Le « parcellitarisme » peut-il servir d’anti-modèle pour un recentrement démocratique ?, par Jean-Luce Morlie

Billet invité.

Alain Caillé définit la forme d’organisation sociale dans laquelle nous sommes de plain-pied comme un parcellitarisme, c’est-à-dire :

…le mouvement permanent qui tend à décomposer toute chose, tout sujet collectif, institutions ou organisations, tout individu, tout savoir, tout pouvoir, tout territoire ou tout espace de temps, etc., en parcelles, en postulant que cette désagrégation est bonne par elle-même et sans se soucier a priori de la liaison souhaitable entre les parcelles ainsi libérées.

Voyons du côté des interstices que produit nécessairement toute fragmentation

§

Relativement à l’enjeu de démocratie, nous appréhendons usuellement la politique par les formes d’organisation sociale que nous caractérisons comme « démocratique », « totalitaire » et « réactionnaire » ; A. Caillé y adjoint le type « parcellitaire ».  De plus, il unifie cette typologie en analysant leur ensemble sous l’angle de deux antagonismes  fondateurs de l’ordre social. Le premier axe de tension oppose l’unité de la communauté et son pluralisme, le second confronte la nécessité d’organiser le « pouvoir d’agir »  de la communauté en tant que créateur de son propre milieu, sans que l’illimitation de ce pouvoir n’en vienne à détruire le milieu qui conditionne son développement. Ainsi,  pour le « parcellitarisme », les curseurs sont aux extrêmes : tandis que l’illimitation du pouvoir de création du marché ravage la planète, l’unité  réalisée par l’universalité du marché détruit tout pluralisme ; chacun étant réduit à la forme identique d’agent économique abstrait. En ces temps difficiles, nous avons sans doute intérêt à explorer la dynamique du modèle proposé par Caillé en l’appliquant à l’interprétation des faits que la Grande Crise rend désormais plus visibles. Un premier bénéfice serait de nous faire penser judicieusement l’équilibrage des curseurs. Par exemple : une forme de consolidation réactionnaire avalisant  la primauté hiérarchique des méga firmes dans l’ordre social, rééquilibrerait les propriétés en s’emparant de la maison du voisin mais pour ensuite regarder pousser le gazon après avoir négocié l’approvisionnement du quartier en fioul avec une filiale de sociétés « offshore ».  Le deuxième motif d’intérêt serait de nous aider à comprendre  de quoi nous procédons ;  quand bien même,  il nous serait désagréable de constater,  mutatis mutandis, que nous participons tous avec ferveur à un Congrès de Nuremberg qui durerait depuis trente ans… en attendant la suite.

Participer en toute inconscience à un totalitarisme inversé n’augure rien de bon quand un second retournement se prépare, comprendre la mise en  place du « parcellitarisme »  est  toutefois simple. Les fascismes, nazismes et communismes dominaient, jusqu’à l’extermination physique de toute altérité, en affirmant  frontalement  détenir la seule vérité possible au-delà de laquelle il n’y a aucun extérieur. À l’inverse, le pouvoir « parcellitaire » adopte pour stratégie de laisser vivre chacun selon sa vérité, selon son choix.  Le totalitarisme veut le pouvoir sans aucun écart à lui-même, tandis que le « parcellitarisme » ne prend pas le pouvoir : il le contrôle « offshore ».  Au fractionnement en cellules correspond la création d’autant d’interstices, il est aujourd’hui aisé de voir que ce fut le moteur de toute l’opération. En effet, en deçà des idéologies qui en justifient les différentes formes, les totalitarismes naissent  de la part obscure de la société civile lorsqu’une bande de gangsters prend le pouvoir et pille au nom de l’État. Aujourd’hui, une clique de malfrats, les neurones en position de pilote automatique, est partout suffisamment installée pour nous dépouiller sans état d’âme.  La part obscure de la société civile, que nous portons tous à des degrés divers, a agi à partir des failles de l’État. Ainsi, comme le soulignait   le Président  Obama,  dans une de ses récentes causeries du lundi, « l’argent » a transformé le personnel politique en pourvoyeur de facilités juridiques, constituant autant d’interstices « légaux » à partir  lesquels ceux qui en profitent (et nous sommes nombreux) prolifèrent. Plus profondément encore, la Grande Crise met en  en évidence  la succession de création d’espace illégaux, pendant trente ans, comme seule possibilité laissée au système de corriger pour un temps les déséquilibres engendrés par les interstices juridiques illégaux précédemment créés (Jean de Maillard). Le détournement de la démocratie par le « parcellitarisme » adoptait la stratégie du « pour vivre heureux vivons cachés », cette phase se termine et si, le parcellitarisme ne pouvait avoir de pensée stratégique, il est à craindre que les plus grosses blattes ne soient contraintes d’improviser l’organisation d’une mutation, il est peu probable cependant que nous y voyons clair, le « parcellitarisme » dissolvait en nous tous, toute forme de raison capable de percer le jeu de le jeu de ceux qui en profitent à plein, et Caillé de conclure :

C’est bien sûr dans la sphère économique que ce mouvement est le plus palpable,… Ce même mouvement s’observe, de proche en proche, dans tous les domaines de l’existence sociale. Dans le champ du savoir, toute connaissance est réduite en formules élémentaires, instrumentales, en principe mathématisables. …  Sur un plan plus général, le seul savoir admis est celui de l’expertise spécialisée aux dépens de tout savoir généraliste. Un savoir de l’instant et du lieu particulier, évidemment incapable de prévoir les effets des interdépendances et les résultantes puisqu’il ne s’en préoccupe pas et pose que ce n’est pas de son ressort.

Le politique, moment synthétique par excellence, devient lui aussi gestion formelle, procédurale, de liaisons entre des collectifs de plus en plus parcellisés. Il fonctionne à la négation du pouvoir et se dissout dans la rentabilisation et l’expertise in(dé)finie.  …129

Caillé souligne que l’idéologie « parcellitaire » nous a tous pénétrés jusqu’à nous transformer en  autant particules élémentaires porteuse de sa dissémination :

… Du coup, on est très loin de l’individu de l’individualisme bourgeois qui visait à sa propre cohérence. La seule cohérence exigible désormais est celle de l’« employabilité », i.e. de la capacité à être (ré)inséré le plus vite possible dans d’autres combinatoires contingentes. Les collectifs qui subsistent sont eux-mêmes des collectifs en principe recréés par des parcelles libérées, libérables. C’est ici que l’on voit que le parcellitarisme est aussi et immédiatement un globalitarisme. S’il décompose tous les collectifs humains hérités en particules élémentaires, c’est pour être mieux à même de recomposer d’autres collectifs n’importe où dans le monde, n’importe quand, sous n’importe quelle forme.

Nous n’en « sortirons pas » plus aisément que n’y est parvenu l’Homo Sovieticus de Zinoviev, chacun de nous  porte la peste.  Nous ne sommes pas plus indemnes de la séduction du « parcellitarisme » que toute l’Europe ne le fut en son temps du « nazisme »,  sommes-nous réellement plus vifs que du temps de la France passivement rassurée par Pétain. Voici plus de dix ans, Marcel Paquet  dénonçait et nous n’avons pas voulu entendre, qu’au cœur de l’Europe s’était installé depuis trente ans un  « fascisme d’un genre totalement nouveau » et pratiquement invisible  – le Fascisme blanc, Mésaventure de la Belgique – et dont la seule idée de possibilité l’idée pourtant nous choque encore. Pour qui en garderait le souvenir, en Belgique (un pays remarquablement fragmenté en autant de Communautés de Régions, Provinces , … piliers ),  l’incroyable accumulation d’affaires « de détournement d’argent public laisse pantois (avec comme symptôme les fiascos policiers, Brabant wallon, Cools, Dutroux. La triste impuissance actuelle du président du PS à accomplir son vœu de débarrasser le parti « des parvenus » fait moins rire que les clowns sortant pourtant vainqueurs des urnes. Le citoyen sait bien qu’une partie de la police et de la justice travaille  avec les malfrats,  et lui-même, quelque soit le niveau de la niche  qu’il occupe sait de longue  expérience utiliser à son profit  la part obscure de la société civile. Un cycle se termine, comme dit Godard, « aujourd’hui, les salauds sont sincères ».

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(1) Alain Caillé, Démocratie, totalitarisme et parcellitarisme, 2005

(2) Marcel Paquet, Le fascisme blanc,  Editions de la différence, 1998

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124 réflexions sur « Le « parcellitarisme » peut-il servir d’anti-modèle pour un recentrement démocratique ?, par Jean-Luce Morlie »

  1. Très bon article. Les ressorts, en se tendant, finissent par passer la frontière de leur mémoire de forme.

    Les applications sont nombreuses :
    – diviser pour mieux régner
    – sortir un éléments de son contexte
    – virtualiser la responsabilité pour mieux culpabiliser le réel..

    Et, malheureusement le constat que la division créée entre jeunes et vieux fonctionne très bien : nous avons vécu ça tellement souvent…

    1. Pas grave Yvan!
      Si le ressort est cassé , recyclons le en fils de fer barbelé.
      Voilà ce qui arrive quand la mémoire collective se déforme.

  2. Votre texte n’est pas évident à saisir,

    Certains passages de votre texte me rappelle une émission que j’ai pu voir hier soir sur Arte au sujet du cloisonnement à outrance des rapports humains dans une société de consommation et puis l’argent de la drogue et des trafics se mêlant sans cesse davantage au grand commerce mondial des êtres et des choses de plus.

    J’aurais plutôt employé les termes uniformisation et conditionnement de masse à certains passages c’est plus parlant pour moi, cordialement.

  3. Un angle complémentaire est apporté par Guy DEBORD avec son livre de 1967: « La société du spectacle »
    http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Soci%C3%A9t%C3%A9_du_spectacle_(livre)
    et celui de 1988: « Commentaires sur la société du spectacle ».
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Commentaires_sur_la_soci%C3%A9t%C3%A9_du_spectacle
    Optique qui tente de donner une unité conceptuelle aux forces de dissolution à l’oeuvre dans notre société moderne. C’est une vision de l’acteur qui se réduit en consommateur, en client fasciné par le spectacle, écervelé par le travail de marketing qui agit dans toutes les sphères d’activité, en devient totalitaire à notre insu. Des livres qui n’ont pas pris une ride.

    1. J’ai relevé ça, dans le document cité :

      En revanche, les mesures d’ajustement structurel peuvent être étalées sur de nombreuses années et chaque mesure fait en même temps des gagnants et des perdants, de telle sorte que le gouvernement peut s’appuyer facilement sur une coalition des bénéficiaires pour défendre sa politique.

      C’est incroyable, un tel cynisme !

    2. Ce texte de l’OCDE doit faire un tabac dans les sphères dirigeantes. C’est un manuel de conduite des contre-réformes, par tous les moyens, y compris le fascisme, pour approfondir la barbarie capitaliste.
      Ai pas tout lu, la nausée…
      En attendant un extrait:
      « Une comparaison pour les pays d’Amérique latine entre des régimes
      démocratiques comme la Colombie, l’Équateur, le Pérou, et des régimes militaires,
      comme l’Argentine et le Chili, en 1981-82, montre que les troubles sont plus rares
      lorsque le régime est militaire ; de plus, ils sont de nature différente : les grèves
      comptent plus que les manifestations. La comparaison entre les deux expériences
      de l’Argentine sous un régime militaire (en 1981) et en démocratie (1987) est
      parlante : le niveau de protestation a été trois fois plus élevé en 1987 et il y a eu
      beaucoup plus de manifestations. Cela s’explique aisément par les risques plus
      grands pour les manifestants sous un régime militaire. Ce type de régime n’en est
      pas pour autant forcément moins fragile. Les changements de gouvernement à la
      suite des troubles y sont plus fréquents et, au-delà d’un certain seuil, les troubles
      sociaux y font rapidement boule de neige, au point de menacer le régime, ce qui
      n’est pas le cas en démocratie. »

    3. Ce texte est un monument de cynisme, il faut l’étudier de près pour comprendre l’agenda de nos élites.
      On ne pourra pas dire qu’on ne savait pas ce qu’ils nous préparent…

    4. Pour ceux qui n’ont pas le temps ni le courage de lire ces 48 pages à vomir : noter particulièrement, p.17, les coupes d’investissements et de fonctionnement… ; p.20, « la réforme » comme synonyme de l’ajustement structurel ; p.23, Comment réduire les entreprises publiques sans opposition ; p.24, dernier paragraphe : comment utiliser l’état de grâce au mieux ; p.26, comment éviter les grèves qui donnent du temps pour des manifestations dangereuses ; p.34, comment faire des réformes constitutionnelles et des scrutins pour renforcer l’exécutif ; p.35, comment partager les rôles entre bailleurs de fonds (FMI) qui prêtent et imposent l’ajustement, le gouvernement qui applique et réprime, et les alliés qui mettent de l’huile dans les rouages… pour que tout n’explose pas ! ; p.38, la synthèse qui permet d’éviter une trop forte répression avec des morts… merci de tant de sollicitude ! Toute ressemblance avec une situation existante est pure coïncidence, évidemment.

      Pour ceux qui auraient manqué un opus de l’OCDE sur les services publics et leur privatisation soft : http://regardperpignan.free.fr/cahier13.pdf
      Vous remarquerez que la précaution oratoire liminaire est particulièrement perverse, dans la mesure où tous les pays de l’OCDE sans exception appliquent depuis 1996 cette même politique !
      Les « conditionnalités » (jargon FMI) sont toujours les mêmes, cf. ce qui est demandé à la Grèce et ailleurs en ce moment…

    5. @JeanNimes

      Merci pour ce guide de lecture qui nous permettra d’aller à l’essentiel en cette période de pré vacances.

    6. Est-ce le texte qui est « cynique » ou sont-ce ceux qui le lisent qui découvrent l’usine à gaz « parcellitarisée » qu’ils n’avaient jusque lors pas voulu voir ? Cachez ce sein…

      Vous croyez qu’ils dorment les types ? Ils vont vous faire des études à n’en plus pouvoir, allez au hasard en sociologie, et il faudrait en plus qu’ils se convainquent que ça ne sert à rien ? Allons allons ! Non : ils « réinvestissent » leur savoir ! D’où la question : Le « parcellitarisme » peut-il servir d’anti-modèle pour un recentrement démocratique ?

      N’oublions pas que l’homme, s’il sait se cacher derrière l’économie, derrière le dieu argent, sait aussi se cacher derrière la sociologie. Le spécialistarisme peut-il servir d’anti-modèle pour un recentrement humain ?

      Nous nous sommes convaincus de la nécessité de la croyance en une cause première ou ultime. La plupart s’y sont résignés, les autres analysent, mais tous ont fini par oublier l’essentiel. Et aujourd’hui, alors que le réveil de cette auto-anesthésie fait son apparition nous nous apprêtons à nous auto-administrer une nouvelle dose !

      Elle est pas belle la vie ?

    7. Je n’ai lu que la conclusion, mais on dirait que ça a été le livre de chevet de Sarko-Fillon avant leur prise de pouvoir.

    8. @Fab : « Est-ce le texte qui est « cynique » ou sont-ce ceux qui le lisent qui découvrent l’usine à gaz « parcellitarisée » qu’ils n’avaient jusque lors pas voulu voir ?  » : je me sens visé et culpabilisé. Voulez-vous dire que ce texte n’est pas cynique, et que ce serait moi, nous, qui le sommes parce que moi, nous, ne voulons pas voir ? (Mais pas vous, évidemment, qui aviez déjà tout vu tout entendu.)

      Je croyais que tous ces technocrates et universitaires néolibéraux avaient au moins l’excuse de croire à ce qu’ils font, c’est-à-dire d’y croire au sens de « croire que c’est bien« . Et je découvre, oui, avec effarement, qu’ils s’en tapent comme de l’an 40. Je découvre leur cynisme, je le vois de mes yeux comme si j’étais dans leur bureau, et ça n’a rien à voir avec la lecture d’un article du Diplo.

      « sait aussi se cacher derrière la sociologie » : ou bon, ok, démolissons gaiement les sciences humaines, ces intellectuels ne sont ni rentables ni fréquentables.

  4. Voilà ce qui arrive quand on ne fait pas sont boulot!!!! On se fait « parcelliser » sa retraite…..
    Les flics fédéraux de Floride ont perdu tout leur argent de retraite confié à K. Wayne McLeod, président de la Federal Employee Benefits Group, ou FEBG.
    Le 18 juin, il n’a pas pu payer les intérêts aux actionnaires et il leur a envoyé un mail dramatique les prévenant qu’il n’y en aura plus jamais. Le 23 il a été retrouvé mort dans un parc..
    Les « limiers » ne disposant que d’information « parcellaires »sont sur les dents.
    http://www.cbsnews.com/8300-31727_162-10391695.html?keyword=Federal+Employee+Benefits+Group

  5. Sans tout lire parce que c’est lourd, vous mettez en évidence ce que chacun sait, aujourd’hui plus que jamais est organisé et entretenu « le diviser pour mieux régner »

  6. Terrible et littéralement « machiavelique ».
    « Diviser pour règner ».
    Est-ce un plan ou une « évolution diabolique ».
    Diabolein:être divisé.

    Autrement dit la somme de nos différences nous interdit la rébellion.
    Nos intérêts intriqués nous empêchent de fraterniser totalement contre l’oppresseur.

    1. Attends, Tartar.
      Mon meilleur prof d’économie nous a toujours conseillé de lire Machiavel… Et il faut le faire, car ça décoiffe.

    2. A priori, Tartar, Machiavel n’est pas le mieux à même pour ‘participer’ à ce type de concept.
      Au contraire.
      D’abord parce que précepte est bien de lui mais il l’a tiré de son analyse de l’histoire romaine et de sa conquête du monde (méditerranéen et européen) : divide et impera est une conséquence de l’analyse politique et historique qu’il tire d’une histoire spécifique, pas forcément un objectif ou une méthode à appliquer. C’est une ‘enseignement’, de l’histoire et de Machiavel aux princes, dans le but d’exercer le pouvoir.
      Ensuite parce qu’il est ‘républicain’ (au sens de l’unification italienne), il envisage non pas la parcellisation du pouvoir mais bien son ‘unification’ : diviser pour régner … ne doit pas diviser le pouvoir. Si la division permet de régner, cette division ne doit pas être non plus de « l’auto-génèse » des cellules elles-mêmes : la capacité des cellules à se diviser doit rester sous le contrôle de celui qui exerce le pouvoir. La division, oui, mais sous contrôle.
      Or il me semble que le ‘parcellitarisme’ est plus que cela. Si le pouvoir est exercé ‘en sous-main’ (‘off-shore’ a écris Jean-Luce Morlie), au sens il n’apparaît pas comme possesseur du pouvoir, il n’apparaît pas non plus comme contrôlant non plus les divisions, qui peuvent se générer elles-mêmes, puisque le ‘véritable’ pouvoir laisse à chacun le soin de définir ses choix et ses vérités.
      En quelque sorte, le parcellitarisme serait la volonté de tirer du pouvoir d’une ‘anarchie’ produite mais non contrôlée, le contrôle étant par définition impossible à un tel stade pour ceux qui exerceraient ce pouvoir en ‘sous-main’.
      Ainsi, il est plus ‘intéressant’ de capter la formidable énergie produite par un tel bouillonnement que de chercher à la contrôler, chose par ailleurs très périlleuse puisque faisant apparaître au grand jour ceux qui souhaitaient justement rester dans l’ombre …

      Ce qui ne manque pas d’inquiéter sur l’absence totale de contrôle de la situation, par ceux-là même qui cherchent à en tirer ‘profit’ : énergie, argent, pouvoir, etc.
      Et ceux qui apparaissent comme possédant le pouvoir mais ne l’exerçant pas ne contrôlent de fait … rien, si ceux qui le détiennent (au sens de la capacité à produire de la division), n’ont même pas de contrôle sur leurs ‘pouvoirs’.

      En conclusion, le ‘parcellitarisme’ m’apparaît comme le pouvoir de diviser, donné à un synarchie (cf. Marc Bloch) mais non de contrôler ce pouvoir de division.
      C’est bien pire que Machiavel.
      Et pire que l’anarchie.

      C’est le pouvoir de créer du chaos. Et à moins d’être Dieu, personne ne peut contrôler cela.

      PS : de même, Machiavel parle de la ‘virtu’ face à la ‘fortuna’. La ‘virtu’ serait en fait la volonté alliée à un sens pragmatique d’exercice du pouvoir. Pour autant et dans le cadre du ‘parcellitarisme’, aucune volonté, y compris alliée au meilleur sens pragmatique du monde, ne peut permettre de faire face à un processus dépassant son ‘créateur’ : la ‘fortuna’ devient écrasante.
      Elle se transforme en Kerta, Déesse romaine du chaos.

    3. @zébu : en concluant votre très intéressant post sur le fait que le « parcellitarisme » échappe à toute volonté, vous lui donnez une dimension démiurgique que je ne trouve pas dans le billet. Jean-Luce Morlie l’aborde à un niveau politique, évoquant les « interstices » dans lesquels s’engouffrent les malfrats pour nous « dépouiller sans état d’âme, avec la complicité du « personnel politique en pourvoyeur de facilités juridiques« . Finalement, ceux qui ont le pouvoir n’ont pas les moyens, et ceux qui ont les moyens, mais pas le pouvoir, agitent les premiers comme des marionnettes. Le démiurge invisible a de beaux jours devant lui, et la démocratie les pieds dans la tombe.

    4. La grande leçon que j’ai retenu de Machiavel est que le pouvoir qui reste dans l’ombre est le plus puissant.
      Et lorsqu’il est aux mains d’un manipulateur habile, des peuples entiers peuvent disparaître.

      Zébu, il n’y a pas que cet ouvrage. Et quand j’aurai 5 minutes, j’essayerai de retrouver le site canadien où on peut télécharger ses livres LIBRES DE DROITS.

    5. @ Crapaud Rouge :
      Oui, c’est vrai.
      J’attribue à eux qui ‘vivent cachés’, les ‘synarches’, le pouvoir de créer de la division.
      L’article, lui, ne le précise pas car ce n’était pas son but selon moi d’identifier l’origine de cette création d’interstices, permettant ensuite aux premiers de se saisir du pouvoir de division.
      A mon sens, personnellement, je l’attribue aux mêmes car les politiques qui ont permis la contre-réforme fin des années 70, notamment aux US, étaient en service commandé, contre prébendes pour les financements des campagnes électorales, entre autres.

      En fait, je prolonge et relie vers la théorie de la stratégie du choc de Naomi Klein, où il est NECESSAIRE que des crises se produisent pour que des contre-réformes néo-libérales puissent se produire : sans ces crises, point de ‘réformes’.
      Suivant le concept de ‘parcellitarisme’, la création d’interstices créé en retour la possibilité, justement, de produire d’autres actions, qui produiront ensuite d’autres interstices, etc.
      Selon moi donc et en lien avec la stratégie du choc, la création d’interstices n’est pas fortuite : elle est souhaitée, elle est générée. Mais si la création est ‘contrôlée’, le contrôle de ses effets ne l’est pas ou ne l’est plus (complètement), comme pourrait l’être une division cellulaire provoquée et générant ensuite des effets non contrôlée (virus non contrôlable par exemple).

      Le terme que Naomi Klein utilise est ‘corporatisme’, en lieu et place de ‘capitalisme’.
      J’utiliserais éventuellement, comme Marc BLoch, le terme de ‘synarchie’ (‘gouvernement’ dans l’ombre) ou celui, tout personnel, de ‘fellow capitalism’ : ‘capitalisme de camaraderie’ ou ‘capitalisme des semblables’, ce qui est un peu différent de ‘corporatisme’, dans le sens où ce type de capitalisme agirait comme une ‘espace de pouvoir’ au sein d’une organisation, dont tout le monde connaitrait l’existence mais dont personne ne connaitrait les membres (sauf ceux-ci), dont le recrutement s’effectuerait sur la base d’un partage des mêmes valeurs, des mêmes pratiques et d’un reconnaissance par ses membres d’un pouvoir de création de choc/interstice. Le ‘membre’ de cette confrérie devient alors un semblable (‘fellow’), un ‘Komrad’, un ‘égal’, non pas tant parce qu’il possède un pouvoir égal aux autres mais bien parce qu’ils partage le même pouvoir de création, que j’appelle ‘chaos’ (et que Naomi Klein appelle ‘choc’).

      Pourquoi ‘chaos’ plutôt que ‘choc’ dès lors ?
      Parce qu’il me semble que dans le terme de ‘choc’, il reste sous-jacent l’idée que le pouvoir qui créé ce choc continue à contrôler les effets du choc produit. C’était sans doute vrai avec l’école de Chicago et Milton Friedman en Amérique du Sud (terrain ‘propice’ s’il en fut dans les années 70 et 80) mais mes dernières analyses tendent plutôt à faire pencher la balance selon moi vers le ‘chaos’ : l’absence de contrôle post-création. Ce fut le cas avec l’Irak, dont la situation chaotique a totalement échappé à leurs ‘démiurges’. Mais ce fut encore plus ‘vrai’ et observable à mon sens dans la finance, avec la création de la bulle spéculative sur l’immobilier aux USA avec les subprimes. Si ce fut un ‘chaos’ (ou faillit véritablement le devenir, par propagation systémique), il reste que les ‘interstices’ produits par ce chaos généré par les subprimes ‘profitent’ actuellement à un certain nombre de ‘fellow capitalists’, notamment sur la dette publique, puis, sur la mise en place de politique ‘d’austérité’, qui produiront … ce dont personne ne sait, pas même ceux qui créèrent le chaos ou ceux qui ont le pouvoir de créer du chaos. La différence entre les deux est une différence de ‘niveaux’ : le ‘choc’ est certes brutal mais ne ‘remet pas en jeu le diagnostic vital’ du ‘patient’ qui subit ce choc. A l’inverse, le ‘chaos’ engendre un risque systémique, y compris pour celui qui provoque ce chaos : le risque est non seulement maximal mais aussi global. On passe donc un ‘cran’ au-dessus en termes de conséquences.

      Par contre, je préciserais le terme de ‘stratégie’ quant au chaos car il est inadapté alors selon moi. Dans ce cas, nulle ‘stratégie’ car une stratégie définit les tenants et aboutissants. Simplement la capacité à ‘pousser un bouton’, sachant que les résultats produits par cette action risque d’engendrer le chaos mais que c’est néanmoins le seul pouvoir qui reste à ces ‘acteurs’ : ‘parier’ le chaos, sachant que celui-ci à peu de ‘chances’ de se produire statistiquement mais qu’au final, ils n’en savent foutre rien et que dans le cas contraire, advienne que pourra !
      Car mieux vaut encourir ce risque que renoncer à ce pouvoir.

      Nul illuminati, ni même oligarchie (pas de ‘gouvernement’ d’une caste, au sens de pouvoir collégial), sans doute pas de ‘synarchie’ même (en dehors de ‘l’ombre’ comme élément essentiel).
      Simplement l’inverse de ce que Tocqueville appelait ‘la tyrannie des égaux (ou de la majorité)’ en parlant de la démocratie (où la majorité des ‘égaux’, les citoyens en démocratie, vient ‘tyranniser’ les minoritaires) : les ‘égaux’ ne sont plus des citoyens en démocratie qui tyrannisent une minorité mais bien une minorité ‘d’égaux’ entre (reconnus par) eux, tyrannisant la majorité des citoyens en démocratie.

      Que le chaos ait succédé au choc ‘importe’ peu à ces ‘fellow capitalists’ : ils ne peuvent plus actuellement contrôler les effets des ‘stratégies’ d’actions engagées (ils continuent néanmoins, comme dans les ‘années Friedman’, à faire croire qu’ils les contrôlent).
      L’essentiel pour eux est de produire des ‘interstices’, des ruptures’, des ‘transformations’, dont ils pourront et sauront tirer ‘profits’.
      Quel meilleure preuve à mon sens que la ‘stratégie’ du chaos ait succédé au choc sinon que le risque systémique, engagé avec les subprimes et enrayés au dernier moment par les états, n’ait pas été ‘désactivé’, malgré le risque encouru de … chaos systémique, justement.
      Une stratégie de choc, à la Friedman, aurait chercher à contrôler les effets de ces chocs.
      Avec la ‘stratégie du chaos’, les acteurs ne cherchent même plus à ‘contrôler’ quoique ce soit dans les effets produits car ils savent ne pas pouvoir les contrôler.

      De fait, selon moi, il n’y a plus personne derrière le ‘jeu’ ou la ‘machine’, qui actionne les ‘marionnettes’ et peut arrêter la ‘roue de tourner’. Il n’y a que des ‘joueurs’ qui ont le droit ou non d’appuyer sur un bouton pour relancer le bandit manchot …

      Il est temps non pas de ‘contrôler’ le casino : c’est impossible, les joueurs eux-mêmes ne le peuvent pas.
      Il est temps de FERMER LE CASINO.

      Désolé d’avoir été (trop) long.
      Cordialement.

    6. @ Yvan :
      Oui, c’est à leurs ombres que l’on mesure la taille des pyramides … 😉
      Je sais que Machiavel a écris d’autres ouvrages, où il aurait justement ‘atténué’ la portée politique de son ‘Prince’.
      Je crois notamment via son ‘Tite-Live’ mais je ne connais pas. Ce sera avec plaisir.

    7. @ Paul Jorion :
      Merci.
      J’ai regardé en français et j’y ai vu une traduction de style ‘capitalisme sauvage’, notamment avec Bourdieu et Wacquant en socio en France. Mais pas certain que cela corresponde au terme anglo-saxon …
      J’ai essayé ‘fellow capitalism’ car il me semblait que le terme de ‘fellow’, bien que moins explicite sur la ‘nature’ du capitalisme pouvait être intéressant en termes de descriptions des fonctionnements, en lieu et place ‘d’oligarchie’ ou même de ‘synarchie’.
      Le ‘fellow’, c’est le copain, celui avec lequel on a partagé un certain nombre de choses, le compagnon au sens de celui qui a accompagné un temps un route commune, mais aussi le camarade, le larron, le partenaire, …
      Naomi Klein utilise ‘corporatisme’ mais ce terme en français traduit mal selon moi la notion par exemple de reconnaissance sociale d’une catégorie de personne à un individu comme étant l’un des leurs (notamment je crois chez les universitaires américains).
      Le corporatisme se fonde sur l’appartenance à des corporations professionnelles, des métiers.
      Il me semblait que le terme de ‘fellow’ permettait de dépasser cette notion de métier pour se focaliser sur la possession du pouvoir (en l’occurrence de créer le choc/chaos) et la reconnaissance de ce pouvoir au sein du capitalisme, comme un ‘semblable’, presqu’un ‘égal’.
      Comme on dit un état dans l’état, un capitalisme dans le capitalisme, alors que ‘crony capitalism’ définit la nature (sauvage) du capitalisme, non ?

      Bon, il va falloir que vous écriviez un article sur le ‘crony capitalism’ … 😉
      Cordialement.

    8. @zébu

      Plutôt d’accord avec votre thèse « chaotique », d’ailleurs en ligne avec celles de Paul et que le simple bon sens comme l’analyse fine en terme de dynamique systémique le laisseraient ou le feraient transparaitre de l’enchainement des évènements observables.

      Avec juste une réserve sur la nuance choc/chaos peut être. Que les « décideurs » aient l’illusion de dominer les processus systémiques dans la version choc, ou qu’ils ne l’aient plus dans la version chaos ne change rien d’essentiel sur le fond du problème. D’ailleurs, hormis les expériences pilotes des théories de Friedman en Am Sud, et les années Volcker à la Fed entre 79 et 83 sous Carter puis Reagan (avec des taux sur les federal funds rate de 20%!) la théorie monétariste est vite apparue tout aussi inefficace à garder le contrôle des indices et des flux que les politiques précédentes. Il est vrai que la fureur dérégulatrice des reaganomics avait pris le relais!

      La vraie leçon me semble que les initiateurs de la théorie du choc, grosso modo les émules proches de Friedman, étaient déjà dans le chaos de par leur illusion encore quelque peu scientiste et s’en s’en défendaient, quant les suivants et actuels, de par leur foi aveugle dans la perte volontaire et efficiente du contrôle centralisé, n’ont fait qu’accélérer le processus entropique déjà initialisé.

      La théorie qui impliquerait un système de pilotage complexe et souple surplombant et régularisant les échanges à l’intèrieur du système global leur étant consubstantiellement étranger, nul espoir de voir une rétroaction positive mise en oeuvre tant qu’ils seront laissés aux manettes.

      Le diapason est fêlé depuis longtemps mais il donne toujours son LA mortifère à une valse qui s’accélère.

    9. Merci Zébu pour cet angle si détaillé que le blog de Paul Jorion aborde rarement.

      Ce qui fédèrent nos fellows du chaos apocalyptique, c’est qu’ils ont tous lu le mode d’emploi.
      Machiavel, certes, mais la Thora, la Bible et le Coran, et qu’ils sont tous persuadés d’être les élus du jugement dernier. De plus ce sont tous des apôtres du « aide toi le ciel t’aidera » et du « on n’est jamais mieux servi que par soi-même »…….
      Les « suicidés » du temple solaire étaient des « gens très bien »…… Qui parait-il rigolent en nous contemplant derrière leurs Vuarnets depuis Véga du centaure.
      Le drame de l’homme, c’est que c’est un animal mystique. Nous négligeons trop souvent cette dimension.

    10. @ Vigneron :
      C’est sûr que c’est une ‘thèse chaotique’ !! 🙂 Je ne maitrise rien du tout.
      Ceci dit, sur l’absence de différences entre choc et chaos et l’emploi de ces termes, il est clair que l’objectif est le même : produire des ‘interstices’, afin d’en capter toutes les potentialités (pour ceux qui le peuvent).
      Par contre, sur les effets, j’emploie le ‘terme’ chaos au lieu de ‘choc’ pour plusieurs raisons, écris dans le post précédent, qui différencient le chaos du choc :
      – la notion d’échelle de grandeur
      – la notion systémique (risque ‘total’ ou totalitaire)
      – l’absence de contrôle sur les effets produits
      Naomi Klein utilisait le terme ‘choc’ dans son livre, paru en 2007 et portant sur des évènements précédent (en particulier les ‘années Friedman’ mais aussi des évènements naturels non contrôlés par l’homme mais produisant ces ‘interstices’ utilisés : ouragan, tsunami, …).
      De fait, elle n’a pas pu intégrer dans son livre le risque systémique que porte en lui le chaos, apparut pour la première fois avec les subprimes … fin 2006/début 2007. Sur la nature des ‘chocs’ aussi, elle n’a pas pu intégrer ceux qui sont purement financiers et produisent des effets financiers.
      Il me semble que l’on est passé à une autre ‘ère’, bien différente de celle des Reagan, des Bush & Co. : à la fois une ère totale (ou totalitaire, au sens que les effets engendrés porte sur la totalité d’un système ‘supérieur’, puisqu’il existe ‘partout’ dans le monde humain : l’argent) et à la fois une ère de dislocation croissante et ininterrompue, dislocation produite par ailleurs par le même ‘agent’ (l’argent).
      Seul l’argent peut produire ces effets. 1929 a pu le démontrer mais le monde n’était pas encore globalisé comme aujourd’hui.
      Naomi Klein n’a pas pu intégrer, à mon sens, cet aspect là : car il y a un avant et un après ‘subprimes’.
      Voilà pourquoi j’utilise le terme de ‘chaos’.
      Cordialement.

    11. @zébu

      Oui la présentation que vous faites est cohérente globalement, Mais est ce qu’elle ne masque pas la logique chaotique innérente dès l’origine du processus friedmanien. Par exemple les répercussions systémiques de la politique de taux de Volker ont très vite abouti à l’explosion de la dette du tiers monde et aux résolutions très partielles et même contra-cycliques du club de Paris.

      Certes ces effets n’avaient pas de conséquences immédiates défavorables sur les économies occidentales, au contraire même, mais on était bien dans du choc provoquant aussi du chaos, gérable pensait on…

      Quand les chocs successifs finissent par accélérer la mécanique chaotique et toucher sous nos yeux ébahis le coeur de nos économies et de nos croyances, évidemment il est temps de chercher des coupables… Il n’y en a plus. Juste quelques apprentis sorciers illuminés et des brigands opportunistes à peine commanditaires.

      On est plus dans les années vingt avec le cartel des gauches qui se heurtait au mur de l’argent et à la banque de France contrôlée par les 200 familles. À l’époque une grande crise et 80Millions de morts avaient « suffi » pour rétablir le système, ébranlé par ce qui était bel et bien une stratégie de choc.

      Aujourd’hui, la parcellitisation, la dispersion, bref l’entropie vers la stabilisation parfaite du système, c’est à dire sa mort, est bien plus avancée.
      N’oublions pas que l’entropie d’un système vivant consiste en la perte d’informations en son sein. Comme quoi, tout se rejoint…

    12. @ Vigneron :
      Aaaaahhh, vigneron, je vous voyais venir, avec l’entropie (qui chuinte) : la ther-mo-dy-na-mi-que.
      Au fait, c’était quoi déjà ? (non non, je plaisante, deux fois m’ont +qsuffi).

    13. @vigneron : « N’oublions pas que l’entropie d’un système vivant consiste en la perte d’informations en son sein. » : il me semble que ce n’est pas tout à fait ça. D’abord, on ne peut parler que d’augmentation ou diminution d’entropie, et non de l’entropie tout court ; ensuite une augmentation/diminution d’entropie d’un système signifie qu’il faut une augmentation/diminution de l’information pour le décrire complètement. (Mais bon, je peux me tromper, suis pas un caïd es thermodynamique.)

    14. @Reinette vermillon

      « Un point important à saisir avec l’entropie est le principe d’irréversibilité : un système va toujours d’un état instable vers un état stable (cet état stable fut-il létal) et jamais l’inverse. C’est l’effet des lois statistiques de convergence qui sélectionnent les états les plus stables aux dépens des moins stables. C’est une application de la seconde loi de la thermodynamique de Sadi Carnot: un système perd de l’énergie (de la chaleur pour un système mécanique, ou de l’information pour un système vivant) et tend ainsi vers la stabilité. A l’inverse, pour passer d’un état stable à un état instable (donc impulser un processus de changement) il faut injecter de l’énergie ou de l’information. (Francis HEYLIGHEN Principles of Systems and cybernetics:an evolutionary perspective). »

      J’avoue que pour les sources, je suis d’une nonchalance frisant la désinvolture.

    15. Bravo Vigneron, en s’y mettant tous, on va y arriver!
      Deux autres mots cruciaux viennent d’être lâchés : « Systems and cybernetics »
      Beaucoup de clefs sur ce fils, merci à tous!

    16. @vigneron : permettez-moi de vous faire savoir que la Reinette vermillon n’est pas d’accord sur tout ce que vous dites : « un système perd de l’énergie (de la chaleur pour un système mécanique, ou de l’information pour un système vivant) et tend ainsi vers la stabilité. » : l’équivalence que vous établissez entre chaleur/mécanique et information/vivant est archi, archi, archi douteuse. Oui, monsieur ! Douteuse ! Sujette au doute, à tout le moins celui de la gente grenouillère.

    17. @Anoure carmin

      Quant à vos arguments ou remarques pertinentes, et nez en moins contrariantes, réfèrez en, je vous en prie, au personnage suscité dans mon dernier post.
      C’est lui le prof de cybernétique et spécialiste de l’analyse systémique.
      Je ne suis qu’un modeste vigneron, plus encore dépassé par la pousse anarchique de ses vignes en ces chaleurs estivales, que par les fantaisies de l’entropie en milieu pré-post-capitaliste humide…
      Cordialement.

  7. Oui… et alors ?

    Le concept me laisse perplexe. L’entropie à objectif mondialiste est comprise par tous mais le final du parcellitarisme n’est pas même envisagé… Que la distance entre dirigeants et populations soient de plus en plus grande ne semble pas ouvrir la porte à un quelconque rejet de la dominance sociale.

    Pour l’heure, il semble évident qu’il faille aller bien plus loin dans l’horreur économique, dans la guerre et dans la pollution, pour espérer que quelque chose de l’ordre du tressaillement se passe…

    Est-ce que le concept n’est là que comme béquille analytique ?

  8. Ce « parcellitarisme » me fait un curieux effet. D’abord je me dis qu’il s’applique à merveille à nos sociétés modernes, qu’il colle parfaitement à ce que l’on peut aisément constater. Puis, je me dis qu’il épouse cette réalité de trop près, comme Christo avec les draperies du Pont-Neuf. Mais, alors que Christo ajoutait de l’inattendu, du mystère et un motif de rêverie au plus vieux pont de Paris, je cherche en vain ce que le « parcellitarisme » pourrait ajouter à notre compréhension du monde. Je n’y voit qu’un constat très lucide mais amer, sans espoir.

    1. Christo ajoutait de l’inattendu, du mystère et un motif de rêverie au plus vieux pont de Paris,

      Cela d’ailleurs pourrait être étendu à l’ensemble de la ville. A elle aussi une plus -value de mystère et de rêverie ne feraiit pas de mal. Après Beaubourg on peut faire mieux.

  9. Très juste. Ces réflexions sur la parcellarisation m’ont aussi évoqué l’indifferentiation du « corps sans organe » dans l' »Anti-Oedipe » de Deleuze et Gattari.

  10. La parcellarisation n’est malheureusement pas un choix conscient dans notre société occidentale, elle est inhérente à nos langues indo-européenne, à leur structure extrêmement flexionnelle et à l’utilisation croissante de verbes auxiliaires (être particulièrement pour marquer l’identité, avoir, aller (futur 2, en néo-français)).
    Il n’est donc pas très fondé d’intenter un procès en intention sur le thème du « diviser pour régner » dans notre culture. Cela nous est naturel par culture parce que culturel par nature, comme le disait Edgar Morin.
    A ce sujet on peut se référer à trois auteurs :
    – François Jullien : « Du ‘Temps’. Eléments d’une philosophie du vivre »
    – Alfred Korziebski : « Science and sanity »
    – Paul Jorion : « Comment la vérité et la réalité furent inventées »

    1. Oui, ça me semble évident, ce n’est pas programmé en tant que tel, mais il n’y a pas non plus de réforme qui ne « parcellise » davantage ce qui l’était déjà plus ou moins. Le phénomène est parallèle à l’évolution du droit que Valérie Bugault critique à plusieurs reprises sur ce blog. Je ne mettrais pas sa cause au niveau du langage, celui-ci n’est qu’un moyen, mais dans le fait que la démarche analytique permet de trouver une « solution » à n’importe quel problème. Le document cité ci-dessus par scaringella, « La Faisabilité politique de l’ajustement », l’illustre à point nommé.

    2. @ Crapaud Rouge

      Non, le « langage n’est pas qu’un moyen »!
      C’est aussi ce qui structure notre pensée depuis le « maman, papa ».
      Il y a une relation de type poule à oeuf entre langue et pensée.

      Dit autrement, si vous étiez né en Chine et aculturé à une langue agglutinante, vous ne penseriez absolument pas de la même façon… même en vous appelant toujours Crapaud Rouge.

    3. @EOLE : comme vous j’ai lu « Comment la vérité et la réalité furent inventées », et ce que Paul dit du langage m’a passionné. Ce qui s’inscrit, depuis ses floues origines, dans « lalangue », c’est une irrésistible propension à séparer le vrai du faux. Nos langues se sont en quelque sorte spécialisées dans cette fonction. Je suis d’accord pour dire qu’elles structurent la pensée, qu’elles fournissent un cadre hors duquel nous sommes incapables de penser. Mais il reste à savoir ce qui, dans cette structure ou ce cadre, a pu favoriser le développement du « parcellitarisme ». Ce qu’en dit Jorion ne suffit pas, car la maîtrise des subtilités logiques n’implique pas le « parcellitarisme ».

      D’où mon idée de le mettre sur le dos du principe selon lequel tout problème a une solution dès lors que vous pouvez en faire l’analyse, la solution qui en résulte ne pouvant être que parcellaire. (S’il fallait tenir compte de tous les facteurs et de toutes les dimensions d’un problème, l’analyse serait impossible.) Or, dans le cadre d’un travail analytique, la langue est utilisée comme moyen.

      Je vous signale enfin que les mêmes langues ont produit le catholicisme, une représentation globale du monde qui s’oppose radicalement au « parcellitarisme ». C’est la preuve que la structure imposée par lalangue ne suffit pas.

    4. @ Batracien et Eole (à ne pas confondre avec éolienne ni avec moulin à vent),

      Votre dialogue est passionnant ; je crois pouvoir vous mettre d’accord :
      1) nous (occidentaux c’est-à-dire peuples de langues indo-européenne) sommes piégés par le mouvement continu, inexorable, de va et vient entre unification et morcellement ou émiettement de la pensée ; ce qui peut se décrire aussi comme le va et vient entre un état synthétique et un état analytique de la pensée. Ce mouvent de perpétuel va et vient se vérifie par l’état du droit aux différentes périodes ;
      2) mais nous ne sommes jamais prisonnier, pour la raison ci-dessus énoncée, d’un état : ni d’un état définitivement synthétique (qui se traduit par un droit uniforme et centralisateur, disons le mot), ni d’un état définitivement analytique (qui se traduit par un émiettement du droit, des institutions,enfin de tout notre environnement sociétal).

      Personnellement, je pense que en raison du phénomène décrit par « EOLE », l’état occidental le moins élaboré et le moins contraint est un système parcellisé et que, la civilisation aidant (avec ses risques de dérives : qu’il faut donc anticiper et éviter), nous nous domestiquons et entrons dans un état de droit avec des règles et des institutions uniformes et propres à permettre à la vie en société de se dérouler avec une relative sérénité.

      Au plaisir de vous lire,

    5. @Crapaud Rouge

      La difficulté reste qu’on ne peut pas « analyser un problème »; comme vous le dites, il manque toujours des données. On peut juste avoir plusieurs approches concurrentes d’un faisceau de phénomènes non exhaustifs décrit comme faisant « problème ».
      Dans notre culture occidentale (ce qui vient après et avec Platon et Aristote), on dénie tout simplement et l’immanence et « les transformations silencieuses » (autre titre de François Jullien).
      Même notre notion de temps n’existe que comme parcellarisée en évènements et pas en continuité.

      Dans la « représentation globale du monde » chrétienne comme « scientifique », nous ne savons même pas écarter un évènement primordial, véritable conte de fées, dans les deux cas: l’acte divin créateur ou le Big-bang ! Ca ne semble gêner personne que ces deux formes de totalitarisme ne puissent justifier la simple question: « à partir de quoi? ». Notre « raison » occidentale appuyée sur la structure flexionnelle à l’extrême de nos langues (au moins le grec, le sanscrit et le latin), ne sait pas fonctionner sans un évènement initial, comme s’il fallait absolument un point de départ au temps qu’on ne demande apparemment pas à l’espace (on ne pose pas la question de savoir où aurait eu lieu le Big-bang mais celle de quand est-il survenu).
      De même, le monde créé en six jours inclue tous les objets (règnes animal et végétal compris) dans l’espace, mais « Dieu » laisse le temps se dérouler, évènement après évènement, le tout bien noté sur un livre d’heures…

      Je ne l’ai pas étudiée, mais je peux juste me poser la question de savoir comment il se fait que notre démocratie, purement indo-européenne, naisse du même lieu et du même temps (Platon vs Aristote / grèce).

    6. @VB : « va et vient entre un état synthétique et un état analytique de la pensée » : d’accord avec l’axe synthétique/analytique, on y arrive tout naturellement du fait même de « lalangue » et ses sempiternelles oppositions binaires. Mais s’agit-il d’un va et vient ? J’en doute fort, car le catholicisme s’est caractérisé par une théologie, (certes « bidon » pour les athées), mais néanmoins fort subtiles pour les spécialistes, assez subtiles pour être contestées et donner lieu à d’autres théologies. Ces théologies étant à la fois « synthétiques », car elles prétendent toucher à une description plus ou moins exhaustive du monde, et « analytiques », car se montrant capables de décomposer une question pour y répondre de façon raisonnée, elles réalisent une union synthétique/analytique.

      Il me semble de plus en plus évident que le « parcellitarisme » ne peut pas « servir d’anti-modèle pour un recentrement démocratique« , il est le modèle en vigueur. Si JLM pense le contraire, alors il manque un truc dans son exposé, ou bien quelque chose d’important m’a échappé. Quoiqu’il en soit, je ne peux m’empêcher de penser qu’il faudrait un antidote à ce « parcellitarisme », lequel antidote ne pourrait être que de l’ordre de la synthèse. Malheureusement, on retomberait dans le « parcellitarisme » si l’on se livrait à une superbe analyse pour dégager une synthèse, c’est ce que font technocrates et ingénieurs quand ils conçoivent des nouveaux produits. Alors je ne sais pas, peut-être faut-il attendre l’étincelle qui produira une nouvelle catalyse.

    7. @EOLE : votre post est très intéressant, et je vous donne entièrement raison sur le fond. Nous avons un rapport « analytique » avec nos langues, (qui se manifeste dans les formes flexionnelles ou prépositionnelles), de sorte que nous avons besoin, par exemple, de donner une origine au temps et à l’univers, sans quoi il y a un manque, quelque chose qui ne colle pas. Je crois savoir qu’il n’en va pas du tout ainsi avec le chinois, vous pourriez sans doute me le confirmer.

      Mais vous commettez une (petite ? grosse ?) erreur en disant : « (…) on ne peut pas « analyser un problème »; (…) il manque toujours des données. » : et bien si, on le peut, justement, tout est là, on y arrive très bien ! Mais non pas parce qu’il manque toujours des données, mais parce que l’on peut toujours faire abstraction de certaines données. Le texte cité par scaringella le montre sans difficulté. Et le fameux syllogisme « Socrate est un homme… » le montre aussi car, quand on raisonne sur « le fait » que « Socrate est un homme », on sélectionne cette qualité-là au détriment de toutes les autres.

      Note : le pouvoir d’abstraction d’une langue est phénoménal, celui des maths, en comparaison, c’est de la gnognote. Ainsi, pour ne donner qu’un exemple, des verbes comme manger ou se nourrir marchent aussi bien pour nous, pour une bactérie, une baleine, un rat, et même, au sens figuré, pour ces DAB qui « mangent » votre carte après trois erreurs de saisie.

    8. @VB : réflexion faite, oui, il doit bien y avoir un « va et vient » entre analyse et synthèse, mais où ? En tout cas, la thèse du « parcellitarisme », combinée avec celle du chaos vu par zébu, revient à dire que nous avons perdu de vue toute synthèse. Hormis celle de « l’universalité du marché« , bien sûr, certains la gardent bien en vue…

    9. @ Batracien,

      Oui, je vous rejoins avec juste une petite précision : il ne peut y avoir de synthèse sans analyse préalable ; la synthèse intervient en dernier lieu, après que l’analyse soit abouti. Avec évidemment le mouvement inverse de synthèse vers l’analyse lorsque la synthèse acquise ne correspond plus aux réalités.
      C’est dire que la synthèse ne vaut que pour un état du monde particulier, et après que celui-ci ait été parfaitement analysé.
      S’agissant des religions, qui prennent l’homme pour modèle, je me demande si la synthèse est dépassable ; en dehors du décors, qui lui change, je crois que les constats faits par les religions sont immanents et permanents, atemporels en quelque sorte. Ainsi, il se pourrait que chaque religion du livre (monothéisme) tire des solutions différentes à propos de constats humains quasi-identiques.

    10. @ Batracien, et à tous :

      Une idée : si nous partions du constat des religions du livre pour remettre un peu de spiritualité dans nos sociétés ?
      C’est-à-dire si nous considérions et recensions les constats faits par les 3 monothéismes, peut-être que cela nous permettrait de retrouver la voie d’une certaine morale permettant de repenser un système politique vivable (droit, institutions) autour de cette morale ?

    11. @ Crapaud Rouge

      Apropos de ma Kolossale erreur:
      Je ne peux accepter votre proposition: « Socrate est un homme » parce qu’il s’agit d’une identification fallacieuse (vraie à certains niveaux d’abstraction, fausse à d’autres; cf. Korzibski pour les détails. A la limite « Socrate fut un homme »…?
      Je peux admettre cependant que vous classiez Socrate en tant qu’être ayant vécu dans une catégorie que vous désignez « homme » qu’il vous reste à définir.
      Que pensez-vous de: « cette femme est un homme »? ou de « l’adolescent Socrate n’était pas un homme »? etc.

      Une observation pertinente: une négation est toujours plus « vraie » qu’une affirmation. Faites le test.

    12. @VB
      Rien que ça?
      En même temps ça a le mérite de limiter le champ d’investigation! Mais finalement assez peu au vu de notre référentiel moral et culturel habituel et méditerranéen…
      On pourrait par goût de l’exotisme et pour les fans de Nietzsche, Schopenhauer et Cioran élargir jusqu’au boudhisme…Et peut être aussi à l’animisme…
      Bref, dur de se mettre d’accord même sur les limites du synchrétisme…

    13. @ Vigneron,

      En fait, les 3 religions du livre me semblent plus proches du référentiel des peuples européens ; peut-être serions nous surpris de découvrir que ces religions ont plus de point commun que ce que l’on croit, surtout, comme je l’ai déjà dit, relativement aux constats relatifs à l’homme, et pas, évidemment, sur les solutions que chacune des 3 religions apportent.
      Un homme très au fait des choses religieuses pourrait-il nous donner son avis ? (peut-être Jérémie, ou d’autres)

    14. @VB : « Une idée : si nous partions du constat des religions du livre pour remettre un peu de spiritualité dans nos sociétés ? » : sachant que Voltaire était déiste, qu’Attali a écrit une histoire du capitalisme qu’il fait remonter aux origines du judaïsme, et qu’enfin les protestants ont conquis le monde, je me dis parfois que ce ne serait pas idiot de repenser Dieu. Mais pour produire un avatar dont la finalité serait de phagocyter le dieu judéo-chrétien, et d’en finir avec l’identité spiritualité-croyance. Question : peut-on espérer/souhaiter voir émerger un consensus autour d’une nouvelle conception du dieu unique ?

      @EOLE : vous êtes trop savant, vous fuyez dans des subtilités que j’ignore pour ne pas répondre à mes arguments. « Socrate est un homme » n’est pas une proposition fallacieuse, sauf si vous découvrez que Socrate est mon chat. Dans l’analyse dont je parlais, la question de la vérité (par rapport à la réalité) n’est pas en jeu. D’autant moins en jeu que l’abstraction évacue des montagnes de réalité ! Il suffit qu’auteur et lecteur d’une analyse partagent les mêmes présupposés pour qu’elle soit considérée par eux comme conforme à la réalité.

    15. @ Batracien, et @ Tous,

      « je me dis parfois que ce ne serait pas idiot de repenser Dieu. »
      =>
      Vous ne comprenez pas : il ne s’agit pas de repenser Dieu, mais il s’agit de partir du constat commun aux 3 religions du livre sur l’Homme, afin de trouver un substrat de moralité qui permettrait de reconstruire des relations humaines fondées sur la confiance, ce qui les rendrait vivables et nous sortirait du même coup du piège positiviste.

      Cordialement,

    16. « Il suffit qu’auteur et lecteur d’une analyse partagent les mêmes présupposés pour qu’elle soit considérée par eux comme conforme à la réalité »:
      C’est justement là que le bât blesse. N’y a-t-il pas pour vous une forte incertitude sur le partage de présupposés? Pour moi, oui. Il m’est déjà très difficile d’acquérir un semblant de conviction sur ce que nous essayons de partager et qui nous parait conscient, pour nous. Que dire quand une partie reste inconsciente chez l’un, chez l’autre ou les deux.

      « des montagnes de réalité »: vous voyez « la réalité » comme extérieure à vous même, moi pas. Il n’y a de réalité, pour moi, que les perceptions fluctuantes que j’en ai, ce qui revient à dire qu’il n’y a pas de réalité réelle mais une construction dynamique jamais certaine que je porte en moi. Bref , je suis plutôt introverti et vous probablement plutôt extraverti (au sens jungien des termes).

      C’est pourquoi, plus que vos arguments, ce sont leurs fondements qui m’intéressent…

      Aucune obligation de réponse, à cette intéressant dialogue.

    17. @VB : j’avais bien compris mais je n’étais pas d’accord. Il n’y a rien de commun entre les religions du Livre : dès que l’on entre dans la compréhension des concepts, les divergences sont irréductibles. Exemple spectaculaire : le Saint Esprit procède du Père seulement pour les orthodoxes, du Père et du Fils pour les catholiques. Divorce total et fondamental pour une broutille, connue sous le nom de querelle du filioque. D’où mon idée de « repenser Dieu », d’en refaire la synthèse, ce qui n’interdirait nullement de puiser dans le corpus de chaque religion. Ce n’est qu’une idée comme ça, je serai sûrement le dernier à la prendre au sérieux.

    18. @Batracien,

      « j’avais bien compris mais je n’étais pas d’accord. Il n’y a rien de commun entre les religions du Livre : dès que l’on entre dans la compréhension des concepts, les divergences sont irréductibles. Exemple spectaculaire : le Saint Esprit procède du Père seulement pour les orthodoxes, du Père et du Fils pour les catholiques. Divorce total et fondamental pour une broutille, connue sous le nom de querelle du filioque. D’où mon idée de « repenser Dieu », d’en refaire la synthèse, ce qui n’interdirait nullement de puiser dans le corpus de chaque religion. Ce n’est qu’une idée comme ça, je serai sûrement le dernier à la prendre au sérieux. »
      =>
      Oui, évidemment il y a des différences entre les religions monothéistes (et leurs schismes), ça ne se discute même pas.
      Par ailleurs, vous avez vous même trouvé la filiation entre le mythe d’Osiris et le christianisme ; il y a d’autres relations à faire entre le christianisme et l’Egypte antique : par exemple le culte du soleil (Rê – Aton – Dieu unique) qu’Akhenaton avait voulu instaurer en réaction à la toute puissance des représentants sur Terre des différents Dieux.
      Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme… On ne repart jamais de rien, c’est évident pour qui a fait de l’histoire, du droit, ou des sciences humaines.
      Ce que je me demande c’est si, dans les 3 religions du Livre, il n’existerait pas, en dehors de toute croyance et de tout dogme ou mythe (j’inclue évidemment dans ce « package » Le Saint Esprit), des constats communs sur la nature humaine, qui pourraient servir de fil conducteur (les fameux « guidelines » affectionnés par la Anglo-Saxons) pour restaurer des relations sociales fondées sur la confiance.
      En fait, évidemment, je pense en premier lieu aux « Tables de la loi » et je me demande s’il ne serait pas possible d’aller (de chercher) un peu plus loin dans ce domaine…
      Peut-être est-ce là une fausse route, et qu’au bout de cette route se trouve votre proposition (à laquelle je ne suis pas loin de souscrire :-).

      Cordialement,

    19. @VB : « en dehors de toute croyance et de tout dogme ou mythe (j’inclue évidemment dans ce « package » Le Saint Esprit), des constats communs sur la nature humaine, qui pourraient servir de fil conducteur » :

      Vous concevez votre idée dans un moule trop pragmatique. Ces « constats communs sur la nature humaine » sont des constructions de l’intellect, et ne sont concevables que dans un tout. Mais ce tout, vous le rejetez en disant : « en dehors de toute croyance et de tout dogme ou mythe » ! La conception de « la nature humaine », (ou de l’humanité, ou de notre place au sein de l’humanité, etc.) est inséparable de la conception des dieux : ces êtres, considérés comme « inexistants », sont en fait des projections de l’intellect, des émanations du système de connaissances dans lequel ils ont vu le jour. Qu’ils prennent l’allure de personnages n’est qu’un effet de rhétorique, une question de style, d’époque et de culture. Les dépouiller de leur accoutrement anthropologique ne les fait pas disparaître : quand on écrit que « les hommes naissent libres et égaux en droit », on pose l’existence d’un dieu qui est le droit.

      J’imagine que la mythologie situe hors du monde les notions premières de son système de connaissances. A mon avis, c’est implacablement logique car, soit elles sont là depuis toujours et alors il n’y a rien à expliquer, soit elles ne sont pas là depuis toujours, et donc elles n’ont pu venir que du dehors. Moralité : les notions premières ne peuvent se passer d’une construction intellectuelle de type métaphysique pour les faire tenir ensemble.

    20. @ Batracien,

      « Moralité : les notions premières ne peuvent se passer d’une construction intellectuelle de type métaphysique pour les faire tenir ensemble. »
      =>
      Vous avez peut-être raison, je ne suis pas sûre, mais c’est probable…
      Quoiqu’il en soit, notre civilisation occidentale a un besoin urgent de renouer avec une certaine métaphysique, une morale (celle dont vous parlez), sans laquelle aucune structure juridique publique ou privée ne pourra surgir et durer.
      Nous avons, du point de vue juridique, été au bout du bout de ce que le positivisme avait à nous offrir, il faut maintenant passer à autre chose.
      Cette « autre chose » est et reste, selon moi, à inventer…

      Cordialement,

  11. Parcellitarisme ?

    Je ne suis pas sur que ce barbarisme apporte beaucoup à la compréhension du monde comme il va , ni au vrai repérage des difficultés à vaincre .

    Si l’on accepte de regarder notre société humaine comme un organisme vivant complexe , j’assimilerais plutôt ce qui est ainsi baptisé , à individualisme .

    Quand la  » parcelle » unitaire devient l’individu , et que tout ( besoins primaires ou élaborés ,consommation, communications de tous types, travail , règles ,valeurs ) est ,  » de fil de l’eau » ou de manipulation , ciblé sur cet  » atome  » unitaire , il ne peut y avoir que désagrégation , appauvrissement de l’ensemble par inaptitude à prévoir et organiser en commun des projets mobilisant des énergies  » assemblées  » , seuls projets capables d’apporter des solutions aux grands enjeux immédiats et futurs ( énergie , eau , air , démographie , biodiversité , nourriture , santé , éducation ..).

    Dès lors , les outils de communications ( le spectacle en est un ) et le marché en tant qu’outil de communication et d’échanges , deviennent Le pouvoir , au détriment des valeurs du groupe et, très vite , des individus .

    Le marché ( quelques milliers d’individus complices objectifs ou involontaires de par le monde ) s’est très bien accomodé de ce que la démocratie rendait possible par la  » liberté » des échanges .

    Il était un peu gêné aus entournures par les pouvoirs attributs de la démocratie .

    Il a donc phagocyté des places de pouvoir institutionnel et les media .

    Il a vite repèré l’aubaine d’une atomisation du contre pouvoir par la déification aveugle de l’individu .

    Tout ça en raison d’une énorme confusion dans les esprits sur le sens du mot Liberté , qui avec le suicide , est l’un des seuls grands sujets philosophiques ou tout bêtement humain.

    La Liberté n’est pas le libre arbitre .

    La liberté d’un peuple n’est pas la somme des libres arbitres individuels .

    La démocratie n’est pas la somme des individuocrates .

    La démocratie c’est pouvoir ET contrepouvoirs .

    C’est la liberté d’information .

    C’est la force exercée pour les citoyens par des forces citoyennes .

    Elle a besoin de vertu en chaque citoyen , et de vertu extrème dans ses élites élues .

    Les erreurs sont faciles à repèrer sinon à corriger . Au moins en France .

    La démocratie a-t-elle besoin d’un territoire ?

    Je pense que oui , et qu’aujourd’hui , pour qu’elle ne meure pas ( et l’humanité avec elle assez rapidement ) , l’un des ces territoires est encore l’Europe si le marché ne la détruit pas encore davantage .

    Alors il est d’ardente obligation à tous les élus européens de se remuer un peu pour ne pas être des traîtres et capitulards devant l’histoire , comme d’autres l’ont été devant le nazisme montant .
    Madame Lepage ( et les autres) , êtes vous là ?

    1. « Alors il est d’ardente obligation à tous les élus européens de se remuer un peu pour ne pas être des traîtres et capitulards devant l’histoire » : si après ça nos élus ne sentent pas « l’ardente obligation » leur descendre sur la tête comme la flamme du Saint Esprit, c’est à désespérer !

  12. Parcellitarisme, = interstices= chemin déviant l’obstacle.
    Parcellitarisme, effondrement du temple?

    Le système économique fondé sur l’isolement est une production circulaire de  l’isolement.L’isolement fonde la technique, et le processus technique isole en retour. De l’automobile à la télévision, tous les biens sélectionnés par le système spectaculaire sont aussi ses armes pour le renforcement constant des conditions d’isolement des « foules solitaires ». Le spectacle retrouve toujours plus concrètement ses propres présuppositions .(Guy Debord, La société du spectacle,chap I, fragment 28)

  13. Avec tout le respect que je dois à mr Godard, je trouve sa phrase « les salauds sont devenus sincères » assez curieuse.

    Un cycle se termine, vraiment ?

    Donc, terminés les plans massifs de licenciement ?
    Terminées les fraudes fiscales ?
    Terminées les relations incestueuses entre l’Etat et l’église ? Entre l’Etat et la finance ?
    Terminée la corruption jusqu’au plus haut niveau ?
    Terminée la concentration du capital ?

    Mouais… L’actualité nous dit plutôt le contraire, non ?

    1. Journaliste : Quand on entend : « Les salauds aujourd’hui sont sincères, ils croient à l’Europe », quelle autre chose ça permet de dire ? On ne peut pas croire à l’Europe sans être un salaud ?

      Godard : C’est une phrase qui m’est venue en lisant des passages de la Nausée. En ces temps là, le salaud n’était pas sincère. Un tortionnaire savait qu’il n’était pas honnête. Aujourd’hui le salaud est sincère.
      Quant à l’Europe, elle existe depuis longtemps, il n’y a pas besoin de la faire comme on la fait.
      J’ai du mal à comprendre par exemple qu’on puisse en être parlementaire, comme Dany [Cohn-Bendit]. C’est étrange non ?

      Jean-Luc Godard, interrogé par Les Inrockuptibles, 12 mai 2010

      collé du cache :
      http://webcache.googleusercontent.com/search?q=cache:SC3nRR4ysmEJ:www.lalettrevolee.net/article-jean-luc-godard-ou-l-europe-des-salauds-sinceres-50526220.html+aujourdhui+les+salauds+sont+sinc%C3%A8res&cd=3&hl=fr&ct=clnk&gl=be

      Repris également dans l’un des 10 interviews de Mediapart à l’occasion de la sortie de « socialisme »

      §

      La phase qui se termine est celle ou les blattes, petites et grosses, pouvaient se tenir invisible et dominer à partir des fentes; la Grande Crise les rends visibles – et a montre leur écervellement -, lequel ne va pas durer éternellement, en quoi va se transformer le « parcellitarisme » actuel ?

      Il me semble que le projet de Caillé est de disposer d’un point d’appui conceptuel, « un idéal type » permettant de penser la politique, là ou les concepts de « démocratie », « réaction », et « totalitarisme » se sont révélés insuffisants. dans quel espace de représentation du politique nous situons-nous pour recentrer rééquilibrer. Les seules visions « anarchistes » ou « debordienne » ne suffisent pas à reconstruire, mais elles sont nécessaires pour déconstruire tout en construisant.

      PS, Il y a un second article de Caillé sur le thême du parcellitarisme et de l’individualisme dans la revue du Mauss permanente sur le net.

      A+

  14. C’est la division du travail qui ont le sait bien a entrainé des gains de productivité gigantesques.
    Comme nous arrivons « à la fin d’un cycle »…la solution serait-elle alors la recomposition du travail ?
    Il faut redonner son intégrité au Travail, c’est un choix de société aussi.
    Refuser de manger un yaourt fait dans 5 pays différents, un pour le lait, un autre pour les ferments lactiques, l’autre pour la pasteurisation…..
    On ne peut plus comprendre qui on est vraiment si on passe sa journée et sa vie à faire des petits bouts de choses pour qu’à chaque étape, les filous s’en mettent plein les poches.
    Alors comment recomposer le travail aujourd’hui ?
    – Donner une place centrale à l’artisanat, le travail humain de qualité, les savoirs faire, et cela en passant du plombier au maître d’école.
    Notre pouvoir de consommateur c’est du concret.
    Un chercheur du MIT a mis en ligne un soft en open source en ligne (SourceMap) et qui permet de voir d’où viennent les composants des biens industriels. Par exemple, savoir qu’il y a 50 composants dans un ordinateur et savoir d’où ils viennent, savoir aussi qu’il n’y a qu’un seul pays au monde qui produit de manière industrielle la vitamine B6 (présente dans beaucoup, beaucoup de compléments et autres…) et que ce pays c’est la Chine…et que c’est un peu dangereux ..
    .
    Nous sommes des millions d’individus en France, nous avons besoin de de retrouver un Corps Social !

  15. parcellitarisme ? on retrouve la réflexion d’E Morin qd il parle de l’expertise sans vision globale ni de finalité.
    Sans nier le bien-fondé de cette analyse, puis-je dire, avec un peu d’ironie, que le jargon sociologique participe aussi au parcellitarisme ???

    1. Oui, Dissy.
      Ce qui fait que ce que se passe en zone Euro va devenir assez secondaire.

      Tout en relatif, même en temps de retournement d’argent facile.

  16. http://www.lemonde.fr/economie/article/2010/06/30/liem-hoang-ngoc-pour-reduire-le-deficit-il-faut-revenir-sur-les-depenses-fiscales_1380922_3234.html#ens_id=1360667

    Les politiques de rigueur mises en place par les pays européens risquent donc compromettre la croissance ?

    Selon de nombreux économistes, l’Europe va replonger dans la récession, avec à la clé une nouvelle crise d’ici trois ou cinq ans. La philosophie des promoteurs des politiques de « consolidation budgétaire » est que la rigueur va relancer la confiance, et donc la consommation et la croissance, ce qui est très optimiste.

    Au contraire, la rigueur va tuer la reprise dans l’œuf en cassant la consommation et la croissance, et baissant donc les recettes fiscales. Il faudrait plutôt suspendre le pacte de stabilité pour permettre aux pays membres de mettre en place des politiques de relance. Mais le Conseil et la Commission européenne préfèrent placer les politiques budgétaires des Etats sous tutelle afin d’imposer un durcissement du pacte. A la rentrée, certains pays vont même inscrire ces principes néolibéraux de politique budgétaire dans leur Constitution…

    1. C’est à dire NATIONALISER ENCORE PLUS DE PERTES ET FAIRE DE L’HYPERINFLATION.

      Merci du conseil, Dissy Les Moulineaux.

  17. Bon article!!

    Nous vivons dans une société à « bulles » et vu la chaleur,… le bain à bulles commence à mousser 🙂

    1. Non… Je n’aime pas ces gens avec leurs idées courtes. Non, et non ! NON ! Tout ce bavardage inutile !

      Comme si le danger était le côté anglo-saxon du monde et qu’il y avait une possibilité de s’en sortir, si la vaillante petite Europe pensait davantage à ses intérêts ! Eh bien c’est n’avoir rien compris du tout.

  18. la parcellerisation , c’est un developpement en série en fait : on espere pouvoir décomposer à l’infini la trame de nos vies en acte d’achats (voir même la taxe C02 sur la respiration ) or tout individu est borné ,a une enveloppe charnelle ,temporelle :

    un developpement en série se comporte aux asympotes comme si il avait déja atteint les limites !

    l’homme est gaussien « what ‘s goes up must come down  » ,logarithmique dans la sensation de l’écoulement du temps mais il est aussi exponentiel dans ses conneries :

    Un nénuphar couvre un étang en 100 jours. Il double sa surface tous les jours. Quand avait-il couvert la moitié de l’étang ?

    Ben non! Pas 50 jours. Mais 99 !

    c’est à dire que plus on approche de la limite plus on y va vite ,une sorte de big crunch !

    1. Dans le genre de la parabole des nénuphars, et d’ailleurs ça n’a pas grand chose à voir mais c’est du même auteur, Albert Jacquard.

      Si je vous demande d’estimer le volume que pourrait contenir l’ensemble des spermatozoïdes tous différents génétiquement qu’un homme pourrait produire si le temps suffisant lui était offert?

      Bon j’imagine que comme moi vous vous êtes jamais posé la question en vous…rasant, donc je vous donne la réponse:

      L’UNIVERS ENTIER n’y suffirait pas!

      Tudieu! Quand j’ai lu ça, j’ai regardé l’Univers, de très haut mais dans le blanc des yeux, et, sans pouvoir éviter d’esquisser un sourire narquois, je l’ai vu tout petit…

      Bon évidemment si on aborde les ovules, je vous explique même pas!

  19. En agriculture un tout petit peu planifiée, quant la parcellisation, le morcellement deviennent par trop handicapants, on remembre. A la hache s’il le faut.

    Si l’on peut faire marche arrière et faire gober ça à des petits paysans accrochés à leurs petits biens, on doit sans souci y arriver aussi, jusques et y compris dans la « part obscure de la société civile » de l’âme de chacun pour votre contre-parcellitarisme…

    Par contre, s’occuper des brigands plus ou moins opportunistes qui grouillent dans les interstices, je suis plus circonspect…

    1. Le pataugeage dans les règles de l’art! Un grand Maitre International du pataugeage! Il patauge même de la langue! Il aurait du faire l’ENA en plus d’HEC le pauvret! Ce mec est IMPAYABLE!

    1. Ce n’est pas de l’économie libérale mais de l’économie dirigée, par décrets et loi. Or ceci ne peut être assimilé à de l’inflation, puisque nous sommes en face de monopoles qui dictent leurs lois, il n’y a pas de rapport offre/demande. Ceci ne reflète donc en rien le rapport O/D.

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