre des responsable de grand groupe parler de ratio de « pour un baril de brut il y a 10 papiers en circulation « et identiquement sur toutes matières premières et sans compter tous les autres produits dérivés qui tournent autour qui est là pour me rassurer quand au bon emploie de la richesse.

      Est ce que nous évoluons dans la même réalité ?

      Quand j’entends les mêmes « spécialistes » sur BFM radio s’excuser d’être technique quand il parle juste de chose comme des émissions obligataires , et de demander au présentateur d’une radio économique si il faut qu’il explique, c’est que la guerre de la connaissance est perdue.

      Au lieu d’abreuver nos jeunes de connerie, il serait bon de les éduquer aussi sur l’économie, ce qui éviterai à tous ces messieurs de bricoler dans leur coin, et quand ils sont pris la main dans le sac de donner de vraie explication au lieu de se retrancher lamentablement derrière le : »c’est trop technique vous ne pouvez pas comprendre, je ne peux pas vous expliquer »…

      Plus la croyance est forte et plus le paradigme sera dur à dissiper… en ce sens nous avons connus la même chose avec la religion quand il y a eu séparation de l’église et de l’état.

    3. @ Hentarbleiz

      Max Weber : « L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme ».

      Sans être une religion, le capitalisme impose quand-même des modes de pensé, plus ou moins confus.

      Il m’a toujours semblé que « La croissance » était invoquée par les hommes politiques comme une divinité mineure, Aphrodite, timide et blessée sur le champ de bataille par la lance d’un héros grèque, dans l’Illiade….Elle arrive tout juste à sortir Enée de la mêlée… Divinité fuyante, improbable, toujours attendue, maintenant comme Godot, évanescente.

      L’économie devient une religion lorsque les hommes politiques s’en emparent pour dire des contre-vérités, cet à dire déraper dans une méthaphysique économique. L’économie est l’opium des politiques, un discours irréel cherchant à rassurer, dont tout est faux, et le principal est non-dit. Il y a d’un point de vue athée, une correspondance dans les mensonges ou dans les discours sur ce qui n’existe pas…

      Que l’argent n’a de valeur que grâce à ceux qui en manquent, dans un système ou les prix ne sont pas fixés, voilà ce qui n’est jamais proclamé. Par le côté de l’illusion, la religion côtoyè l’économie, le mirage économique tel qu’on le déverse sur la population.

      Si vous n’avez pas en face de vous une personne qui accepte votre argent, le vôtre ne sert à rien. Or dans cet échange d’argent contre marchandise, service, travail, l’argent est d’autant plus puissant que le rapport capitaliste est déséquilibré. Plus la différence entre riche et pauvre est grande et plus la valeur du capital est grande. C’est ceci la lutte des classes.

      Bref. Le discours monothéiste économique, monomaniaque, remplace bel et bien la métaphysique religieuse comme explication des causes dernières….explication du début et de l afin de toute choses. Il n’y a plus que ce discours et la Bourse est la cathédrale du CAC 40, Dow, Dax, Etc.

      Le diable étant le communisme, dieux évincé, jeté dans l’enfer. Le bien et le mal. D’un point de vue structurel, le découpage du monde opéré par les libéraux est étonnament proche d’un univer religieux.

    4. C’est la thèse de Dany Robert Dufour et son livre: « le divin marché ».
      Je renvoie aussi au livre: « la nouvelle raison du monde » de Pierre Dardot et Christian Laval. difficile lecture, mais très intéressante analyse du néolibéralisme comme logique du capitalisme contemporain.Je cite: »par des voies multiples, le néolibéralisme s’est imposé comme la nouvelle raison du monde, qui fait de la concurrence la norme universelle des conduites et ne laisse intacte aucune sphère de l’existence humaine, individuelle ou collective. Cette logique normative érode jusqu’à la conception classique de la démocratie. Elle introduit des formes nouvelles d’assujettissement qui constituent, pour ceux qui la contestent, un défi politique et intellectuel inédit »

    5. lou dit : »Elle introduit des formes nouvelles d’assujettissement qui constituent, pour ceux qui la contestent, un défi politique et intellectuel inédit  »

      Très intéressant et merci pour cette vision, mais pour moi il n’y plus de défi politique ni intellectuel, enfin il n’existe pas car le système en lui même n’admet pas de contradiction.

      Il n’y a qu’a voir l’intervention de Paul à la télé et l’on comprend bien que ce défi de confrontation de croyance est énorme tellement le néolibéralisme est enraciné dans la pensée unique des agents économique, tout à été taillé ou en cours de réforme pour le néolibéralisme, cela doit être la norme et toute contradiction nié.
      Puisque le Communisme à prouvé par lui même qu’aucun autre système ne peux contredire la victoire totale du néolibéralisme (enfin 2008 tends à nous rappeler la chute du communisme mais version libérale), sauf que c’est une victoire par défaut puisqu’aucun des deux pour moi n’est viable puisque chacun porte en lui les germes des excès (dans un sens et dans l’autre) ce qui peux marcher est un savent mélange d’équilibre.

      Je me considère comme  » Laïc  » au niveau économique, pour moi la bonne solution est de garder un système juste et qui serve l’économie (un moyen) et non pas une fin (économie casino). Ce qui rejoint le capitalisme 2 qu’à publié Paul aujourd’hui.

    6. C’est une thèse intéressante mais je ne suis toujours pas convaincu. Elle est basée sur un rapprochement entre la réthorique et la religion. Il y a là des noeuds à démêler pour éviter les amalgames. J’espère que je n’en créerai pas d’autre ici…

      Lisztfr, vous écrivez « L’économie devient une religion lorsque les hommes politiques s’en emparent pour dire des contre-vérités, cet à dire déraper dans une méthaphysique économique. »

      Il y a là une erreur fondamentale dans la conception de la religion. Elle ne dit pas des contre-vérités, elle présente sa vérité, qui est sensible et donc valant en elle-même et pour elle même. Elle n’est pas basée seulement sur des paradigmes conceptuels, mais sur une sensibilité, une éthique ainsi qu’un corpus symbolique lié à cette sensibilité.

      La religion n’est pas la métaphysique. La métaphysique est athée (à la limite agnostique) et explicative. La religion est telle quelle, même si les mysticismes ont une tendance, dans leur cadre, à l’explication. La différence majeure entre une religion et une métaphysique, c’est le fait qu’une métaphysique peut se passer la plupart du temps de sensibilité pour être mené à bien. Elle est purement rationnelle dans son paradigme.

      L’ économique est certes souvent métaphysique, car en mouvement et demandant réflexion, mais jamais religieux, car ne faisant cas d’aucune valeur et d’aucune sensibilité. Les machines n’ont que l’âme qu’on leur prête. Le discours politique lui, en revanche, fait souvent appel à la religion. Mais c’est là un fourvoiement. La religion ne se mêle en principe que d’elle même. Le discours ecclésiastique ne vaut que pour l’église, même si la sagesse qu’il dégage peut être appliquée ailleurs.

      « Il y a d’un point de vue athée, une correspondance dans les mensonges ou dans les discours sur ce qui n’existe pas…  »

      D’un point de vue athée, sans doute… Mais c’est justement là une affaire d’ignorance, l’athée étant pour moi celui qui déclare son ignorance de la religion. Pour clarifier ce principe : Le ritualiste est celui qui déclare chercher, le dogmatique celui qui déclare essayer de comprendre et le fanatique celui qui déclare avoir trouvé. L’intégriste celui qui fait de son parcours le seul valable. Le sage étant celui qui connait les limites des déclarations.
      Quand on ne sait rien, tout ce qu’on nous dit doit être pris avec croyance, car on n’a aucune grille de lecture qui corresponde à une sensibilité propre. C’est ici que le discours religieux rejoint le discours rhétorique : dans l’ignorance de la sensibilité sous-jacente.

      Sur le reste je vous rejoins, l’économie est devenue le discours dominant, et traite des échanges humains. En outre elle présente ce qui est bien et ce qui est mal : ce qui est bien rapporte, ce qui est mal ne rapporte pas. Mais c’est là simplement le discours d’un robot, d’une machine.

      Ce n’est en aucun cas un discours religieux, qui lui dira plutôt, cela est bien parce que cela est bien…

      Lou, vous citez Pierre Dardot et christian Laval. C’est là un état de fait pertinent qu’ils présentent dans le passage que vous citez. Mais leur conclusion est justement, pour moi, qu’il n’y a pas religion mais contre-religion. La religion étant une base de sensibilité commune qui lie des fidèles entre eux et traite de leur vivre ensemble. Elle donne en outre une place importante à la construction de l’être (seul ou collectif). Le néolibéralisme est justement son contraire : dans un échange massif il érode ce qui constitue l’être pour ne laisser de place qu’à l’échange, à ce qu’il y a entre les hommes, et fait ainsi de l’homme un système d’information au service de ce qu’il y a dans cet entre deux… A quoi bon alors l’individu puisque l’efficacité maximale est dans la neutralité des réseaux ? L’individualisme est pour moi la réaction identitaire à cette tendance : au 0 on oppose le 1.

      Tout discours politique traitant d’économie n’est pas un discours moral, mais technique, et partant, n’a pas à être considéré comme morale (et encore moins religieux!). La morale, c’est autre chose, qui doit être défendue au delà de toute technique. C’est dans le détachement de l’un et de l’autre qu’on peut agir sur l’un pour préserver l’autre, et éviter les totalitarismes.

    7. Mais je suis peut être là seulement dans l’ignorance sensible du fait économico-religieux… je suis un athée vis à vis de l’économie.^^

  20. @ Paul

    Votre conception du temps est-elle linéaire ou cyclique ? Certains disent que si l’Histoire ne se répète pas il arrive qu’elle tousse. Ce que disait Hegel au début du XIXe siècle est-il toujours valable aujourd’hui ?

  21. Beau billet qui permet de prendre un peu de hauteur et de ramener les choses à de plus justes proportions.
    Il vient d’ailleurs comme en écho à mon éternel débat avec Fab, que je salue au passage.

    J’aime surtout cette façon de voir les choses parce que c’est une manière de dire que les puissants ne sont pas aussi puissants qu’on le dit. La perspective habituelle c’est la perspective mécaniste avec son jeu de boules de billard se mouvant sur le tapis immuable de l’histoire avec ses acteurs inchangés — ou d’autres assumant des rôles identiques — qui nous fait penser que l’histoire peut se lire comme une série de séquences linéaires inscrites dans un cadre intangible. C’est une pure illusion d’optique.

    La métaphore biologique est déjà beaucoup plus pertinente car elle implique l’idée du tout supérieur à la somme des parties, de même qu’elle réintroduit l’idée de gestation. Cependant, en tant que simple métaphore, elle n’égale pas encore un réel où se mêle la réflexion et les affects humains dont les produits permettent de déceler les fameuses nervures, ou nouvelles lignes de forces, qui relient déjà le passé au présent et le présent au futur possible.

    Autrement dit, c’est parce que l’esprit humain décèle ces linéaments que ceux-ci acquièrent une certaine consistance. N’oublions pas que nous sommes au monde et que ce monde doit une partie de ses caractéristiques au fait que nous y sommes. Le futur n’est inscrit dans le passé que de façon tout à fait probabiliste et ces probabilités peuvent varier grandement si de façon tout à fait improbable une nouvelle façon de considérer le monde se fait jour, permettant alors d’exploiter le potentiel de réalités jusqu’ici inaperçues.

    Or dans un proche avenir et même à moyen terme on voit très mal quelle révolution énergétique, quelle découverte d’un monde habité, ou toute autre invention, pourrait révolutionner à ce point notre vision du monde. Les puissants ne disposent donc pas de l’espace supplémentaire intellectuel ou physique dont ils auraient besoin pour poursuivre la logique expansionniste d’un système auquel se rapporte toute leur arrogante superbe.

    La seule conclusion à laquelle on aboutit alors est que les nervures sont balisées par les limites physiques et intellectuelles du système finissant. Pratiquement ceci implique qu’il n’est plus nécessaire de se battre sur le terrain de l’adversaire car ce terrain se dérobe sous ses pieds. Il faut donc aller de l’avant et lui signifier sa défaite en lui indiquant quelle est la nouvelle dimension du monde et les nouvelles règles du jeu qui lui sont le mieux appropriées, celles qui s’imposeront et sans lesquelles l’humanité tout entière n’y survivrait pas, ou alors dans des conditions tellement précaires qu’il ne serait plus être question de métamorphose.

    1. Pierre Yves D

      Cette élevation du débat, ce nouvel argument disponible en cas de conflit, sont ils nombreux à le voir ou à le ressentir ?

      Pas si sur en fait. La guerre est loin, comme dit Michel Serres, aucun des dirigeants actuels en politique ne l’a connu. Dans la population, qui à le temps ou l’inclinaison de se préoccuper de ce sujet de réflexion ?

      Comme vous dites, plus de terre à conquérir, moins d’énergie à bruler, ascenseur technologique en panne, et donc, la première étape va consister à abandonner ces rêves de confort et de progrès pour tous. Mais nous n’en sommes même pas là : Le système continue pour se perpétuer, de promettre pour plutard (comme la religion) le monde meilleur. Plus dure sera la perte de ces illusions.

      Comment avancer avec une population élevée hors sol – comme dit J Bové – qui passe 4 heures par jour devant un écran (wiki :un écran est une surface ou un obstacle destiné à protéger quelque chose ou quelqu’un d’une source ….) et qui lors d’une conversation n’est plus capable que de faire référence au dernier média consulté en rapport avec la discussion….

      Pour moi, il faudra bien passer par une phase de réalité, plus ou moins dure, pour retablir un contact vrai, entre les hommes, et avec leur environnement.

  22. merci Paul, super introduction. J’aime bien ce style imagé. Aucune avancée majeure ne se fait sans observation de la nature.
    Si nous analysons et étudions l’Histoire, ce qui devrait nous donner des leçons, le fait est que nous reproduisons pour l’essentiel les mêmes erreurs. Et ce, de manière quasi systématique. A la limite c’est bien,.On a tous les exemples pour savoir où ça nous mène.
    Hegel parle de peuples et gouvernements. Mais si on parlait civilisation. (c’est quoi une civilisation?). Je dirais une souche. Le fût, un empire, les branches maîtresse les sociétés dominantes, les autres les pays. Pleins de nervures partout. De la souche aux feuilles. Que vivons nous aujourd’hui? Le pourrissement de la souche ou bien seulement l’abattage de l’arbre. La fin de l’empire consumériste, ou juste une branche maîtresse :l’EurUsa.
    La souche a la vie dure, même si on coupe l’arbre, les surgeons resurgissent. C’est tenace un surgeon.. comme l’humanité d’ailleurs. Mais les nervures vont toujours dans le même sens, celui de la vie. Quand à leur direction, on a peu de prise pour les guider, comme les ronds dans l’eau qui tracent des cercles à l’infini. Alors que faire pour leur trajectoire?

    Soyons pratique.
    On connaît déjà les trois fondamentaux qui régissent les grandes reconstructions modernes: les après-guerre. L’agriculture, l’industrie, les mines. Manger, s’outiller, l’extraction des matières premières. A des dosages et noms différents suivant les siècles, entre eux leur outil d’échange économique reste identique: l’argent comme mode de transaction. C’est pratique l’argent, comme l’eau, ça circule partout; Sauf s’il y a rétention, des barrages. Alors une branche casse, cessant d’être nourri. Définir déjà si c’est une civilisation que nous abandonnons ou un empire basé sur le commerce, la colonisation et l’avidité reine, me semble être une bonne piste. Pour la direction, on seraient gonflés de dire qu’on a pas d’éléments de Savoir. 7000Ans d’Histoire tangible, des milliers de livre écris par des sages, des philosophes, des érudits et même des scientifiques (mais c’est plus rare 🙂 ) ; On nous auras prévenu, c’est la Sagesse, mais ça, c’est une autre histoire..
    La mienne est modeste: restaurer ma paix intime, et agir au quotidien sur mes mauvais réflexes conditionnés. Les plus grandes révolutions sont intérieurs.

    1. les êtres de nature intermédiaire ni végétal ni animal, en particulier les levures et les moisissures, ont des stratégies de vie et d’évolution intéressantes et peu explorées

  23. A M Jorion, je vous invite à vous intéresser si ce n’est déjà fait à « l’infime amorce », dans la pensée chinoise et aux « transformations silencieuses », je crois que c’est aussi le titre d’un des derniers livres de François Jullien.

  24. C’est en effet étonnant cette liaison ratée entre l’Histoire et les politiques dont il semble qu’ils aient le plus grand mal à en retenir la moindre leçon. Ce n’est pourtant pas faute de l’avoir étudiée…
    En 2007 je m’étais amusé à regarder la formation d’origine des 17 Elus qui composaient l’équipe « politique » de Ségolène Royal ( c’est évidemment un exemple…transposable): Sur 17 personnes environ la moitié étaient des « historiens » ( D. Batho, Julien Dray, V. Feltesse, David Assouline, D. Bertinnotti, Manuel Valls…)+ le classique lot de Science Po/ENA. Seulement 2 avaient une formation économique et aucun n’avait la moindre expérience de l’Entreprise et de ses environnements.

    1. Oui mais Science Po… ne mérite que du mépris, comme dit Rompuy. Ils méritent le mépris car ils se trompent. On ne sait pas s’ils mentent ou s’ils sont de bonne fois, mais, peu importe. D’autre s’occuperont de leur « cas ». Les libéraux mentent ou se trompent. Qu’ils sortent d’une grande école ne change rien à l’affaire. Les prêtres aussi sortaient d’écoles prestigieuses, et pourtant ! et les médecins de Molière…

      L’abesse, le prêtre, le curée, quel prestige… et pourtant leur discours est totalement faux, de A à Z. Il en va de même pour nos écoles modernes, Science Po, ENA, Harvard. La preuve, ils sont co-responsables de la crise. La réalité prouve qu’ils se sont trompés, malgré ou grâce à leur supposée intelligence, d’emprunt. Ils ont en fait, un QI d’huitre.

      La psychanalyse se trompe, on l’admet : la patient se suicide, il faut pourtant des décénies à admettre que quelque chose cloche dans la cure première version, il y a répétition, pulsion de mort, etc. En économie, il suffit de prendre une calculatrice pour voir que tout est faux, et pourtant ils en sont incapables. C’est grave.

      La demande maximale ne peut dépasser ce qu’on range sous la rubrique « cout du travail » cette demande est par conséquent TOUJOURS inférieure à l’offre et nécessite donc un endettement non pas structurel mais essentiel. De ceci il n’y a AUCUN moyen de sortir et dire le contraire est un mensonge. C’est porquoi, lorsuq’on ment, on récolte le mérpis.

  25. « L’histoire est une suite de mensonges sur laquelle nous nous sommes mis d’accord » Napoléon

    Plus philosophiquement, je n’y vois qu’un univers transpercé par la flèche chaotique du temps, avide de naissances, de vies et de morts. Ouroboros, mon beau serpent, le cycle éternel de la nature n’est point.

    « La vie n’est qu’une ombre qui passe, un pauvre acteur qui se pavane et s’agite durant son heure sur la scène et qu’ensuite on n’entend plus. C’est une histoire dite par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien » Shakespeare

  26. « L’histoire est, par essence, science du changement. Elle sait et elle enseigne que deux événements ne se reproduisent jamais tout à fait de façon semblable, parce que jamais les conditions ne coïncident exactement. »

    Eh bien, tout de même j’ai l’impression que des processus identiques sont à l’oeuvre quelle que soit l’époque considérée, par exemple dans la vie et la mort des empires. La « méta-nation » devient plus arogante, agressive et envieuse au fur et à mesure qu’elle s’étend, ses dirigeants sont dépassés par les enjeux et le pouvoir qu’ils détiennent – beaucoup deviennent tout simplement fous – tout cela on l’observe souvent, non ? Avec le diable pour s’occuper des détails…

    1. Les certitudes de la contrainte de répétition versus le Cygne Noir (la donnée imprévisible).

  27. Le commissaire européen Barnier rassure les fonds spéculatifs

    En visite ce mardi à Londres, le Français, chargé des services financiers à Bruxelles, s’est dit «à l’écoute» des gestionnaires de hedge funds, inquiets des projets de réforme de la régulation financière européenne.

  28. Les historiens ressemblent à ces gens sourds qui entreprennent de répondre à des questions qui ne leur ont pas été posées.

    Léon Tolstoï

  29. Une perspective intéressante que celle que vous nous offrez. J’ai hâte de lire la suite. Avez vous perçu certaines de ces nervures que vous évoquez ?

    Mais peut-on réellement les percevoir ? Il y a les évènements et il y a les hommes. Les deux ne marchent jamais totalement ensemble.

    Enfin quoi qu’il en soit, on pourrait opposer à Hegel une autre interprétation : on apprend de l’histoire, mais on veut peut être profondément qu’elle se répette… Je repense alors à cette conception du temps cyclique et rassurante de l’éternel retour que l’on trouvait dans la majorités des tribus anciennes et dont Mircea Eliade fait la description dans « le sacré et le profane » : une nouvelle année, un nouveau monde, une nouvelle vie.

    C’est peut être ce retour à la pureté que l’on recherche, ce temps renouvelé. On cherche à reprendre là civilisation là où elle en était avant, dans les temps anciens qu’on nous a raconté… On apprend donc de l’histoire, selon moi, mais on l’aime tellement qu’on veut qu’elle reprenne vie, avec ses héroïsmes et ses tragédies.

    (Je suis persuadé qu’intimement la plupars des hommes politiques de la Vème république rêvent de lancer à nouveau l’appel du juin…)

  30. Quick & dirty (mot à mot)

    Capitalism (I) – The veins of the future

    In « Reason in History » (1837), a posthumous work composed from lecture notes, Hegel observes that « … what history and experience teach us is that neither peoples nor governments have ever learned anything from history, let alone acted on its lessons. It’s true: if it had been otherwise, no civilization having preserved the memory of those that preceded it would ever have died.
    Failing to learn from history, men have however never stopped trying to decipher it and when we read it, the focus is preferably, either on what reappears in the same form, or on that we never saw before. It is of course essential to understand the extent to which these two ingredients arise: the same and the different, especially in periods of transition. We cannot know where we go if we cannot determine first whether the time we live in is more under the sign of the brand new or under that of the eternal return. In the first case, the processes that we observe are nearing completion, in the second, they are destined to continue. This requires distinguishing the ruptures from continuities, and if the first outweighs the second, then the change is radical. That is why the ability to read history is less important when one is in the early days of a new era than when, as now, an exhausted era is coming to an end.
    If you break a chrysalis, you discover a dark, thick liquid which reveals neither the shape of the larva in the process of being dissolved, nor that of the perfect insect that will emerge one day. The periods of turbulence are of this nature. Saint-Just was once forced to admit that: « Perhaps the force of circumstance leads us to outcomes which we had not thought of. » Shortly after this admission, he was capitulating without a struggle before the promise of impending death, acknowledging his inability to understand the whirlwind that overtook him.
    If the time change is radical, within it there exists « veins »: rectilinear trajectories that connect the past to the future through the points that constitute the fabric of the present. The rest are areas where things will remain the same but, for the duration of the transition, being part of the general effervescence, will nonetheless, be subject to disturbing turbulence. To be able to detect the presence of such “veins” is to read the future already inscribed in the present. (more …)

  31. Il y a de longues années vivait un empereur qui aimait par dessus tout être bien habillé. Il avait un habit pour chaque heure du jour.

    Un beau jour, deux escrocs arrivèrent dans la grande ville de l’empereur. Ils prétendirent savoir tisser une étoffe que seules les personnes intelligentes pouvaient voir et proposèrent au souverain de lui confectionner des vêtements. L’empereur pensa que ce serait un habit exceptionnel et qu’il pourrait ainsi repérer les personnes intelligentes de son royaume.

    Les deux charlatans se mirent alors au travail.

    Quelques jours plus tard, l’empereur, curieux, vint voir où en était le tissage de ce fameux tissu. Il ne vit rien car il n’y avait rien. Troublé, il décida de n’en parler à personne, car personne ne voulait d’un empereur sot.

    Il envoya plusieurs ministres inspecter l’avancement des travaux. Ils ne virent pas plus que le souverain, mais n’osèrent pas non plus l’avouer.

    Tout le royaume parlait de cette étoffe extraordinaire.

    Le jour où les deux escrocs décidèrent que l’habit était achevé, ils aidèrent l’empereur à l’enfiler.

    Ainsi « vêtu » et accompagné de ses ministres, le souverain se présenta à son peuple qui, lui aussi, prétendit voir et admirer ses vêtements.

    Seul un petit garçon osa dire la vérité : « Mais il n’a pas d’habit du tout ! ». [ou dans une traduction plus habituelle : « le roi est nu ! »]. Et tout le monde lui donna raison. L’empereur comprit que son peuple avait raison, mais continua sa marche sans dire un mot.

    Conte d’Andersen, légende espagnole

    1. @Phil de Saint Naz dit :
      3 mars 2010 à 06:37

      votre conte m’evoque l’illusion Maoiste « du grand bond en avant ».
      Conte à faire peur : Mao était nu mais personne n’a osé lui dire = 15 à 30 millions de morts de faim

  32. @ Paul : Auriez vous lu le cycle de Fondation, par Asimov ? Vous y retrouverez les nervures que vous évoquez dans votre billet.

    Reste à déterminer qui sera « la seconde Fondation », et la « troisième race » ….

  33. Fondamentaux

    La vie induit continuité, adaptation, évolution par des interactions complexes avec et dans un environnement éco-systémique. Notre vie se développe sur la Terre dans un système stellaire centré sur le Soleil au sein d’une galaxie que nous appelons la Voie Lactée.

    La modalité pour tenir conjointement les trois principes induits (continuité, adaptation, évolution) s’appuie sur la complexité croissante des composantes de la vie qui à la fois autonomise, individualise, diversifie, met en concurrence, organise et fragilise ces dernières, toujours dans un environnement qui constitue une ressource mais aussi une limite.

    Toute entité composante de la vie participe en même temps à la continuité, à l’adaptation et à l’évolution, dans son autonomie, son individualité, sa diversification, sa mise en concurrence, son organisation et sa fragilité. Ceci est vrai, entre autres, pour une personne comme pour une société humaine.
    Dans ce contexte on doit bien comprendre que la mort de chaque entité est une nécessité vitale pour permettre que l’entité organisationnelle de niveau supérieur continue, s’adapte et évolue en s’affranchissant des limites de ses composantes. Par exemple, les cellules humaines ont une durée de vie bien plus courte que celle de l’homme qu’elles composent ; leur renouvellement permet la continuité de l’être qui n’est ainsi jamais biologiquement tout à fait le même, son évolution par renouvellement et mutation de l’information cellulaire, son adaptation squelettique, musculaire et neuronale à l’environnement. Quant une cause extérieure, exploitant sa fragilité constitutionnelle, ne l’a pas fait avant, c’est une fragilité interne, par dérèglement du renouvellement de ses composants, qui est à l’origine de la mort de l’homme en tant qu’individu. Ce faisant, la société où il a vécu continuera, s’adaptera et évoluera par sa descendance qui est, de fait, affranchie de certaines des limites et rigidités de ses géniteurs (mentalités, connaissances, histoire, etc.).

    Considérant la vie sur terre, deux limites font obstacles. La première a trait aux ressources mobilisables sur cette planète. La seconde est constituée par le confinement dans le temps (un milliard d’années ?) comme dans l’espace (plusieurs années-lumière ?) de son système stellaire.
    En d’autres termes, la vie « lance » à l’humanité (ou successeurs…) deux défis fondamentalement incontournables. Premièrement, mobiliser au mieux toutes les ressources disponibles sur terre ou dans le système solaire pour y vivre un milliard d’années environ. Deuxièmement trouver, dans le même temps, les moyens de propager cette vie hors de ce système stellaire.

    Les implications du « premier défi de vie de l’humanité » sont perceptibles en ce début de vingt et unième siècle, même si les modalités d’exécution sont rien moins qu’évidentes. Celles du « second défi de vie de l’humanité » relèvent encore du roman de science-fiction ; on peut cependant envisager plusieurs voies de recherche comme transporter des colonies humaines (ou successeurs…) vers des exo-planètes, disséminer des « briques de vie » (acides aminés ?) vers tous les systèmes stellaires de la galaxie (et au-delà ?), sélectionner sur des millions d’années une nouvelle espèce « humaine » ayant des capacités plus adaptée aux voyages intra-galactiques voire extra-galactiques (les galaxies aussi sont « mortelles »), mettre au point un programme pour former et faire évoluer d’éventuelles sources de vie intra-galactiques autres, se confronter à d’autres formes de vie extra-terrestres, générer les mutations génétiques nécessaires pour échanger réciproquement avec ces autres formes, etc.

    De ces projections abyssales, mais inéluctables dans la continuité du vivant, découlent plusieurs conclusions simples et actuelles, c’est-à-dire dont la valeur résiste à toute durée prévisible. Une recherche scientifique coordonnée mais « tous azimuts » est essentielle à l’activité humaine. La diversité, la concurrence et la compétition des hommes, des cultures, des civilisations, des organisations etc. sont parmi les fondements de l’évolution de l’humanité. Tester la fragilité de celles-ci est un des moyens pour réguler la répartition des ressources limitées, comme le fait instinctivement un prédateur vis-à-vis de ses proies potentielles. La coopération et l’association collaborative entre entités de même niveau sont des schémas efficients pour faire évoluer l’organisation d’une entité de niveau supérieur, qu’il s’agisse de cellules, d’hommes, d’espèces etc. La compassion solidaire pour une entité de même niveau reste la seule morale qui tienne, tant qu’elle conduit à affermir l’organisme du niveau supérieur. Une entité qui se fige sans plus être capable d’évoluer et de se ramifier meurt et doit par conséquent être détruite (delenda est..) si elle empêche l’évolution d’autres entités. Rien de cela n’est bien nouveau, mais repréciser ces fondements ne semble pas un devoir inutile.

  34. Pourquoi ne regardez-vous pas l’horizon ?

    En posant là votre regard, les choses perdent leur confusion et ce qui lie passé, présent et avenir apparait plus clairement…

  35. Je n’adhère pas à cette métaphore de la métamorphose.C’est une séquence génétiquement programmée qui aboutit toujours au même résultat.Je ne parle pas des bidouillages savants style OGM pour lesquels il peut y avoir des incertitudes,ni des accidents chromosomiques ou génétiques qui donnent ( rarement ) un avantage compétitif,question d’échelle de temps.
    Interdisons les métaphores et les smileys…

  36. Bonjour à tous,
    Assez bizarre d’entamer le capitalisme par le revers de l’histoire. Mais bon, essayons..

    « tirer des leçons du passé »
    Le passé est impalpable. Il passe par la passation d’information qui se produit avec intérêt ou non.
    Il ne se retrouve pas dans les gènes qu’après des millénaires comme l’instinct.
    La réédition de l’expérience de Milgram mise dans un autre contexte de jeu que nous avons pu avoir avec l’émission de télé, prouve que celle-ci passe au-dessus de toute morale.

    « aucune civilisation gardé de souvenir ne serait jamais morte »
    Récemment j’ai passé du temps à étudier les raisons des disparitions des civilisations. Il n’y a pas que les souvenirs, il y a aussi l’évolution qui ne fait pas une copie du passé et qui apporte des surprises. Des zones de turbulences climatiques, des invasions qui ne sont pas dans l’agenda. Le passé est une base, mais il ne donne pas l’assurance. Les climatologues le savent très bien, eux qui se réfère à une base de données des cas du passé.
    Prédire le futur avec le passé, oui, dans les grandes lignes.
    Le présent, lui, n’existe que dans l’instant, donc n’existe que le temps d’entrer dans le passé.
    Donc, il faut en profiter très vite.

  37. « …lire l’avenir déjà inscrit dans le présent.  »

    J’ai déja entendu ça quelque part…

    Ah, oui, M.Proust: « A la recherche etc… »

    1. Hegel, toujours dans « La raison dans l’histoire » :

      Ils voient la vérité profonde de leur temps et de leur monde, son « genre suivant », si l’on peut dire, qui s’est déjà formé dans la matrice du temps ».

  38. cela a déjà été dit mais je dois avouer que ce texte me paraît un préliminaire à un travail de Psycho-histoire.

    Par une coïncidence (mais existe-t-il des coïncidences ?), je me suis mis à relire depuis janvier le cycle de la Fondation (série de livres écrits par Isaac Asimov), livres que j’avais lu durant mon adolescence.

    Quelle formidable avancée que la Psychohistoire (si seulement cette « science » pouvait exister) !

    Mais cette nouvelle lecture, confortable car j’avais quelques souvenirs de la fin, me laisse un goût ambigu : malgré toutes ses connaissances, Asimov s’est limité à son domaine de prédilection, et a construit un monde très cohérent du point de vue scientifique (même si cela reste de la science-fiction), mais absolument pas cohérent sur d’autres plans dont celui de l’économie, de la monnaie, de la linguistique…

    Je viens de terminer (hier soir) Seconde Fondation. Dans ce livre, cela fait maintenant plusieurs siècles que l’Empire Galactique unique s’est effondré. Et pourtant ? l’ensemble des habitants parlent toujours la même langue… et paie avec la même monnaie (qui la produit ? sur quelles bases ? etc…).

    Cette naïveté ferait sourire les concepteurs ou habitués de ce blog.

    Et même si je suis loin d’atteindre leur savoir en cette matière, elle m’a fait sourire aussi…

    Pour revenir à ce beau texte, je vais essayer d’apporter ma petite pierre à ce travail, sous la forme d’un complément, et d’une question en forme d’ouverture…

    Le complément est simple : Ce constat ne me paraît pas aborder un élément important et complémentaire, pour qui veulent étudier l’histoire, qui est que cette histoire ne connaît pas seulement une succession de phases de développement et de transition, plus ou moins critique.

    Mais également, ces cycles ou alternances de phases, difficile à distinguer pour les contemporains, ne se déroulent pas à une vitesse identique.

    La question de phase de ralentissement ou d’accélèration de l’histoire est toute aussi importante que celle de distinguer dans une phase confuse (chaotique au sens scientifique du terme serait plus exact), les nervures qui serviront de lignes-guides (« guidelines ») pour l’avenir.

    Or, ces variations de « vitesse » sont autrement plus complexes à distinguer (puisque notamment une vitesse nécessite de se comparer à quelque chose d’autre), analyser.

    Et si la question de la phase de transition fait souvent écho (qui peut nier aujourd’hui que nous sommes dans une telle phase ?), c’est par la vitesse de son déroulement, si difficile à appréhender, que l’on peut expliquer le fait que tant de gens intelligents et informés soient si facilement « dépassés ».

    Voilà le petit complément que je me proposais d’ajouter modestement (je peux développer si vous voulez, et c’est bigrement intéressant si l’on se penche sur les évènements de ces derniers mois).

    En ce qui concerne la question en forme d’ouverture, elle est simple. Au-delà des « nervures » vsisibles, souvent liées aux contingences de l’époque, des croyances, de l’état d’avancement des connaissances, si l’on prend la peine de se plonger plus avanat, on se heurte presque toujours (il faut aller assez loin parfois), sur la question du sens de l’histoire.

    L’Histoire n’a pas un sens, mais elle a du sens (ce n’est pas de moi, mais j’y adhère). Or, pousser dans cette voie, c’est nécessairement plonger dans la question du Bien et du Mal, pierre d’achoppement de toutes les théologies, et réglée de manière si insatisfaisante par Rome…

    Je ne vais pas développer trop longtemps (sinon vous risquez de solliciter mon internement d’office alors que je vous très bien, je vous l’assure…) :

    Où tout cela nous mène-t-il ?

    Cela peut-il mal/bien finir ?

    Ces questions peuvent sûrement paraître trop abstraites à certains (c’est sûr que quand on garde les yeux rivés sur les réserves d’or de la banque centrale chinoise… c’est important aussi par le stemps qui courrent, je le reconnais). Et pourtant elles sont essentielles, car selon la réponse que l’on y apportera, le sens que l’on donnera aux nervures qu’une étude approfondie de ce flot continu et infini d’informations, toutes anodines et toutes importantes, sera totalement différent.

    J’espère que ces quelques phrases maladroites ne seront pas trop hors-sujet.

    Cordialement

    CM

    1. Arrestation pour cause de nihilisme éthique et manque de sensibilité et d’intelligence… Je pense pas que ça passe, hélas…

      « Pour dépasser ces contraintes, et permettre à la société – car il s’agit bien d’intérêt général – de bénéficier de cette nouvelle et précieuse source d’information, une évolution de la réglementation est nécessaire, à l’instar de ce que demande le Statement on Prediction Markets, une pétition signée outre-Atlantique par vingt-cinq intellectuels américains (dont quatre Prix Nobel). »…. Car il s’agit bien d’intérêt général ! Mais bien sûr ! C’est évident !….

      « Nous aussi devrions y réfléchir sérieusement. Ne laissons pas, en effet, nos préjugés faire obstacle à l’introduction d’un outil novateur permettant de mieux connaître l’économie et la société. Osons le progrès, et libérons l’information ! »
      Traduction : ne laissons pas une place indéscente à nos convinctions profondes, personnelles et sensibles, à notre intelligence humaine, mais assumons notre mort sociale ! Osons détruire le présent au profit de l’avenir ! Vive les pierres qui parlent !…

  39. La macroéconomie est par essence collectiviste et infradéterministe dans sa méthodologie.
    Les macroéconomistes commettent le péché de croire qu’ils peuvent déduire des principes de politique monétaire d’observations accumulées sur le passé, alors que l’on sait que dans le domaine de l’action humaine ces corrélations ne fonctionnent pas.
    C’est ce qui conduit à l’échec actuel de toutes ces règles de politique économique .
    Elles présentent le défaut rédhibitoire de chercher à résoudre un problème tout en ne tenant pas compte des raisons logiques pour lesquelles ces moyens-là ne peuvent pas y apporter de solution.

  40. Vous ressignaler cet entretien récent avec Amartya Sen:
    « Je n’aime pas ce mot «capitalisme» et ne l’utilise pratiquement jamais. Je ne crois pas qu’il y ait un ancien et un nouveau capitalisme. Il y a une économie de marché qui s’est développée pendant plusieurs siècles, et qui a néanmoins permis beaucoup de choses, notamment la création de la sécurité sociale, des systèmes de retraite, de l’Etat-providence. »

    Chacun a un role à jouer

    1. Ce n’est pas « l’économie de marché » qui a permis « la création de la sécurité sociale, des systèmes de retraite, de l’Etat-providence. »

      C’est le rapport des forces au lendemain de la seconde guerre mondiale, qui a fait que les financiers, craignant plus que tout la contagion socialiste (communiste !), ont été obligés (rapport de force) de lâcher du lest au profit du salarié, pour « acheter » la paix sociale.

      C’est ce rapport de force qui vient de s’inverser, au détriment dudit salarié, comme on peut le vérifier chaque jour….

    2. Le capitalisme règle la sphère de la production et la redistribution du surplus. L’économie de marché règle la distribution des marchandises et des services. Mr. Sen n’a pas aperçu ça ?

  41. ça y est, on y est :
    http://www.lefigaro.fr/tauxetdevises/2010/03/01/04004-20100301ARTFIG00630-la-livre-sterling-attaquee-.php

    « D’après le Financial Times, près de 6,1 milliards de dollars ont été placés à court terme sur la livre durant la semaine du 23 février, via le Chicago Mercantile Exchange souvent utilisé par les hedge funds. Leur pari serait gagné si la situation du pays motivait une dégradation de la note triple A dont bénéficie Londres. »

    Next one … is USA !!

  42. « Puisque nous ne tenons aucune certitude,
    ne restons pas assis, en proie à l’inquiétude.
    Heureux, tenons en main notre verre de vin,
    mais évitons l’ivresse, avec son hébétude. »
    Courage et santé,camarades!

  43. http://fr.news.yahoo.com/69/20100302/tfr-h1n1-le-maire-de-villeurbanne-dtaill-b8d393e.html

    Je propose que nous adressions tous une facture à l’Etat concernant le stress que nous subissons du fait de sa mauvaise gestion de nos affaires et de la dégradation des conditions de vie.

    Il n’y a pas que de la dette dont doivent être responsables nos politiques, celle ci est la conséquence et non la cause, la cause, c’est la dégradation des conditions de vie à tous les niveaux :
    travail, éducation, civisme, environnement, la liste est longue.

    Je propose donc de facturer : le manque à vivre.

    1. Nous devrons facturer l’état , or c’est l’état c’est nous.
      Au lieu de facturer il faut « présenter la note » aux « hommes » de l’état des différents partis responsables;hommes et femmes heureux de nicher dans les lambris pourvu qu’ils puissent jouir de la notoriété.
      Pour avoir fréquenté un temps ces « gens » je vous assure que peu échappent au travers qui consiste à jouir et à ne s’occuper que de faire durer cette jouissance, hors de toute aspiration à améliorer le sort de leurs électeurs.
      Parfois la démagogie électoraliste les pousse fugitivement à travailler à faire ou faire voter les lois dictées par des intérêts « supérieurs ».
      Supérieurs à eux-mêmes pour quelque raison qu’ils font mine de ne pas savoir, car ils chuchotent en l’évoquant.
      Supérieurs mais jamais compassionnels.

  44. Hegel observe que « … ce que l’histoire et l’expérience nous enseigne, c’est que ni les peuples ni les gouvernements n’ont jamais rien appris de l’histoire, et encore moins agi selon ses leçons »

    Quel phrase définitive, donc fausse…mais citée histoire de faire réagir, bien sur !
    histoire avec un H ?

    Les civilisations disparues étaient imparfaites, donc transitoires, mais ont contribué aux suivantes…
    L’inédit existe-t-il? et l’éternel retour aussi ? C’est souvent la perspective qui décide. Dans une fusion des civilisations, le monde est un patchwork de larves, de chrysalides et de papillons …

    Je reste un optimiste mortel qui aime cette toile qui nous relie vers un futur de papillon…

  45. « Si l’époque est au changement radical, il existe en son sein des « nervures » : des trajectoires rectilignes qui relient le passé au futur en passant par les points qui constituent la trame du présent. Le reste, ce sont les zones de ce qui demeurera le même mais qui, tant que durera la transition, participant à l’effervescence générale, n’en sera pas moins soumis à d’inquiétantes turbulences. Parvenir à déceler la présence de telles nervures, c’est lire l’avenir déjà inscrit dans le présent. »

    La seule nervure que je perçoive, commune à toutes les sociétés ayant historiquement « duré » ou existant encore aujourd’hui, c’est la reproduction sociale des populations qui les composent, c’est à dire leur capacité à se régénérer au niveau qu’exige d’elles la politique de leurs gouvernants ou la survie sur un « marché ». Mais il ne s’agit pas d’une trajectoire rectiligne (sauf dans un modèle graphique qui en aplatit les sinuosités parfois très marquées), loin s’en faut. L’incapacité à assurer cette reproduction sociale explique pratiquement la chute de tous les empires, romain ou soviétique et, aujourd’hui, états-unien (avec ses appendices européen et asiatique).

    Le fait radicalement nouveau, du moins à l’ère moderne, est la possibilité qu’a la finance de « dissoudre » potentiellement les états-nations qui existent depuis des siècles en les attaquant de front par le biais d’une circulation viciée de l’argent. En ce sens, la finance n’a qu’une fin: la destruction de la gestion par des entités politiques organisées et apparemment « autonomes ». La finance veut tout envahir et tout détruire pour parvenir à ce résultat. Ce n’est pas un hasard si l’on appelle Goldman Sachs « Government Sachs » par dérision. Il ne fait guère de doute que, si la finance réussissait, ce serait la fin de la civilisation telle que nous la connaissons depuis des siècles. A la place nous aurions des financiers juchés sur leurs monceaux d’or (c’est une façon de parler…) et « administrant » les populations asservies non par des régimes politique nouveaux, mais par des régimes policiers (fascistes ou simplement dictatoriaux, en fonction des besoins locaux). Etant donné qu’un tel système ne pourrait survivre un tant soit peu que par la généralisation systématique du crédit jusqu’à l’épuisement définitif des populations qui le sustentent, on est en droit de dire qu’il s’agit d’un système GENOCIDAIRE. A la différence d’Auschwitz, de l’Arménie ou du Rwanda, ce génocide ne consisterait pas en une éruption brutale de sauvagerie ciblant une population donnée, mais une atteinte portée contre tous les peuples et dont l’aboutissement prendrait un certain temps.

    Au vu de ce contexte, on peut s’étonner que des « turbulences » violentes — et très menaçantes pour la finance — ne se soient pas déjà produites. Mais on en a des signes avant-coureurs, qui marquent peu à peu la prise de conscience des peuples de l’avenir qui leur est promis en l’absence d’un sursaut salvateur. (Par exemple: dans un article publié aujourd’hui, le Huffington Post fait état d’une révolte estudiantine américaine contre l’augmentation brutale des frais de scolarité, d’abord limitée aux divers campus de l’université de Californie, mais se propageant rapidement au-delà.) A l’inverse, il n’est pas automatiquement exclu que, fragmentés à l’extrême, ces peuples (qui se croyaient politiquement libres hier encore) ne se résignent pas au rôle de boucs émissaires incapables de s’unir contre cet ultime oppresseur. Je ne parierai pas, pour ma part, sur l’échec du premier terme de l’alternative…

    1. J’avais oublié de dire que l’ultime oppresseur génocidaire, une fois son oeuvre accomplie, n’a plus qu’à se suicider. Ou que, pour reprendre l’image de Rabelais, tel Picrochole, il termine sa vie en marchand de sauce verte vendant sa maigre camelote sur le trottoir. Ce dernier destin suppose naturellement qu’on ne lui ait pas tranché la tête auparavant…

  46. Oui, bien sûr, mais en attendant la métamorphose « les gens » continueront à devoir parer au plus pressé, ne devront-ils pas?

    1. Sauf que le plus pressé :
      C’est de dire STOP
      C’est s’arrêter sur le bord de la route rien que pour contempler l’horreur du trafic, tous ces gens qui gâchent leur vie à courir esclaves modernes d’un temple de la consommation qui tire à sa fin mais dont ils ne savent sortir et qui va tous les achever s’ils ne finissent par dire NON.

      STOP à cette société débile où on ajoute toujours plus d’administratif sans rien contrôler pour autant, STOP à ce mode de vie où ils veulent transformer nos écoles en camps disciplinaires sous haute surveillance pour cacher le déficit d’ambition qu’ils ont pour nos jeunes
      NON à toujours plus vite, toujours court terme, toujours plus de gaspillage
      NON à une seule valeur aujourd’hui : l’argent
      NON à l’homo économicus bien corvéable et consommable
      STOP à ce monde de fous qui nous entraine à sa dérive, arrêtons contemplons une journée de soleil et prenons tous conscience de la stupidité où nous nous sommes tous laissé entrainé non pas par nécessité mais par une propagande bien organisé qui nous fait croire à nous le nombre que nous sommes minoritaires et que nous ne pouvons que subir les dictats du marché aux mains d’une élite sans aucun scrupule.

      Nous sommes tous le marché et nous pouvons tous dire NON, NON nous ne voulons plus courir pour l’argent, nous ne voulons plus de ce Dieu Argent, nous voulons remplacer l’humanité au centre et non la monnaie.
      Je n’ai jamais vu un billet banque sourire ni même un gros chèque, je n’ai jamais vu des fonds placés sur des supports rendre heureux celui qui les possède c’est même plutôt le contraire c’est des soucis à gérer, mais j’ai souvent vu des sourires gratuits.
      C’est le sourire que nous devrions placer sur l’autel quand nous aurons démis d’argent de la place qu’il a usurpé.

    1. Que des vieux copains d’une époque où l’histoire et la lutte des classes n’étaient pas encore décrétées mortes et enterrées! De Harakiri à nos actuels tristes perroquets qui pleurent….

      Paul, avez vous pris le temps d’écouter les proposition du « Professeur » Lordon dans l »émission de Mermet.
      N’est-il pas temps de créer des synergies dans notre petite Histoire, si nous voulons réellement raccrocher les wagons.
      A quand un débat entre vous deux. Je suis sûr que ça décoifferait!
      Pour interdire les paris, fermons les casinos!!! N’ayons pas peur des mots! L’imagination au pouvoir!
      http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=1871

  47. Bonjour Paul, bonjour à tous.

    A propos des historiens, Guillaume Durand de Mende ( XIIIéme siècle) rappelait leur proximité
    étymologique avec les histrions – de istorein gesticuler! Sans offense car j’aime l’histoire, mais celà pourrait expliquer l’attitude des gouvernements envers l’histoire!!!

    d’ Hegel: grand penseur mais un peu emm… à lire! pour comprendre ce qu’est l’aliénation par le travail, on a plus vite fait, et en s’amusant qui plus est- de VOIR tout le début des temps modernes de Chaplin, saltimbanque – histrion? – de génie qui expose parfaitement le sujet: la destruction de la culture brise le rapport à l’ espace temps et rend ainsi l’adaptation extrêmement douloureuse…
    Il y a un documentaire de Depardon sur les sociétés secrètes africaines qui dans les années cinquante intégraient théâtralement/religieusement les comportements des occidentaux à leurs mythologies ce qui rendait » l’adaptation » possible sans trop de mal. Les non membres de ces sociétés restaient dans l’impossibilité radicale d’appréhender les comportements des blancs et en devenaient fous ….

    Cordialement

  48. @ Monsieur Jorion,

    c’est trop bon !

    Et on ne s’embarrasse pas d’un tas de considérations, théories… certes intéressantes mais qui se révèlent surtout (dommage) paralysantes….;)

  49. Hegel :  » … ce que l’histoire et l’expérience nous enseigne, c’est que ni les peuples ni les gouvernements n’ont jamais rien appris de l’histoire, et encore moins agi selon ses leçons  »

    Jorion :  » Si l’époque est au changement radical, il existe en son sein des « nervures »  »

    Malgré ce que dit Hegel ne peut-on penser malgré tout qu’il y a une différence dans la manière dont ont réagi les gouvernements durant la crise de 29 et celle de 2008 ? En 29, l’action économique des gouvernements fut très marginale, voire absente. Ce qui n’a pas été le cas pour celle de 2008 durant laquelle les gouvernements sont venus renflouer les banques défaillantes. ( ici je ne juge pas leur action, simplement on peut noter une différence, qui n’est pas des moindres ). Donc parce qu’ils ont gardé en tête la leçon de 29, ils ont agi. Ce qui fait que les données du problème, entre 29 et 2008, ne sont pas les mêmes, ou peut-être se sont déplacées. Ce qui aurait pour conséquence des processus en cours différents. Ajoutons ceci : on peut se demander si les gouvernements en renflouant les banques n’ont pas simplement différé le problème dans le temps. Mais cette différ(a)nce ayant pour effet de créer une situation historique tout à fait singulière… qui fait que nous ne commençons que maintenant à marcher dans l’inconnu. ( Là où les Etats étaient « restés à l’écart » de la défaillance des banques en 29, ils ont acceptés, en 2008, de prendre sur leur dos cette crise. D’une certaine manière, la défaillance potentielle que devait connaître les banques en 2008 a été « externalisée » sur les Etats… )

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