BFM Radio, lundi 13 septembre 2010 à 10h46 – Prendre des mesures n’est pas comprendre


13/09/2010 – Paul Jorion – BFM Radio – Intégrale Bourse
envoyé par PJorion_BFMRadio. – L'info internationale vidéo.

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Les banquiers centraux qui viennent de se réunir à Bâle ont prouvé que la nature d’un certain aspect de la crise ne leur a pas échappé puisqu’ils proposent une interdiction de la distribution de dividendes si le niveau des réserves de capitalisation des banques est enfoncé. Deux des trois plus grosses banques américaines, Bank of America et Citibank, se trouveraient dans cette situation si les nouvelles mesures étaient immédiatement appliquées. On entend empêcher par là qu’actionnaires et patrons ne vident tout simplement la caisse en période de vaches maigres, solution à toutes les difficultés financières dont la popularité ne cesse de grandir depuis quelques années.

Sinon, gonfler les réserves, cela veut dire essentiellement qu’on ne cherche ni à comprendre, ni à empêcher les crises : on se contente d’amortir leurs effets, et ceci sans avoir même la moindre idée de la gravité que présentera la prochaine. Les mesures prises, qui seront ratifiées par le G20 à Séoul en novembre, devront être en vigueur dans… huit ans, une durée de mise en place absurde si l’on pense aux six ans à peine qui séparent l’éclatement de la bulle internet de la crise des subprimes, mais qui signale le conflit entre deux contraintes aussi impératives l’une que l’autre : se donner du temps pour que tous les établissements dont les réserves sont insuffisantes dans la perspective de la nouvelle norme ne se précipitent pas simultanément sur le marché des capitaux en vue de se recapitaliser, et la nécessité d’aller vite en raison de ce que nul n’ignore : la soudaineté éventuelle d’une nouvelle crise.

L’accord de Bâle n’est pas le seul représentant bien sûr de cet état d’esprit qui consiste à ne pas comprendre ou à ne pas vouloir comprendre. Qu’on se souvienne de mesures déjà prises ou envisagées : plafonner le bonus des traders, bonus qui sont en réalité des commissions fixées au pourcentage, sans qu’on ne se préoccupe d’où viennent en réalité ces bénéfices faramineux dont une faible portion produit encore des chiffres énormes. Qu’on se souvienne aussi des taxes sur les opérations financières, dont la taxe Tobin est le prototype, qui découragent sans faire de véritable tri, alors qu’il conviendrait de distinguer entre ces opérations financières celles qui sont utiles de celles qui sont nuisibles, et encourager alors les premières et interdire purement et simplement les dernières.

Autres exemples fameux : les bulles financières et le risque systémique. Les explications de bonne qualité n’en manquent pas, et ne sont pas nécessairement toutes récentes : qu’on pense aux travaux de Hyman Minsky dans les années 1980 et 1990. Mais que fait-on au lieu de chercher à les prévenir ? On crée à leur propos des « observatoires », des « structures d’alerte ». Au lieu d’empêcher les bulles financières d’apparaître et le risque systémique de miner l’économie, on nous informera, de source officielle, qu’ils sont là. Au lieu d’institutions bureaucratiques, c’étaient autrefois des économistes hétérodoxes, voire des anthropologues, qui sonnaient l’alarme, mais ceux-ci demeurent aussi éloignés qu’avant la crise des centres de décision.

Plus ça change donc, plus c’est la même chose. Faut-il incriminer les structures fossilisées ou la volonté délibérée de nuire ? Qu’importe, le résultat est le même.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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49 réflexions sur « BFM Radio, lundi 13 septembre 2010 à 10h46 – Prendre des mesures n’est pas comprendre »

  1. La réforme d’un système comportant autant d’acteurs est difficile. On peut arriver à se mettre d’accord sur le besoin de réformer mais on aura bien du mal à se mettre d’accord sur les réformes à mettre en place, d’autant plus que l’idéal politique, la direction à prendre n’est pas la même pour tous. C’est un combat politique.
    Est-ce que Cap 21 dont Corinne Lepage est à la tête a intégré votre proposition d’interdiction des paris sur les fluctuations des prix?

  2. effectivement, on discute toujours les habits nouveaux de l’empereur quand celui-ci est nu!
    En fait, on s’en fout complètement des fonds propres, je ne vois pas comment quelques milliards signifient quoi que ce soit quand la crise systémique peut faire disparaître dans un véritable trou noir financier des centaines de milliards ou des milliers de milliards en quelques instants sous forme d’insolvabilité aigue!
    Non, profits distribués ou non (qui vident les caisses, c’est vrai), quand frappe la panique d’une crise d’insolvabilité, nous verrons à nouveau l’injection de monnaie papier sans limite aucune.
    Monnaie qui disparaîtra ensuite dans des trésors liquides, comme toujours.
    Et tout cela augmente d’autant la part irrécupérable de la dette, et les créanciers vont « se payer sur la bête » par les seuls intérêts et les intérêts des intérêts perçus en sachant que le capital, sauf la part liquide réalisée, est de toute façon foutue!
    Quand comprenons -nous enfin que c’est la monnaie elle-même qui ne peut circuler convenablement dans un tel scénario?
    Si on continue à émettre une monnaie qui est non-monnaie en même temps, on reconnaît que l’on n’a toujours rien compris et qu’il n’y a aucune chance que cela s’arrange.
    Les banquiers, mais surtout les économistes, opèrent toujours avec des concepts inadéquats, et cela les amène à prendre des mesures inadéquates.
    Dès que nous émettrons une monnaie qui circule véritablement, à savoir un « signe monétaire marqué par le temps » (le SMT), tous ces problèmes de fonds propres et autres fadaises révèleront leur absence de pertinence de quelque niveau que ce soit.
    Les « fonds propres » véritables des banques et de l’économie dans son ensemble est une monnaie qui circule, une monnaie qui revient, autrement dit qui génère des revenus POUR TOUS!

    1. Pour vous, les signes (billets et autres) marqués par le temps (SMT) seraient la panacée. Mais dans les années 70, l’inflation atteignait 16-17 % en France ! Ca, c’est un marquage par le temps ! On se souvient des problèmes gravismes que cela engendrait d’autant que cette inflation était loin d’être uniforme d’un pays à l’autre, même en Europe.

      Rappelez-vous des « montants compensatoires » pour éviter la ruine de la « politique agricole commune », des crises spéculatives sur telle ou telle monnaie, sur les matières premières et sur l’or, rappelez-vous du miel que se faisaient les paradis fiscaux.

      Il n’y avait véritablement que l’intérêt psychologique de voir son salaire augmenté chaque année même si c’était dans une monnaie fondante.

      En outre, penser pouvoir obtenir une décision mondiale ou même européenne sur ce sujet est pour moi une utopie caractérisée…

    2. Le gros probléme dans cette affaire de Bâle III, c’est qu’on invite les banques a grossir leurs fonds propres avec du papier, en fait du vent. On reste toujours dans l’insolvabilité totale du systéme. Le drôle c’est que ces banques ont huit ans pour obtempérer. pourquoi pas 16 ans, ou 32 !??!!???!!!!

      Enfin bref on nage dans le n’importe quoi !

    3. à erreipg:
      vous rappelez des choses autour de l’inflation.
      Je vous précise que le SMT est justement un marquage du temps qui exclut techniquement toute inflation. En effet, le seul critère d’émission monétaire doit rester la stabilité des prix.
      D’ailleurs, si nous n’avions pas le climat déflationniste actuel, les banques centrales seraient en grande difficulté pour émettre davantage de monnaie.
      Alors, obtenir une circulation monétaire stable avec des prix stablse, voilà ce que réalise la « panacée » comme vous écrivez. Il ne s’agit pas d’une panacée de tous les problèmes, il s’agit juste d’une réponse aux problèmes monétaires, c’est déjà pas si mal.

  3. Paul

    Vu la tâche pratiquement insurmontable de décider quelle opération est utile et quelle est nuisible, vu la difficulté de décider qui va juger der l’utilité ou de la nocivité d’une transaction, ne croyez-vous pas qu’une taxe indiscriminée mais de faible ampleur serait quand même un grand progrès? Et ce surtout parce que personne ne renoncera à une transaction nécessaire pour une taxe de 0,05 à 0,1% et donc que la mesure ne toucherait en fait que ceux qui « jouent » en bourse et accumulent des gains grâce à la multiplication d’opérations successives (et commandées par ordinateur comme vous le dénoncez souvent).

  4. Un préteur qui fait sérieusement son travail d’analyse ne devrait avoir aucun capital, il en est autrement pour celui qui spécule. Ce n’est donc pas dans une augmentation des réserves que se situe la solution mais dans une bonne gestion du risque. Enlevez le capital à un préteur et vous le verrez faire bien plus attention à l’argent d’autrui car les sanctions seront bien plus vives.

  5. En fait, le seul vrai problème dans l’histoire, ce sont les gens qui geignent et se plaignent. D’un strict point de vue d’efficience économique, on ne peut pas dire qu’il y ait de vrai problème, a part quelques ajustements, qui se traduisent par l’éjection des cycles économiques de masses devenues inutiles.
    Si on considère les choses d’un point de vue robotique, ce ne sont que quelques machines humaines qu’on met au rebuts.
    Donc au final, la solution du problème c’est de faire taire ces masses de nuisibles.
    Dans un monde de plus en plus robotisé, dans le quel on équipe les bébés des crèches de puces RFID pour qu’ils soient plus facile à surveiller, parce qu’un robot fait le travail de plusieurs humains, nous ne sommes plus compétitifs : http://www.leparisien.fr/societe/une-creche-va-equiper-les-bebes-de-puces-electroniques-09-09-2010-1060393.php

    Les robots remplacent les hommes. C’est tout. Et notre logique économique n’est la que pour valider ce processus au nom de l’optimisation dont devrait dépendre (LOL) notre bonheur (sic).

    1. Le Robot ? Voilà la condition première de l’émancipation humaine !

      Il ne reste plus qu’à socialiser ces robots afin que démocratiquement, en fait politiquement, il y ait une juste répartition, pour tous, de ce qu’ils produisent.

      Pour cela il faut juste une Révolution prolétarienne mondiale.

      Pour le reste monsieur Yoananda, je crois que vous anticipez un peu sur votre temps, en laissant penser que l’ensemble de la production est réalisée par des machines mécaniques et électroniques sophistiquées.

      Ce n’est pas pour rien que les capitalistes produisent leurs articles manufacturés en Chine, et dans manufacture il y a main.

    2. J’anticipe un peu mais pas tant que ça.
      On a déjà les premier prototypes de machines auto-réplicantes. L’homme intervient lui même de moins en moins dans la fabrication des machines usuelles. Avec l’informatique quantique on va démultiplier les puissances de calcul et avoir des vrais « cerveaux » qui vont naître, quand on sait que l’IA est déjà capable de simuler un enfant de 3 ans.

      D’autre part, les humains sont poussés a devenir de plus en plus des robots à cause de la pression économique via un processus de sélection naturelle qui rémunère d’autant plus qu’on met ses sentiments de cotés.

      Enfin avec la montée du transhumanisme, si on pousse un peu la logique du phénomène on va avoir de plus en plus une « amélioration » de l’humain via l’électronique. A commencer par les membres artificiels, puis avec des prothèses améliorant ses aptitudes.

      Et toujours dans la logique économique actuelle l’humain « normal » est appelé a disparaitre, lui et ses emotions/sentiments.
      A long terme bien sûr.
      La vraie question est plutôt de savoir ou se situe de point de non retour.

    3. dit :
      14 septembre 2010 à 10:58
      J’anticipe un peu mais pas tant que ça.
      On a déjà les premier prototypes de machines auto-réplicantes. L’homme intervient lui même de moins en moins dans la fabrication des machines usuelles. Avec l’informatique quantique on va démultiplier les puissances de calcul et avoir des vrais « cerveaux » qui vont naître, quand on sait que l’IA est déjà capable de simuler un enfant de 3 ans.

      D’autre part, les humains sont poussés a devenir de plus en plus des robots à cause de la pression économique via un processus de sélection naturelle qui rémunère d’autant plus qu’on met ses sentiments de cotés.

      Enfin avec la montée du transhumanisme, si on pousse un peu la logique du phénomène on va avoir de plus en plus une « amélioration » de l’humain via l’électronique. A commencer par les membres artificiels, puis avec des prothèses améliorant ses aptitudes.

      Et toujours dans la logique économique actuelle l’humain « normal » est appelé a disparaitre, lui et ses emotions/sentiments.
      A long terme bien sûr.
      La vraie question est plutôt de savoir ou se situe de point de non retour.

      Monsieur Yoananda, toute vos anticipations semblent marquées du sceau du bon sens, mais tentez de vous convaincre que le développement progressiste de l’humanité dépend aujourd’hui plus que jamais, de la victoire de la Révolution Mondiale.

      Sans révoluton socialiste, la civilisation va s’effondrer et aucune de vos prédictions ne se réaliseront.

      La superstructure d’une société ne peut, comme pour une maison, s’élever dans le ciel, sans une infrastructure solide. Non ?

  6. Minsky a en effet une explication des bulles, c’est-à-dire de l’origine des crises, qui tient la route. Il ne suggère cependant aucune réforme institutionnelle. Ses préconisations sont plutôt un mélange de politique budgétaire, monétaire, et de réglementation bancaire. Il ne remet pas en question les institutions qui, de son propre aveu, génèrent des crises à répétition.

    Selon moi, il a décrit mais pas compris le mécanisme ; il n’a pas véritablement identifié les causes. Les mesures qu’il préconise ciblent essentiellement les symptômes, pas les facteurs des crises. Et comme le dit très justement le titre de ce billet : « Prendre des mesures n’est pas comprendre ». Il n’y a pas d’action efficace en politique économique sans une théorie solide.

    Où est l’erreur fondamentale de Minsky ? C’est qu’il adhère à la thèse très majoritaire selon laquelle les Banques Centrales seraient les gardiennes de la monnaie et de la stabilité financière. Il écrit dans son Stabilizing an unstable economy : « In particular, central banking exists because Ponzi and speculative financing exist. »

    Je dirais que c’est l’inverse qui est vrai : l’existence des banque centrale n’est pas une conséquence de la finance spéculative, un remède aux désordres financiers, mais c’est au contraire une cause, un facteur aggravant. Mis à part la Federal Reserve, aucune banque centrale importante n’a jamais été créée sous prétexte de stabiliser la financer. L’objectif a toujours été, dans chaque cas, sans exception, de contribuer à financer le déficit public.

    GSF

    NB : Il faut comprendre que Minsky emploie l’expression « finance spéculative » dans un sens très particulier, qui lui est propre. Il s’agit des investissements dont le rendement couvre à peine les intérêt des capitaux investis, et ne permettent pas d’amortir le principal. Autrement dit, le succès ou l’échec du projet repose entièrement sur l’espoir de plus-value, et non sur la rentabilité et la distribution de dividendes.
    http://gigapedia.com/items/338565/

    1. Monsieur Gu Si Fang,

      J’ai toujours cru que les statuts de ces banques centrales contenaient une affirmation du genre « protéger la stabilité de la monnaie ». Vous accusez donc ces gens de mensonge. Est-il conscient ou est-ce une illusion de leur part ?

      Je note une autre accusation de votre part. Vous accusez les banques centrales de financer les déficits publics. J’ai entendu parler de « quantitative easing » et saluées comme des mesures extraordinaires, pas du tout orthodoxes. Est-ce que ce genre de « prêt (?) » serait une habitude selon vous ?

      Vous formulez une troisième accusation. Vous affirmez que les banques centrales génèrent des escroqueries du type « Ponzi ». Le lien dans ce sens m’est obscur. Pourriez vous le détailler ? Si vous avez raison, le marché financier se manipule facilement avec une banque centrale. Le marché est donc entre les mains des banques centrales. Si vous avez raison avec les banques centrales, pourquoi est-ce que ces banques seraient les seules à manipuler les marchés ? Il y a tant d’argent à se faire dans ces manipulations que je ne vois aucune raison de se gêner.

      Est-ce que la liquidité n’est pas améliorée par une construction du type « Ponzi » ? Dans la mesure où j’y comprends quelque chose, je trouve que la liquidité est améliorée. La circulation d’argent dans un tel schéma est maximale. La liquidité est donc maximale.

    2. @Gus

      Selon moi, il a décrit mais pas compris le mécanisme ; il n’a pas véritablement identifié les causes.

      Je me permets de vous suggérer d’imaginer que ce cher Minsky a fort probablement passé autant de temps et avec, pardonnez moi, un outillage intellectuel et culturel sensiblement au moins égal au votre, sur les vérités révélés et suffisantes extraites de vos différents textes sacrés et bibles autrichiennes variées.

      Qu’il ait eu l’outrecuidance et la suffisance de se permettre de chercher d’autres voies que les voies sacrées et à sens unique de vos seigneurs et maîtres ne vous permet peut-être pas, sans trop m’avancer, de traiter son travail avec cette pointe de commisération, mêlée de morgue, qui ne trahit qu’un peu plus et que trop votre la pure déréliction de votre âme hagarde et austro-aliénée, le nihilisme fondamentaliste de votre raison ratiocineuse, pèlerinant en rond autour du Mont Sacré.

      Mais je vous concède d’avoir fait preuve d’un brin de retenue inquisitoriale vis à vis d’un hérétique apostat comme Minsky, ancien de l’Université de Chicago, post-keynésien de surcroit qui s’est permis de déclarer un jour (entre autres) :

      Public control, if not out-and-out public ownership, of large-scale capital-intensive production units is essential.
      The market mechanism … cannot and should not be relied upon for important, big matters such as the distribution of income, the maintenance of economic stability, the capital development of the economy, and the education and training of the young.

      Je me demande comment vous arriveriez à démonter « l’instant Minsky »… mais il est vrai que rien ne vous arrête!

    3. @GSF : « Mis à part la Federal Reserve, aucune banque centrale importante n’a jamais été créée sous prétexte de stabiliser la financer. » : et la banque centrale allemande, puis la BCE, avec leur sacro-saint objectif de maîtrise de l’inflation, vous en faites quoi ? Comme d’hab, vous racontez des trucs pour vous faire plaisir mais sans rapport avec la réalité.

    4. Bonsoir DidierF,

      Les banques centrales ont été créées il y a longtemps. Une des plus récentes, celle du Canada, date de 1935. C’étaient des banques privées, privilégiées, servant à financer l’Etat. Les privilèges conférés à leur monnaie leur permet de créer plus de monnaie / crédit qu’une banque normale. Ce privilège était souvent négocié en même temps qu’un gros emprunt d’Etat.

      La Banque d’Angleterre a été créée en 1694 pour prêter à la couronne 1,2 millions de livres que le Parlement lui refusait. La Banque (devenue) Royale de John Law a permis au Duc d’Orléans d’améliorer (très) temporairement sa trésorerie durant la régence. La Banque de France a servi de créancier à Napoléon, le crédit de l’Etat ayant été ruiné par la révolution. Le privilège de la Banque de France a été renouvelé en 1857 en prévoyant une augmentation de capital obligatoire servant à financer de la dette publique. etc. etc.

      En matière monétaire, le 20ème siècle a été le siècle des banques centrales. Ca a aussi été la période de plus forte création monétaire de toute l’histoire de l’humanité. Il est vrai que l’inflation a été relativement moindre depuis une vingtaine d’années. L’indépendance, les statuts, et les constitutions monétaires ont permis de limiter relativement la création monétaire. Une croissance de la monnaie légale de 8 à 10% par an, c’est toujours mieux que les 20 ou 25% des années 70. Au pays des aveugles, les borgnes sont rois…

      Le terme Ponzi est utilisé ici dans un sens particulier, qui est celui que lui donne Hyman Minsky. Ce n’est pas lié aux banques centrales. Il appelle « investissement à la Ponzi » un investissement qui est réalisé en anticipant que le rendement annuel du placement ne couvrira pas le taux d’intérêt sans risque, mais en espérant que la plus-value in fine permettra de rembourser les intérêts cumulés. C’est comme si vous empruntiez à 6% pour faire un investissement locatif, sachant que le loyer ne rapporte que 4%, et vous perdez 2%. Mais en période de bulle, vous pouvez espérer que l’immobilier montera de 10% par an et ainsi faire un gain en revendant le bien. L’acheteur, à son tour, ne pourra faire un gain que s’il parvient à revendre encore plus cher, etc. C’est typiquement une pyramide de Ponzi / Madoff.

      @ CR

      La banque centrale allemande ??? Créée par Bismarck, et plus tard responsable de l’hyperinflation de Weimar. Il a fallu une dure leçon pour qu’elle devienne sage, celle-là, et aujourd’hui tout ce qu’elle récolte ce sont des invectives de ses voisins qui sont restés inflationnistes.

      La BCE, ça peut se discuter. Mais regardons de plus près… Dans les années 70, la plupart des pays européens ont des déficits publics importants financés par la planche à billets, sauf peut-être l’Allemagne et les Pays-Bas. On arrive au point où l’hyperinflation n’est plus une simple hypothèse théorique, il faut impérativement arrêter. Mais le déficit ne disparaît pas, lui : comment le financer ? Si ce n’est plus par la monnaie, il reste toujours le crédit. Or emprunter dans une petite monnaie nationale est coûteux, car les prêteurs étrangers n’ont pas confiance et demandent une prime d’inflation élevée pour compenser le risque de change. D’où les tentatives de les rassurer en faisant semblant de stabiliser les taux de change dans le SME. Mais la stabilisation nécessite une discipline monétaire et budgétaire insupportable pour la France, l’Angleterre, etc. D’où le triste sort du SME qui a permis à Soros de faire une fortune. L’euro a été la réponse : maintenant on va faire les choses sérieusement ! Et ça a très bien marché : on a pu emprunter ! (sic)

      L’épilogue de Guido Hülsmann décrit cet épisode SME / euro :
      http://www.scribd.com/doc/11452701/

      Cdt,
      GSF

    5. @GSF

      J´aimerais comprendre. Si je regarde les chiffres de l´INSEE (3.341 – Dette publique au sens de Maastricht ) qui ne remonte que jusqu´à 1978 on constate que la dette publique est passée de 72,8 Md d´Euros (21,1% du PIB) en 1978 à 1489 Md d´Euros (78,1% du PIB) en 2009. Le tout en augmentation constante.

      Je ne comprends donc pas comment vous pouvez affirmer, pour la France, ceci : « Dans les années 70, la plupart des pays européens ont des déficits publics importants financés par la planche à billets, sauf peut-être l’Allemagne et les Pays-Bas »

      Merci de m´éclairer.

    6. @Gus

      « Ca a aussi été la période de plus forte création monétaire de toute l’histoire de l’humanité. »

      Et que faites-vous du bas-empire romain?
      Entre 215 et 270, l’instabilité politique et militaire a vu la valeur en métal (argent) du denier divisée par 80 (0.18g à 0.24g d’argent pour le « double denier » en 270 contre 4g pour le denier en 215); le denier et le sesterce disparaissent… Guerres, décadences, création monétaire, « stabilisation » monétaire aurélienne, guerres, décadences, fin de l’empire romain d’occident.

      Pensez-vous sérieusement que des monnaies « stabilisées » auraient évité la 2nde guerre mondiale, la Corée, le Vietnam, la guerre « froide » et les guerres du Golfe et d’Afgha, qui coutent, pour les 2 dernières, en dépenses directement seulement, près de 200 Mrds de dollars par an à notre empire en déroute.

      Ah certes vaudrait-il mieux ne pas faire de guerres! Puisque les monnaies n’apprécient pas, ne s’en appréciant pas! La belle affaire! Mais puisque seul là se situe pour vous l’indicateur ultime de la bonne gouvernance, en attendant la fin de cette gouvernance souveraine, et là encore que s’imprime de la manière la plus radicale et cataclysmique la perversité ontologique du pouvoir étatique…
      Du droit de seigneuriage tous les malheurs du monde! Crises et guerres. Que de temps et d’énergie perdus par tous ces philosophes, ces humanistes, ces théologiens, ces poètes, ces scientifiques, ces grands stratèges ou diplomates! Tous ces sondeurs de l’âme humaine n’avaient donc rien vu de l’évidence du Mal quintessentiel, substantifique, nodal, matriciel de la création monétaire abandonné à l’iniquité étatique!

      Et ainsi votre idéologie se cache-t-elle allègrement derrière des faux airs de pacifisme universel et économiquement rationnel. Mais je ne sache pas que la montée en puissance de ses représentants depuis 40 ans au sein de l’empire et du monde dans son entier eût, jusque là en tout cas, adouci de quelque manière que ce soit les tensions hégémoniques ou contre-hégémoniques. Et ce malgré l’effondrement couteux du concurrent collectiviste.

      Ya kek chose ki cloche là-dedans…

      PS : Mettez-vous quand même sur liste d’attente pour le prix Nobel de la paix. Je pense qu’on va prochainement le coupler avec le prix « Nobel » d’économie.
      On le décernera à Chicago, patrie de « l’école » du même nom, de Barak et du Chicago Mercantile Exchange, première bourse du monde, et donc 1er corps d’armée dans le combat millénaire et désormais libertarien contre les Mollochs bellicistes… et si péniblement tentés par la toujours menaçante « appropriation fiscale confiscatoire »! Ca fait un beau réservoir de bidasses volontaires pour « partir en guerre contre la guerre », tous ces contribuables saignés aux quatre veines!

    7. @ Vincent

      Les gouvernements, dans les années 70 comme aujourd’hui, dépensent plus qu’ils ne parviennent à prélever d’impôt. C’est ça que j’entends par déficit. En-dehors de l’impôt, il reste deux méthodes principales pour financer les dépenses publiques : la planche à billets, et l’emprunt. Comment l’argent rentre-t-il dans les caisses du Trésor ? Par l’impôt, l’emprunt, ou la banque centrale. Jusque dans les années 70, on a recours à la planche à billets plus qu’à l’emprunt ; après, c’est l’inverse.

    8. @ vigneron

      Il y a généralement deux manières de nier le rôle des banques centrales et tout le toutim dans l’apparition des crises :
      – soit on le nie en bloc : les marchés financiers sont efficients, le marché est toujours à l’équilibre, d’ailleurs il n’y a pas de crises ! (certains néo-classiques, ne sont pas loin de tenir ce discours) ;
      – soit on considère que les banques centrales et le reste ont d’autres avantages par ailleurs, qui pèsent plus lourd que leurs défauts.

      Peut-être Minsky fait-il partie de la deuxième catégorie. Mais je crois surtout qu’il ne se pose pas vraiment la question. Le cours légal, les réserves fractionnaires, tout ça ce sont des données. L’expression « legal tender » n’apparaît pas une seule fois dans Stabilizing an unstable economy. Lender-of-last-resort apparaît, mais uniquement pour ses supposés bénéfices (éviter le krach), sans aucune mention de l’aléa moral qu’il engendre. Par ailleurs, il utilise un argument très répandu pour justifier la création monétaire : elle serait nécessaire à la croissance ! En particulier, comme Schumpeter, il estime que le crédit bancaire favorise l’innovation, etc.

      Autrement dit, je trouve qu’il décrit bien ce qu’il voit : voilà comment les banques créent de la monnaie, et voilà comment les bulles apparaissent, voilà le Minsky moment (tout à fait conforme à la description autrichienne au demeurant).

      Mais comme il n’essaie pas de décrire le fonctionnement d’une économie sans création monétaire, il ne peut pas répondre à la question : « Faut-il vraiment créer de la monnaie pour que l’économie fonctionne ? »

      GSF

    9. Monsieur Gu Si Fang,
      La banque d’Angleterre a effectivement été créée pour fournir de l’argent à l’état. (http://en.wikipedia.org/wiki/Bank_of_England) Selon ce site, il fallait à ce pays une flotte de navires de guerre que personne ne pouvait (ou ne voulait) payer. Toujours selon ce site, 1,2 millions de livres a été levé en 12 jours.

      J’en déduis que l’argent était là dans le pays. C’était un lever de fonds privés pour un débiteur crédible ou puissant. L’opération est vraiment moderne. C’est impressionnant. La suite de ce texte explique que l’industrie a été transformée par cet effort. Je suspecte ici une cause de la précocité de la révolution industrielle anglaise. Une autre conséquence importante de ce même effort est la puissance de l’Angleterre. Elle est devenue une puissance mondiale à ce moment et l’est restée jusqu’à la seconde guerre mondiale.

      Une autre information majeure est que jusqu’en 1797, la banque d’Angleterre avait une contrepartie en or pour tous les billets qu’elle émettait. Elle reprit ses paiements en or en 1821 et apparemment sous des formes diverses jusqu’en 1931.

      La présence de cette contrepartie me fait rejeter l’idée d’une escroquerie du type « chaîne de Ponzi ». L’étalon-or est un bon argument pour trouver votre lien abusif.
      Le fait de pouvoir lever cet or est un argument pour dire que l’or se retrouve dans un groupe particulier d’acteurs économiques. L’utilisation de cet or n’est pas du tout optimale dans ces conditions. L’étalon or est ici un obstacle a des réussites incroyables. Un empire a pu être construit grâce à cet or. La valeur morale de cet empire est une toute autre question.
      Un autre élément me frappe dans cette histoire. Les administrateurs de cette banque étaient limités en nombre de billets par les réserves d’or. Ils devaient être tout le temps prêts à verser en or la contrepartie de leurs billets. Après, il y a le fait expérimental de l’abus de billets. La banque pouvait émettre plus de promesses de remboursement qu’elle avait d’or. Le ver est dans le fruit. Je situe votre idée de la chaîne de Ponzi à cet endroit. Cela n’est pas du fait des banques centrales. Elles ont le pouvoir de dire si ce qu’elles impriment est de l’argent ou pas. En plus, les investisseurs spéculatifs sont plutôt hors de la banque centrale de n’importe quel pays. Votre accusation est très faible en ce qui concerne la banque d’Angleterre.

      Pour la banque de France, vous dites qu’elle a financé Napoléon. Je trouve le résultat tout à fait notable. Dans ces deux cas, ce n’est pas un déficit qui a été financé mais une entreprise énorme correspondant à des événements historiques. Je crois que toute entreprise commence par un projet de société puis par un capital. Il faut le lever d’une façon ou d’une autre. Je ne juge ni la moralité de l’empire britannique, ni celle de l’épopée napoléonienne. Je considère que l’argent mis dans ces deux entreprises ont donné de très gros dividendes. Je crois que ces deux entreprises et la fondation de ces deux banques centrales montre que la politique passe avant l’économie. La seconde permet la première ou la première peut diriger la seconde. Je crois que poser l’économie comme régulatrice de la politique va rejoindre le marxisme léninisme dans les utopies discréditées. Je crois qu’il y a d’abord une société puis une économie.

      Pour finir, je pense à la seconde guerre mondiale. Si les arguments économiques avaient dominé, elle aurait cessé par assèchement des fonds disponibles pour la guerre vers la fin 40, voire début 41. La date de la fin de la guerre aurait été au moment où les USA ont accepté le cash and carry. L’Angleterre aurait du demander les conditions d’Hitler et je vous écrirais aujourd’hui en Allemand avec le sentiment de devoir finir mon texte avec un salut bien discrédité que je ne répèterai pas ici. La société est avant l’économie. L’économie est au service de la société. C’est le principe dit de Mathieu. Une malédiction est promise à tous ceux qui bravent ce principe. Ici, elle a la forme d’un salut très discrédité et très connu.

  7. pourquoi changer quoique ce soit puisque selon Christine Lagarde et ce jour Bruxelles la croissance est de retour…et DSK lui-même pense qu’une seconde vague de crise n’est pas à envisager…dormez tranquilles braves gens nous suirveillons pour vous….tout va bien..!…lol

  8. L’idée d’imposer des capitaux propres plus conséquents et des réserves « en cas de coup dur » aux banques pour amortir le prochain krach, c’est un peu appliquer au système bancaire les recommandations de bonne gestion en bon père de famille de Keynes qui considérait que la politique des États devrait agir de manière anticyclique pendant une longue période. Durant les années grasses, les gouvernements devraient donc exercer une certaine retenue et former des réserves dont ils disposeraient en temps de crise pour des dépenses supplémentaires.De cette façon, l’Etat peut neutraliser l’évolution économique sans contracter des dettes excessives. C’était évidemment une vision angélique des entrepreneurs politiques qui pensent à Keynes surtout en temps de crise, alors qu’ils trouvent de bonnes raisons de faire également des dettes pendant les années grasses.

    Déléguer, sous contrôle prétendument strict d’organismes nationaux ou internationaux, ce « principe de précaution financier » à des institutions privées et le plus souvent de dimension et puissance supra-nationales, alors que les États eux même en étaient et en sont fichtrement infoutus le plus souvent, me parait relever de l’aberration mentale, de l’angélisme naïf ou de la pure escroquerie intellectuelle, ou les trois à la fois.

    Faudrait effectivement commencer par s’attaquer aux mesures structurelles, seules à même de contrer les risques systémiques, dont quelques éléments sont réclamés par notre cher Dr « Doom » Roubini dans son dernier bouquin, « Economie de crise – une introduction à la finance du futur ». Et ce ne sont là que recommandations d’un économiste certes au ton franchement crépusculaire, mais tout ce qu’il y a de plus « orthodoxe »! Extraits :

    De façon à accroître encore la stabilité du système financier, toutes les banques – y compris les banques d’affaires – devraient avoir interdiction de se livrer à des activités risquées de courtage pour compte propre. Elles ne devraient pas davantage être autorisées à se comporter comme des fonds spéculatifs ou des fonds de private equity. Il leur faudrait se cantonner à leur mission historique: lever des fonds et garantir des émissions de titres.(p. 318)

    Ces produits dérivés ont considérablement changé lors des années récentes grâce à l’apparition de nouvelles variétés comme le credit default swap (CDS). « Cet instrument a été comparé à un contrat d’assurance, mais il est en réalité très différent. Il ressemble superficiellement à une assurance parce qu’il autorise celui qui l’achète à se prémunir contre l’éventuel défaut d’un débiteur. Si cela se produisait, le vendeur de cette «assurance» devrait aider l’acheteur à récupérer ce qu’il a perdu. Mais contrairement à l‘acquéreur d’un contrat d’assurance, l’acquéreur d’un CDS ne possède pas une bribe de l’actif qui était l’objet du pari. Il y a pire: quiconque avait parié que quelqu’un ferait défaut avait toutes les raisons de faire en sorte que cela se produise. Acheter un CDS revenait à souscrire une assurance habitation pour une maison qui ne vous appartenait pas avant d’essayer d’y mettre le feu. » (p. 275)

    Des réformes plus radicales encore devront être mises en œuvre. Il faudra découper certains établissements considérés comme trop gros pour qu’on les laisse faire faillite: c’est le cas de Goldman Sachs et de Citigroup, mais aussi de bien d’autres firmes moins connues, notamment de Bank of America, UBS, Wells Fargo, ING, Dexia, Royal Bank of Scotland, JP Morgan et BNP Paribas. (p. 374)

    Les dangereux produits dérivés qui ont volé en éclats lors de la crise récente devront eux aussi être réformés. Les produits dérivés vendus de gré à gré (over the counter) – ou, plus exactement, sous la table – devront être ramenés dans un système de marché organisé et enregistrés dans des bases de données; leur utilisation devra faire l’objet de restrictions. La surveillance des produits dérivés devra par ailleurs être centralisée.» (p. 374)

    Comme nous l’avons clairement montré dans ce livre, la crise ne fut pas tant le produit de prêts hypothécaires à risque que d’un système financier à risque. En raison d’un ensemble de facteurs allant de la déformation des structures de rémunération à la corruption des agences de notation, le système financier mondial était complètement pourri. La crise financière n’a fait que retirer la peau lisse et brillante de ce qui était devenu, au fil des ans, un corps gangrené.» (p. 373)

    Nouriel Roubini et Stephen Mihm : « Économie de crise – une introduction à la finance du futur », Lattès 2010.

    1. Hé oui, Vigneron.
      On se rappelle toujours des pompiers… lorsqu’il y a le feu.

      Sinon, aussi cynique que cela puisse être, il s’agit bien de pure escroquerie intellectuelle grandement facilitée par le pouvoir de l’argent. Rien d’autre.

      Tu liras l’article éclairant du monde que j’ai indiqué sur l’article de Monsieur Leclerc.
      Ca nous donne une vision générale sur la volonté des « dirigeants » (possédants).

    2. Aléa moral.
      En lieu et place des réformes nécessaires, produire de l’aléa moral (créer des réserves permet de s’exonérer des responsabilités, notamment de gestion, dixit la bible GSF, chapter 2, verset 154244).
      Comme quoi, les néo-libéraux sont prêts à bouffer leur chapeau, leur grand-mère et le toutou avec, si cela leur permettait de rester au pouvoir.

  9. Bonjour,

    Il est vraiment curieux de constater ce monde dans lequel il n’y a manifestement pas suffisamment de régulation d’un côté, et de l’autre profusion (jusqu’à l’étouffement) de règles impératives indigestes, tant par leur contenu que par le défaut qualitatif.
    D’un côté, il y a un manque flagrant de politique (ceux qui se prétendent tels abordent absolument tous les sujets à l’exception de ceux qu’ils devraient aborder, c’est-à-dire de ceux pour lesquels le peuple leur a donné mandat de parler en son nom), et de l’autre un évident excès de réglementation. Entre les deux extrêmes, se trouvent les lobbies, qui se sont institués législateur planétaire.
    Très visiblement un monde qui se cherche.
    Comment remédier à ce très grave problème monsieur Jorion ?

    Cdt,

    1. C’est le même monde ou l’on augmente les salaires des dirigeants à cause de la concurrence internationale et qu’on réduit le salaire des ouvriers à cause … de la concurrence internationale.

    2. @ Philippe,

      « C’est le même monde ou l’on augmente les salaires des dirigeants à cause de la concurrence internationale et qu’on réduit le salaire des ouvriers à cause … de la concurrence internationale. »
      =>
      En effet, jusqu’au jour prochain où il n’y aura plus d’ouvrier, tous remplacés par des robots. Avez-vous suivi la discussion avec Paul Tréhin à ce propos sur un autre texte il y a peu ?

      La loi des lobbies étant accomplie, le « politique » se fait attendre pour repartir dans l’autre sens. Mais toutes les institutions, et les gens qui les composent, sont tellement imbibées d’intérêts catégoriels que l’on voit mal comment les choses évoluerons. Autant l’évolution économique est pensable, autant l’évolution politique ne l’est pas. Ce qui est très fâcheux.

      Il a fallu 50 ans d’efforts (notamment à coups de financements occultes américains) pour arriver à cette Europe là (l’Europe du commerce), il n’en faudra sans doute pas moins pour en sortir. Quant à la politique intérieure, celle dite Nationale, il y a déjà quelque temps qu’elle ne fait que semblant d’exister.

      Au final, monsieur Jorion a tout à fait raison de ne compter que sur lui et les participants à son blog (ses propres forces), tout ce qui concerne l’institutionnel est « fini ». Quel constat, consternant, affligeant et déroutant ! Un vrai magma duquel sortira on ne sait quoi…
      Quoiqu’il en soit, le financement exagéré de l’activité économique (devenue) minimaliste de l’occident immergé aura, de toutes les façons, ses limites.
      De la même façon que la finance internationale se tarira avec le tarissement des flux internationaux de marchandises : ce n’est pas très compliqué, nul besoin de faire appel à Aristote, Keynes, John Rawls ou autre Saint-Just justicier pour le comprendre.
      Il n’y a que quelques principes simples à redécouvrir pour que les choses tournent à nouveau rond : l’homme ne peut survivre que dans un environnement écologique sain, chaque individu doit avoir une place dans la société, la finance doit suivre exactement les besoins économiques (pas d’atrophie : la finance est un moyen, absolument pas une fin), le politique c’est déterminer, avec le consentement majoritaire des destinataires, des choix de société qui s’appliquent à tous sans aucune exception, les échanges internationaux doivent suivre la loi du contrat (toutes les parties et surtout leur peuples) doivent gagner quelque chose à la transaction (ce qui supprime la prédation pure), etc.
      Reste à déterminer le cadre territorial d’applicabilité de ces principes, ce qui est une autre histoire.

      Cdt,

  10. Un peu hors sujet du billet mais quand même concernant ce blog.

    Excellente émission sur FC la Fabrique de l’Histoire ce matin – sujet La Terreur, héros, anti-héros ? Robespierre, Collot d’Herbois, Billaud Varenne, Saint Just, enfin le Comité de Salut Public quoi.

    C’est ici, ça vaut le coup d’écouter : http://www.franceculture.com/player?p=reecoute-2835901#reecoute-2835901 ou bien ici : http://www.franceculture.com/emission-la-fabrique-de-l-histoire-histoire-des-faux-heros-14-2010-09-13.html

    1. Je l’écoute ce soir sans faute. Déjà poser la question « héros ou anti-héros », waow, ça nous change du « Robespierre il est cruel évidemment » de la propagande bourgeoise depuis deux siècles. Donc ça part bien.

      Merci pour l’info.

  11. @ Paul,

    L’air de rien, avec la finance, les prix sont sévice compris?

    Encore une délocalisation ma’ame, les inc’oyables sont ‘evenus, c’est monnaie cou’ante de nos jou’ !

    Faut-il s’attendre à une séléction par la pauvreté et la détresse en attendant le « changement », enfin l’avènement de la « sécurité », des « devoirs » garantis à coup de droit ? Pas de bonus pour les individus..

    Comment récuser un droit et une souveraineté plus aux services des privilégiés que de la communauté, jusqu’où s’arrête le progrès de l’intolérable ? Aux frontières de l’ex tiers-monde colonial, à celles de la « sécurité » et du « confort » individuel à l’occidentale?

    Que sommes-nous devenus? Des droits irréels, des égos complexes ? Au nom d’un bonus malin, l’homme s’est fait petite chose de ses semblables.

  12. Didier.
    Onubre met le lien vers son excellente analyse car les deux articles ont la même base. Relis.
    C’est ta suspicion qui est étrange.

    Onubre, je t’ai posé une question sur ton blog et j’attends la réponse. Au boulot, fils. Et j’attends en sollicitant jusqu’à ce que les gens craquent. Un réflexe d’exigence.

    Alain, « Onubre » est comptable. Ca transpire de tous les mots de son analyse. Et… je ne peux le critiquer pour cela 😉
    Pour faire de la gestion, il faut une base minimale de compta.

  13. Anagramtruc.

    Cela vous sert à quoi de connaître son nom..??

    Sinon, je peux vous le donner par un mail de sa part, mais je ne le ferais pas sans son autorisation.

  14. Si j’ai bien compris, le nouveau Bâle ne change pas les habitudes, le principe du business des banques. D’ailleurs, à Londres, on semble d’avoir tout oublié, comme si « la crise » n’aurait jamais frappé, on continue comme avant et on embauche des traders.

  15. Je fait part du dernier message de Madame Flore Vasseur:

    Du bon usage de la colère
    J’ai participé à l’Université d’été du Medef dont le thème était “l’étrangeté du monde : mode d’emploi”. La Tribune m’a demandé une “contribution” parue le 2/09 que vous trouverez ici. Le débat était assez frustrant : 8 intervenants pour 1h30 de débat qui a été pris en hold up par les politiques. La prochaine fois, j’essaierai d’être moins polie.

    Nous assistons aujourd’hui aux dernières convulsions d’un système voué au casse pipe. Nous sommes au bout de la logique d’une croyance collective mesquine : consommer, c’est vivre, c’est être libre. Avec elle, la recherche du prix toujours plus bas est devenu projet de société ; la défense du pouvoir d’achat le dernier combat démocratique ; le ratio de 15% de rentabilité sur fonds propre l’unique règle. Excellents élèves, nous avons appliqués les préceptes mêmes de ce turbo capitalisme à nos comportements : la recherche de rentabilité immédiate en tout est venue avec son cadeau Bonux : l’individualisme débridé. Nous avons lâché les liens, les autres et la pensée. Avec les conséquences que l’on sait : dégâts sociaux (délocalisation), écologiques (épuisement des ressources) et moraux (standardisation des modes de vie et des rêves, mélancolie de masse). Nous voulions la société d’abondance. Nous sommes la civilisation du gâchis.

    La crise actuelle met fin à la mascarade. C’est tout un système, bâti sur l’American Way of life, qui prend le mur. Bordés d’objets, nous sommes vides : seuls et sans projet. Les produits technologiques sont le dernier miroir aux alouettes. Ils promettent l’avènement d’une humanité de « sachants, qui communient sur l’autel des informations et des avatars. Mais 75% des communications d’une même personne sont passées avec quatre interlocuteurs[1].

    On se réveille de ces années de culte de la performance et de consommation déchainée avec un profond sentiment de dépossession. Nos destins sont dictés par Wall Street, nos idées par la publicité. La France est un tout petit pays, l’Europe un « machin » technocratique qui ne prend pas.

    En plus d’un sentiment d’usurpation et de déclassement social à l’échelle de la planète, nous découvrons des gouvernements incapables de protéger tous ceux qui ne rentrent pas dans les cases de la compétition globalisée. Nos dirigeants semblent dépassés par la complexité de la mondialisation et par leur extrême dépendance aux marchés. Souvenons-nous de l’usine à gaz mise en place par les ministres européens (le plan de 500 milliards) pour enrayer l’effondrement de l’Euro en Mai dernier. La bourse a applaudi… vingt quatre heures.

    Nos gouvernements peuvent multiplier les plans de com’. Ils sont coincés entre une opinion publique sur les dents et des marchés sur-puissants. Ils réagissent au rythme de la nano secondes quand le politique a besoin du temps long de la réforme. La mondialisation a explosé notre rapport au temps et rendu nos institutions obsolètes. La bancocratie[2] a remplacé la démocratie. C’est un hold up consenti, le résultat d’un choix politique, entériné au début des années 80, pour la désinflation compétitive. Depuis que la puissance des Etats se mesure en points de PIB, on a lâché les hommes pour le chiffre. Au risque de jouer les Cassandre, le pire reste à venir. Nous prenons la mesure de notre dépendance aux marchés. Nous allons bientôt comprendre leur propre dépendance aux machines. 40% des transactions quotidiennes sont passées par des automates, sans aucune intervention humaine. Nous pouvons toujours tenter de réguler des individus. Mais peut-on débrancher des machines ?

    De ces vies à crédit, il reste la rancœur d’individus déboussolés. Cette déprime pourrait se transformer en rage. Jusqu’où faudra-t-il aller pour susciter le désir de construction ? Pour reconsidérer l’économie pour ce qu’elle est – un moyen – et remettre l’homme au centre de tout ? Sommes-nous capables de saisir notre chance de rompre avec ce modèle et d’inventer un projet commun fort, économiquement viable et durable ?

    Les solutions à la crise ne sortiront pas d’une pochette magique, ni d’une présidentielle. C’est un mouvement mutatif profond et probablement très lent, un projet justement dans lequel chacun à sa part, sur plusieurs générations. C’est une affaire de renoncements et d’utopies, de choix et colère. Une somme de petites actions individuelles, de petits pas souvent invisibles qui conduiront peut être un jour à un grand pas pour l’humanité. Nous avons un deuil à faire, celui de l’Etat Providence. Et une émancipation à vivre. Elle découlera de la réappropriation de nos désirs et de nos responsabilités. Du bon usage de la colère en somme.

    [1] Stefana Broadbent, Pour Swiss Com, 2006

    [2] terme de l’économiste irlandais David Mc Williams

    1. Bonjour,

       » La bancocratie[2] a remplacé la démocratie. C’est un hold up consenti, le résultat d’un choix politique, entériné au début des années 80, pour la désinflation compétitive. »
      =>
      Je préciserai 2 choses pour être tout à fait réaliste : 1) ajoutons la bureaucratie à la bancocratie et 2) le choix politique a débuté au début des années 70 et non au début des années 80 si on en croit la Loi interdisant à l’Etat français de se financer auprès de la banque de France.

      Pour le reste, on ne peut qu’approuver cet appel à une « juste colère » et abonder dans le sens de Madame Vasseur.

      Cdt,

    2. Oui, le langage de Flore Vasseur parle à une génération, sans doute celle de pas-tout-à-fait les « digital natives » mais qui savent qu’ils s’y assimileront dans la durée.

      Ceci dit, les commentaires sont hélas assez maigrichons sur son blog, alors qu’elle bénéficie de la tribune régulière de France Culture (y compris ce matin 14 sept),
      et que la qualité de son discours, forme et fond, est plutôt dans les bonnes offres de la chaine.

    3. je ne dirais pas que les commentaires de Madame Vasseur sont maigrichons.
      Elle se rend compte et rend compte du désaroi d’une société qui semble-t’il n’est plus et qui va dans un mur qui lui est bien présent. Ce Mur dont elle a participé à la construction et tiré sûrement quelques profits.
      Colére et rage ne sont pas des sentiments maigrichons.
      Mais on aimerait bien des solutions innovantes de cette femme issue de l’excellence.
      Nous n’attendrons pas trop longtemps.

  16. Comment les USA qui ont produit des theories comportementale telle le behaviorisme (Watlavski, ecole de chicago) ne voient-ils pas que tous ces changements sont de niveau 1, c’est a dire qu’on change tout a l’interieur du systeme sans que cela ne change rien aux problemes du systeme lui-meme? Et que dans la mesure ou le systeme est le probleme, c’est un changement de niveau 2 qui est necessaire, c’est a dire changer le systeme?
    Ce changement de systeme n’est arrive qu’une fois dans l’histoire humaine, la revolution francaise, qui s’est exportee en se denaturant a l’ensemble de l’occident petit a petit.
    Denaturee car les systeme autour de la frnace on bien compris qu’il fallait faire semblant de changer pour durer. Tous ces systemes ont mis en place des changements de niveau 1 permettant de faire croire a unchangement de niveau 2. L’histoire italienne est edifiante a ce propos.
    Pour l’etat actuel du monde, seul un changement de niveau 2 au centre (USA) changera vraiment quoi que ce soit. Comme la frnace etait le centre du monde avant la revolution et c’est pourquoi c’est la que le chgmnt de niveau 2 est apparu. Il faut une revolution aux USA. Tant que la-bas le systeme tourne, rien ne changera dans le monde, et dans la finance.
    Bien sur les elites US le savent et essaient de faire croire a de vrais changements.

  17. Je me permets de relayer la pétition — dont Marianne fait état — d’économistes « atterrés »


    economistes-atterres-contre-le-pouvoir-de-la-finance

    …bien qu’il y figure en 4eme mousquetaire M. Henri Sterdyniak, qui n’avait pas laissé un bon souvenir à
    M. Paul Jorion, l’anthropologue-pas -économiste, lors d’un débat il y a ? 8 mois ?.

    Je ne sais pas si c’est du lard ou du cochon…

    1. Ne soyons pas trop dur avec le bon Sterdyniak parce que quelque malvenue sensation de piqure médiatique sur l’épiderme fragile de son amour-propre néo-keynésien à la suite de l’irruption jorionique sur la scène des économistes en vue l’aurait conduit à tenter, de façon bien maladroite et ridicule, de chasser l’importun d’un revers de main méprisant assorti d’une hasardeuse tentative de zététique anti-jorionenne…

      Ca reste un économiste anti-libéral plutôt « sérieux » – un peu trop peut-être -, même si son poste à l’OFCE de Directeur du Département économie de la mondialisation ne nous en fournit à priori aucune garantie, et il est reconnu comme un des meilleurs spécialistes français des politiques publiques et de macro-économie. Vrai aussi qu’il s’attache depuis des décennies à dénoncer la main-mise de la finance sur toute l’économie et qu’il ne se gêne pas pour dénoncer aussi la casse sociale de nos gvts.
      En témoigne cet extrait d’un entretien de juillet à Capital.fr à propos de la réforme Woerth des retraites (pas la « réforme » Woerth du régime de mutation de propriété des forêts domaniales de Chantilly… ;)) :

      Capital.fr : Gouvernement et syndicats peuvent-ils parvenir à un compromis sur la question de la pénibilité ?

      Henri Sterdyniak : Je ne vois pas le gouvernement faire la moindre concession et ce sujet n’avancera jamais tant que le Medef restera arcbouté sur ses positions.

      Il y a deux solutions pour débloquer cette situation. Les syndicats souhaitent établir une liste des postes pénibles et permettre à ceux qui les occupent d’obtenir un bonus : 5 années travaillées donneraient le droit à 6 années de cotisation et en plus tous les 10 ans, les travailleurs obtiendraient droit de partir un an plus tôt à la retraite.

      Autre piste : considérer que, dans certains secteurs et métiers, on ne peut plus travailler à partir d’un certains âge et ouvrir largement l’invalidité aux travailleurs concernés. C’est ce qu’on fait les pays scandinaves et le Royaume-Uni. Mais ces deux mesures devraient concerner à chaque fois environ 100.000 salariés, soit 10 fois plus que ce que propose le gouvernement dans son projet de loi.

      Il ne s’était pas trompé sur la prévision politique…

      On entend, je dirais même on entend que, bien pire sur le sujet, et venant d’un économiste du sérail…

      http://alternatives-economiques.fr/blogs/raveaud/2010/07/13/henri-sterdyniak-avec-la-contre-reforme-pensions-en-baisse-et-chomage-en-hausse-merci-qui/

  18. Bâle III oblige les banques à augmenter, d’ici quelques années, leurs capitaux propres pour mieux résister aux crises. Les régulateurs feignent d’ignorer que l’essentiel des risques, grâce à la titrisation, n’est plus supporté par les banques mais par des investisseurs (le « marché ») à qui on ne demande aucune précaution particulière. D’ailleurs ils ne connaissent en général pas les risques qu’ils ont acceptés en achetant ces titres…..

  19. « Une sortie dans l’inflation »
    serait catastrophique, car elle toucherait les plus modestes de la société, les épargants, les salariés…. Une inflation sans croissance (!) est un scénario d’horreur.

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