« N’est-il pas temps, alors, de s’engager ? »

Olivier
Envoyé le 12/03/2010 à 21 h 41 min

« Ce blog a moins bougé les choses que nous voulons le penser » « N’est-il pas temps, alors, de s’engager ? » (citations issues des réactions il y a quelques jours).

Il est des questions, des affirmations que vous n’aimez guère et que vous préférez éluder. Du moins que vous avez préféré éluder pendant un temps. Aujourd’hui, aujourd’hui seulement j’ai ma réponse. Il y a un impact, il y aurait un impact. C’est du moins ce que dit l’homme de la rue, un journal Les Échos à la main, l’autre main s’agrippant tant bien que mal à une quelconque rambarde du métro, magnifique héros du quotidien paré de tous les marques du réel, et qui pourtant, Mr. Jorion, ne semble être guère plus qu’un relais de narration dans ce qui n’est qu’une fiction, un apologue. Relais de narration, notons le, qui prend en charge et légitime au mieux votre opinion : « oui, mes idées ont impact, quand bien même je ne ferais pas de politique, regardez l’homme de la rue : il parle comme moi ! » Monsieur Jorion, soyons sérieux. Vous ne pouvez à la fois nous dire une telle chose et nous dire ensuite à propos des CDS, je cite de mémoire : « il y a des rencontres, des conversations très importantes qui ont un rapport avec la une du journal ». Auriez-vous donc l’oreille des dieux (oups ! de nos dirigeants !) ? C’est en tout cas ce que vous suggérez. Et cela pourrait bien aussi expliquer pourquoi vos réponses sur l’engagement ont été si évasives…

Personnellement je prends acte : votre foi dans la démocratie est quelque peu défaillante. Vous semblez prendre parti du fait qu’il vaut mieux parler au Prince qu’au peuple. Comment vous en vouloir (c’est ce que j’avais fait il y a presque deux ans), le reflux de la démocratie dont nous parlions est bel et bien un fait.

Olivier, je ne suis pas chef de parti. Je n’ai jamais été actif à l’intérieur d’un parti et je n’ai pas l’intention d’en créer un. Vous avez dû le remarquer, je ne dis jamais « Faites ceci ». Je sème devant vous : ce sont mes billets et mes vidéos, et quand on me demande de venir ici ou là, je réponds oui ou non. J’ai parfois carrément posé la question ici : « Faut-il aller à tel genre d’émission ? » J’ai posé la question à mon propre sujet parce qu’elle a été soulevée à juste titre par Lordon, après que Bourdieu l’ait initialement posée, et que c’est une bonne question dont la réponse est loin d’être évidente.

Une fois que j’ai accepté en mars 2009 le principe de me rendre à l’invitation des membres socialistes du Parlement Européen pour faire des recommandations, et une deuxième fois en novembre 2009, devant la commission d’enquête sur la crise du même Parlement Européen, il serait absurde que je me désintéresse ensuite du sort de mes propositions. Vous avez l’air de dire que tous les résultats en politique s’obtiennent par des grèves ou des défilés, ce n’est pas mon avis. Je ne suis pas contre les grèves ou les manifestations et on m’y a vu au fil des années plus qu’à mon tour, lorsque j’estime que c’est le meilleur moyen d’arriver à une fin. Mais pour obtenir l’interdiction des positions nues sur les CDS, ce n’est pas le meilleur moyen (ça aurait l’air malin sur un calicot).

J’offre ici un forum, je fais des propositions et je participe à la discussion. À partir de là nous sommes tous égaux et nous faisons chacun comme nous l’entendons. Les uns proposent ici de lancer un mouvement, d’autres des pétitions. Je n’ai jamais découragé personne, comme le prouve le fait que vous puissiez lire ces propositions dans les commentaires mais pas plus que quiconque, je ne suis obligé de m’y rallier. J’ai la chance que ce que je dis et écris commence à retenir l’attention et si quelqu’un ayant un meilleur accès que moi aux leviers de la décision me demande si on peut en parler, je n’aurai pas la stupidité de lui dire : « Non, je préfère signer une pétition à ce sujet ».

Je ne suis pas partisan de la politique du pire : ce que je dis souhaiter, je veux vraiment que cela se réalise et j’utilise au mieux les opportunités qui me sont offertes. La seule directive que je vous donnerai jamais, c’est précisément celle-là : « Faites comme moi : saisissez toutes les occasions qui vous sont offertes ! » Et si vous pensez que mon aide vous serait précieuse, faites-le moi simplement savoir.

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163 réflexions sur « « N’est-il pas temps, alors, de s’engager ? » »

  1. @ Lou.
    Je constate que vous ne condamnez pas les slogans que je dénonce. Au contraire, votre intervention tend à les exonérer de tout effet négatif sur la tenue morale des générations post 68.

    Ce faisant, je trouve que vous êtes mal fondée à critiquer les dérives morales qu’on attribue au monde financier.
    Sans vous en rendre compte, au plan moral vous en êtes complice, même si du fait des conséquences vous êtes victime

    1. jducac
      Je n’exonère personne, je constate que les 68ards sont les cibles faciles à qui on reproche tout, alors qu’il ne sont ni plus ni moins coupables que les autres générations. Quand je dis que je ne me sens pas concernée, je voulais dire par là que ne faisant pas partie de cette génération, je ne me sentais pas visée par l’attaque, ce qui ne signifie pas que je ne me sente pas responsable de la situation ambiante actuelle. Ayant du reste un sens aigu de la responsabilité je me rends compte avec horreur de ce que j’ai laissé faire, voire ce à quoi j’ai moi même participé. Donc voilà, le truc de mes congénères est de reprocher aux baby boomer tout et son contraire, du coup, pas de reproche à se faire. c’est pas moi c’est l’autre.
      En ce qui concerne le « jouissez sans entraves », pour moi, c’est un impératif catégorique du marketing (à partir de l’après guerre) et du néo libéralisme. En outre, je pense que l’hédonisme n’est pas condamnable, mais hédonisme ne veut pas dire faire n’importe quoi, au détriment de l’autre. Quand il y a jouissance, sans souci de l’autre ou au dépend de l’autre, ça, ce n’est plus de l’hédonisme, mais du sadisme.
      Mais si vous entreprenez une archéologie de cette perte généralisée du souci de l’autre, ça m’intéresse.

    2. @ Lou 16 mars 2010 à 17:49
      Je constate une nouvelle fois que vous ne dénoncez pas « Il est interdit d’interdire » alors que je vous ai tendu la perche pour que vous le fassiez. Or, de très nombreux préceptes moraux sont, des interdits à la base.

      Comment faites vous pour éduquer vos enfants ?

      Ma femme, enseignante a été enchantée par son métier jusqu’à ce qu’arrivent les enfants des 68 ards qui, ayant « bénéficiés » de la mise en application de ce slogan se sont révélés, mal éduqués et très difficiles à encadrer. Elle a pris sa retraite il y a 20 ans. Il me semble que la situation ne s’est pas améliorée depuis, bien au contraire.

      Tu ne tueras pas. Tu ne feras pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse. Tu n’abuseras pas de la faiblesse des autres. Tu ne seras pas insolant. Tu ne seras pas violant. Tu ne dégraderas pas le bien d’autrui. Tu ne voleras pas. Tu ne fuiras pas devant la police. Tu ne manqueras de respect ni à tes parents, ni à tes professeurs ni aux représentants de l’Etat, ni en général à tes ainés. Tu ne tricheras pas. Etc…

      Il ne faut peut-être pas aller chercher ailleurs la venue du laxisme qui s’est généralisé jusque dans le domaine de la régulation financière.

      La non application de ces interdits interdits a conduit à l’émergence de slogans dérivés tel que : Nique ta mère (donc ton père) Nique la police. Etc…

      Quant à « jouissons sans entrave », il faut voir ce que cela donne quand ce précepte sort du contexte sexuel. Chez les traders, chez les responsables formés dans les écoles de commerce, pour être des tueurs en affaires Etc…Ils connaissent de très grandes jouissances en toute bonne conscience d’autant qu’ils ne sont soumis à aucuns freins moraux. Ils niquent les autres. C’est normal.

      Cela étant dit, chaque génération peut commettre des erreurs et, comme on constate une accélération de l’évolution des sociétés, chaque génération a la possibilité constater les effets de ses actions. Ce serait un moindre mal si elles se corrigeaient d’elles mêmes plutôt que de nier l’évidence.

      Elles se grandiraient à condition de faire preuve d’humilité et d’esprit de responsabilité à l’égard des générations suivantes.

  2. @ Fab dit :
    16 mars 2010 à 08:11

    Cher Fab, je suis tout à fait d’accord avec vous :
    mon commentaire se termine par ces mots : « la religion n’a rien à voir dans tout çà » !!!

  3. @ gueule d’atmosphère dit : 13 mars 2010 à 15:12

    Et si la question se posait ainsi?
    « Le XXI ème siècle sera politique ou ne sera pas? » Dites-vous.

    Personnellement, j’adhère à beaucoup des idées et arguments que vous développez dans cette intervention.(13 mars 2010 à 15:12 ) J’irai voter avant tout par devoir. Par devoir citoyen dirons les uns. Par devoir républicain dirons d’autres.

    Mais pour moi, c’est surtout par devoir d’homme responsable, qui souhaite être utile à l’évolution de notre communauté régionale, nationale, européenne, mondiale, notre civilisation. L’évolution de nos grandes communautés nous a conduits là où nous sommes par la voie démocratique qui me semble la bonne mais qui n’est pas très performante quand on voit combien elle amène à des confrontations stériles alors que le spectre de l’extinction de l’espèce rôde à nos portes.

    L’affrontement de partis à court d’idées parce qu’à court d’analyses objectives me semble affligeant et dérisoire. Ceux qui veulent nous guider, soit ne sont pas à la hauteur pour engager leurs congénères dans la voie qu’ils veulent bénéfique, mais n’ont pas encore découverte, soit ne savent pas comment enclencher le processus qu’ils ont imaginé mais qui, parce qu’il est aux antipodes des aspirations de la plupart des gens, est politiquement inabordable.

    J’ose espérer dans la seconde hypothèse, et je crois que pas grand-chose d’efficace ne sera mis en route tant que l’opinion n’aura pas été psychologiquement et moralement préparée à une reconversion radicale de ses attentes. Moins de matériel, plus de spirituel est la seule voie disponible quand on se heurte aux limites physiques de notre planète.

    Le politique, en général très matérialiste, n’est pas le mieux armé pour conduire la cure de désintoxication qui s’impose.
    D’ailleurs, il n’y a pas que les politiques qui ont contribué à façonner l’humanité. Bien souvent ils se sont contenté de l’exploiter à leur seul profit. Voyez, par exemple comment ils se sont bien soigné dans les lois qu’ils ont adopté pour leurs rémunérations, retraites et autres pour les députés, les sénateurs…
    Aussi, je suis plus près de la vision de Malraux : Le 21ème siècle sera spirituel ou ne sera pas.

    1. Veuillez corriger l’avant dernière phrase: Voyez, par exemple,comment ils se sont bien soignés dans les lois qu’ils ont adoptées pour…

    2. Moi je suis sur d’une chose : le XXI ème siécle ( et les suivants) sera (-ont).

      Et c’est pour que j’y sois aussi ( et surtout ma descendance ) que je vote .

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