L’actualité de la crise : NOUVEAU REPLÂTRAGE ! par François Leclerc


Billet invité

Il y a deux manières de considérer les résultats du sommet européen ; en dressant la liste de ce qui a été décidé ou bien celle de ce qui a été refusé. Car si cette dernière est courte, elle est très parlante : il n’y aura ni Traité à 27, ni bazooka financier ! C’est maigre !

Une « Union de la stabilité budgétaire » va donc être constituée autour de la zone euro, dont le Royaume-Uni ne fera pas partie, n’ayant pas obtenu pour la City la sorte d’immunité qu’elle exigeait. Elle repose sur une « règle d’or » et des « sanctions automatiques », toute entière orientée vers la poursuite des mesures de rigueur budgétaire, mentionnant pour la forme « une croissance plus forte, une compétitivité accrue et la cohésion sociale ». De l’art de dire son contraire !

On cherche déjà dans le texte du communiqué les marges de manœuvre qu’il comporte en puissance, connaissant la propension des dirigeants européens à mettre derrière les mêmes mots des pratiques différentes. Tout en s’inquiétant du tour que prennent les événements, avec l’adoption de « règles » sans fondement économique et abusivement gravées dans le marbre, qui seront présentées comme intangibles et justifieront l’application d’un programme de fer. Il y a là en puissance un véritable déni de la démocratie et la promesse de lendemains qui ne vont pas chanter pour tout le monde. Comme c’est déjà le cas.

Le replâtrage auquel les chefs d’Etat et de gouvernement viennent de procéder s’illustre sur le dossier financier, qui a fait l’objet de compromis à l’arraché. Il a été finalement admis que le FESF et le MES pourraient coexister pendant une année environ, mais le montant additionné de leurs moyens financiers est – comme l’exigeaient les Allemands – plafonné à un théorique 500 milliards d’euros. Un apport au FMI de 200 milliards d’euros, tout aussi sur le papier, a bien été discuté, mais il reste à confirmer car les donateurs n’ont pas été identifiés ! Dans les dix jours, a-t-il été décidé, ce qui vaut reconnaissance de l’urgence. Concernant la BCE, il lui est attribué le rôle d’opérateur du FESF et du futur MES, mais le principe d’une licence bancaire donnant accès à ses libéralités a été refusé à ce dernier.

Faut-il y voir une intervention du Malin, qui ne se retrouve pas ce matin dans les détails de l’accord ? Moody’s annonçait ce matin même la dégradation sur le front des banques de trois d’entre elles : Crédit Agricole, BNP Paribas et Société Générale. Leur note à long terme est dégradée d’un cran, avec perspective négative, l’agence considérant « très élevée » la probabilité que ces trois banques françaises « bénéficient du soutien des pouvoirs publics », en raison « des contraintes en matière de liquidité et de financement ». L’exposition à la dette souveraine n’est évoquée que secondairement et il est fait implicitement référence à la crise de confiance que les établissements bancaires rencontrent. Ceux-ci reviennent décidément au devant de l’actualité !

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290 réflexions sur « L’actualité de la crise : NOUVEAU REPLÂTRAGE ! par François Leclerc »

  1. C’est le moment de lire ou relire « la stratégie du choc » de Naomi Klein. Elle explique très bien comment les « Chicago Boys » ont saisi toutes les occasions offertes par des crises pour imposer leur mesures purement idéologiques contre la volonté et l’intérêt des peuples.

    Il serait temps que nos responsables reviennent à des idées plus saines et en prise avec la réalité.

    Les faits n’ont jamais tort et, depuis quelques ois ils ont amplement démontré que les règles qu’on nous impose et qu’on veut inscrire dans le marbre des traités ne fonctionnent pas.

    1. Absolument ! Il y a même un chapitre où (après avoir étudié les célèbres cas de l’Iran, du Chili … pour terminer par la reconstruction en Asie, après le Tsunami) elle parle de nos sociétés ‘libérales’ et relate les tentatives d’un politicien canadien de droite (à la recherche du ‘choc salutaire’) pour amener une agence de notation à dégrader la note du canada !!

      A lire aussi dans le Monde Diplo de décembre, un excellent article de Frédéric Lordon qui dénonce la ‘double-face’ de la situation actuelle : derrière le chaos apparent lié à la ‘crise des dettes souveraines’ se cache, mal, une construction très soignée et nullement chaotique, du nouvel ordre européen ultralibéral (auquel les institutions européennes se prêtent si bien, et auxquelles le format de l’Europe des 28 nous condamne ; la parenthèse est de moi, pas de Lordon).

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