LA SITUATION À FUKUSHIMA (VIII), par François Leclerc

Mise à jour n° 154 (samedi 09h48)

Les opérations de transvasement de l’eau contaminée et d’injection d’azote dans les enceintes de confinement des réacteurs se poursuivent. L’opérateur poursuit le déversement dans la mer de l’eau la moins contaminée et va entamer le pompage vers un condensateur du réacteur n°2 de l’eau hautement contaminée découverte dans les sous-sols des réacteurs n°2 et 3 et dans les tranchées les joignant.

Il était temps, cette eau menaçant de déborder du puits sur le site, ne pouvant plus s’infiltrer vers la mer depuis que ses infiltrations ont été bloquées.

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Mise à jour n° 153 (jeudi 19h03)

Un séisme de magnitude 7,4 a frappé le nord-ouest du Japon, dont l’épicentre, en mer, est à 116 kms de Fukusihima. Une alerte au tsunami a été lancée et la centrale a été évacuée. La vague attendue devrait faire un mètre de haut, contre dix mètres la précédente. Les installations seront inspectées dès que possible.

L’intégrité des enceintes de confinement, déjà éprouvées pour certaines, pourrait être davantage menacée. Le tsunami pourrait répandre sur le site les eaux hautement contaminées qui fuient du réacteur n°2, ou les emporter dans la mer en se retirant.

Ajout : L’alerte a été levée; d’après la télévision NHK, rien à signaler sur le site. A confirmer, vu la rapidité de cette réaction.

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Mise à jour n° 152 (jeudi 13h20)

Un nouvel arbitrage a été rendu ou, entre deux maux, le moindre a dû être choisi.

L’injection d’un gaz inerte, l’azote, a commencé dans l’enceinte de confinement du réacteur n°1, afin de prévenir les risques de nouvelle explosion d’hydrogène. Les deux qui sont intervenues les 12 et 14 mars derniers ont été dévastatrices pour les bâtiments, de nouvelles pouvant affecter les enceintes de confinement.

Tepco a annoncé que des volumes élevés de radiations seront rejetés pendant l’opération. Six jours seront nécessaires pour injecter 6.000 mètres cubes d’azote, avant de poursuivre les injections dans les enceintes des réacteurs n°2 et 3.

Il ne peut être évité que, d’une manière ou d’une autre, la centrale continue d’émettre des quantités importantes de radioactivités, les annonces des seules mesures de l’iode-131 étant privilégiées, au détriment de celles d’autres radio-éléments à plus longue durée de vie.

Les déversements d’eau contaminée dans l’océan se poursuivent et devraient se poursuivre jusqu’à samedi. La contamination des côtes et des poissons au césium-137 – qui reste actif plusieurs décennies – est désormais une préoccupation majeure.

Après qu’il a été annoncé que la fuite dans la mer d’eau hautement contaminée avait été stoppée, il est apparu qu’une nouvelle fuite alimentait le puits où elle avait été initialement découverte. Tous les moyens disponibles vont être utilisés pour contenir la mer devant le réacteur n°2, sacs de sable, parois métalliques, barrières diverses…

Des volutes de vapeur radioactive continuent de se dégager de ce qui reste des édifices des réacteurs 1 à 3.

Tepco a reconnu que 70% du combustible du réacteur N°1 a été « endommagé », 35% du n°2 et 25% du n°3. Ces estimations doivent provenir de modélisations informatiques, mais cela n’est pas précisé. Pas plus qu’il n’est indiqué si les processus se poursuivent ou sont arrêtés.

Dès qu’il sera opérationnel, un hélicoptère télécommandé, fabriqué par une entreprise française, embarquant des caméras et capteurs de radioactivité va être utilisé pour le survol des réacteurs. Cela confirme que leur survol par des hélicoptères pilotés par des humains n’est pas possible en raison du niveau des radiations qui s’échappent de la centrale.

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Mise à jour n° 151 (jeudi 10h50)

Le New York Times en date du 6 avril cite un rapport confidentiel de la US Nuclear Regulatory Commission, selon lequel l’ensemble des réacteurs sont très sérieusement endommagés. Le combustible à l’intérieur des noyaux a subi une fusion à ce point avancée que l’eau de refroidissement ne circule que très difficilement. Le maintien de fuites d’eau hautement radioactives (qui ne sont pas limitées à un seul réacteur comme il avait toujours été dit jusqu’ici) complique la situation et pose la question : pendant combien de temps le refroidissement d’urgence en cours pourra-t-il se poursuivre ?

Une révélation particulièrement inquiétante : du combustible usé des unités 1 à 3 aurait pu être dispersé jusqu’à une distance d’un mile (1,6 km) lors des explosions d’hydrogène dans l’enceinte des réacteurs. Il semblerait que des bulldozers ont été utilisés pour couvrir provisoirement du combustible brûlant entre deux des bâtiments abritant les réacteurs, un accident qui rendra tout nettoyage ultérieur beaucoup plus difficile.

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293 réflexions sur « LA SITUATION À FUKUSHIMA (VIII), par François Leclerc »

    1. il y a une lueur étrange sur le coeur du réacteur n° 3 de Fukushima, qu’est-ce que c’est? un corium?

  1. D’abord on a ça :
    « A la suite du séisme de jeudi, des fuites d’eau radioactive ont été repérées dans la centrale nucléaire d’Onagawa. De l’eau s’échappe notamment des piscines qui servent à refroidir les barres de combustibles dans 3 réacteurs . Une fuite provient à première vue, d’une fissure dans la construction d’une des piscine.
    Le refroidissement a été interrompu mais a pu reprendre grâce à un générateur d’appoint. »
    .
    Rectification :
     » Tohoku Electric Power, exploitante de cette centrale assure que le séisme de jeudi soir avait provoqué de petits débordements d’eau faiblement radioactive en raison de vaguelettes consécutives à la secousse des piscines, mais aucune fuite.
    Le système de refroidissement est parfaitement opérationnel. Il n’a jamais cessé de fonctionner et le combustible n’a jamais été émergé ».

    1. Gouwy.
      Le principe de « base » est de ne pas affoler les populations. C’est tout.

      Par contre, je pense que les Japonais ne sont pas si idiots que ça. Car vu le reportage sur une mère de famille qui disait cacher son anxiété à son fils…

  2. Ces reprises sont « spontanées » parce qu’elles sont dues à la détérioration du coeur et au fait que les barres de contrôle « n’existent plus ».

    Non…
    Il ne s’agit pas ici des coeurs (ils sont fondus depuis longtemps).
    Il s’agit des barres de combustibles usagé des piscines. C’est vrai que je me suis mal exprimé.
    Quand j’ai dit  » (…. du plutonium contenu dans le Mox et/ou issu de la recapture neutronique dans les réacteurs à Uranium). »
    Je voulais parler du combustible usagé, retiré des coeurs et stocké dans les piscines, soit du Mox, soit de l’uranium, « usé ».

    Ceci dit, les japonais n’en sont pas à leur coup d’essai en la matière et ils n’ont pas besoin d’attendre une catastrophe pour ça.
    En 1999 à Tokaimura de l’uranium était rentré spontanément en fission nucléaire dans une usine de retraitement (donc du combustible usé qui a déjà passé la période de 2 à 4 ans en piscine dans une centrale).
    Il avait émis des flux massifs de neutrons pendant des jours et le Japon avait « omis » de signaler « l’incident » à l’AIEA, le considérant d’un niveau « très faible » !
    C’est une fuite qui avait fait connaître cet ACcident ! On n’a jamais « trop su » sur ce qu’il s’était réellement passé mais on a du passer à deux doigts de l’explosion ….comme dans le cas de la tranchée Z9 ou de Kychtym, où là, ça avait bel et bien explosé !

    Dans la tranchée Z9 ou à Kychtym, il s’agissait également de plutonium (avec lequel une relativement petite quantité suffit à déclencher une réaction spontanée si la température est « ad-hoc »)
    A Tokaimura, il s’agissait d’Uranium.
    La réaction démarre moins facilement mais reste possible si la masse stockée est suffisante !

    Quand je dis qu’à Fukushima, il s’agit d’une réaction du plutonium, c’est parce que c’est l’hypothèse très nettement la plus probable mais compte tenu des quantités stockées dans les piscines (env 1500 tonnes), ça doit être possible avec également l’uranium !

    1. « Il ne s’agit pas ici des coeurs (ils sont fondus depuis longtemps). »

      Si les coeurs sont fondus depuis longtemps cela signifie que nous avons aujourd’hui 100% de corium qui depuis le temps aurait du traverser (1m/24h) les cuves et les enceintes en beton pour commencer à attaquer le sol granitique.. alors pourquoi les arrosages pour refroidir les réacteurs se poursuivent.. à moins que l’arrosage ne concerne maintenant que les piscines?

      1. Le combustible des piscines 1 et 3 est probablement en vrac à cause des explosion, il y a certainement des « points chauds » qui pourraient donner un corium.

        Dans les cuves il y a surtout des débris de combustibles puisque semble-t-il le fond n’a jamais été dénoyé, il y a ou il y a eu probablement un corium en formation lente, très peu agressif.
        Un corium « violent » se produit lorsque qu’un coeur en pleine activité manque de refroidissement, là il était à l’arrêt et n’a fondu que « lentement » en s’écoulant dans l’eau. Tout dépend ensuite si les points chauds arrivent à se rassembler pour former une masse critique suffisante.
        Le 1m/jour de TMI sont à oublier ici.

      2. @HP :
        « corium très peu agressif » : ça existe ?
        « semble-t-il le fond n’a jamais été dénoyé » : hypothèse gratuite, surtout que les 4 cœurs ont chacun leur histoire personnelle.
        « fondu que « lentement » en s’écoulant dans l’eau » : ???
        Je ne voudrais pas vous vexer, HP, mais il y a un contraste saisissant entre vos explications et celles de Gouwy… Peut-être n’y aura-t-il pas d’explosion, ce qui contredirait les pronostics de notre spécialiste, mais, si c’est le cas, je doute que ce soit pour les raisons que vous avancez.

      3. Pas de souci Crapaud, je ne demande à personne d’être d’accord avec moi. Je ne prétend pas détenir la vérité, j’évoque des faits et des possibilités.

        3 réacteurs, pas 4, le 4 est vide de combustible. Du moins la cuve, la piscine est pleine par contre.

        Tous les réacteurs étant à l’arrêt il n’y a pas eu une masse énorme de chaleur qui aurait fondu le coeur très vite lors de l’arrêt des pompes, le processus a été + lent. Fonte progressive des gaines et écoulement lent des pastilles de combustibles dans ce qu’il restait d’eau, qui les a refroidi.

        Il y a peut-être du corium tiède au fond d’une ou plusieurs cuves, ou + bas, c’est juste du combustible pas assez massif pour être très actif, il peut toutefois l’être faiblement et se rassembler lentement, par fusion du plutonium, très dense, et des autres métaux plus légers au dessus.

    1. Si ce modèle là est aussi fiable que celui des prévisions météo à une semaine, autant être conséquent et ressortir les vieux outils tels que la boule de cristal ou le marc de café…

  3. >Gouwy

    Une chose me gène dans votre description de l’accident de Kyshtym: vous semblez laisser supposer que c’est un accident du à une reprise de réaction en chaîne. Or à l’origine, c’est un accident chimique due à l’évaporation de l’eau, sous l’effet de la chaleur normale de la fission spontanée des déchets.

    Il s’agit, d’après ce que j’ai toujours compris d’une explosion de nitrate d’ammonium, résultant du procédé chimique d’extraction du plutonium qui utilisait de l’acide nitrique (comme au Etats Unis). Donc à priori, il n’y a aucun rapport avec ce qui nous intéresse, indépendamment de la dispersion de matières radioactives.

    Référence en Anglais sur Kyshtym.

    1. Parce que vous ne faites référence qu’à la première explosion, celle d’une seule cuve, qui effectivement était d’origine chimique et relativement peu puissante (moins de 100 T éq TNT).
      Cette explosion a été grave dans la mesure où elle a dispersé des matières radio-actives sur une surface relativement importante mais elle n’a été qu’une explosion « mineure » et « ordinaire ».

      Ensuite, il y a eu un accident de criticité.
      L’explosion initiale a laissé des matières radio-actives (essentiellement des déchets de plutonium) sans protection.
      De plus, le site était devenu impossible à vivre et donc déserté.
      L’eau s’est infiltrée, a agit comme modérateur, déclenchant une reprise de criticité (comme dans la tranchée Z9 en fait sauf que là personne n’était présent pour s’en rendre compte et essayer d’arrêter le processus).

      L’explosion est connue depuis 1979 (relevée par un U2 pour la première fois) mais les circonstances ont toujours paru « irréalistes ».
      Ce n’est que très récemment, par Medvedev que l’on a eu confirmation que les soviétiques l’avaient fait passer pour un essai de bombe H afin de cacher l’accident et l’existence du complexe de Mayak et ses réacteurs plutonigènes.

      1. Une telle froideur me terrifie.

        Une question laissée sans réponse.

        A combien d’équivalent Gray, béquerel (c’est pas grave je ferais la conversion pour tout un chacun en résultante sur la santé, ça je sais faire c’est mon métier, je n’en dors plus la nuit) estimez vous la catastrophe (doit-on encore parler de catastrophe, vous comprenez ils font ce qu’ils peuvent, si on veut manger il faut bien manger du contaminé, sinon on meure, le choix est tout de suite ou un peu plus tard) ou le problème du japon ?

      2. >Gouwy

        Merci de votre réponse, je ne connaissais pas du tout cet aspect du sujet.

        Avez vous des références sur cette question?

      3. >Gouwy

        Au fait, je n’arrive pas à trouver de référence sur cette tranchée Z9 sur internet? Avez vous des liens dessus ou au moins des références bibliographiques?

      4. @hervé

        C’est vraiment votre métier ? Parce que sinon vous sauriez alors qu’on ne peut rien tirer en terme d’impact sur la santé du béquerel. Il manque une information d’énergie qui peut faire varier les conséquences d’un facteur 20.

      5. Avez vous des références sur cette question?
        Au fait, je n’arrive pas à trouver de référence sur cette tranchée Z9 sur internet? Avez vous des liens dessus ou au moins des références bibliographiques?

        Je tiens l’essentiel des infos des revues de l’ingénieur, de RNR (revue nucléaire de Russie) et de rapports que je reçois par mon travail.
        Je ne sais pas si tout cela est disponible sur internet.

    1. Non, mais il fallait bien qu’il y ait un mensonge quelque part.

      Par contre pas mal le tableau récapitulatif.

    1. Merci pour la vidéo. Voilà comment la folie des hommes, la religion de la consommation et l’appât féroce du gain nous font transformer une terre nourricière en un caillou stérile et mortifère. Dans l’indifférence quasi générale remarquez bien. Car nous sommes peu nombreux à accepter de ne pas détourner le regard: les gens se doutent bien qu’on nous ment mais finalement ils ne tiennent pas trop à savoir!

    2. J’allais oublier de saluer le courage de ceux qui vont volontairement diminuer leur espérance de vie pour faire un reportage et porter témoignage de cette désolation!

      1. Je pense pas que les reporters se rendent compte du danger (et donc, pas de courage dans l’affaire). Ils ont plutôt l’air goguenards.

      2. Oui, rechercher la vérité demande non seulement du courage intellectuel mais souvent aussi du courage physique.

      3. @Moi

        Je pense pas que les reporters se rendent compte du danger (et donc, pas de courage dans l’affaire)

        Beh oui bien sûr, tous des foutriquets et des ignorants ces journalistes… Aucun courage là-dedans !
        Sauf qu’ils savent très bien les risques qu’ils prennent en cas d’explosion, soit se prendre dans le buffet quelques centaines de sieverts.
        Sauf aussi que là ils nous offrent un superbe road-movie « guerilla video » pour quelques centaines de microsieverts. Good job. Point.

      4. On ne voit pas les reporters mais, d’après leurs ombres, ils ont l’air de porter une combinaison. C’était à mon avis indispensable car leur périple ayant sûrement duré plusieurs heures, ils auraient encaissé beaucoup trop de mSv.

      5. Il faudrait qu’ils restent 200 heures sur place pour atteindre la limite d’exposition pour le public (à 5 microSv/h). Et 4000 heures pour la limite des travailleurs du nucléaire…

      6. @Crapaud

        Si l’on en croit leur compteur, ils ont pris entre quelques unités et 110 microsieverts par heure. Soit disons 50 microsieverts par heure en moyenne, En admettant que leur périple ait duré par exemple 10 heures, ca leur fait une dose globale encaissée de 500 microsieverts soit 0,1 millisievert, soit peanuts. Je te rappelle que les 120 000 survivants d’Hiroshima Nagasaki avaient subi une irradiation de plusieurs centaines de millisieverts.

    3. Reiicheido

      Pourquoi ne pas offrir vos services à Tepco ?

      Vous feriez un liquidateur idéal. Pas de risques, pas de problèmes.

    1. Quand on lit le communiqué de l’ASN tout semble si paisible à Fukushima! On dirait presque une publicité pour une île paradisiaque. Dormez braves gens…quand vous vous réveillerez il sera trop tard!

      1. Bien vu, D-croissance! Vous avez découvert l’essentiel de ce message de L’ASN, dont je trouve le travail franchement minable.

    1. Ce qui me plait le plus dans cet article, c’est d’apprendre qu’il y a un porte parole par centrale. Naïvement, je pensais qu’il y avait un directeur de la com pour toute la société, mais non, un commissaire politique par centrale. Au prix que ça coute. S’il y a un porte parole par centrale, ça en fait des éoliennes et des hectares de panneaux solaires.

      1. et bien vous apprendrez que pour les sites chimiques, il y a aussi un préposé en com ( qui ne fait pas toujours que ça , mais cette fonction existe )

  4. Existe-t-il des photo nocturnes du site de Fukushima ?
    Je me demande si c’est lumineux comme à Tchernobyl, avant que le coeur n’ait été recouvert…

  5. C’est étonnant comment les choses les plus simples peuvent être confuses.
    Je vais essayer autrement :

    – Un corium c’est TRES chaud. Si on l’arrose ou qu’on le trempe dans l’eau, l’eau ne le « touche » pas, ni sous sa forme liquide bien entendu, ni sous sa forme gazeuse.
    A sa proximité, « autour de lui » dans le volume où la température est comprise entre 700° environ et la TMax (3000…4000°), il se forme une espèce de « bulle » où l’eau est « crackée » (elle se transforme en hydrogène et oxygène).
    C’est pareil dans les piscines à proximité immédiate des barres lorsque celles-ci arrivent à une T°>650/700°.
    Le volume de crackage, donc d’H2/O2 produit, augmente avec la température (comme le volume chauffé augmente autour d’un feu au fur et à mesure de la montée en T° du foyer).
    La production est donc importante à proximité immédiate des barres ou du corium et diminue inversement au carré de la distance.
    A une certaine distance, il n’y a plus que de la vapeur (entre 600 et 100°), ensuite de l’eau liquide.

    Aujourd’hui, on peut affirmer sans crainte de trop se tromper 🙂 que tous les réacteurs ont leur cuve endommagée (elle est abîmée mécaniquement par les explosions, sans doute « fuyarde » depuis mais aussi, elle est percée par le corium).

    Les japonais ont inondé l’enceinte de confinement en béton. La cuve « trempe » donc dans l’eau.

    Suivant les réacteurs, une plus ou moins grande partie du coeur doit sans doute être encore dans la cuve car, comme je l’ai déjà expliqué, il est très peu probable que la totalité fonde, la réaction diminuant avec le volume et la baisse de la température.
    par exemple, la réaction s’arrête dans 20 tonnes à 150°, dans 25 tonnes à 300° ….. (je dis n’importe quoi au niveau des chiffres, je n’ai pas fais le calcul…juste pour faire comprendre).
    Si on arrête de refroidir la cuve, il est probable que la réaction dans le volume restant redémarre (d’où la nécessité de continuer à refroidir …ne pas augmenter la masse du corium).

    Par contre, il n’est pas possible en pratique de parvenir à maintenir un « minimal » même avec le refroidissement.
    Je passe les calculs mais, dans un chargement de 95 tonnes qui a commencé la fusion, il devient en pratique possible d’espérer une certaine stabilisation du volume vers les 40 tonnes (soit environ 55 tonnes de corium / environ une fusion à 60%).
    A TMI, on avait réussi a stabiliser le corium à 50% de la fusion mais sans jamais que le coeur ne soit hors d’eau et après différentes mesures techniques pendant les 15 heures où s’est déroulé l’accident et dès le début de l’accident.

    La cuve et l’enceinte de confinement sont donc à la même pression (puisque la cuve est percée). Sur les réacteurs où l’enceinte en béton est fêlée ou cassée, l’ensemble est à la pression atmosphérique ou celle des pompes.

    Opinions divergentes :
    Un corium, ce n’est pas seulement très chaud, c’est aussi très radioactif. Il produit donc non seulement de l’H2/O2 par thermolyse mais aussi par fission de la molécule d’eau.
    Les ingénieurs américains pensent que le maximum de le production gazeuse vient de la fission.
    En Europe et en Russie nous pensons qu’elle vient de la thermolyse.
    Il est vrai que leurs modélisations doivent être plus proches que les nôtres sur ce genre de réacteur…vu que c’est LEUR réacteur 🙂 mais d’un autre côté, leurs modélisations sont « obsolètes » (elles datent des années 80 !).
    Ceci dit, ils ont toutes les chances d’avoir raison en cas de reprise de criticité ….
    … ce n’est qu’un point technique qui, en pratique, ne change rien aux faits !

    parce que un dessin vaut mieux q’un long discours, voilà où on en est aujourd’hui :
    http://s184705729.onlinehome.fr/reacteur1.jpg

    Dilemme :
    – le corium perd de son énergie en émettant de l’H2/O2. Au rythme actuel et si on estime la fusion à 70%, il y en a théoriquement pour 7 à 10 ans pour arriver à une stabilisation (6 ans à TMI avec fusion à 50%)
    Pour rappel on a 3, sans doute bientôt 4, corium sur le plancher.

    Doit on laisser une émission d’H2/O2 et attendre avec les risques d’explosion que ça comporte + les risques que le corium rencontre, à terme, une nappe d’eau…+ des émissions radioactives « modérées » mais constantes pendant des années, sachant qu’il sera alors impossible d’isoler la centrale (sarcophage…)
    ou
    doit on reprendre la solution russe qui pourrait permettre d’éteindre le corium (ça a marché une fois) mais au prix d’une émission radioactive massive mais limitée dans le temps …et maintenant, malheureusement, un prix en vies humaines « ENORME » car les « liquidateurs » qui seraient alors amenés à travailler sur cette solution seraient « irrémédiablement perdus » (excusez l’expression) !

    A priori, les japonais ont choisi la première hypothèse. Pour cela :
    – Ils refroidissent pour limiter la masse du corium, lui faire perde son énergie et éviter une reprise de fusion dans la cuve.
    – Ils vident l’eau des sous-bassements/structures pour mettre le corium au sec quand il arrivera sous le réacteur (sous la « 1/2 lune » que l’on voit en gris sur le dessin), puis sous l’enceinte, puis sous la centrale (la dalle de soutien n’est pas représentée sur le dessin mais sous l’enceinte, il y a une « cave » (pompée actuellement) puis la dalle…
    – Ils essaient de retarder une explosion en saturant l’atmosphère hors d’eau, avec de l’N

    Je pense (ça n’engage que moi), que la solution choisie par les japonais a surtout pour objet de gagner du temps : si rien ne se passe pendant un certain temps (pas d’explosion, pas plus de fumées…), les médias ont tendance à oublier la situation et il devient plus facile de faire croire à une stabilisation.
    Par rapport à Tchernobyl, grâce à l’enceinte de confinement abîmée mais debout, la RA est relativement limitée à l’extérieur du bâtiment (pas dedans !) permettant de conserver une activité humaine sur le site pour « maintenir » la situation (pompages, refroidissement…).
    Bien sûr, il faut et faudra énormément de main-d’oeuvre car les roulements sont courts mais la question est surtout de savoir si une centrale dans cet état sera capable de tenir 10 ans : De nombreux impondérables peuvent survenir dans une telle situation !

    Les questions sont :
    – Le monde peut il patienter 10 ans et accepter une pollution radioactive permanente autant aérienne que marine. la Chine et la Russie ont déjà dit NON !
    – La « solution » choisie est elle pérenne ? Peut on envisager des injections d’azote et d’eau pendant 10 ans…des pompages pendant 10 ans .. ???

    Mon avis est que non.
    A terme (semaines, mois … ??), ils seront obligés d’étendre la zone d’exclusion puis de limiter les activités sur le site.
    Statistiquement, il y a très peu de chances qu’une telle stratégie puisse durer dans le temps !

    1. Voilà qui a le mérite d’être très clair ! Merci Gouwy ! Et c’est conforme à mes pronostics d’amateur : la catastrophe est loin d’avoir atteint son pic. L’idéal serait que les coriums s’enfoncent sans rencontrer d’eau : le sous-sol jouerait le rôle d’un sarcophage naturel qui limiterait de façon significative les rejets.

    2. « Faire croire à une stabilisation »
      Peut-être, mais dans quel but ?
      Comme vous le dites, stabiliser pendant 10 ans, c’est mission impossible !
      10 ans sans tremblement de terre au Japon…….
      Seraient-ils en train d’essayer de faire comprendre aux zautorités qu’ils ne pourront pas tenir et qu’il faut prendre des mesures type évacuation d’un large périmètre, seraient-ils en train d’essayer de mettre sur pied l’organisation de telles mesures, ça prend du temps !!!, et en attendant ils font ce qu’ils peuvent pour retarder la catastrophe ?????????
      Dans la coulisse évidemment pour ne pas affoler et créer la panique ???

      1. @ Gouwy

        Merci pour cet effort de clarification. Ça aurait dû être posté comme article plutôt, non?

      2. Je pense que les japonais, par culture mais aussi pour des raisons économiques (éviter une panique sur les marchés), ne cherchent pas la médiatisation, au contraire.
        Ils essayent de ne rien dire plutôt que de mentir mais n’hésitent pas à le faire, si besoin est.
        Par exemple, on ne peut pas cacher une explosion alors on essaye de faire croire qu’elle est volontaire mais si on voit rien d’évident (pour la presse ou le citoyen « lambda »), alors on ne dit rien.
        Par contre, dès qu’une « minable » nouvelle qui peut paraître positive, pointe…alors là, on fait les gros titres !
        On fait les gros titre sur une ridicule fuite presque colmatée mais on n’essaye pas d’expliquer pourquoi il y a une fuite et de où !

        Par culture, ils ont aussi cette mentalité de toujours vouloir se persuader que « c’est possible » (il suffit de voir certaines actions désespérées quelquefois frôlant l’absurde, pendant les guerres par exemple) et cette autre mentalité que si le cas devient désespéré, alors la première mentalité se transforme en besoin de devenir un martyr ou un héros !

      3. Il y faudrait un anthropologue pour y voir clair.

        Je crois que les Japonnais n’ont absolument aucune culture du désastre, de la défaite. Hormis en 45, ils n’ont jamais été envahis.
        Leur histoire militaire n’est pas ponctuée de sièges interminables avec des travaux monstrueux du génie de part et d’autres, mines, tranchées, machines de sièges, fortifications monstrueuses, places fortes inexpugnables.
        Leur code militaire traditionnel, le Bushido, n’a absolument aucun aspect chevaleresque, aucune notion de la mansuétude, du pardon, de l’échec. Le guerrier qui faillit ne peu que mourir. Le guerrier qui perd son boulot ne peut que mourir ou devenir une sorte de paria(ronin) .Je crois qu’ainsi le Japonnais sont des offensifs méticuleux mais sont de pitoyables défenseurs. L’idée même de défense met mal à l’aise leur encadrement.
        Le reste n’est qu’une histoire de soumission, de chair à canon et de débinades plus ou moins minables.

      4. Je crois que pour comprendre, il faudrai imaginer une France composée de 60 millions de timides.
        Je ne dis pas « timoré ».Je dis « timide ». Cet orgueilleux rougissant et reservé.

      5. Comme vous le dites, stabiliser pendant 10 ans, c’est mission impossible !

        Surtout que ce n’est qu’un plan du problème.
        On peut éteindre le corium mais ce n’est pas pour autant qu’on est sauvé. Le PU est là pour des milliers d’années. A tout moment, en fonction de « circonstances favorables », il peut rétablir une criticité et démarrer spontanément une réaction.
        A Tchernobyl, régulièrement les techniciens sont obligés de décomprimer le sarcophage car avec le temps et le vieillissement de l’installation, des infiltrations d’eau atteignent le corium (éteint) et le plutonium démarre des phases de criticité.
        Dans ces moments, on enregistre des bouffées neutroniques et des dégagements d’hydrogène et d’oxygène.
        C’est encore en relativement petite quantité. Il n’y a pas besoin de décomprimer tous les jours mais c’est de plus en souvent.
        Il y a 10 ans, c’était une fois par an. Maintenant c’est plusieurs fois par an.

        Au plan économique, Tchernobyl, c’est encore entre 3000 et 4000 personnes qui y travaillent ou interviennent chaque année et entre 30 et 40 millions d’€ par an. Le site a déjà coûté près de 500 millions depuis la catastrophe.
        Le nouveau sarcophage qui doit être construit (par la France, d’ailleurs), va coûter entre 400 et 600 millions d’€.

        Mais Tchernobyl c’est un corium avec « seulement » 100 kgs de PU.
        A Fukushima, le PU se compte en tonnes pour la capture neutronique + environ 6 tonnes pour le PU contenu dans le Mox du réacteur 3 !!
        L’Uranium, lui, se compte en centaines de tonnes et dans ces conditions (masse importante), l’uranium aussi peut déclencher des reprises de criticité !

    3. Merci pour tout le travail d’information et de vulgarisation que vous faîtes permettant aux néophytes – comme moi – de mieux saisir la situation.

    4. Merci Gouwy pour toute cette analyse argumentée, et pour le dessin,
      si l’on arrive à stabiliser un peu cette activité de jongleur ou d’équilibriste, à diminuer la radioactivité extérieure sur le site, je ne vois pas pourquoi l’on ne pourrait pas faire circuler l’eau pendant 10 ans, c’est ce qu’on s’apprétait à faire de toute façon ?
      Il faut juste ajouter un peu d’azote pour la sécurité , ce qu’on n’avait pas prévu,
      mais on devrait récupérer de l’hydrogène et de l’oxygène, que ce soit par thermolyse ou radiolyse en effet peu importe, donc potentiellement de l’énergie. Quel est le rendement ? ce n’est pas simplement de l’eau chaude ou de la vapeur transformée en électricité avec un faible rendement de conversion et non stockable .
      Je ne comprends toujours pas pourquoi si la situation est celle décrite coeur / et / ou corium submergés l’on craindrait que celui-ci soit tout d’un coup en présence d’une masse d’eau ? est-ce parce que celle-ci ne serait pas renouvelée et refroidie ? l’eau ne coulerait-elle pas au fond du trou ?
      Le problème vient que l’on n’a pas l’impresssion d’avoir choisi et de maîtriser la situation, la dangerosité provenant de la concentration des matières radioactives, si celles-ci étaient plus dispersées elles ne poseraient aucun problème de criticité ni de refroidissement.
      Alors pourquoi n’a-t-on pas doté la centrale d’un dispositif pyrotechnique de secours pour éparpiller le combustible en cas de perte de refroidissement (ou un dispositif mécanique équivalent).
      Ne pourrait-on envisager la destruction contrôlée simultanée de tout les réacteurs et piscines ?
      Attends-t-on une pollution radiologique suffisante du site pour qu’une arme atomique puisse être utilisée à cette effet sans inconvénient spécifique majeur ?

  6. Juste du vocabulaire :
    thermolyse = énergie thermique suffisante de l’environnement pour cracker une molécule d’eau en H2 + O2
    Radiolyse = même résultat mais par arrachement des électrons (de liaison, mais aussi des couches « profondes » s de l’oxygène) par les particules alpha, les rayonnements gamma, les électrons (beta), (mais guère les neutrons).

    Ce que vous dites aussi sur les masses de coeur, c’est un peu une notion de « seconde masse critique », correspondant davantage à un problème thermique/fusion qu’à une quelconque reprise de criticité.
    Ceux qui brûlent des bois un peu poreux dans leur cheminée on du remarquer que certaines buches gardaient très bien leur braise « en dedans », sous une apparence quasi froide dehors. Si la masse de « braise cachée » est grande, ainsi que celle de bois encore non brule au coeur alors la reprise de flamme de la buche surviendra tot ou tard.

    (dans cet exemple, toutefois, contrairement à la radioactivité, il faut apport d’oxygène par les pores de la partie carbonée, il y a peu d’exemple de dégagement de chaleur latente dans la vie courante, peut être les systèmes de réchauffement des mains sur les chantiers, ou de bouffe de camping qui se réchauffe dans son plat, mélange de deux substances, etc.)

    1. Vous avez oublié les photons.

      La réaction se produit en 10-15 s et doit se recombinée. Cela donne une idée de l’instabilité des produits h. et o2. dans cet état.

  7. C’est bien raisonné de la part des 1.4 milliards de Chinois et des 145 millions de Russes (sans compter les Japonais eux memes et les autres peuples de la région ) : on ne peux envisager de vivre avec cette pollution sans fin .
    A lors comment on fait ?

    Trouver des dizaines de milliers de « liquidateurs » qui se sacrifieraient : impossible ,le moule est cassé,se sacrifier pour la société n’est pas une valeur du neo liberalisme (meme au pays des Kamikases et du Hara Kiri )
    Ces jours ci Tepco proposait 85 euros par jour pour travailler sur la centrale (à condition d’avoir plus de 50 ans) !

    Dans l’article signalé par Louise on lit cette phrase prononçée par un scientifique Américain ; »L’industrie nucléaire a déclaré la guerre au genre humain  » …
    Que peuvent faire la Chine et la Russie pour sauver leur population si Tepco (et le gouvernement Japonais ) continuent leur politique du  » chien crevé au fil de l’eau  » ?

  8. Le plus désolant, c’est que personne n’a demandé au gouvernement français ni à EDF, avant la construction de la première de nos 58 centrales nucléaires ( sur 455 dans le monde) pourquoi aucun responsable n’envisageait d’habiter auprès d’une de ces centrales si sûres , comment ils comptaient enrayer le premier accident nucléaire en cas de tremblement de terre, erreur humaine, bombardement du site …et s’ils envisageaient sereinement de passer leur vie en prison pour crime contre l’humanité ou complicité de crime contre l’humanité en cas de dispersion des radiations . Non, ils affirmaient que ce n’était pas dangereux, que c’était indispensable ( la grande majorité de l’Europe du Nord s’en passe pourtant très bien), que la France serait indépendante énergétiquement ( alors que l’on importe l’uranium du Niger) et tout le monde gobait leurs affirmations .

    Si le Niger stoppait brusquement ses exportations d’uranium, cela accélérerait peut-être le démantèlement en France et ailleurs de ces semeuses de mort, à moins que l’armée française ne décide opportunément d’aller « libérer » les civils du Niger …
    Allons-nous sortir enfin de ce piège mortel ?

    1. Mianne.
      Pour avoir bossé dans le nucléaire français, il est certainement le plus sûr qui existe.

      Mais il n’est pas à l’abri d’une erreur humaine malgré des procédures bien foutues ainsi qu’il n’est pas prévu pour avoir un risque zéro.
      D’ailleurs, je te parie une choucroute que je vais trouver une expression pour me moquer du risque zéro et pour cela, j’ai juste besoin de me laisser fermenter le choux juste une nuit… 😉

      1. pour savoir si le nucleaire français est le plus sur qui existe,il faudrait avoir travaillé ailleurs pour comparer.
        pour ma part j’ai eu l’occasion de travailler avec Cerca (Areva) à Romans et je certifie que ces gens sont des irresponsables ,malhonnetes et incompetents.
        J’ai tous les elements necessaires pour le prouver.
        Si tout le nucleaire français est de ce niveau ,il est extremement urgent de tout arreter.

    1. Bizarrement, Marx, cette « communication » gouvernementale (et en plus américaine), ne me convainc que peu…
      Strange, is’n it..???

      Lorsque l’on sait que la Corée du Sud ainsi que la Chine se sont fait saupoudrer en masse, ça relativise…

      Corée du Sud, les écoles étaient encore fermées hier par crainte d’inhalation des enfants.
      Et même si l’on peut parler de crainte irraisonnée (spycose en érudition), la présence de retombées est bien présente.

  9. Je pense qu’il y a une GROSSE confusion dans l’interprétation des mesures et une incompréhension des unités de mesure.

    Le Sievert ne mesure pas « un taux d’exposition » ou « un taux de radiations » ou…. c’est une mesure de l’EVALUATION des EFFETS BIOLOGIQUES dus aux rayonnements.
    Si on ne précise pas le type de rayonnement ET les tissus ou organes qui sont concernés par ce/ces rayonnements ET le temps où ce/ces rayonnements ont concernés tel et tel tissu et divers autres paramètres physiques ou biologiques, ça n’a aucune valeur indicative !

    Il faut en plus de ça, connaître la base de calcul (l’échelle utilisée…) et différentes données (comme la densité des tissus, le poids du sujet…) pour pouvoir déduire quelque chose de cette estimation !

    Pour info, un Sievert = 1 joule par kg x facteur correctif (tissu, organe) x facteur correctif (rayonnement) x facteur correctif (pays, opérateur…) x facteur correctif X, Y….
    1 Sv = 1 J·kg-1 = 1 m2·s-2

    Par exemple, pour ne parler que des rayonnements et des organes (parce que si on se réfère aux facteurs correctifs tissulaires etc…. il nous faudra un livre de 30 pages), Q et N étant les facteurs correctifs :

    Q = 1 ; Photons toutes énergies (rayons X, rayons gamma), électrons, positrons et muons toutes énergies,
    Neutrons : fonction continue
    Q = 2,5 pour les énergies 1GeV
    Q = 5 pour les protons, énergie > 2 MeV
    pour les énergies entre 10 keV et 1 GeV, courbe gaussienne avec un maximal Q = 20 pour une énergie de 1 MeV.
    Q = 20 pour les particules alpha et autres noyaux atomiques.

    N = 0,20 : Gonades
    N = 0,12: Estomac, gros intestin, moelle osseuse, poumon
    N = 0,05 : Cerveau, œsophage, foie, muscles, pancréas, petit intestin, rate, rein, sein, thyroïde, utérus, vessie :
    N = 0,01 Peau, surface des os

    Facteur correctif inter-espèces :
    N 0,03 – 0,0003 Virus, bactéries, protozoaires :
    N 2 – 0,02 Plantes :
    N 0,75 – 0,03 Poissons :
    N 0,6 – 0,15 Oiseaux
    N = 1 Humain

    ceci n’est qu’un aperçu TRES succinct des facteurs correctifs GENERALEMENT usités (pas identiques au Japon… ceux-ci sont ceux utilisés en Europe et en Russie !)

    Dire que « quelqu’un » a reçu 10 mSv ….c’est comme dire ce quelqu’un pèse 10 … 10 quoi ?? dans une unité vietnamienne ou martienne où ?? sur la Lune, dans l’eau …. pesé avec une échelle linéaire, log, expo …??? ..a jeun ou après avoir mangé 3 …3 quoi ? où ? … nu ou habillé ..habillé de quoi ? de papier, de plomb …

    Si on veut avoir une idée, pas plus qu’une idée mais au moins on aura une idée, il faudrait communiquer sur l’énergie absorbée …celle-ci se mesure en GRAY !

    1. Il y a un article Wikipédia sur cette unité, pour celles et ceux qui le comprennent: Sievert.

      Au passage, à mon tour de remercier Gouwy pour ses explications, que je tente de suivre le mieux possible…

  10. Pour ceux qui savent lire entre les lignes, ça s’épaissit, ce qui ne nous surprend pas.
    http://www.lemonde.fr/japon/article/2011/04/09/fukushima-tepco-presente-des-excuses-pour-les-fuites-radioactives_1505582_1492975.html#ens_id=1493262
    « Les excuses de Tokyo Electric Power sont intervenues au lendemain des craintes exprimées par la Chine et la Corée du Sud au sujet de la vidange des eaux contaminées de la centrale nippone frappée par le séisme et le tsunami du 11 mars, signe d’un malaise croissant face à cette crise »

    Soit, ce n’est pas le croissant sympa du déj’. Pardon aux parigots, mais mon déjeuner est gros.
    Et mon souper léger.

    Et, comme le signalait Gouwy, ne serait-ce que l’échelle des masses en jeu rend caduque toute comparaison avec Tchernobyl, qui fut pris plus tôt dans la condamnation.
    Au prix de beaucoup de vies, certes.
    Mais pour en sauver bien plus.

    Rend caduque aussi la fumeuse échelle des accidents nucléaires, MAIS ne rend pas caduque l’ensemble du nucléaire.
    Comme je l’ai déjà écrit, toute technologie même dangereuse, peut être suffisamment contrôlée afin de lui faire à peu près confiance.
    DOIT, même. Y vaut mieux.

    Là où on va se marrer, c’est que ce pépin intervient en pleine crise économique mondiale.
    Soit, la théorie des dominos devrait donner à plein…

    1. Yvan
      Vous dites :

      Et, comme le signalait Gouwy, ne serait-ce que l’échelle des masses en jeu rend caduque toute comparaison avec Tchernobyl, qui fut pris plus tôt dans la condamnation.
      Au prix de beaucoup de vies, certes.
      Mais pour en sauver bien plus.

      Rend caduque aussi la fumeuse échelle des accidents nucléaires, MAIS ne rend pas caduque l’ensemble du nucléaire.
      Comme je l’ai déjà écrit, toute technologie même dangereuse, peut être suffisamment contrôlée afin de lui faire à peu près confiance.

      Avec des si on met Paris en bouteille, excusez la trivialité de l’expression mais c’est vraiment ce que m’inspire votre commentaire.
      Là vous m’étonnez Yvan, vous d’habitude si franc du collier, vous vous livrez ici à un numéro d’acrobatie intellectuelle on ne peut plus périlleux. J’en perds mon chinois ! C’est d’avoir tellement aimé cette matière nucléaire, toute sa beauté, en quelque sorte une fascination pour la technique, fruit d’une longue familiarité avec ce milieu qui vous fait tenir de pareils propos ? .-)

      A quoi rime ce « à peu près faire confiance » ?
      Le nucléaire tolère-t-il l’à peu près ?

      1. Pierre-Yves.
        L’exercice est en effet délicat.

        Comme je l’ai déjà écrit, il est impossible de parler de « risque zéro ». D’où la notion délicate d’ « à peu près »…

        Mais.
        Même si je reconnais avoir une certaine admiration pour la technologie mise en oeuvre, les procédures qui vous font agir de façon encore plus précise qu’un militaire, voire qu’un pompier, qui, je vous le rappelle, ont une organisation qui leur permet de rester efficaces quelque soient les situations, admiration aussi quelque part pour les moyens mis en oeuvre et qui ont une nécessité absolue face aux conséquences graves possibles…

        Là, pour avoir eu des témoignages de collègues sur les centrales russes, oui, je sais que les Japonais ont visé une rentabilité extrême qui est en train de les tuer.

        Toute ressemblance avec le domaine de la finance est purement fortuit et ne saurait engager la responsabilité de l’auteur…

  11. L’on comprend mieux pourquoi on utilise ces unités, les Sieverts, en les présentant par omission comme des niveaux de radiation, et en remisant les Rem, Rad , Curie, Becquerel… , en en faisant une unité de débit Sievert/H ou par jour tout en donnant des seuils arbitraires de référence de doses cumulées annuelles en Sievert. C’est plus souple ! Il s’agit de dose supposée absorbée pour un corps entier, et il y a probablement une correction à faire entre la mesure d’un instrument et la valeur commu-niquée.
    Donc il est difficile de déduire des valeurs transmises l’ampleur physique des phénomènes en jeu, (quantité de matières radioctives disséminée notamment) en revanche l’effet sur le personnel et le public devrait être précis .

    1. C’est aussi fondamentalement pour pouvoir ajouter les alpha + béta + gamma.

      En fait le physiciens sait que qu’on ne peut les ajouter.

      On peut par contre les ajouter si on considère leurs effets.

      Donc on a décider d’inventer une unité qui permet de quantifier la somme des effets sur l’homme.

    1. Si vous parlez de Dennis, je le connais bien sûr mais non, ce n’est pas moi 🙂
      Nous n’oeuvrons pas tout à fait dans les mêmes domaines technologiques (les miens sont un peu plus « pacifistes » 🙂 🙂 ) et j’ai quand même quelques années de moins 🙂
      Flatté de la comparaison !

    2. Très bonne remarque ! dendel, sans doute excédé par le manque d’ouverture des bloggers du forum-eco, rend son tablier le 20 mars. À noter que l’intérêt de la page du forum-eco qui commençait à « buzzer » baisse aussitôt.
      Gouwy commence à cartonner chez François Leclerc le 23 mars et y acquiert très vite le statut bien mérité « d’expert maison » – ce qui tendrait à prouver que chez Paul Jorion, on ne laisse pas bêtement filer un cerveau comme l’ont fait les copains d’en face.
      Ce qui est troublant est que Gouwy, dès son premier post chez FL, entre en matière de la façon suivante : « Amha, la seule question… ». Or, « Amha » (qui signifie « à mon humble avis ») est une expression typique de dendel.
      Outre l’identité troublante du contenu de leurs écrits, on note également la même gestion aléatoire des points de suspension chez les deux experts. Gouwy et dendel accolent le plus souvent ces points (parfois au nombre de 4) au mot suivant, en laissant un espace avant, ce qui est exactement contraire aux lois de la typographie courante.
      Bon, je n’ai pas le temps de me prendre plus le chou avec des détails ….peut-être sans fondement. Gouwy n’a rien à nous cacher et va sans doute s’exprimer là-dessus. 🙂

      Pour ceux qui ne comprennent rien à ce post, ci-joint le lien de référence :
      http://www.forum-eco.fr/tremblement-de-terre-tsunami-au-japon-t4049-500.html

  12. L’expert est la personne qui décode comment on a pris les décisions qui conduirons à notre mort.

    L’expert n’est pas là pour l’empêcher.

    L’expert est la personne qui nous permettre de mourir moins bête.

  13. @Gouwy

    Un grand merci pour vos explications régulières et votre implication dans ce blog. Votre avis est très pertinent.

    L’évolution de la situation restant imprévisible, et compte tenu de l’importance des infrastructures touchées (4 bâtiments réacteurs de hauteur 60m environ + 4 salles des machines+ auxiliaires nucléaires + autres installations) avec une emprise au sol de plusieurs hectares, vous semble t il envisageable, à terme, de mettre l’ensemble sous enceinte(s) confinée(s) .
    Le sarcophage du RBMK 4 de Tchernobyl englobe seulement les ruines d’un seul bâtiment réacteur,et 26 ans après, pose de nombreux soucis (voir travaux de l’Arche en cours).

    Un tel chantier serait absolument titanesque, compte tenu des risques permanents du site (radioactivité globale, zone de forte sismicité, typhons, et … centrales voisines), de la nature même des travaux, et de la surveillance à exercer dans le temps (fragilisation des structures).

    Encore merci.

  14. On l’on commence à évoquer des travailleurs devant être hospitalisés d’urgence… :

    TOKYO – A WORKER battling to cool overheating reactors at Japan’s tsunami-hit nuclear plant was taken to hospital on Sunday after complaining of feeling sick, the plant’s operator said.

    The man had no apparent injuries and it was not clear what had caused the sudden illness, said a spokesman for Tokyo Electric Power (Tepco), which runs the stricken Fukushima No. 1 plant.

    ‘A subcontractor, a man in his 30s, complained that he was feeling unwell at around 11.10am local time,’ said the spokesman. ‘He was conscious but somewhat wobbly. He could walk if assisted.

    ‘He was transferred to a hospital. The cause of his sickness is not yet known.’ The spokesman said the worker, who has not been identified, was one of 30 who had been laying a water exhaust hose outside the turbine building at reactor No. 2.

    Increasing amounts of highly radioactive water have been gathering in a trench at the reactor, where workers successfully plugged a leak that had been spewing badly contaminated water into the Pacific Ocean.

    The company has dumped more than 10,000 tonnes of low-level contaminated water into the sea to free up storage space so they can begin draining the trench. — AFP

  15. Japon: un ouvrier hospitalisé après un malaise à Fukushima
    Un ouvrier travaillant sur le site de la centrale nucléaire accidentée de Fukushima a dû être hospitalisé dimanche à la suite d’un malaise, a annoncé l’opérateur de la centrale, Tokyo Electric Power (Tepco).
    10 Avril 2011 11h13

    « Un ouvrier d’une trentaine d’années, employé d’une société sous-traitante, s’est plaint en fin de matinée de vertiges et a déclaré qu’il ne se sentait pas bien », a déclaré à l’AFP un porte-parole de Tepco, Taisuke Tomikawa. »Il était conscient mais avait besoin d’aide pour marcher. Il n’est pas blessé et on ignore encore la cause de son état », a-t-il ajouté.

    L’homme a été transporté dans un hôpital de la ville d’Iwaki en début d’après-midi. Il faisait partie d’un groupe d’une trentaine d’ouvriers qui installaient un tuyau d’évacuation à proximité de la salle des machines du réacteur 2 de la centrale, l’un des plus gravement endommagés.

    1. La grippe (…) ? Je rigole…
      C’en devient risible… Il faut évidemment parler de ces kamikazes, mais ils préfèrent nous parler de cela plutôt que de nous exposer la réalité concrète.
      Et s’ils ne le font pas, c’est parce que c’est grave, très grave, et parce qu’une partie des gens en état d’alerte sont en mesure de comprendre ce qu’ils font ou ce qu’il se passe…

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