L’actualité de la crise : LE DÉFICIT… DES IDÉES ! par François Leclerc

Billet invité.

Une grande confusion règne à propos de la Grèce, que la dernière réunion au sommet n’a fait qu’accentuer. Celle-ci a en effet mis à nouveau en lumière que les dirigeants européens étaient totalement indécis et divisés sur la suite à donner à leur plan de sauvetage en train de sombrer corps et âme. Confirmant que c’est toute leur stratégie qui l’accompagne par le fond.

Toutes les options qu’ils ont retournées dans tous les sens avaient de leur point de vue plus d’inconvénients que d’avantages ; ils les ont donc logiquement rejetées. Pour se retrouver démunis, en attendant leur prochain rendez-vous, qui finira par être celui de la dernière chance à ce train-là.

A force d’avoir trop attendu, ce qui aurait pu être négocié à froid, mais n’aurait pas suffit – comme une restructuration de la dette se limitant à son rééchelonnement – va devoir être décidé à chaud et tailler plus profond, en espérant que cela passera au lieu de casser. Rien n’est moins sûr.

Les marchés se sont de leur côté révélés plus lucides que les autorités politiques, ces dernières piégées par leur propre aveuglement, en réclamant une véritable restructuration de dette dont les politiques ne sont pas prêts à assumer les conséquences.

La crise financière, devenue économique, a acquis toute sa dimension politique. Révélant non seulement les contradictions d’intérêt qui s’accroissent, et le risque d’éclatement de la zone euro qui en résulte, mais également une profonde incapacité à définir un nouveau projet européen, qui imposerait de poursuivre une construction inachevée et de rebondir. Non seulement au plan fiscal, comme il est proposé par certains qui veulent encore y croire, mais également au plan social. Mais l’Europe sociale n’est pas spécialement à l’ordre du jour, on le saurait !

Un tel rebond supposerait aussi de revoir le statut et la mission d’une banque centrale qui a donné tout ce qu’elle pouvait et se trouve à fond de cale, imposant de fil en aiguille d’autres remises en question aujourd’hui toutes aussi impensables. Pour ne pas dire franchement inconvenantes.

Oubliant presque que les Irlandais réclament eux aussi une renégociation de leur plan de sauvetage, et que les Portugais attendent désormais de connaître les taux du prêt qui leur est consenti, contre des conditionnalités plus redoutables qu’il n’y paraissait au premier abord, les commentateurs se retournent déjà vers l’Espagne. Comme s’ils craignaient qu’une loi déjà installée aille se vérifier et que le suivant sur la liste aille à son tour un de ces jours prochains tomber. Imposant alors, et sans coup férir, des solutions radicales qui sont aujourd’hui esquivées.

Mais les démentis en tout genre ne sont pas encore assez véhéments pour que l’on soit puisse penser que ce nouveau dénouement est proche ! La question encore insoluble du financement de la dette grecque venant télescoper la suite logique d’une crise faussement analysée comme résultant de la seule dette publique et ne proposant en conséquence que des solutions non viables.

Le risque ne provient plus d’une entrée résolue de l’Espagne dans la zone des tempêtes – inévitable pour qui n’escamote pas que les banques espagnoles sont des zombies en puissance, voire en acte – mais de la confluence de celle-ci avec le naufrage des plans de sauvetage des pays qui l’ont précédée en son sein. Autant dire que les atermoiements ne seront plus alors possibles.

Une sortie par le haut est-elle encore possible ? Cela serait un miracle dans le contexte actuel de pourrissement d’une crise qui perdure depuis trop longtemps. Quelque chose a fait son temps, sans qu’une suite s’annonce nécessairement. Les crises politiques s’accumulent en Europe, les coalitions au pouvoir se délitent et les majorités se défont. Au profit de quelle alternative crédible, puisque ceux qui sont ici dans l’opposition sont là partie prenante de l’impasse actuelle à laquelle ils contribuent activement ? Le risque est que cette impasse fasse le lit de démagogues nationalistes relookés mais toujours animés des pires intentions.

Le plus grand déficit auquel nous sommes confrontés, ce n’est pas celui de la dette publique, c’est celui des idées. Celui d’un programme d’action qui serait non pas taillé pour une élection, mais à la mesure de la fin d’une période historique. Celle du règne d’un capitalisme financier qui ne parvient décidément pas à retomber sur ses pieds.

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102 réflexions sur « L’actualité de la crise : LE DÉFICIT… DES IDÉES ! par François Leclerc »

  1. Au gala des autistes attitrés du pouvoir,
    Financé par les maîtres et saigneurs de la Terre,
    Les scribes cravatés, imbibés de savoir
    Incantent le néant sans jamais se taire.

    Et la maison du peuple prend l’allure d’un repaire
    Où le travail des hommes est pris comme un butin,
    Et des hyènes attirées par le crime qui s’opère
    Se gavent à vomir jusqu’au petit matin.

    1. Même sujet en beaucoup plus ample et génialement versifié : le grande tirade de Ruy Blas dans la pièce éponyme de Victor Hugo : “Bon appétit, Messieurs…”, située à l’époque de le grande décadence de l’Espagne.

  2. Je ne sais pas si l’info a déjà été donnée :

    « Sortir du ” capitalisme de casino ” ou sortir carrément de la société capitaliste-marchande ? », Conférence-débat Serge Latouche et Anselm Jappe le 25 mai à Bourges.

    Plus d’infos là :

    http://palim-psao.over-blog.fr/article-sortir-du-capitalisme-de-casino-ou-sortir-carrement-de-la-societe-marchande-capitaliste-conference-debat-serge-latouche-et-anselm-jappe-le-25-mai-a-bourges-73453614.html

  3. La restructuration de la dette grecque inévitable.

    L’explosion du rendement sur les obligations de la dette grecque rend une restructuration pratiquement inévitable, selon le Financial Times.
    En effet, depuis avril, le rendement des obligations de deux ans a bondi pour se chiffrer à plus de 25 % la semaine dernière. Pour les obligations de 10 ans, le taux s’établit à 15,63 %. Cette hausse a pour effet d’accroître les coûts de financement pour le pays qui a joint la zone euro il y a une dizaine d’années.
    Les piètres finances du pays ont forcé, lundi, l’agence de notation Standard & Poor’s à abaisser la cote de crédit de la dette grecque à long terme à BB-.
    Si cette envolée se poursuit, une restructuration de la dette sera inévitable, selon le quotidien britannique. Les marchés financiers anticipent déjà une perte sèche de 55 % du prix des obligations, d’après certains produits dérivés. Ils prévoient également une restructuration d’ici 2013.

    http://www.lesaffaires.com/monde/monde/la-restructuration-de-la-dette-grecque-inevitable/530506

    Irlande : Dublin prévoit une restructuration de sa dette dans les trois ans.

    Le gouvernement irlandais prévoit que la dette publique sera restructurée dans les trois années à venir, rapporte le journal Irish Mail avait rapporté, citant une source ministérielle anonyme. Selon cette source, le gouvernement espère qu’un éventuel accord de restructuration de la dette grecque ouvrira la voie pour des négociations avec l’Irlande.
    Selon les prévisions du FMI, la dette irlandaise devrait atteindre 125% du produit intérieur brut (PIB) en 2013 et la dette grecque 158 % du PIB en 2013.
    La croissance de la dette irlandaise est un problème et doit être l’objet de négociations avec les partenaires européens, a par ailleurs déclaré dimanche Patrick Honohan, le gouverneur de la banque centrale irlandaise.
    “Si la croissance économique n’est pas au rendez-vous, il sera bien plus difficile de faire face à cette dette et pour faire face à une telle situation nous devons envisager avec l’Europe de meilleurs modalités financières”, a déclaré Patrick Honohan sur la chaîne RTE.
    Le ministre de l’Energie irlandais Pat Rabbitte a dit dimanche qu’il souhaiterait personnellement que la dette émise dans le cadre du plan de sauvetage de l’Union européenne (UE) et du Fonds monétaire international (FMI) soit rééchelonnée.
    L’échéance moyenne de la dette émise dans le cadre du plan d’aide international de 85 milliards d’euros est actuellement de sept ans et demi.
    “Les taux d’intérêt (du prêt accordé à l’Irlande) doivent être abaissés et, de mon point de vue, la dette doit être restructurée”, a déclaré Pat Rabbitte à la chaîne RTE.

    http://lexpansion.lexpress.fr/economie/dublin-prevoit-une-restructuration-de-sa-dette-dans-les-trois-ans_255184.html

    1. Si les marchés ont déjà anticipé et que l’euro se maintient à plus de 1,40 $, ce n’est pas si grave.

  4. C’est dingue, quand on est passionné d’histoire et qu’on s’intéresse tout particulièrement à la seconde guerre mondiale et les causes qui l’ont engendrée on est assez effrayé à propos de l’avenir qui est en train de venir surtout s’il y a une guerre mondiale à la clé, elle aura les effets inverse de la 2eme car cette fois si, l’énergie manquera pour reconstruire. On se demande comment les gens des années 1930 n’ont rien vu venir.. nos descendants parlerons de nous de la même façon.

    Le XXIe siècles prend actuellement le même chemin que le XXe siècles.

  5. Les mensonges vont tuer l’euro.

    En se réunissant secrètement pour parler de la crise grecque, le 6 mai, certains ministres des Finances de l’Union européenne ont donné le coup de grâce à la confiance que les citoyens avaient placée dans leurs gouvernements. Ce n’est pas comme cela que nous sauverons l’euro, prévient la Süddeutsche Zeitung.

    Rarement les responsables politiques européens se seront comportés de manière aussi peu responsable que vendredi 6 mai. À Berlin, Bruxelles, Rome, Paris et Luxembourg, on s’est tu, on a trompé le monde, quand on n’a pas ouvertement menti. Et tout cela, dans le seul but de garder secrète une réunion de quelques ministres des finances, pendant laquelle – comme on l’apprendra par la suite – on n’aura pris aucune décision et l’on n’aura fait qu’échanger quelques vues sur la situation de la Grèce, qui n’en finit plus de s’enfoncer dans la crise.

    En l’espace de quelques heures, les gouvernements des pays de la zone euro sont parvenus à ruiner le peu de confiance que les citoyens plaçaient encore dans leurs plans de sauvetage.

    Qui croira désormais les déclarations selon lesquelles les Grecs n’ont aucune envie de sortir de l’union monétaire, quand on sait que c’est le président de l’Eurogroupe, le premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, qui était à la tête de cette duperie ? Il commence par nier par écrit que les ministres des finances se sont réunis à Luxembourg. Puis il proclame publiquement sa confiance envers la Grèce. Et enfin, l’on apprend qu’il a invité personnellement les ministres en question.

    http://www.presseurop.eu/fr/content/article/643481-les-mensonges-vont-tuer-l-euro

  6. allons allons … s’agirait pas non plus de tomber dans le pessimisme aigu.

    Nos ancetres des annees 30 ont parfaitement vu venir la 2nd guerre mondiale, du moins ont ils pressenti que qqchose couvait: le ressenti de l’allemagne envers la france et l’angleterre etait tel (suite aux conditions humiliantes du traite de Versailles), que tout le monde comprenait bien qu’a la moindre escarmouche/excuse les allemands allaient tenter de prendre leur revanche.
    Mais aujourd’hui, avec tous les echanges humains/culturels/financiers/economiques qui ont eu lieu ces 30 dernieres annees entre pays europeens (merci qui ? … l’UE !!), il est impensable de voir l’allemagne declarer la guerre a un autre pays europeen (sans vouloir la stigmatiser … mais bon les 3 dernieres guerres c’est quand meme elle qui les a declenchees).
    Non non, si guerre il y a, elle sera probablement “civile”, pas “mondiale”.

    Mais meme ca je n’y crois pas: vaincre la finance est trop difficile, mais pour mater la populace en colere ils trouveront toujours de la ressource.

    1. Pour l’instant mon pessimisme aigu a toujours eu raison depuis que j’ai découvert la réalité du pic pétrolier en janvier 2008 et puis tout le reste.

      Pour la seconde guerre mondiale, si comme vous dites ont sentait la guerre venir, comment vous expliquer que Daladier et Chamberlain ont pensé sauver la paix jusqu’au dernier moment ? Beaucoup pensait être aussi à l’abri derrière la ligne Maginot. J’admets qu’il y avait un malaise dans les années 1930, mais je crois que personne n’avait prévu que cette guerre serait bien pire que la première.

      Mais je dois vous rappeler que l’Union Européenne est en train de se diriger certainement vers une implosion avec les conséquences que ça va apporter et surtout que dans les pays Européens les extrêmes politiques commence à avoir la cote. Sinon je n’ai jamais parlé d’une éventuelle nouvelle guerre en Europe, mais regarder la situation de l’empire américain actuellement qui est en déclin, je doute que l’empire américain laisse si facilement ça place même en plein déclin surtout que le pays pense être l’élu de dieu et que comme en Europe, les extrêmes commence aussi à avoir la cote.

      Vous savez, actuellement le pic pétrolier a été très certainement dépasser et la tension entre l’offre et la demande commence a augmenter.. les guerres pour les énergies ne font que commencer.

      Moi je suis désolé, mais actuellement je ne vois rien de bien optimiste.. à part que notre monde va radicalement changer par la force des choses.

      1. @ Alain:
        “comment vous expliquer que Daladier et Chamberlain ont pensé sauver la paix jusqu’au dernier moment ?” … bin que faire d’autre ? Aller a la guerre en chantant ?

        Cela etant dit, je suis d’accord avec le reste de votre post.
        J’avais un ami qui bossait a l’INRA sur les micro-algues afin de produire un substitut du petrole (et bien plus encore). Ses premiers resultats etaient extremement encourageants … me demande ou ca en est maintenant …

      2. @ Romain
        <>

        Ben de nos jours on c’est que si la France et l’Angleterre aurait réagis bien avant l’attaque allemande, la seconde guerre mondiale aurait certainement pu éviter, car beaucoup de généraux n’était pas d’accord avec Hitler avant la guerre et que l’armée allemande 1 ou 2 ans avant la guerre n’était pas du tout prête et pourtant de RARES hommes comme Churchill ont vu bien avant la guerre le danger hitlérien.

  7. La gestion de la dette n’est qu’un enjeu politique. Traditionnellement l’endetté finit par perdre le contrôle au profit du prêteur. Si les plans de sauvetage successifs ne servent pas à résoudre le problème à quoi servent ils donc ? En Europe, ils contribuent à renforcer les attributions de la structure politique européenne.Depuis l’adoption de traité de Lisbonne, la marche forçée vers l’intégration continue.

    Au nom de la crise, on a découvert que les états ne savaient pas gérer un budget, il faut donc que ceux-ci soit validés par quelqu’un qui sait.

    Les états savent ils gérer un conflit armée ? oui pendant quinze jours ensuite il faut passer le relais à une structure européenne qui sait gérer le conflit dans la durée indépendamment des considérations électorales locales.

    La banque centrale vous sauve, oui mais c’est elle qui décide. Est elle bien gérée ? joker
    Des augmentations de capital régulières sont elle la marque d’une gestion saine ?
    Qui contrôle la banque centrale ?

    Rassurez vous, à chaque problème national il y a une réponse européenne adaptée.

    A plusieurs on est plus fort ?
    Ah oui c’est le grand principe de la mutualisation des risques qui à fait ces preuves il me semble.

    En attendant, pour ceux qui veulent suivre, il est temps de comprendre le principe de subsidiarité qui s’énonce ainsi :

    L’Union n’agit que lorsque son action est plus efficace qu’une action entreprise au niveau national dans tous les domaines ne relevant pas de ses compétences.

    La réciproque n’étant bien sûr pas de mise.

    Ceci explique que l’essentiel des activités politiques européennes consistent à démontrer que les états sont inefficaces. Cette étape étant indispensable au transfert irréversible de la compétence visée.

    “La critique est aisée, mais l’art est difficile” me direz vous.

    Désolé mais la critique est désormais une compétence exclusive de l’union.

    Il faut aller de l’avant prendre exemple sur les pays les plus avancés, la belgique n’ayant plus de gouvernement national n’a plus de problèmes.

    1. @Zebulon,
      Plus ça va mal, plus la réalité devient obscure, plus l’arrogance augmente, il semble effectivement que l’on aille vers cette Europe non démocratique qui se dessine au nom de la lutte contre un fascisme à la fois fantasmé et provoqué.
      Je penche de plus en plus pour la véracité de la thèse développée avec brio par Naomie Klein, “La stratégie du choc”, je ne vois pas encore bien la réaction qui en résultera, mais vu l’ampleur de l’attaque, il va falloir y mettre les moyens.

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