AVIS DE COUP DE VENT, SUIVI DE TEMPÊTE, POUVANT SE TRANSFORMER EN OURAGAN, par Charles Sannat

Billet invité.

Un titre un peu alarmiste, direz-vous ? Peut-être, mais lisez d’abord.

– L’université du Texas prend de l’or pour sa trésorerie….

Une information importante et passée totalement inaperçue est que l’université du Texas vient d’investir environ 1 milliard de sa trésorerie en or. L’article de Bloomberg est ici. Les membres du Board voient l’or « juste comme une autre monnaie mais qui n’a pas à souffrir d’une impression supplémentaire de billets ». Suivez mon regard ! Il est à noter que cette université forme également des économistes.

Alors que penser d’une telle stratégie? Simplement que de plus en plus de particuliers comme d’institutions commencent à avoir des doutes de plus en plus sérieux sur la pérennité du système économique mondial dans sa configuration actuelle.

Pourtant, comme le fameux cygne noir de Nassim Taleb, c’était impossible et inenvisageable.

Mais ce n’est pas tout. Ces dernières semaines sont particulièrement riches en alertes.

– Des taux à deux ans qui dépassent pour la première fois les 25% pour la Grèce.

Cela signifie que la Grèce est peut être à quelques jours seulement d’un rééchelonnement de sa dette dans laquelle inévitablement les banques mondiales à commencer par les banques françaises laisseront quelques plumes. A titre d’information, c’est le Crédit Agricole qui est la banque la plus exposée au risque grec, l’ensemble des banques étant tout de même concerné.

Pourtant, c’était impossible et inenvisageable.

La mise sous surveillance de la dette US par l’agence de notation Standard and Poor’s,

Pour ceux qui n’auraient pas encore compris ou qui ne souhaitent vraiment pas comprendre, l’économie américaine reste la première économie mondiale. Un défaut de paiement US entrainerait le monde dans un chaos économique sans précédent. Les optimistes invétérés nous expliquent qu’ils n’y croient pas. Les mêmes d’ailleurs ne croyaient pas à un séisme d’une magnitude supérieure à 9, suivi d’un tsunami de plus de 15 mètres de haut, venant détruire 6 réacteurs d’une centrale nucléaire… et qui irradie un pays entier pour ne pas faire frémir avec une contamination entière de l’hémisphère Nord. Encore un triste cygne noir.

Pourtant, c’était impossible et inenvisageable.

– Morgan Stanley vient de faire un défaut de paiement volontaire de 3.2 milliards d’euros sur un immeuble qu’elle détient à Tokyo.

En clair peut importe ma perte, je n’en veux plus de cet immeuble. Quel peut être le mobile d’une telle décision qui est une première historique pour cette « vénérable » institution ?

Pourtant, c’était impossible et inenvisageable.

– Nous pouvons ajouter à cela que les CDS reflètent actuellement une anticipation d’annulation de la dette de certains pays européens pouvant atteindre les 75% (les CDS sont des pseudo-assurances sur les risques de faillites). Une information à rapprocher du fait que les fonds euros des contrats d’assurance-vie sont en très grande majorité (environ 75%) composés de dettes souveraines, c’est à dire d’obligations d’Etats.

Pourtant, c’était impossible et inenvisageable.

– Et puis il y a la Chine qui souhaite diversifier ses réserves en devises et faire diminuer de manière significative sa détention de dollars américains. En effet, l’érosion d’une monnaie est un moyen pour ne rembourser ses dettes qu’en monnaie de singe dévaluée. Mais cela se fait au détriment du détenteur de cette monnaie. Nos amis chinois ne semblent plus vouloir être les dindons de la farce.

Pourtant, c’était impossible et inenvisageable.

– Plus dramatique, McDonald (les restaurants) ont lancé une grande campagne de recrutement proposant 50 000 job en une journée. Des scènes pathétiques prouvant à quel point la situation de nombre de familles américaines est désastreuse. Pas loin de 3 millions de personnes se sont présentées pour obtenir un travail, certaines campant même la vieille pour être sûres d’être reçues. La situation a carrément virée au drame à Cleveland (voir ici la vidéo).

Pourtant, c’était impossible et inenvisageable.

– Et enfin, plus léger, après l’initiative de Cantona notre footballeur, les maires s’y mettent aussi, enfin le maire (P.J. : le bourgmestre !) de la ville de Gand en Belgique en tout cas, qui vient de prendre la décision de retirer ses fonds de deux banques à savoir Dexia et KBC afin de protester contre les politiques de ces deux institutions et invite toutes les villes à suivre sont exemple…

Pourtant, c’était impossible et inenvisageable.

Alors, « Avis de coup de vent, suivi d’une tempête, pouvant se transformer en ouragan », est-ce vraiment alarmiste après tout ?

Partager :

102 réflexions sur « AVIS DE COUP DE VENT, SUIVI DE TEMPÊTE, POUVANT SE TRANSFORMER EN OURAGAN, par Charles Sannat »

    1. @ Jaggy

      Il me semble qu’il s’agit de l’index du cours du dollar sur les 40 dernières années.

      1. L’interprétation « basique » serait que cet index a cassé une résistance historique pour la première fois et qu’à partir de là on ne sait pas jusqu’où il peut descendre maintenant.

        Mais certainement des participants du Blog peuvent me corriger car ce n’est pas mon domaine de compétence.

      2. Laisses tomber, Rutily.

        A partir du moment où les termes « historique » et « seuil » sont apparus dans les articles de presse, il était clair que nous allions pouvoir nous dire que les instruments probabilistes habituels n’étaient que de vastes couvertures pseudo-scientifiques.

        Si ton index se casse le seuil sur une interprétation rédhibitoire de la descente à sky du cours de l’inflation sous-jacente des actifs indirects du marché secondaire réhaussé des liquidités non compensatoires, là, oui.
        Tu pourras affirmer que les investisseurs institutionnels vont avoir un peu plus que mal au doigt.

        Mais bon : c’est bien eux qui ont foutu le doigt dans le pot de confiture, non..??

  1. @vigneron,

    Non, je n’achèterais pas d’or non plus si l’on me garantissait sa « pureté » : ce métal, qui a une utilité en médecine, est désormais le symbole de trop de choses négatives, pour moi.

  2. de l’or, des terres, une maison, une voiture, un tableau,
    une télé, un mixer, des chaussures, un stylo, des cigarettes,
    surtout des cigarettes. c’ était une excellente monnaie
    quand l’urss c’est écroulée.
    vous avez encore du papier ?

  3. Et dans votre liste, vous ne parlez que de finance et d’économie… sous laquelle se trouve l’énergie, sans laquelle rien ne nous est possible et qui entre manifestement elle aussi dans une crise que Homo Industrialis n’imagine même pas.

    Demandez au département américain de l’énergie pourquoi ils ont décidé, pour des raisons « budgétaires » de ne plus publier aucune statistique sur l’énergie (et surtout le pétrole)….

    Demandez à la Saudi Aramco dans quel état est Ghawar, le plus gros gisement de pétrole brut du monde…

    Sans énergie, inutile de rêver à l’assainissement de notre économie agonisante. Je crains fort que nous allions de Charybde en Scylla et que le réveil se fasse vers un nouveau cauchemar…

    Vous avez dit pic pétrolier ?

  4. Les deux gros cochons, partie 2
    par Frederic Lordon – 28 avril 2011
    http://blog.mondediplo.net/-La-pompe-a-phynance-

    Si par une sorte de dialectique un peu scolaire, le premier commentaire a d’abord sursauté à la nouvelle proprement économique de la mise sous surveillance des Etats-Unis (voir Partie 1), puis s’est corrigé pour en minimiser la portée et y voir un « simple avertissement » politique, il serait utile (négation de la négation) de revenir, pour la redramatiser quelque peu, à l’économie du problème.
    Le parallèle avec l’épisode précédent de « surveillance négative » de 1996 ne tient pas la route une seule seconde, et si c’est sur ce genre de rapprochement que l’on croit pouvoir compter pour se rassurer un peu il va falloir assez vite trouver autre chose.

    Si les Etats-Unis y sont là encore menacés d’une « panne gouvernementale » du fait d’un accord budgétaire rendu difficile par une cohabitation, ils sont par ailleurs en pleine phase de croissance tirée par la bulle Internet (1996 est l’année où Alan Greenspan parle de « l’exubérante irrationalité ») et à des niveaux de dette publique (comparativement) ridicules.

    Tout autre est la situation d’aujourd’hui, dominée par des interrogations de solvabilité autrement sérieuses dont seuls les divers privilèges d’hégémonie des Etats-Unis empêchent que soient tirées toutes les conséquences. La possibilité de moyen terme d’une dégradation n’a donc rien d’extravagant et ceci d’autant moins que le schème comparatif « officialisé » par l’avis public (et common knowledge) de Standard & Poor’s est maintenant installé dans les esprits et ne cessera sans doute plus d’y faire son chemin : comment en effet justifier le maintien d’un triple-A pour une économie dont les paramètres objectifs s’écartent de plus en plus visiblement de la moyenne du « club » ?
    La question est désormais sur la table et n’en sera pas aisément ôtée, il est même à craindre, quel que soit d’ailleurs le cours pris par la politique économique étasunienne, que la suite des événements ne fasse que lui donner plus d’acuité, en tout cas dans un horizon de moyen terme – celui qui est adéquat à la manifestation des effets contre-productifs des plans de rigueur.

    Lire la suite…

  5. @Non(obligatoire)

    Le Monde va au désastre ? peut-être. Mais « le pire n’est pas toujours sûr. »
    Et les statistiques les mieux établies indiquent que le chômage est inversement proportionnel à la qualification.
    La formation ou le diplôme n’empêchent ni de penser ni d’agir.

    Excusez_moi; j’étais prof. On ne se refait pas.

    1. @ pfd dit : 1 mai 2011 à 02:45

      Et les statistiques les mieux établies indiquent que le chômage est inversement proportionnel à la qualification.
      La formation ou le diplôme n’empêchent ni de penser ni d’agir.

      On ne peut qu’approuver ce que vous énoncez. Mais ne croyez vous pas qu’il faut quand même s’interroger au-delà ?

      Quel est l’objectif, le but recherché, pour décider d’engager et de mener une action touchant un être humain? Quel est le besoin fondamental à satisfaire ? N’est-ce pas de donner au plus grand nombre, le moyen d’accéder au bonheur?

      Quand on voit la frustration, et le mal être qui habitent certaines personnes formées et diplômées bien plus qu’il n’est utile pour occuper les emplois dont la communauté a besoin, on peut s’interroger sur le niveau de clairvoyance et de responsabilité de ceux qui les ont formés pour s’intégrer dans la vie active.

      Les profs, et ceux qui ont élaboré les programmes, n’ont pas compris qu’en laissant entendre aux enfants, et à leurs parents, qu’il suffisait d’être diplômé pour accéder à une vie de nabab, ils les trompaient et les engageaient vers la désillusion et la rancœur. Cela a été amplifié par l’abandon de la sélection, et par une forme de laxisme dans la délivrance des diplômes.

Les commentaires sont fermés.