L’actualité de la crise: Enfin, des informations sur les banques françaises! par François Leclerc

Billet invité.

ENFIN, DES INFORMATIONS SUR LES BANQUES FRANCAISES !

François Pérol, nouveau président de la Fédération des Banques Françaises (FBF), vient d’accorder une fort intéressante interview au quotidien français Le Figaro. Il préside la Banque Populaire et de la Caisse d’épargne (BPCE), ainsi que le conseil de surveillance de Natixis, après avoir été secrétaire général adjoint de l’Elysée auparavant. Un plan de carrière qui en fait un symbole français de l’oligarchie que Simon Johnson a mis en évidence et dénoncé aux Etats-Unis.

Ses déclarations valent d’abord par la reconnaissance que les banques vont bien devoir accroître leurs fonds propres, afin de respecter les nouveaux ratios de Bâle III, sans qu’aucun chiffrage ne soit évidemment fourni. Ainsi que la voie qu’elles vont selon lui suivre afin d’y parvenir : par incorporation aux réserves d’une partie de leurs bénéfices, et non par appel aux actionnaires actuels ou ouverture du capital. Ce qui sera facilité par l’allongement du calendrier de mise en conformité finalement adopté par le Comité de Bâle et explique l’importance accordée par les lobbies bancaires à cet aspect de la réglementation.

« Les régulateurs ont en effet eu la sagesse de nous donner assez de temps pour cela »,

déclare satisfait le président de la FBF, en omettant d’expliquer ce que cette « sagesse » doit à l’action des lobbies bancaires.

L’opération sera donc à un double titre sans douleur. Les actionnaires actuels n’auront pas à mettre de leur poche et ne verront donc pas leurs titres dilués, tandis qu’il est clairement prévu que le coût du crédit augmente afin de préserver autant que possible le ROE (Return on Equity ou rentabilité du capital) des banques. Somme toute, on augmente les bénéfices prévisionnels grâce au coût plus élevé du crédit, afin d’en consacrer une partie au renforcement des fonds propres, ce qui revient à répercuter sur les clients de la banque – les emprunteurs – le coût de l’opération.

La formulation utilisée par François Pérol mérite d’être citée, afin d’apprécier dans toute sa finesse le langage d’un banquier :

« Toutes choses égales par ailleurs, avoir plus de fonds propres pour les mêmes activités, cela veut dire une pression plus forte sur les risques que nous prenons, donc sur le crédit, et sur la rentabilité de ces risques, donc sur les taux d’intérêt. Le risque, c’est donc un crédit moins dynamique et plus cher. »

Admirons la « pression plus forte sur les risques », c’est à dire sa diminution, qui par un étrange renversement de l’argumentation permet de justifier celle des taux d’intérêt, qui devraient au contraire baisser si l’on se considère en bonne orthodoxie que c’est le risque qui est rémunéré dans l’activité de prêt et qu’un risque réduit devrait logiquement impliquer un taux d’intérêt moins élevé. Relevons qu’il est discrètement fait référence à « la rentabilité de ces risques », pour ne pas dire celle du capital.

Dans la banque, on avance masqué, en utilisant des argumentations sans queue ni tête afin de dissimuler de triviales vérités.

« Restons en là ! », tel est le message que François Pérol veut faire passer, en référence aux discussions qui se poursuivent dans trois domaines : les précisions qui doivent être apportée à la définition du capital qualifié pour le calcul des ratios, les règles de liquidité (le coussin supplémentaire dont la mise en oeuvre est prévue dans une seconde étape), ainsi que les dispositions complémentaires anti-systémiques qui doivent encore être prises et concerneront les mégabanques. Et que Mario Draghi, président du Conseil de stabilité financière, a fortement souligné, en prévision du rapport qu’il doit présenter au prochain G20.

Citons le encore  :

« Surtout, la question du risque systémique est sur la table. La traiter par une nouvelle surcharge en capital qui pèserait sur les plus grands établissements serait une grave erreur : on entrerait alors dans une zone déraisonnable, dans laquelle les banques concernées ne pourraient plus remplir leur mission de financement de l’économie. »

Il n’est cependant pas encore acquis que les régulateurs, dans leur sagesse renouvelée, soit totalement raisonnables.

Dans la même veine François Pérol fait appel au « bon sens » pour affirmer que

« taxer les banques, c’est taxer le crédit, donc l’économie »

en évoquant les projets de taxation des banques en cours de discussion en Europe, à l’instigation des gouvernements allemand – qui a déjà fait adopter une loi à cet effet – et britannique.

Ne craignant pas la contradiction, il balaye d’un péremptoire

« ne nous attachons pas trop aux variations quotidiennes [de la bourse] »

la manière dont les décisions du Comité de Bâle ont été saluées par les marchés, faisant s’envoler les valeurs financières, alors qu’il s’attache à les présenter comme particulièrement dures.

Il ne serait pas malvenu que le président de la FBF s’exprime plus souvent, nous donnant l’occasion de mieux connaître la position des banques, afin de remplir les blancs de Christine Lagarde, ministre de l’économie et des finances, peu diserte dès qu’il s’agit d’elles.

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26 réflexions sur « L’actualité de la crise: Enfin, des informations sur les banques françaises! par François Leclerc »

  1. Merci MR Leclerc, une interview de Peyrol dans la Pravda faut se la frapper, ce type de courage n’est pas donné à tous le monde.

  2. .

    La spoliation est générale et à l’échelle logarithmique.

    J’espère que la révolte (s’il y a une) sera de même ampleur.

    J’en doute surtout en France.

  3. « il est clairement prévu que le coût du crédit augmente afin de préserver autant que possible le ROE (Return on Equity ou rentabilité du capital) » : ça veut dire que ceux qui n’ont pas d’argent continueront de payer pour que ceux qui en ont continuent d’en gagner. Ca va se terminer à la fabrique du consentement cette histoire, à grands coups de matraque, parce que c’est révoltant.

    1. vous êtes trop fort et faîtes partie des favoris de ce blog « soleil », le parti neuf !
      bon je file sur le billet suivant voir si François Leclerc rétorque ou plussoit… 😉

  4. Simon Johnson: « ..Au coeur de la discussion le fait de savoir si l’augmentation des exigences de capital aura un impact négatif sur l’économie.Les banques insistent que cette exigence ralentirait leurs activités de prêts et donc ralentirs l’économie réelle.L’Institut pour la Finance internationale publia une étude en Juin, pointant sur cet effet, mais il n’y a aucune substance à leurs arguments.. »

    Basel III: The fatal flaw

    Et, comme vous le soulignez, les mouvements sous la ligne de flotaison des lobbies, que
    l’auteur voit encore renforcés The Empire strikes back

  5. Un article qui s’est vu ‘raboté’ d’une page depuis sa parution hier

    « ..Le comité de Bâle doit se réunir de nouveau lundi et mardi pour résoudre les questions restantes
    sur comment les régulations doivent fonctionner, et d’autres problèmes comme comment démanteler une banque faillie sans menace pour le système global.La tache pourrait etre encore plus difficile que se mettre d’accord sur les exigences de capital, parce que les règles de Bâle
    n’ont jamais adressé les problèmes de liquidité dans le passé. C’est beaucoup plus compliqué, beaucoup plus intrusif, cela adresse le ‘business model’des banques. Ce n’est pas par hasard
    que cela n’ait pas été régulé, selon Nicolas Véron, de l’Institut Breughel..Ce qui est doit être
    défini comme actifs liquides est aussi débatu.Les banques font valoir que les instruments plus risqués, comme la dette ‘corporate’devraient être inclus aux côtés d’actifs traditionnellent sûrs (…)
    comme les obligations souveraines.. »


    Supervising Banks’ Liquidity Is a Pain for Regulators

  6. Je vois dans les paroles de M. François Pérol l’intention de « pomper encore plus de fric ».
    Chacun devrait se serrer la ceinture pendant que les banques éclatent d’embonpoint ?

    Les manipulateurs d’argent
    (et qui donc s’enrichissent, car ceux qui manipulent l’argent
    peuvent actionner la « pompe à fric » dans leur direction)
    et autres spéculateurs
    sont un peu comme des éponges dans un bassin où les autres espèces manqueraient d’eau
    pendant que les éponges la monopolise presque en entier.
    C’est la situation où nous sommes.

    Le monde est à sec d’argent par accaparement, par spoliation.
    Et la finance (les éponges) en demande encore !
    J’entends déjà un bruit de succion comme celui de la paille au fond d’un verre
    où il ne reste que quelques gouttes.
    Quelques années, de crise en crise, et il n’y aura plus rien à absorber pour les éponges.
    Elles auront provoqué la destruction par assèchement…

  7. « une surcharge de capital » (M Perol)

    Il est bon de rappeller qu’augmenter le ratio de fond propres d’une banque n’implique pas necessairement une augmentation de son capital. On lui demande seulement de jouer au casino avec moins d’argent, pour diminuer les risques qu’elle fait prendre a l’ensemble de ces clients par une possible faillite en cas de crach.

    Ce que nous revele cette phrase de M Perol est qu’actuellement les banques francaises sont a la limite de ce ratio en terme d’investissements/credits/risques/paris. Faites la somme des fonds propres declares de toutes les banques francaises et multipliez le tout par le ratio de fonds propres en vigueur, vous aurez une bonne idee du montant d’argent « investit » par l’ensemble des banques francaises. Quelqu’un a les chiffres ? Milliards ? centaines de milliards ?

    1. Difficile à dire car les mêmes capitaux tournent sans désemparer. J’ai lu quelque part que les « engagements » de la SG représentaient le PIB de la France.

  8. M Perol, malgre sa haute charge au sein de l’etat, ne semble toujours pas avoir compris le risque que la speculation fait encourir a l’ensemble du systeme.
    A moins qu’il ne le sache, mais n’aurait d’autre choix que de laisser les banques se remplumer comme elles peuvent. Pour le « bien commun » …

    1. Il y a quelques années, un chef d’entreprise qui avait une croissance soutenue basée sur un endettement lui même en croissance soutenu me disait : « mon entreprise est comme un TGV lancé à grande vitesse, je ne peux plus ralentir et pour l’arrêt, il faudrait construire un tunnel sans la sortie… »

      Cet homme là croyait parler de son entreprise, il parlait du monde.

  9. L’état de la France ressemble étrangement à l’été 1830 en France, le pouvoir (le roi) était dans une situation délicate, et dut limiter la liberté de la presse, le chômage était omniprésent, il n’y avait pas de capitaux pour alimenter les affaires, de toute façon contrôlées par une infime minorité de grands bourgeois et de familles nobles, et ce fut la révolution de juillet.
    L’état de la France ressemble encore plus étrangement à celui de 1848…

    1. Les êtres plus ou moins touchés par la crise ne devraient-ils pas avant tout rechercher à dépasser cette terrible période avec déjà le plus de conscience et de spiritualité en soi, même si je sais ce n’est pas toujours évident à suivre dans la matière, ça je pense contribuerait davantage à faire tourner de l’oeil la plupart de nos élites politico-marchandes et idéologiques dans le monde.

      A moins que l’on préfère se conduire un peu pareillement comme dans les livres d’histoire toujours un peu hélas pour cette même matière principalement dans les têtes comme à l’image de ce monde en faillite .

  10. Ici où là, il est rappelé les origines politiques et professionnelles de Monsieur PÉROL (dont la nomination produisit en son temps un éphémère scandale) : Quel est son plan de carrières, qui sont ses affidés ? Il n’est pas inutile de s’en souvenir… « Il faut distribuer son mépris avec parcimonie, il y a tant nécessiteux ».

  11. Belle interprétation des ombres portées de notre « haute finance ».

    J’en profite pour demander si quelqu’un peut m’éclairer sur un point : comment se compose le « shadow banking system » et de quelle manière peut-il participer à la création monétaire? En effet le site « zéro hedge » lui attribue un poids économique supérieur aux banques classiques alors que ce « coté obscur de la finance » ne semble même pas évoqué dans les futures régulations.

    1. Le « shadow banking », c’est la poursuite de la finance casino par une multitude d’intervenants, dont des faux-nez des mégabanques.

      Car, en effet, si les établissements bancaires, ainsi que les compagnies d’assurance par ailleurs, font l’objet de tentatives de renforcement de leur résistance à une future crise considérée comme inévitable, le secteur du « shadow banking » ne bénéficie pas de telles intentions.

      La régulation, pour être efficace, devrait avant tout porter sur les produits financiers et interdire tous ceux qui ne concourent pas effectivement à l’économie. Ce qui s’annonce à propos des produits dérivés, dans toute leur variété et leur étendue, ne semble pas être d’une autre nature que ce qui est en train d’être décidé pour les banques, ou ce qui a été adopté par le Congrès américain.

      Il ne faudrait pas croire, enfin, que les futurs errements du « shadow banking » seront sans conséquences sur le système bancaire. Telle pourrait être la voie qu’empruntera la prochaine crise dans la crise.

  12. Quoique sans rapport direct, je me permet de poster un lien vers un excellent article, les modérateurs apprécieront la pertinence ou pas.

    Manifeste : Crise et dette en Europe – 10 fausses évidences, 22 mesures en débat pour sortir de l’impasse

    « L’Europe s’est construite depuis trois décennies sur une base technocratique excluant les populations du débat de politique économique. La doctrine néolibérale, qui repose sur l’hypothèse aujourd’hui indéfendable de l’efficience des marchés financiers, doit être abandonnée. Il faut rouvrir l’espace des politiques possibles et mettre en débat des propositions alternatives et cohérentes, qui brident le pouvoir de la finance et organisent l’harmonisation dans le progrès des systèmes économiques et sociaux européens. »
    http://contreinfo.info/article.php3?id_article=3059

  13. Au XIXème siècle, les banques (sauf les banques centrales) avaient couramment des fonds propres supérieurs à 50%, presque 10 fois plus qu’aujourd’hui ! En 1774, la Ayre Bank, dont Adam Smith était actionnaire, a émis trop de billets et provoqué une panique qui l’a conduite à la faillite. Pourtant, les déposants et créanciers de la banque ont été intégralement remboursés (!) lors de sa liquidation. En effet, la banque disposait de fonds propres suffisants pour absorber les pertes. Seuls les actionnaires ont subi des pertes.

    Qu’est-ce qui explique que les banques n’ont plus de fonds propres, au point qu’il faille les réglementer pour les obliger à accroître leurs fonds propres ? Depuis 1934 aux Etats-Unis, les déposants jouissent d’une garantie publique de leur dépôt bancaire. Tant qu’il n’y avait pas de garantie des dépôts, les clients ne mettaient leur argent dans une banque qu’avec la plus grande prudence. Des banques jugées peu solides, sans actionnaires aux poches profondes, ne parvenaient pas à attirer beaucoup de dépôts. Avec la garantie des dépôts, notre compte en banque est aussi solide que celui qui le garantit – l’Etat. Que la banque ait ou non des fonds propres est devenu tout à fait secondaire.

    La garantie a dispensé les banques et les déposants de leur prudence naturelle, et on tente aujourd’hui de la remplacer une « réglementation prudentielle ». Voilà la situation absurde où nous sommes.

    GSF

  14. Ce qui est absurde, c’est que cette garantie que donne l’Etat ne soit pas rémunérée. Ou voulez-vous signifier qu’il faudrait la supprimer ?

    1. si l’Etat devait supprimer sa garantie, on assisterait au plus big « bank-run » de tous les temps, une telle panique et détresse et le retour du sombre avenir immédiat.

    2. Oui, je pense qu’elle devrait être supprimée, mais pas comme une mesure isolée. Comme le dit Karluss, cela provoquerait une panique terrible.

      Je recommande cette interview de Charles Calomiris qui fait de nombreux commentaires intéressants sur la garantie des dépôts, et le lien avec la prise de risque :
      http://www.econtalk.org/archives/2009/10/calomiris_on_th.html

      Il y a aussi quelques remarques sur le même thème de George Selgin ici :http://www.econtalk.org/archives/2008/11/selgin_on_free.html

      (il y a la transcription de l’interview : chercher « deposit insurance »)

      GSF

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