LA SITUATION À FUKUSHIMA (XI), par François Leclerc

Mise à jour n° 189 (mardi 11h05)

La course de vitesse se poursuit. Tout à ses efforts d’évacuation de l’eau contaminée du site, l’opérateur continue de scruter centimètre par centimètre l’évolution de son niveau dans les différentes tranchées qui joignent entre eux les réacteurs, ainsi que celui de sa contamination.

Des deux points de vue, la situation semble stationnaire auprès du réacteur n°2, là où elle est pompée et la plus fortement contaminée. Par contre, les cotes d’alerte fixées par Tepco elle-même sont dépassées dans les abords des réacteurs n°3 et 4, où les niveaux d’eau et de contamination montent régulièrement, sans que les opérations de pompage puissent commencer faute d’installation de stockage disponibles. Laissant pour l’instant l’opérateur sans autre ressource que de continuer à observer la progression des eaux contaminées, au risque d’un débordement ultérieur des tranchées à l’air libre où elles circulent.

Tepco poursuit ses plans d’inondation pour mi-juillet des enceintes de confinement des réacteurs n°1 et 3, afin d’assurer le noyage intégral des barres de combustible au sein de leurs cuves. Il est prévu d’augmenter progressivement le débit d’injection d’eau de 6 à 14 tonnes d’eau par heure, tout en surveillant grâce à des robots entrés dans le bâtiment l’apparition d’éventuelles fuites sur les enceintes de confinement, signe d’efforts trop intenses imposés à la structure. Autre course de vitesse en perspective: pour accroître le niveau d’eau, il faut remplir l’enceinte d’eau plus vite qu’elle ne s’évapore en raison de la température.

Exercice très incertain, car l’apparition de fuites pourra être un signal trop tardif, l’opérateur diminuera le débit si celles-ci sont constatées. Mais quelle autre méthode employer ? Les autorités de sûreté japonaises ont demandé à Tepco de prioritairement s’assurer que les enceintes de confinement pourront dans ces nouvelles conditions de pression interne accrue (et dépassant les normes des constructeurs très probablement) résister à de nouvelles secousses sismiques, sans assortir cette consigne d’une préconisation méthodolique…

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Mise à jour n° 188 (dimanche 11h36)

La construction de réservoirs destinés à stocker l’eau hautement contaminée est en cours. Une capacité de stockage de 31.000 tonnes sera installée début juillet sur le site, en retard sur le planning initial qui prévoyait une capacité de 27.000 tonnes fin mai.

Environ 70.000 tonnes d’eau contaminée sont au total à évacuer des sous-sols des réacteurs et de leurs bâtiments, mais cette quantité augmentera tant qu’une solution alternative de refroidissement des réacteurs et des piscines ne prendra par le relais des injections actuelles.

En conséquence, Tepco prévoit d’accroître mensuellement, à partir de juin, cette capacité initiale de réservoirs pouvant contenir 20.000 tonnes, au cas où le nouveau système de refroidissement des réacteurs en circuit fermé ne pourrait pas être mis en service comme planifié en juin.

Le stockage de l’eau interviendra en fonction de trois degrés de contamination – faible, moyen et haut – une capacité de 10.000 tonnes de réservoirs spécialement conçus pour cette dernière catégorie étant prévu.

Tepco a par ailleurs dressé une carte de la contamination du site, dans le cadre des efforts qu’elle a entrepris pour en enlever les très nombreux débris radioactifs qui en jonchent le sol. Un rayonnement de 900 millisieverts par heure a ainsi été mesuré sur un gros morceaux de ciment près du réacteur n°3.

L’enlèvement des débris avec des engins télécommandés a débuté le 6 avril et devrait se poursuivre jusqu’en juillet, étant donné le grand nombre de débris localisés, comme en témoigne la carte qui en a été dressée. Les conditions dans lesquelles ces débris vont être stockés n’ont pas encore été déterminées.

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Mise à jour n° 187 (dimanche 10h31)


Les mus de soutènement de la piscine du réacteur n°4 sont décrits par l’opérateur comme « sévèrement endommagés », suite à l’examen de prises de vue par un hélicoptère télécommandé. La création le plus vite possible de piliers la supportant est à l’étude.

Le niveau des radiations au sol rendrait possible, selon Tepco, la présence de travailleurs, mais il reste encore à évaluer le temps maximum dont ils pourraient disposer.

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Mise à jour n° 186 (samedi 10h43)

Dans le cas de la piscine n°4, où 1.535 barres de combustible sont stockées, TEPCO prend très en considération le risque de surcharge et de fragilisation de la structure, en particulier des murs déjà endommagés qui la soutiennent en hauteur. Le poids de l’eau est en lui-même un problème.

Mais la température de l’eau est d’environ 91°C, plus de 50°C au dessus de la normale et proche du point d’ébullition à la pression atmosphérique. L’opérateur est donc à nouveau pris dans une contradiction. Il cherche à n’injecter que la quantité d’eau correspondant à celle qui s’évapore, tout en évitant une élévation de la température, afin d’éviter que les barres de combustibles soient découvertes.

Ces dernières continuent de dégager beaucoup de chaleur. Si elles n’étaient plus noyées dans l’eau, elles pourraient dégager de très importants rejets de radioactivité dans l’atmosphère, la piscine étant désormais à l’air libre.

L’installation d’une caméra étanche de surveillance dans la piscine a été étudié, afin de mieux maîtriser ce délicat dosage, mais il a du y être renoncé en raison de la température.

Un projet pharaonique est par ailleurs étudié, afin d’essayer de contenir le ruissellement de l’eau hautement contaminée dans le sol du site, ainsi que dans la mer. Tepco pourrait construire autour des réacteurs des murs souterrains d’une profondeur de 15 mètres les entourant avant de trouver une assise imperméable et de construire une sorte de cuve.

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Mise à jour n° 185 (samedi 04h30)

Dans ses tentatives de diminuer et stabiliser la température au sein des réacteurs n°1 et 3, Tepco doit faire face à un nouveau problème.

En continuant de remplir d’eau les enceintes de confinement, dans laquelle baignent les cuves et le combustible des réacteurs, l’opérateur risque d’en mettre en cause l’intégrité en cas de nouveau séisme, selon l’autorité de sûreté japonaise. Un risque que Tepco nie.

Six tonnes par heure d’eau sont injectées dans l’enceinte de confinement du réacteur n°1, le niveau de l’eau ayant déjà atteint la mi-hauteur de celle-ci. Selon l’opérateur, l’eau se vaporise sous l’effet de la température avant de se condenser. L’objectif est d’atteindre le niveau supérieur des barres de combustible, qui sont dans ce réacteur considérées comme étant le plus sérieusement endommagées .

Cette situation est analogue à celle que l’opérateur rencontre avec le réacteur n°2 : en tentant de diminuer la température interne des réacteurs par des injections massives d’eau, elle crée ou risque de créer de nouveaux importants problèmes. Dans le cas du réacteur n°2, il s’agit de la fuite d’eau hautement contaminée.

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Mise à jour n° 184 (vendredi 13h10)

Une large région au Nord-Ouest de la centrale, comprenant 5 municipalités et située au-delà de la zone interdite de 20 kms de rayon autour d’elle, va devoir être évacuée dans le mois qui vient, a décidé le gouvernement. Les personnes y habitant risqueraient, selon lui, d’être exposées à une dose cumulée annuelle de radiations de 20 millisieverts ou plus. Le nombre d’habitants concerné n’a pas été communiqué.

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Mise à jour n° 183 (vendredi 11h45)

Les ouvriers continuent leurs opérations de nettoyage du site, afin d’en diminuer la dangerosité. Le pompage de l’eau hautement contaminé se poursuit, se traduisant par la poursuite d’une lente décrue dans le puits où son niveau est mesuré. Le déblayage des nombreux débris radioactif qui jonchent le sol, après les explosions d’hydrogène initiales, va reprendre. La ronde des engins télécommandés a repris.

Sauf incident, une longue période de travaux est entamée, afin d’améliorer la situation sur le site. Des travaux qui ne sont encore que préliminaires. Leur suite va réclamer des solutions inédites, en raison des conditions inhospitalières mesurées à l’intérieur des réacteurs.

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Mise à jour n° 182 (jeudi 06h28)

Le gouvernement a déclaré interdite la zone de 20 kms autour de la centrale, d’où 80.000 habitants avaient été évacués, mais où il a été trouvé par la police une soixantaine de familles qui continuaient d’y vivre.

Un habitant par famille aura, « dans les semaines à venir », le droit d’aller chercher pendant deux heures de temps des effets personnels, munis de vêtements de protection et d’un dosimètre. Cela ne sera pas possible dans un rayon de 3 kms autour de la centrale.

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Mise à jour n° 181 (jeudi 06h10)

Tepco a divulgué de nouvelles informations à propos de la situation à l’intérieur des réacteurs, peu encourageantes quant à une future intervention humaine en leur sein et à la réalisation des travaux de restauration d’un circuit fermé de refroidissement d’eau.

De très haut niveaux de radioactivité ont été découverts par les robots à l’intérieur des réacteurs n°1 et 2 (les mesures concernant le n°3 n’ont pas été rendues publiques). 18,9 millisieverts et 6,46 millisieverts ont été respectivement mesurés en 50 minutes, excluant la présence d’être humains dans ces zones.

Un taux d’humidité de 94 à 99% a été enregistré dans le réacteur n°2, résultat d’une fuite d’eau radioactive. Dans le réacteur n°3, il a été observé qu’une armoire électrique été ouverte, suite à l’explosion d’hydrogène du 14 mars dernier, faisant craindre que le système d’alimentation électrique est endommagé. De nombreuses plaques d’acier sur le sol font obstacle à la progression au sein du réacteur.

Depuis mardi, le pompage de l’eau hautement radioactive des sous-sols du réacteur n°2 se poursuit au même rythme de 10 tonnes par heure. Mais il se confirme que la fuite continue d’alimenter les zones inondées. Si le niveau de l’eau continue de lentement baisser dans le puits, ce n’est pas le cas dans le sous-sol de la turbine. Dans le tunnel qui va vers le réacteur n°3, il a été enregistré qu’elle montait. C’est également le cas – de quelques centimètres en une semaine – dans les sous-sols des réacteurs n°5 et 6.

Tepco n’a assorti ces informations d’aucun commentaire sur sa capacité à totalement assécher les zones inondées.

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strong>Mise à jour n° 180 (mercredi 09h53)

Pompée au rythme de 10 tonnes par heure, l’eau contaminée descend très lentement dans le puits où son niveau est mesurée : 1cm en un jour. La situation paraît de ce point de vue stabilisée.

Mais les sous-sols des réacteurs n°5 et 6, distant du groupe des 4 autres et jusqu’ici épargnés, sont parallèlement atteints, Tepco ignorant comment. C’est également le cas de ceux des réacteurs n°3 et 4, via le réseau de tunnels de service qui joignent les joignent aux n°1 et 2.

L’ensemble des sous-sols du site de la centrale est contaminé.

L’exploration des réacteurs par des robots rencontre de grosses difficultés. Dans le cas du n°2, des masses de vapeur probablement contaminée et provenant du tore endommagé ont instantanément aveuglé la machine, qui ne peut être dirigée. De gros débris radioactifs font obstacle à la progression de l’autre, dans le réacteur n°3. Tepco recherche un robot capable de déplacer des obstacles pouvant peser jusqu’à 100 kgs. Dans le réacteur n°1, le dernier robot a pu progresser de 40 mètres le long de la paroi Nord.

La possibilité de faire intervenir des humains dans ces enceintes n’est pas établie dans l’état actuel des choses, étant donné par ailleurs le niveau mesuré des radiations qui limiterait considérablement leur présence. Ce qui pourrait mettre en cause la perspective de l’installation d’un nouveau circuit de refroidissement des réacteurs et faire obstacle au retour d’un minimum de normalité.

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Mise à jour n° 179 (mardi 21h15)

Suite à un accord avec Areva – le groupe industriel français – c’est en juin que Tepco souhaite débuter la décontamination de l’eau dont il a commencé le transvasement hors des sous-sols des réacteurs.

Un procédé chimique permettrait de décontaminer dans des proportions allant de 1/1000 éme à 1/10.000 éme 1.400 tonnes d’eau par jour, l’opérateur souhaitant pouvoir ensuite utiliser celle-ci pour assurer le refroidissement des réacteurs, lorsque le nouveau système en circuit fermé qu’il entend mettre en place sera en état de fonctionner.

Il reste toutefois à concrétiser la possibilité d’effectuer les travaux correspondants, dont une partie devra avoir lieu dans des enceintes hautement contaminées.

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Mise à jour n° 178 (mardi 10h44)

Le pompage de l’eau hautement radioactive a repris. 26 jours devraient être nécessaires à l’opérateur pour transvaser des sous-sols du réacteur n°2 et de ses bâtiments techniques annexes quelques 10.000 tonnes d’eau, à raison de 480 tonnes par jour.

Tepco estime que 25.000 tonnes d’eau sont répandues dans ces sous-sols, empêchant tous travaux. Sur l’ensemble du site, 67.000 tonnes d’eau sont à évacuer.

Les injections d’eau de refroidissement dans les trois réacteurs et les quatre piscines devant par ailleurs impérativement se poursuivre, cette masse d’eau contaminée au fur et à mesure augmente en permanence. L’enjeu est donc de la pomper plus rapidement qu’elle ne grossit.

Une capacité de stockage de 30.000 tonnes d’eau contaminée est pour l’instant disponible, d’autres capacités seraient en cours d’acheminement.

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Mise à jour n° 177 (lundi 15h48)

L’exploration par des robots télécommandés du 1er étage de l’intérieur du bâtiment du réacteur n°1 a duré 50 minutes, celle du réacteur n°3 presque deux heures. Malgré leurs chenilles, la progression des robots était rendue difficile par de nombreux débris.

Par ces explorations, Tepco a tenté de déterminer les lieux de plus faible niveau de radiation, en vue d’interventions humaines ultérieures.

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Mise à jour n° 176 (lundi 14h09)

Dans le cadre de ses opérations de calfeutrage de la centrale en vue de limiter les émissions radioactives qui se poursuivent, Tepco va progressivement asperger le sol du site et les débris qui y sont répandus – suite aux explosions d’hydrogène intervenues dans les réacteurs n°1 et 3 – avec une émulsion polymère destinée à fixer et éviter la dispersion des poussières contaminées.

L’ensemble du site devrait être couvert fin juin, priorité étant donnée aux alentours des réacteurs d’ici la fin mai. C’est seulement ensuite que les réacteurs seront recouverts par des bâches.

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Mise à jour n° 175 (lundi 12h07)

La version moderne du film-culte « Le salaire de la peur » de Georges-Henri Clouzot se déroule à Fukushima.

Engagée depuis plus d’un mois maintenant, la lutte acharnée et sans répit menée avec des moyens improvisés pour tenter de reprendre le contrôle de situation se poursuit dans un environnement hautement contaminé. Elle va être de longue durée, sans jamais avoir la certitude de pouvoir la mener à son terme étant donné les obstacles rencontrés, prévisibles ou non.

Les robots et les engins télécommandés ne peuvent pas tout faire. Mettre en place les nouveaux circuits de refroidissement annoncés, consolider ou colmater des structures pour empêcher des effondrements ou arrêter des fuites vont impliquer des interventions humaines prolongées dans des zones très contaminées. L’enlèvement de barres de combustible de la piscine n°4 va nécessiter des trésors d’invention. Les enjeux humains et techniques vont se multiplier.

Si un nouveau dérapage incontrôlable devait intervenir, il pourrait à priori résulter de nouvelles répliques – ou bien d’explosions d’hydrogène – provoquant des ruptures de structures des piscines, des enceintes de confinement ou d’autres installations des réacteurs.

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Mise à jour n° 174 (lundi 10h25)

Mesuré par des robots, le niveau des radiations au premier étage des bâtiments des réacteurs n°1 et 3 laisse peu de marge de manœuvre pour des interventions humaines.

Les niveaux maximums enregistrés sont respectivement de 49 millisieverts par heure et 57 millisieverts par heure, ce qui autorise une présence cumulée d’environ 4 heures et 4 heures et demi maximum pendant un an, au regard du maximum autorisé de 250 millisieverts d’exposition annuelle pour les techniciens du nucléaire.

L’opérateur va déterminer quels travaux pourront, dans ces conditions, être effectués.

Par ailleurs, le niveau d’eau hautement contaminée continue de monter dans le puits attenant au réacteur n°2, dans l’attente – pour la poursuite de son pompage – de la disponibilité de moyens supplémentaires de stockage, prévue pour la fin de la semaine. La hausse du niveau de l’eau est attentivement suivie, dans l’espoir qu’un débordement pourra être évité.

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Mise à jour n° 173 (dimanche 15h30)

Parmi les mesures complémentaires du plan annoncées par Tepco figurent aussi la consolidation de la structure de la piscine du réacteur n°4 ainsi que le colmatage avec du ciment adhésif de la brèche de la structure du réacteur n°2, d’où provient l’eau hautement contaminée.

L’ensemble des travaux annoncés montre l’étendue de ce qui reste à faire pour commencer à contrôler la situation. Leur faisabilité reste par ailleurs à établir, notamment en terme d’accessibilité des lieux par des ouvriers.

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Mise à jour n° 172 (dimanche 12h45)

La bataille de l’eau hautement contaminée reste incertaine. Les prélèvements dans le sol du site de la centrale font apparaître une constante élévation de la contamination, tandis que son niveau dans le puits (et les tranchées qui y conduisent) continue de monter, menaçant de déborder dans l’océan.

Par ailleurs, dans le cadre d’un nouveau plan qu’il vient de rendre public, Tepco souhaite mettre en service sous trois mois un système parallèle de refroidissement des réacteurs et des piscines, condition préalable, dans un premier temps, à la stabilisation de la température dans ceux-ci grâce à l’augmentation du débit des injections d’eau. La remise en service des installations existantes est donc abandonnée, impraticable.

Afin de limiter les interventions humaines au maximum, ce nouveau système sera greffé sur les installations existantes et fonctionnera en circuit fermé. L’eau provenant du réacteur – qui fuit dans le bâtiment adjacent à l’enceinte de confinement – sera pompée, décontaminée grâce à des filtres et refroidie dans des échangeurs de chaleur avant d’être injectée à nouveau en son sein.

La faisabilité des travaux pourrait toutefois être mise en cause une fois connues les analyses et prises de vue de l’intérieur des installations effectuées par un robot télécommandé.

Simultanément, le bâtiment du réacteur n°2 – le plus fortement endommagé, responsable d’une importante proportion des fuites radioactives – sera rafistolé afin de limiter les émissions. (Le projet de couvrir à terme les 3 réacteurs avec un ensemble de bâches munies de filtres, pour évacuer les gaz, est maintenu.)

Ce n’est que dans une seconde phase que sera entamé le refroidissement progressif des installations afin que la température de l’eau descende en dessous de 100°C.

Enfin, des équipements destinés à décontaminer l’eau dont le transvasement a été commencé, puis provisoirement stoppé dans l’attente de vérification d’étanchéité d’un réservoir pouvant contenir 30.000 tonnes, seront mis en service.

C’est la première fois que l’opérateur présente un plan d’ensemble offrant un minimum de visibilité sur la suite des opérations, permettant selon lui de reprendre à terme le contrôle de la situation.

Les incidents imprévisibles intervenus ces dernières semaines laissent à penser qu’il pourrait être aisément déjoué. Dans le meilleur des cas, le calendrier prévu pourrait être fortement allongé.

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Mise à jour n° 171 (dimanche 09h26)

Trois mois seront nécessaires pour que le niveau des radiations soit stabilisé sur le site de la centrale, après avoir instauré « un refroidissement stable » des réacteurs. Entre six et neuf mois seront ensuite nécessaires pour que le niveau des fuites soit réduit à un niveau « très bas », en diminuant la température et la pression des réacteurs (95 degrés à la pression atmosphérique, soit une situation de « cold shutdown »).

Tel est le calendrier que vient d’annoncer Tepco, dont les calendriers de travail prévisionnels n’ont jamais brillé par leur exactitude.

Dans l’immédiat, un robot américain télécommandé de 70 cms de long et 53 cms de large va être utilisé – après avoir ouvert une porte et pénétré dans le bâtiment du réacteur n°3 – pour mesurer la température, le niveau des radiations et la concentration d’oxygène à l’intérieur. L’objectif est de déterminer dans quelles conditions une intervention humaine serait éventuellement possible et analyser le travail nécessaire pour reprendre le contrôle sur le réacteur. Le tour des réacteurs n°1 et 2 viendra ensuite.

Tepco annonce ses deux priorités : prévenir de nouvelles explosions d’hydrogène dans les trois réacteurs et stopper les fuites d’eau hautement contaminée du réacteur n°2. Des injections d’azote sont dans le premier cas le moyen. Aucune méthode n’est définie dans le second (si elle est connue, l’origine de la fuite n’a pas été divulguée).

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Mise à jour n° 170 (samedi 21h31)

Petit à petit, Tepco prend la mesure des énormes difficultés qui l’attendent, mettant ainsi mieux en valeur les délais mis pour s’en rendre compte et l’inadéquation des solutions apportées dans un premier temps.

Devant la tâche – qui se révèle impossible – de remise en service du système de refroidissement des réacteurs et des piscines, Tepco étudie la mise en place d’un nouveau système en parallèle. Celui-ci fonctionnerait en circuit fermé, et bénéficierait d’échangeurs de chaleur refroidis à l’eau de mer (5 à 6 par réacteur). Commande a déjà été passé pour de tels équipements.

Ce système serait installé en dehors des enceintes de confinement, au sein desquelles la radioactivité est trop élevée pour permettre des travaux, et utiliserait les tuyaux déjà actuellement utilisés pour injecter de l’eau afin de minimiser les interventions humaines en leur sein. Il devrait permettre de mieux refroidir les réacteurs et les piscines de stockage et de cesser d’alimenter les nappes d’eau contaminée, comme les injections actuelles d’eau le font (aux fuites près).

L’opérateur ne serait pas pour autant au bout de ses peines, ayant constaté que le niveau de la radioactivité continue de monter dans la mer, aux abords proches des installations, en dépit de toutes les précautions prises pour le limiter (installation de barrières flottantes et de parois d’acier, déversement de sacs de sables mélangé avec de la zéolite…). Ce qui signifie que le ruissellement d’eau hautement contaminée se poursuit.

Par ailleurs, le gouvernement américain a proposé d’envoyer par avion un hélicoptère cargo sans pilote dont disposent les U.S. Marines. Celui-ci peut soulever 1.400 kgs et permettrait d’assembler les éléments d’une énorme grue destinée à hisser dans la piscine du réacteur n°4 des casiers destinés à stocker des éléments de combustible, avant de les enlever. En raison de la quantité de combustible qui y est stockée, cette piscine représente en effet un risque potentiel majeur.

Il semble toutefois que l’assemblage des élément de la grue surplombant la piscine nécessiterait un niveau de radioactivité plus faible qu’actuellement. Chaque solution envisagée se heurte ainsi à un obstacle.

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448 réflexions sur « LA SITUATION À FUKUSHIMA (XI), par François Leclerc »

    1. @pseudo cyclique

      Faux. Un cube de 60 m de coté c’est 21 600 m3.
      Non la meilleure image pour se représenter des volumes de cet ordre, c’est de les comparer à un fleuve ou à leur débit. Ici 60 000 m3, ça ferait par exemple une section de 100 m d’un fleuve de 150 m de large et 4 m de profondeur moyenne :
      150 m3 . 4 m =600 m3 . 100 m = 60 000 m3
      Ça représente aussi, par exemple, le débit moyen du Rhône pendant 40 secondes :
      1500 m3/s . 40 s = 60 000 m3.

    2. Sinon, il doit y avoir des cours de rattrapage de math niveau école primaire pour surfeurs du web 😉

  1. Hi-res photographic proof reactor core exploded at unit 3
    Un observateur perspicace croit fournir la preuve que le réacteur n°3 est extrêmement endommagé.
    A l’aide des photos les plus récentes il explique qu’il manque carrément 2 étages à la centrale et que donc la partie supérieure du cœur du réacteur lui-même a disparue
    : « The top of the primary containment vessel, as well as the top of the reactor itself, is simply GONE. »
    « Even to a layperson, it is obvious that this means that the huge hydrogen explosion at unit 3 must have occurred in the reactor itself, and that the entire top of the reactor containment vessel was obliterated, ejecting the contents of the core – as well as the spent fuel pool- into the atmosphere.
    This means, obviously, that significant quantities of plutonium were released, and that the release of radiation from unit 3 alone must be many times higher than has been admitted for the entire
    complex – Chernobyl pales in comparison. »
    Pour ma part, je n’ai pas pu « ébranler » la démonstration de ce qui pourrait être une preuve et dont l’explication est détaillée dans le lien ci-haut.

    Il faudrait quand même qu’on se penche sur ce problème. Qu’en pensez-vous?

    1. Je viens de lire l’article en question. Il serait intéressant d’avoir l’avis de quelqu’un connaissant bien la « morphologie » de ce type de réacteur. Je me posais des questions en particulier sur l’exactitude de ce qu’il dit être la place occupée par la piscine. Et les erreurs pouvant être engendrées par les perspectives des prises de vue (j’essaie de me rassurer!).

    2. Je suis tombé, en suivant des liens proposé sur ce site, dans un nid de fervent patriotes et admirateurs de Ron Paul.

      Je crains de devoir le reconnaître: cela ne rend pas spécialement crédible à mes yeux les remarques de cet « observateur perspicace » à propos duquel vous vous interrogez à juste titre…

      1. François, si vous le dites, je veux bien vous croire. D’ailleurs je ne connais pas Ron Paul mais en fait sa personne peut bien nous être égale,non? c’est son affirmation qui m’intrigue (et d’autant plus qu’il s’agit du réacteur n°3) en plus je ne vois pas pourquoi sa thèse serait fausse (ça me chiffonne un peu)
        Mais bon, on le saura de toutes façon un jour, n’est-ce pas?
        Encore merci à vous, François et aux autres qui se donnent beaucoup de peine dans ce dossier.

      2. Ron Paul est un membre de la chambre des représentants, républicain et leader des libertariens américains. Ce n’est pas sa personne qui pose problème, mais le courant d’extrême-droite qu’il représente, avec tout ce qu’il charrie.

        A votre formule – « je ne vois pas pourquoi sa thèse serait fausse  »- permettez-moi de vous proposer, en substitution : « je ne vois pas pourquoi elle serait vraie ». Le sommet de la cuve d’un réacteur éventré, il se serait dégagé une toute autre quantité de radio-éléments dans l’atmosphère !

      3. Il se serait donc , dans le cas d’une cuve « décapitée », dégagé encore plus que ce que Gouvy nous a dit dernièrement? Je n’ai pas la connaissance pour en juger. Je croyais aussi que ça rimait aussi son idée du « pétard mouillé » que sera Tchernobyl en comparaison avec Fukushima.
        Bon, vous m’avez rassuré en me faisant comprendre qu’il y a pire encore.

        En ce qui concerne ce courant politique je comprend parfaitement que ça écœure.

      4. « La vérité ne peut être tolérante »
        Freud, Nouvelle suite des leçons d’introduction à la psychanalyse(XIX.244).

      5. @ François leclerc

        il se serait dégagé une toute autre quantité de radio-éléments dans l’atmosphère

        sauf peut-être si la majeure partie du combustible était (au moment de l’explosion hydrogène) déjà fondue en corium au fond de la cuve ou confinement béton ?

      6. A ma connaissance, pas d’éléments rendus publics peuvent à l’heure actuelle permettre de répondre à cette question.

  2. pour « dernierement »j ‘entendais le lien : 24 avril 2011 à 17:25 de Gouvy, mais j’ai mal fais le lien, excusez-moi.

  3. Bonjour, permettez-moi de revenir sur les faits directement liés fukushima dans les commentaires sous 122 :
    François, vous dites : « pas d’éléments rendus publics peuvent à l’heure actuelle permettre de répondre à cette question » . Vous savez bien que les information rendues publiques à l’heure actuelle ont pris la forme de ce qu’elles décrivent : des débris. Il faut les reconstituer pour en refaire la vérité d’origine, autant que possible et je crois qu’il y a assez de débis pour ce faire.

    -Il y a cette explosion d’hydrogène à la verticale qui a été beaucoup plus dévastatrice que celle du n°1 . Sa direction est verticale, parce que l’explosion s’est produite dans une enceinte ultra solide avec un point faible en haut (accès au cœur du réacteur ). L’explosion ayant eu comme point de départ le haut du réacteur (là où s’accumule l’hydrogène) elle se dégage par là ou elle peut : dans ce cas vers le haut avec entrainement de débris lourds que l’on voit retomber à la verticale (!) quelques secondes plus tard, à la gauche du nuage de poussière qu’emporte le vent vers la droite. Lorsqu’on prend comme référence la cheminée blanche devant le bâtiment qui explose, on voit que les débris lourds et massifs sont partis très haut et retombent pratiquement à la verticale.
    Sur le film HD pris par un drone, on voit à 1min12s que la vapeur blanche s’évapore du milieu du bâtiment n°3 et à 2min30 on voit que c’est le seul réacteur d’où s’échappe de grosse quantités de vapeur en continu (!) et qui ne peut donc pas venir d’une piscine qui de plus est excentrée. L’explosion à Hydrogène du n°3 doit s’être produite dans le cœur du réacteur, à l’encontre du n°1 où elle s’est produite en dehors du cœur et dans bâtiment n°1 dans toutes les directions. (explications illustrées ici )
    Le cœur du 3 fuit par le fait de cette eau très hautement contaminée du n°3 qui a très gravement blessé des travailleurs et dont l’analyse révèle des matières à demie-vie extrêmement courtes: pex le technetium99 : 6 heures. Après 24 heures il ne subsiste que 6,27 % du technétium 99m initial.. Cela veut dire que de l’eau s’écoule directement du cœur du réacteur. le 99Tc formé par désintégration β du molybdène 99 produit par activation neutronique du molybdène 98 dans des réacteurs à flux neutronique élevé alors que ce molybdène n’est pratiquement plus présent dans les carburants usés. De plus, cela montre que l’eau de refroidissement est au moins partiellement au contact direct au mox et n’est donc plus séparée par les tubes intactes dans lesquels il devrait se trouver. La possibilité que la contamination vienne exclusivement par la vapeur est peu probable étant donnée sa température très haute et qu’elle manque d’endroit assez frais où elle peut condenser en grande quantité. 25 percent of the fuel rods in the No. 3 reactor were also damaged.

    Ajoutons à tout cela
    -Qu’il y a les photos qui montrent que si les plans sont exactes ,il manque bien 2 étages à la partie supérieure du n°3…
    – que l’eau salée de mer devient de plus en plus salée lorsqu’elle s’évapore et qu’il ne faut pas confondre avec eau sous pression avec eau salée en ébullition: Avec 7 g sel dans 100 ml eau, la température d’ébullition de l’eau s’élève de 1.5°C. Avec 14 g de sel dans 100 ml eau, la température d’ébullition s’élève de 4°C : l’élévation de température n’est pas linéaire..l’eau de mer a 3,5% de sel, avant évaporation)
    – qu’il y a aussi ceci: But TEPCO has been unable to verify the water levels at the No. 2 and No. 3 reactors, and suspect that water is leaking from the damaged containment vessels.
    – et cela : Under the new plan, TEPCO will allow the water to overflow from the pressure vessels through valves and ruptured pipes until the water fills the outer containment vessels.
    – et encore : Yukio Edano, the chief cabinet secretary, said the government believed the steam was coming from the No. 3 reactor, where an explosion on Monday blew out part of the building surrounding the containment vessel.
    – ici, la chnonologie du reacteur n°3
    puisqu’il faut aboutir et que je ne m’en vais pas chercher tout seul tous les débris d’information possible, je m’arrête avec cette toute dernière nouvelle:
    Tuesday, April 26, 2011
    Robots to Examine Reactor as Tepco Readies Water Filling Operation
    Où il est notamment dit : …But the possibility of leaks has slowed down progress. (le mot possibility est bien sûr de la rhétorique)
    Normally, water is injected into the pressure vessel to create steam for energy and to keep nuclear fuel inside the reactor cool. But an apparent leakage in the pressure vessel has left the fuel partially exposed above the level of the cooling water. By filling up the entire containment vessel.
    …The operation to fill the containment vessel with water has its own risks. Injection of water, potentially up to 250 tons, could strain the containment vessel and reduce its ability to withstand possible aftershocks…If a large volume of leaked water accumulates within the containment vessel, the vessel could be destroyed from the weight of the water should an aftershock hit the reactor.
    Ce n’est pas nouveau, on nous jette des pieces du puzzle devant les pieds, certain diront que c’est là que débute le mensonge, d’autres diront que c’est là que débute la vérité. Il est vrai aussi que la vérité finit toujours par émerger et que cela ne va pas nécessairement tout seul. Les officiels cherche à gagner du temps pour essayer de calmer le jeux et peut-être de se réorganiser, mais le temps fuit pour tous et je préfère qu’il fuit par la vérité indivisible que par le débris de vérité: l’illusion.
    Je crois que nous le savons tous que la vérité est un travail collectif, l’illusion d’ailleurs aussi. Il faut choisir et puis le faire. Je la cherche, comme la plupart d’entre nous.

    1. Vous avez raison de chercher.

      Dans votre analyse, vous parlez du bâtiment et du « coeur » du réacteur, ce qui ne va pas vous aider à trouver. Pour plus de clarté, je me suis efforcé de distinguer trois couches s’agissant des « réacteurs » : bâtiment, enceinte de confinement et cuve. Dans laquelle de ces enceintes l’explosion d’hydrogène qui aurait décapité la cuve est-elle selon vous intervenue ?

      En tout état de cause, j’enregistre votre hypothèse et votre démonstration, sans disposer de moyen de la valider. Etonné qu’un tel événement n’ait pas produit plus de rejets radioactifs.

      Nous disposons d’informations parcellaires et approximatives, qui rendent difficile la compréhension globale de ce qui s’est passé et de ce qui va intervenir.

      Mon parti-pris a été de faire la relation de ce qui est officiellement communiqué, par les autorités japonaises ou par Tepco, et de ne pas m’impliquer dans des analyses qui ne sont à ce stade que des hypothèses.

      Depuis le début de ce suivi de la catastrophe, j’ai par ailleurs pris mes distances avec les démarches qui présentent avec beaucoup de conviction des événements qui seraient cachés. Non pas parce que je manifeste une confiance aveugle dans l’information prodiguée par les sources officielles (!), mais parce qu’elles sont pour moi elles des hypothèses plus ou moins clairement fondées. Je fais ici par exemple référence au percement d’une cuve par un corium et à l’attaque d’une semelle en béton, qui ont été annoncés sans que rien n’ait depuis permis de le vérifier.

      Il n’est pas nécessaire de crier au loup et de « peindre en noir » la situation pour en démontrer l’ampleur catastrophique. Ce que l’on constate est déjà suffisamment probant. J’ai, à ce sujet, parlé de catastrophe rampante d’un troisième type.

      Combien de temps a-t-il fallu pour analyser la séquence exacte des événements à Three Mile Island ? Dans le cas de Fukushima, l’exercice sera encore plus compliqué par le fait que nombre des instruments de mesure internes aux réacteurs (température, pression, etc…) ne fonctionnent plus depuis le départ.

      Ne m’en veuillez pas de ne pas être convaincu.

      1. Merci beaucoup François et fuku, de vous avoir donné tant de peine.
        Ce qui compte effectivement c’est l’évaluation de la situation et de son évolution par rapport aux dangers qu’elles amènent. Le danger majeur venant tout d’abord de la fausse information ou de celles qui manquent. Alors continuons à chercher ensemble. Tous ceux qui le font vraiment devraient un jour ou l’autre converger vers la même conclusion.
        C’est vrai, il faudrait passer en revue tout ce qui a été dit, pour découvrir les « détours » et les dérives de chacun, quel boulot!
        21.03.2011
        FUKUSHIMA (suite 15) LE COEUR DU REACTEUR N°3 EST-IL « A L’AIR » ?

    2. @ quelqu’un si je devais formuler une hypothèse pour le n°3 l’explosion verticale fait effectivement penser à une bouteille pour laquelle je prendrais le containment vessel enceinte de confinement en béton, mais recouvert en interne par une couche d’acier dans les BWR à Fukushima, avec le bouchon en béton amovible (protection biologique) projeté en l’air et provoquant en retombant le trou important dans le toit du bâtiment turbine., une telle explosion H2 ayant certainement fragilisé les conduits de refroidissement conduisant à la cuve.
      L’explosion de la cuve elle même de beaucoup plus faible volume paraissant moins vraisemblable et pas forcément de nature à favoriser une explosion verticale.

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