L’actualité de la crise : LES COMPTES N’Y SONT PAS, par François Leclerc

Billet invité

Ils sont encore loin du but, car tout reste à finaliser, et il va falloir des semaines pour y parvenir est-il reconnu !

En attendant de trouver le montage financier miracle qui va faire office de « pare-feu » pour l’Italie, et pour la zone euro toute entière, des solutions de fortune vont être mises en place. Le FESF devrait engager sans attendre des achats de la dette italienne sur le second marché, afin de stabiliser son taux et d’éviter qu’il ne devienne totalement insoutenable (il l’est déjà, dans la réalité).

Vu le temps qui risque d’être nécessaire pour mettre en place un nouveau dispositif financier, les moyens du FESF étant insuffisants au regard de la tâche qui lui est dévolue, il se profile que la BCE pourrait également continuer ses achats – elle est le seul bouclier crédible – car deux précautions valent mieux qu’une étant donné l’enjeu : il n’y aura pas de seconde chance si l’Italie tombe dans le trou, tandis que les paris sont ouverts sur la capacité de la coalition italienne au pouvoir à satisfaire les exigences des dirigeants européens. Cela sera un des enjeux du sommet que de le demander formellement à la BCE, sachant qu’elle restera nécessairement une solution de derniers recours.

Sauver l’Italie est vital, mais en faire autant de la Grèce est tout aussi indispensable. Devant le risque de piétinement des négociations avec l’Institute of International Finance, qui représente les banques détentrices de la dette grecque, il n’est pas exclu qu’un passage en force soit finalement décidé, et que soit présentée comme volontaire une mesure en réalité forcée, en prenant le risque d’une réaction des marchés. A un moment donné, le distinguo devient subtil…

Y a-t-il encore le choix ? Peut-il être répété la séquence précédente de l’été et attendu de nombreuses semaines avant que les négociations avec les banques finalement débouchent, si c’est le cas ? Peut-on une nouvelle fois prendre des demi-mesures et s’en tenir à une décote de 40%, alors qu’il a été calculé par la Troïka que 60% était nécessaire pour que la Grèce puisse renouer avec la solvabilité ? Enfin, la menace suffira-t-elle pour amener les banques à résipiscence  ? Poser ces questions, c’est semble-t-il y répondre. Ce qui ne réglera pas un autre problème: la Grèce devra renflouer ses banques et les caisses de retraite, à un coût qui annihilera une partie significative des effets de la restructuration…

Le destin du Portugal est entre temps oublié, qui va se rappeler à l’ordre.

Il a été par ailleurs calculé que la recapitalisation qui est projetée des banques devait se faire en application d’un ratio de 9% entre leurs fonds propres et leurs engagements, ainsi que d’une valorisation de la dette souveraine à la valeur du marché pour quantifier ceux-ci. Ce sont les banques des pays du Sud qui vont de devoir le plus y procéder. On comprend mieux la virulente opposition de la banque espagnole Santander à toute recapitalisation.

Mais le gros morceaux est de se mettre d’accord sur le « pare-feu », à propos duquel plusieurs options sont sur le tapis. A remarquer que cette expression a remplacé au débotté « l’effet levier », avec pour mérite de clairement identifier le danger à défaut d’en faire autant pour le remède.

La première option reste européenne et repose sur un dispositif assuranciel, qui garantirait les investisseurs achetant de la dette des pays y adhérant (moyennant conditions) à hauteur de 20 à 30% des montants investis. Mais elle se heurte à deux difficultés pouvant aboutir à écarter cette solution : l’effet levier qu’elle permet est limité (coefficient 5 dans le cas d’une assurance portant sur 20% de l’investissement) et rien ne dit que les investisseurs se satisferont d’une telle garantie limitée, vu le sort réservé à la dette grecque. Dans ces conditions, les marchés n’auront même pas besoin d’anticiper pour prendre leur décision  !

Un autre montage est donc étudié, qui pourrait venir en complément et s’appuierait sur la création d’un véhicule spécial (comme l’est le FESF), dans lequel pourraient investir des fonds souverains et des banques. Une variante adosserait ce véhicule spécial au FMI et non plus au FESF. En tout état de cause, le risque serait évacué vers ces nouveaux investisseurs, qui disposent des moyens financiers qui font défaut aux européens, mais qui ne manqueront pas de demander des compensations pour les bas taux qu’ils accorderont. Tout reste à négocier pour que cette seconde hypothèse devienne réalité.

Dans les deux cas – sans entrer dans le détail de mécanismes financiers sophistiqués puisés dans la boîte à outils d’une ingénierie créatrice (et dangereuse) – l’objectif est d’apporter aux marchés des garanties afin que les taux obligataires des pays émetteurs redescendent de leurs sommets. Pour appeler les choses par leur nom, de créer un marché obligataire sous assistance subventionné en dernière instance par les Etats. C’était cela ou la BCE…

Les deux sommets de demain ne pourront pas conclure si des négociations internationales doivent être engagées pour financer le sauvetage de l’Europe. La balle sera renvoyée au G20, qui débutera dans une grosse semaine, ce qui ne donnera pas non plus un répit suffisant pour finaliser un dispositif. D’où l’importance des solutions palliatives mises en place avec le FESF et la BCE en second rang.

La fragilité des dispositifs est impressionnante, comme si elle s’accentuait au fur et à mesure que de nouveaux plans d’action se révèlent nécessaires, avec à chaque fois la garantie illusoire que cela sera le dernier. Comme on le disait des guerres… Pour ne prendre qu’un exemple, recapitaliser a minima les banques n’est possible que si le FESF achète les titres de la dette italienne dont la détention pourrait menacer certaines d’entre elles (BNP Paribas au premier chef), transformant le Fonds en une bad bank potentielle. Le risque n’est pas supprimé, il est transféré auprès des garants du FESF, une fois de plus les Etats.

Après avoir été refusé jusqu’à il y a encore très peu de temps, il a été reconnu qu’il fallait agir sur deux tableaux : restructurer une dette grecque insoutenable et renforcer les banques pour qu’elles puissent faire face à de nouveaux chocs. En espérant que ceux-ci n’interviendront pas, les ardeurs du marché obligataire ayant été calmés par l’assistance qui leur est apportée par les Etats encore vaillants. Un sacré pari, à voir le sort réservé ce matin à une émission obligataire espagnole pourtant à trois mois seulement.

Mais cette adaptation de la stratégie qui a été depuis le début adoptée fait l’impasse sur une nouvelle menace qui la condamne sans appel : la récession économique et la spirale descendante qui va l’accompagner. A chaque jour suffit sa peine, vont-ils se dire demain, à Bruxelles, après avoir accouchés d’une souris.

Résumer la crise européenne à une gestion irresponsable de la dette publique, à laquelle il suffirait de remédier, est une histoire à laquelle même les enfants ne peuvent pas croire. C’est pourtant ce qui tenté, sans voir ce qui s’annonce et qu’ils accélèrent encore… comme de vrais irresponsables.

Le nouveau thème à la mode, la relance de l’Europe permettant une sortie de la crise par la haut, fait l’impasse sur une interrogation qui reste en suspens : quelle est la nature du développement futur de l’Europe, sur quelles ressources devrait-il s’appuyer ?

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199 réflexions sur « L’actualité de la crise : LES COMPTES N’Y SONT PAS, par François Leclerc »

  1. Mercredi 26 octobre 2011 :

    L’Italie émet 8,5 milliards d’euros d’obligations à six mois, forte hausse des taux.

    L’Italie a émis mercredi 8,5 milliards d’euros d’obligations à six mois dont les taux d’intérêt ont fortement augmenté à 3,535 %, contre 3,071 % lors de la précédente émission le 27 septembre, signe de la méfiance des investisseurs.

    Malgré l’adoption de mesures d’austérité draconiennes, l’Italie ne parvient pas à rassurer les marchés, et elle est sous la pression de ses partenaires européens qui exigent qu’elle prenne des engagements fermes en matière de réformes structurelles et de réduction de la dette.

    http://www.romandie.com/news/n/_ALERTE___L_Italie_emet_85_mds_EUR_d_obligations_a_six_mois_forte_hausse_des_taux261020111110.asp

    Plus les jours passent, plus l’Italie emprunte à des taux de plus en plus exorbitants.

    Plus les jours passent, plus l’Italie se rapproche du défaut de paiement.

    L’Italie sera le quatrième domino à tomber.

  2. En lisant ces gesticulations européennes, on a bien envie de rigoler!
    Car le fameux nouveau paradigme vanté dans le « Monde » ou les Etats ne seraient plus endettés, (La fameuse régle d’or completement délirante, meme Stiglitz se tape la tete contre les murs) ne veut rien dire du tout quand les états sont obligés de passer par les marchés, pour sauver leur équilibre budgetaire.
    Les gens sont tellement lobotomisés par le néolibéralisme, que le fait évident, que les Etats ne se financent qu’auprés de la BCE, et non pas auprés des marchés, leur apparait que comme un paradigme « ringard », dépassé, dantesque et impensable! Voire communiste!
    Qu’ensuite les autorités de la BCE imposent des conditions, nous serions dans un systeme économique raisonnable, et non pas dans le délire libertarien qui s’étale au plus niveau dans la crise de l’Europe…
    On hallucine tous les jours….
    C’est arrivé à un tel point, que je lis François Leclerc comme un scenario des Marx Brothers à Wall Street…Plein de bonnes idées pour écrire une Farce.
    Foutaises….(François Leclerc n’y est pour rien ils observe un hopital psychiatrique de maniaco-libéraux)

    1. Le comble du jour, c’est que certains imaginent sans rire que la chine pourrait nous prêter dans l’urgence ce qu’il nous faut mais il ne leurs vient absolument pas à l’idée qu’il pourrait y avoir une contre partie à ce prêt.
      A moins qu’ils ne soient au comble du bonheur en ce disant que, ce que 30 ou 40 ans d’Europe libérale n’a pas réalisée, la Chine le fera en un rien de temps…

  3. Et pendant ce temps nos camarades banquiers jouent les calimeros.
    Interview proprement consternante de Guido Ravoet, directeur général de la Fédération bancaire européenne sur le site de libé.
    http://www.liberation.fr/economie/01012367731-on-demande-aux-banques-d-en-faire-trop-trop-vite

    « Nous étions en train de résoudre la crise financière lorsque nous avons été victimes de la crise des dettes souveraines »
    Comment peut-on encore tolérer un tel niveau de cynisme (?) chez ces types.

  4. Bruxelles (awp/afp) – La Chine est prête à abonder le Fonds européen de stabilité financière (FESF), principal instrument pour enrayer la crise de la dette dans la zone euro, ont indiqué mercredi des diplomates européens avant un sommet des dirigeants européens à Bruxelles.

    « La Chine est pour « abonder le Fonds en créant une entité autonome d’investissement (« spin-off »), a dit un diplomate s’exprimant sous couvert de l’anonymat. Les autres puissantes émergentes (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) n’ont « pas encore » indiqué si elles participeraient à ce fonds, a-t-il ajouté.

    L’Argentine a clairement indiqué qu’elle ne participerait pas au sauvetage de la zone euro, a dit un autre diplomate.

    Bon ben alors on est sauvé !!!!

    Y’a plus qu’à payer la facture !

  5. « La Chine à l’aide du Fonds de secours de la zone euro – AFP
    Mis en ligne le 26/10/2011
    La Chine est pour abonder le Fonds en créant une entité autonome d’investissement (spin-off), a dit un diplomate sous couvert de l’anonymat. »

    Article complet dans lalibre.be: ici.

  6. La Chine (et les autres BRICS) pourraient soutenir le FESF et l’Europe.
    http://lexpansion.lexpress.fr/economie/en-plein-crise-de-l-euro-le-patron-du-fesf-se-deplace-en-chine-vendredi_267555.html
    En échange d’un soutien pour une réforme de la représentation à l’ONU, des présidences plus équitables des grandes institutions, un engagement à réformer un système financier international instable qui les met en danger ??? etc..
    Info ou intox ??? Surtout avant un sommet important où tout le monde campe sur ses positions…
    Plus inquiétant que rassurant, je trouve …

  7. Pour ceux qui se laissent intoxiquer par le « miracle allemand » :
    http://fr.myeurop.info/2011/10/05/la-competitivite-allemande-20-de-travailleurs-pauvres-3490

    Petite piqûre de rappel : http://wearethe99percent.tumblr.com/, pour constater, de visu,ce que ça donne les ultimes stades du libéralisme.

    Ou encore, Peugeot (Source AFP) : « Le constructeur automobile PSA Peugeot Citroën, mis en difficulté sur le marché européen, va supprimer plusieurs milliers de postes en Europe, au moment même où il annonce de nouveaux investissements au Brésil …
    Au total, ce sont près de 6.800 postes de travail (salariés plus sous-traitants) qui pourraient être supprimés…

    A la Bourse de Paris, le titre prenait 2,67% à 17,52 euros vers 11H15 GMT dans un marché en hausse de 0,48%.« .

    Tout ça pour ceux qui s’interrogent sur le mode : « incompétents ou complices ? »
    Incompétents, des politiques qui n’offrent comme perspective à leurs peuples que l’endettement, sinon à en crever, du moins en devenant à vie les forçats des banques ?

    Il est vrai qu’ils ajoutent l’incompétence à la complicité. Mais, ne perdons pas de vue les lignes de force : toujours plus de rigueur pour les peuples et, in fine, plus aucun système social.
    Quand la protection sociale aura disparu et que les salaires seront au plus bas, on pourra toujours envisager de relocaliser un peu dans l’Europe, « nouveau continent émergent ».

    Il n’y a pas de « tournant de la rigueur », comme l’expliquent les économistes du système, il y a simplement un Occident qui revient inexorablement au temps d’avant (années 50, mais moins le plein emploi). Pourquoi ? Parce-que patrons, actionnaires et gouvernants complices n’ont plus à se préoccuper de la menace rouge du bloc de l’Est qui les a contraints à lâcher du lest social de 1945 à la chute du mur.
    Ce sont les luttes sociales qui ont débouché sur le fameux modèle social qui n’est donc pas, comme nous l’expliquent nos gouvernants -la plupart n’en ont jamais voulu- un « acquis commun ».

    On envoie des satellites dans l’espace à tour de bras, on brasse du TGV, mais de moins en moins de gens peuvent s’offrir un simple billet de train sur des lignes domestiques au demeurant moribondes.
    Machin-Price à ma gauche, Industries du luxe et de la volupté à ma droite.

    Alors, on peut les laisser dérouler le tapis jusqu’au bout ou leur foutre le pied quelque part. Au choix.

  8. Le reichmark nouveau est arrivé ; L’euro, c’est la guerre !

    http://www.causeur.fr/le-reichmark-nouveau-est-arrive,12637

    « Un jour prochain, on verra peut-être des chars de l’Otan entrer dans Athènes, Lisbonne… ou Paris pour réprimer les soulèvements populaires contre les mesures imposées par Francfort1. La zone rouble s’est ainsi maintenue pendant 70 ans grâce à l’appui des chars du pacte de Varsovie qui faisaient régner l’ordre à Prague ou à Budapest. »

      1. T’esquintes pas le neurone à tenter de me ranger dans une case, n’ivrogne (j’ai pu déchiffrer ton pseudo caché sous l’anagramme que tu affiches grâce à l’incohérence éthylique habituelle de tes propos… merci pour la piste facile), il faudrait en gros 250 cerveaux comme le tien pour comprendre qui je suis… Avec mes amitiés renouvelées… 😉

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