L’actualité de la crise : AU RAYON BRICOLAGE, par François Leclerc

Billet invité

Au rayon bricolage, il y a foule en ce moment ! Il y est proposé ce mois-ci une taxe sur les transactions financières, que l’on voudrait faire avaler pour que passe le reste. Qu’importe à quoi les revenus qui en seront issus seront attribués – aide au développement, désendettement des États ou financement de la Commission européenne – l’important est qu’elle soit adoptée, a expliqué en substance François Baroin à Washington. C’est dire le sens qui lui est accordé. Ligne de repli, il pourra toujours faire valoir s’être battu comme un lion.

Du côté de la BCE, le gouverneur autrichien Ewald Nowotny est venu agiter devant les micros la perspective d’une relance possible de confortables financements à un an pour les banques, affolant les investisseurs en bourse et faisant remonter en flèche les valeurs bancaires qui en avaient bien besoin. Quel succès d’estrade ! Il y a donc encore des trésors dans la boîte à malice, dont il avait été promis il y a si peu qu’ils n’en ressortiraient plus. Les banques centrales sont décidément les seules à encore pouvoir empêcher une nouvelle chute libre, même si elles ne peuvent pas faire des miracles. On se raccroche à ce que l’on peut, confronté au spectacle offert par les dirigeants occidentaux.

La leçon est sans appel : les États et ceux qui les représentent n’ont plus les moyens de jouer le rôle qui leur est imparti au nom de la démocratie, sauf à jouer les collecteurs d’impôts.

Une seconde fois, Christine Lagarde vient de s’avancer pour s’interroger à haute voix sur la possibilité pour la BCE de faire équipe avec le Fonds européen de stabilité financière (FESF), afin d’intervenir conjointement pour stabiliser les marchés de la dette publique, mais sans préciser la répartition exacte des rôles. Car il est déjà pressenti que le FESF ne pourra pas tout faire, acheter sur le marché obligataire de la dette et renforcer les banques. Le FMI pourrait pour sa part accorder à titre préventif des lignes de crédit à certains pays, afin d’éviter que de nouveaux plans de sauvetage ne s’imposent. Toutes les bonnes volontés sont donc requises – elles ne seront pas de trop – pour juguler la crise européenne, l’épicentre actuel reconnu de la Grande Perdition.

Vice-présidente de la Commission européenne, Vivian Reding s’est également prononcée à titre personnel – comme si la paralysie des institutions répandait cette nouvelle coutume – afin de préconiser la création d’euro-obligations d’un type nouveau. Elles seraient réservées aux États ayant (encore) leur note AAA, afin de les rendre solidaires entre eux pour affronter la tempête qui sévit autour et préserver une zone euro. Sans préciser les contours finaux, sans doute à géométrie variable dans son esprit.

Il n’est donc partout question que de lignes de défense à construire, et de barrières sanitaires, si l’on fait abstraction de la pauvre manipulation qu’est l’homéopathique taxe sur les transactions financières. Défense des banques contre la restructuration de la dette publique, défense des États les mieux portants contre les plus faibles, et défense de la zone euro dans son entier pour les plus optimistes, ou les plus naïfs.

Mais s’il y a défense, quel est donc le danger ? Sur cette question, les avis divergent entre ceux qui considèrent la dette publique comme le plus important, à traiter en priorité, et ceux qui pensent que la récession est le pire, impliquant selon eux des mesures de relance. Aimable panorama et délicieux choix. Dans une économie mondialisée, un tel désaccord ne simplifie pas les choses… D’autant que ni les uns ni les autres ne semblent avoir de stratégie éprouvée à leur disposition, si ce n’est des bricolages.

Bien intentionnés, d’autres tentent alors de résoudre cette fâcheuse contradiction en proposant une audacieuse combinaison en deux temps : maintenir à terme la lutte contre les déficits, mais entre-temps favoriser la relance. Cela va être le sujet de la préparation du prochain G20, puisqu’il faut bien que des discours soient écrits et un communiqué final pondu. Sans toutefois, comme on peut le craindre, apporter de réponse concrète à deux questions pratiques : comment financer la relance et dans quels domaines économiques investir ?

Le monde occidental est bien mal parti, se disent ceux qui ne voient pas que le reste de la planète ne va pas mieux, en dépit des apparences, car ses composantes sont devenues très dépendantes les unes des autres. Et que c’est un système dans son entier, un modèle, qui est atteint, par delà les frontières, les régimes et les niveaux inégaux de développement. Croire que résoudre le grand déséquilibre des échanges internationaux engendré par la mondialisation serait une solution n’est pas plus crédible que de penser que les pays émergents vont devenir les financiers de ce monde en péril pour l’aider à se rétablir. Cela ne marche pas comme ça.

Toutes les prévisions concordent, les perspectives générales de croissance économiques sont mauvaises, rendant la poursuite en douceur du désendettement, tant privé que public, encore plus chaotique. Créant une spirale économique et financière descendante dont on ne sait arrêter la progression. Redoutable constatation à laquelle nous étions peu préparés : il faudrait remettre en question ce système qui ne parvient pas à retrouver un équilibre perdu. Et les uns ne veulent absolument pas quand les autres ne savent pas trop comment.

Le réalisme, pourtant, commanderait aujourd’hui de s’y engager.

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73 réflexions sur « L’actualité de la crise : AU RAYON BRICOLAGE, par François Leclerc »

  1. Le pdg de Shell, Peter Voser, déclare :

    La production des champs existants décline de 5 % par an à mesure que les réserves s’épuisent, si bien qu’il faudrait que le monde ajoute l’équivalent de quatre Arabies Saoudites (sic) ou de dix mers du Nord dans les dix prochaines années rien que pour maintenir l’offre à son niveau actuel, avant même un quelconque accroissement de la demande.

    http://petrole.blog.lemonde.fr/2011/09/24/shell-il-faut-4-arabies-saoudites-en-plus-dici-a-2020/

    La crise énergétique va devenir un très gros problèmes dans l’avenir.. mais ça fait depuis 2008 que je ne fais que de le dire aux gens qui veulent bien l’entendre.

    1. Et oui, Alain, nous sommes bien d’accord là-dessus.

      Pour moi, c’est la tension sur les ressources pétrolières (fin de la phase d’expansion géographique de prédation, contact avec la boite, comme vous voudrez) qui donne le top départ de la phase actuelle ( prédation à l’intérieur même du système, croissance non plus boostée par la dévastation de territoires nouveaux, mais par l’anthropophagie économique).

      Mais bon, dans la confusion actuelle et à venir, m’étonnerait beaucoup qu’un gouvernement donne à l’énergie la place qu’elle mérite (n°1) dans les préoccupations…..c’est pas très « tendance », la déplétion….

  2. Comment convaincre les français et les européens de consommer plustot que d’économiser.
    Il y a quelques mois l’europe avait épinglé les fabricants de lessive pour entente illisite avec à la clef une amende de 320.000.000 millions d’euros.
    Ne peut on pas redistribuer cette somme au 350.000.000 millions d’européens ? Cela pourrait être une relance à moindre frais et bien méritée pour les européens qui en ont fait les frais.

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