L’actualité de la crise : CHRYSLER FABRIQUE DE LA RÉDEMPTION, par François Leclerc

Billet invité.

Avant d’avoir pris du champ dans sa retraite Suisse de Rolle, Jean-Luc Godard était connu non seulement pour sa lecture boulimique des faits divers de la presse mais également pour son intérêt pour la création publicitaire, un genre méprisé. Il y voyait dans les deux cas une sorte de miroir du monde.

La dernière publicité de Chrysler, le constructeur automobile américain, lui aurait donné si nécessaire raison. Destinée à être diffusée durant la retransmission télévisée du Super Bowl – la finale du championnat de football américain – ce spot de deux minutes tente de prendre appui sur le déclin industriel de la ville de Detroit, la capitale de l’automobile que les Américains ont surnommé Motor City ou Motown, pour vendre le dernier né de la firme, la Chrysler 200.

« Ce sont les feux les plus chauds qui font l’acier le plus dur. Ajoutez-y le dur travail, la conviction et le savoir-faire qui habitent chacun d’entre nous depuis des générations. C’est ce que nous sommes. C’est notre histoire ». C’est en tout cas ce qu’affirme, sur le décor d’une ville dont le déclin industriel est filmé, une voix off que l’on comprend marquée par les épreuves de la vie.

La passion des Américains pour les records en matière d’argent est satisfaite par cette pub qui aurait coûté six millions de dollars, faisant d’elle la plus chère de l’histoire de la télévision, ce qui n’a pas manqué d’être rendu public à son avantage.

L’AFP a interviewé Jeremy Anwyl, un analyste du marché automobile américain, qui a déclaré : « Nous Américains, nous aimons ce message : on peut essayer de vaincre l’adversité. Les gens ont accroché, en pensant au pays et à la façon dont l’économie s’est relancée après sa débâcle ».

Le directeur général de Chrysler, Sergio Margionne, a résumé ainsi le brief qu’il avait donné aux réalisateurs de la pub  : « Ce qu’il y a d’exceptionnel avec ce pays, c’est qu’il a la capacité d’apprendre ».

On a fait beaucoup de cas ces derniers temps de sa renaissance. Le chômage a pourtant atteint au Michigan le taux officiel de 11,7%, contre 9% nationalement. L’industrie automobile américaine employait 1,3 million de salariés en 2000, ils ne sont plus que 700.000. Mais de cela, le spot ne parle pas.

Chrysler a été proche de la disparition et a dû effectuer un dépôt de bilan, recevoir des prêts du gouvernement, subir une restructuration financière et industrielle drastique, puis former une alliance avec Fiat pour survivre. Sa réussite d’aujourd’hui se traduit en profits, mais pas en embauches.

Destiné à vendre son dernier modèle, le spot se termine par la mention « Importé de Detroit ». Qu’importe si la firme a transféré au Mexique et au Canada une part importante de sa production ! Chrysler est aussi une machine à produire de l’idéologie, un produit destiné à vendre aux Américains la croyance en leur rédemption, surtout quand ils sont au fond du panier.

Enjoy America !

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134 réflexions sur « L’actualité de la crise : CHRYSLER FABRIQUE DE LA RÉDEMPTION, par François Leclerc »

  1. La rédemption peut aller plus loin encore:

    « Avec l’apparition d’une nouvelle technique de forage, les Etats-Unis pourraient inverser la tendance de ces 23 dernières années qui ont vu décliner la production de pétrole sur le territoire américain.

    Les compagnies pétrolières sont en train d’investir des milliards de dollars pour obtenir les droits d’exploiter de nouvelles sources de pétrole à travers les Etats-Unis. D’ici 2015, les analystes estiment que les nouvelles exploitations pourraient être en mesure de fournir jusqu’à deux millions de barils par jour, soit plus que la production actuelle du Golfe du Mexique. Elles permettraient de fournir de 20 à 40% des besoins énergétiques du pays.

    C’est la nouvelle méthode de forage qui vient d’être développée qui permettrait de tels résultats. Et c’est cette même méthode qui fait actuellement réagir les écologistes en France. Il s’agit de forages horizontaux à travers la pierre. De l’eau, à très haute pression additionnée de sable et de produits chimiques injectés dans le trou réalisé, permet de briser la roche et de capter le gaz qui s’y trouve emprisonné.

    Il était jusqu’ici impossible de récupérer par la même méthode le pétrole lui aussi présent dans les sols. Mais les compagnies, en utilisant différents produits chimiques et d’autres procédés, devraient être en mesure de récupérer le précieux or noir. Avec cette découverte, les zones de forage devraient se développer un peu partout sur le territoire américain dans les 18 prochains mois.

    Les Etats-Unis ne semblent pour le moment pas aussi préoccupés que la France des conséquences environnementales désastreuses de cette industrie. L’Agence de protection environnementale avait déjà statué en 2004 sur ce type de forages en les jugeant conformes indique l’Associated Press.

    Outre le gaspillage phénoménal d’une eau qui se fait de plus en plus rare sur la planète, les nappes phréatiques se retrouvent polluées et l’eau devient absolument impossible à utiliser à cause des produits chimiques employés.« 

    1. Des tentatives de la dernière chance fleurissent au quatre coin du globe (comprenez ce que vous voulez). On en arrive même à rêver que la banquise disparaîsse le plus vite possible, banquise qui est précisément menacée par notre conosmmation excessive d’hydrocarbures. En cherchant on pourrait presque y trouver de la cohérence. Il est pas beau l’animal fou ?

  2. Le billet me semble confondre rédemption et renaissance , le Christ et le Sphynx .

    Ou en tous cas , le Christ qui se sacrifie pour  » racheter » l’humanité , avec l’humanité qui peut renaître à travers lui par le baptême ou la confession.

    La dernière Chrysler n’a pas franchement une tête d’hostie .

    Il faudra aux USA passer par une autre forme de purgatoire pour échapper à l’enfer .

    Seul Dieu est amour et son fils n’aimait pas trop les marchands .

    La femme ausi est amour , tant qu’elle ne tombe pas amoureuse de sa carte bleue .

    1. N’ayant pas suivi les cours de catéchisme sur les bancs de la communale, ni plus tard de ceux de théologie à la catho, je m’en suis tenu à une définition très élémentaire de la rédemption mettant l’accent sur l’aspect divin du mystère du salut de l’homme.

    2. Juan, excuses-moi de te demander pardon, mais l’histoire de chasser les marchands du temple fut tout de même une sacré opération publicitaire.
      Dans la série manipulation de foule, on a certainement jamais fait aussi bien depuis 2010 ans.
      Coté fric, je parle. Pour les autres aspects style « âme », là, on dépasse l’entendement.
      Comme disait mon défunt beau-père:  » on doit être vachement bien bien là-bas car personne n’est jamais revenu. »

      Pardon Jérémie.

    3. La femme ausi est amour , tant qu’elle ne tombe pas amoureuse de sa carte bleue .

      Tout ce qu’elle désirait en fait c’est que ma carte bleue puisse mieux la protéger, hélas la crise dans le monde prenait de plus en plus une telle ampleur, que personne ne pouvait alors plus vraiment appeler cela de l’amour, tout ce qu’elle désirait en fait c’était les plaisirs que l’argent pouvait encore leur procurer, moi bien sur je ne comptais plus trop alors pour elle, encore plus à travers ses nouvelles copines de travail, qui n’en pensaient pas moins qu’elle gagnait-il au moins suffisamment d’argent pour te mériter, pour te rendre réellement heureuse dans la vie, non bien sur que non avec moi elle n’aurait jamais pu monter en fait au septième ciel gratuitement.

      Fille chanceuse garçon malchanceux, ce n’était pas vraiment ma malchance dans les affaires qu’elle recherchait mais bien plus les frissons qu’un autre banquier fortuné et bien peu scrupuleux pouvait encore lui apporter au quotidien et avec son argent, avec bien peu d’argent on ne peut bien sur établir de meilleurs rapports de confiance et de sécurité, faut vivre alors avec son temps ou avec la bourse, si je recevais quand même de temps en temps une petite carte postale venant des paradis fiscaux comme pour les chiens, fallait voir aussi la belle mère, et après on vient me dire que je n’ai vraiment aucune raison de m’en lamenter.

    4. @Jérémie :

      Je compatis . Je n’ai pas eu à souffrir ce martyr quant à moi , car j’ai épousé une auvergnate qui est mon Jducac personnel .

      @ François Leclerc :

      Mes propres études théologiques se sont arrêtées lors de ma première communion . Ou plutôt un an après , lors de ce que l’on appelait le renouvellement . Il fallait se confesser , et à la grande stupéfaction du brave père , j’ai confessé que je ne m’étais jamais confessé , ce qui parait-il était une première pour un ancien premier communiant ; il était assez futé pour en rigoler ; je n’ai plus revu un prêtre depuis , mais beaucoup de mes amis ( ou ex conquêtes , mais c’est bien loin ) qui m’affirmaient qu’on « me donnerait le bon dieu sans confession  » , ne croyaient pas si bien dire . On m’avait donné le bon dieu sans confession .

      Mais jamais de Chrysler .

    5. Vous avez de l’avance, je ne suis même pas arrivé au baptême !

      Tant pis, car

      … »on ira tous au paradis, même moi

      et tous les voleurs
      …tous les bandits … »

      Mince, il va falloir s’infuser les banksters !
      Sans moi !

  3. Complètement en dehors du sujet, et vu la situation au Royaume-« Uni », l’Ecosse devrait faire sécession dans l’année qui vient.

  4. La toute première image le dit : nous pénétrons dans un lieu. Nous y entrons maladroitement. Les images tremblent, la contrée n’est guère hospitalière. Âpre avant tout. Mais nous y sommes entraînés. Nous ne traversons pas le lieu, nous y tournons, les yeux levés comme ceux d’un enfant étourdi dans un puissant manège. Les yeux d’un visiteur impatient et maladroit : plans cut, zooms, bougés, flous, mises au point… Ce sont des images volées.
    La virée se déroule sur plusieurs heures. Nous ne traversons pas le lieu de part en part, mais allons vers son centre – une origine – et traversons du temps : nous revenons sur l’histoire, une histoire douloureuse ayant laissé des traces. Nous passons ainsi du jour à la nuit, caméra en contre-plongée, jamais à hauteur d’homme, ou presque : nous visitons une ville à elle seule un monument. Nous ne voyons pas de gens y vivre. Et cependant quelqu’un est là : le conducteur à nos côtés, que nous voyons peu à peu apparaître. Et le voyant apparaître, nous comprenons que tout à l’heure nous voyions à travers les yeux d’un autre. Ou plutôt que nous allions de l’un à l’autre : de l’intériorité (celle du personnage) à l’extériorité (celle de la ville). Ce que nous voyions dehors, nous aurions pu le voir dedans, dans ce personnage emportant avec lui ce qu’est la ville qui l’a façonné. C’est là où le film touche au fantastique : il y a un jeu double d’inclusion/exclusion faisant de celui qui conduit le visiteur d’une ville qui l’habite : une ville hantée par celui qu’elle hante. Et c’est ce que nous montrent tour à tour les autres personnages : ils ne sont que des silhouettes, apparitions dans une ville fantôme. Leur tenue vestimentaire en témoigne : soit anachronique, soit uniformisée, elle fait d’eux des silhouettes attachées à leur rôle. Ces gens ne sont pas eux. C’est ce qui donne aussi cet air désespéré : c’est un environnement sans corps réel, sans chair. On y voit des statues, on y voit des peintures, on y voit des pantins accoutrés prompts à baisser la tête. Ces personnages-là, tout juste entrevus, tiennent un rôle. Ils ne tiennent que par lui. Tous attendent.
    C’est ce qui fait de ce film qu’il dit ce que l’Amérique a toujours dit : que tout est à refaire. On n’est voué qu’à renaître : on avait pu penser glisser dans un enfer, un néant, une scène vide. Croiser des formes humaines figées, spectrales, des âmes errantes, dépossédées de leur corps, perdues dans un temps qui n’est pas le leur. Ces formes humaines, pourtant, ne sont pas mortes, elles sont suspensives, en attente de renaître : on n’est pas en enfer, on est au purgatoire.
    Et c’est à la fin le sens de ce regard caméra, le doigt pointé vers soi devant ce chœur d’une béatitude emmurée. Là, dans le saint des saints, nous ne tournoyons plus, nous nous arrêtons à notre tour, bouche bée. Cet ange, Eminem, qui nous aura pris avec lui, a pour nous un message : nous sommes au plus près du Démiurge, il reste une chance ultime, il nous faut miser ce va-tout d’un nouveau départ car le nouveau monde est désormais celui de sa reconquête à venir. Et de sa renaissance.

    1. Hé ben dis donc, qu’est qu’ils gambergent les publicistes américains! Du coup, ça vaut bien les 6 briques.

    2. Hum,

      Pour tout le règne du commerce mondial nous en avons bien perdus le temps de l’être, comme d’une meilleure qualité de vie. Mon pauvre enfant, ma pauvre mère, mon pauvre frère sachez que dans les derniers jours tout coûtera de plus en plus cher pour les gens qui ne penseront qu’à cela matin, midi et soir, il y aura alors des temps de plus en plus difficiles, inévitables, insupportables ou il sera même demandé davantage de choses aussi bien en Egypte comme partout ailleurs, pour des choses encore et encore bien plus dures à supporter pour le simple commun des mortels, hélas ils avaient beau y faire à plusieurs les choses ne s’arrangeaient guère mieux, car les gens n’étaient plus vraiment eux-mêmes jouant bien tous un même rôle, c’était en fait le grand spectacle dramatique du monde. Qui fait vraiment la réalité d’une société, de l’histoire, toujours la télévision, la réalité virtuelle, le commerce, l’argent, l’économie, la bourse, les marchés, le bourreau ou la victime, l’amour ou la haine, la justice ou l’injustice, l’aveuglement ou la conscience de la femme enceinte qui s’éveille peu à peu dans les larmes avec un enfant dans les bras, mais pourquoi tant de malheur depuis quand cela dure le tout règne des pharaons de l’Egypte et des demi-dieux ?

      Et si malgré leurs vaines prières de plus envers des idôles et des Faux Dieux de plus les bonnes récoltes n’allaient pas du tout revenir de sitôt à l’image. Qu’à cela ne tienne jouons davantage alors à changer plus rapidement le climat sur terre, et si c’était bientôt les sept plaies de l’Egypte qui allaient bientôt s’abattre sur le monde qui comprend encore les diverses mises en garde d’antan.

      Je n’ai jamais cru d’ailleurs que les choses se termineraient toujours bien pour l’Amérique, l’histoire de l’homme ce n’est pas non plus que des mêmes films de propagande pour la seule gloire première des marchands d’un monde.

      C’est pourquoi leur parole passera d’abord mais pas la votre.

  5. Bonsoir M. Jorion,

    Je me demandais si vous ne pourriez pas nous expliquer pourquoi les bourses semblent vouloir fusionner ; est-ce pour éviter la fission ?

    1. J’admire toutes ces élites mondiales s’imaginant pouvoir toujours jusqu’au bout contrôler les choses et planifier l’agenda du monde et des êtres selon leur seul bon vouloir marchand, pourtant je vois bien dans ma vie qu’on ne peut pas toujours exiger du climat et des choses
      du ciel ou de la terre qu’elles répondent continuellement à nos premières attentes de réussite, car sinon qu’en deviendrait-il principalement du langage et de la mentalité des êtres dans un tel monde qui n’avance plus vraiment en fait si tout cela devait perdurer sans cesse ? C’est important aussi d’enseigner aux hommes le lâcher-prise, que l’histoire puisse également prendre par exemple un autre cours, malheureusement cela ne fait pas encore parti de l’éducation première des élites de notre monde, dans leur continuel désir de contrôler et de posséder principalement l’esprit du monde.

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