RIMBAUD

Le 12 janvier 2012, je participerai à la Villa Gillet à Lyon à un débat avec Sophie Wahnich et Nicolas Baverez, sur le thème : “Quand le peuple agit : révoltes, révolutions, réformes”.

Le livre de Sophie Wahnich intitulé La longue patience du peuple. 1792. Naissance de la République (Payot 2008) débute par un poème d’Arthur Rimbaud.

“Morts de Quatre-vingt-douze… “

” … Français de soixante-dix, bonapartistes,
républicains, souvenez-vous de vos pères
en 92, … ”
…………………………………………………………………
Paul de Cassagnac
— Le Pays —


Morts de Quatre-vingt-douze et de Quatre-vingt-treize,
Qui, pâles du baiser fort de la liberté,
Calmes, sous vos sabots, brisiez le joug qui pèse
Sur l’âme et sur le front de toute humanité ;

Hommes extasiés et grands dans la tourmente,
Vous dont les cœurs sautaient d’amour sous les haillons,
Ô Soldats que la Mort a semés, noble Amante,
Pour les régénérer, dans tous les vieux sillons ;

Vous dont le sang lavait toute grandeur salie,
Morts de Valmy, Morts de Fleurus, Morts d’Italie,
Ô million de Christs aux yeux sombres et doux ;

Nous vous laissions dormir avec la République,
Nous, courbés sous les rois comme sous une trique.
– Messieurs de Cassagnac nous reparlent de vous !

Fait à Mazas, 3 septembre 1870

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34 réflexions sur « RIMBAUD »

  1. pour rester dans le sujet, un petit passage sorti de “QUATRE-VINGT TREIZE” :

    “La révolution est une action d’ l’Inconnu. Appelez-la bonne action ou mauvaise action, selon que vous aspirez à l’avenir ou au passé, mais laissez-la à celui qui l’a faite. Elle semble l’oeuvre en commun des grands évènements et des grand individus mêlés, mais elle est en réalité la résultante des évènements. Les évènements dépensent, les hommes payent. Les évènements dictent, les hommes signent. Le 14 juillet est signé Camille Desmoulins, le 10 août est signé Danton, le 2 septembre est signé Marat, le 21 septembre est signé Grégoire, le 21 janvier est signé Robespierre ; mais Desmoulins, Danton, Marat, Grégoire et Robespierre ne sont que des greffiers. Le rédacteur énorme et sinistre de ces grandes pages a un nom, Dieu, et un masque, Destin. Robespierre croyait en Dieu. Certes !
    La révolution est une forme du phénomène immanent qui nous presse de toutes parts et que nous appelons la nécessité.
    Devant cette mystérieuse complication de bienfaits et de souffrances se dresse le Pourquoi ? de l’histoire.
    Parce que. Cette réponse de celui qui ne sait rien est aussi la réponse de celui qui sait tout.
    En présence de ces catastrophes climatériques qui dévastent et vivifient la civilisation, on hésite à juger le détail. Blâmer ou louer les hommes à cause du résultat, c’est presque comme si on louait ou blâmait les chiffres à cause du total. Ce qui doit se passer se passe, ce qui doit souffler souffle. La sérénité éternelle ne souffre pas de ces aquilons. Au dessus des révolutions la vérité et la justice demeure comme le ciel étoilé au-dessus des tempêtes.”

    Victor Hugo

    1. Superbe !

      Un jour quelqu’un fera un recueil de citations de Hugo. Mais il y a tant à citer, tant de propos définitifs jetés comme à l’emporte pièce mais, pour qui les ramasse, travaillés avec art, que le recueil sera la copie de ses œuvres complètes.

  2. D’après Izambard, la première composition de ce poème date du 17 juillet. La guerre est déclarée deux jours plus tard. Les frères Cassagnac poussaient depuis quelques temps en en appelant à “l’idéal révolutionnaire” des coeurs et des corps…
    Pour Rimbaud, “tartuferie!”

  3. À l’opposé de la merditude des choses, il y a et il y aura Rimbaud. C’est à dire la poésie.

    La poésie a, comme la vie, l’excuse de ne rien prouver. (Cioran)

    1. Merci pour cette référence. J’ignorai tout de cela. La longue recension écrite par « Unvola » est ahurissante.

      1. L’historiographie “génocidaire” est largement et majoritairement contestée. Même Furet ne s’y associe pas, c’est dire…

  4. Oui enfin, de Rimbaud on est plutôt après cela :

    —————————-
    Démocratie

    « Le drapeau va au paysage immonde, et notre patois étouffe le tambour.
    « Aux centres nous alimenterons la plus cynique prostitution. Nous massacrerons les révoltes logiques.
    « Aux pays poivrés et détrempés ! – au service des plus monstrueuses exploitations industrielles ou militaires.
    « Au revoir ici, n’importe où. Conscrits du bon vouloir, nous aurons la philosophie féroce ; ignorants pour la science, roués pour le confort ; la crevaison pour le monde qui va. C’est la vraie marche. En avant, route ! »
    ——————–
    Mais on ne s’étonnera pas trop non plus que PJ choisisse un poème prés saison..

  5. @caleb iri

    Petite remarque orthographique : On écrit “événement” et non évènement.

    Bcp de gens font cette erreur d’accentuation sur ce mot, mais ici sur des mots de Victor Hugo, je n’ai pas pu laisser filer…. veuille m’en excuser.

    Sinon, merci pour ce texte.

    1. @ slavomir

      Et bien ça alors !! je n’avais jamais fait attention à ça ! vous avez raison, j’y penserai désormais. Mais si je peux me permettre, vous avez vous-aussi fait une erreur, dans mon nom cette fois : c’est Irri avec deux R !

      merci

      1. et bien chez Hugo, événement s’écrit événement, et cela fait depuis toujours que je lis et écris événement évènement, et je trouve cela incroyable d’en faire la découverte seulement aujourd’hui !

        merci

    2. Non, non. Les deux pour Robert, pas toujours symétrique malgré son nom, mais avènement, seulement. Chez Hugo, je ne me prononce pas.

      1. @ Schizosophie,

        Bonjour,

        Probe habilité, noir illuminé

        Pêché telle une mer poissonne
        Aphtes incisives tire déraisonne
        Âme son souvenir deux nages
        Proie et prédateur à l’uni son
        Nu itère nuit lumière charme
        Vie dite vie sur fête en fait
        L’un verse tendresse multiple
        Opérandes tressées fines
        Cent ça voir rais an dors mie

        Belle journée

  6. J’ai eu la déception de ma vie lorsque, à Aden pour un travail de quelques jours, j’ai voulu m’imprégner un peu de la vie de Rimbaud .

    La maison de Rimbaud, à Aden, de style colonial britannique à l’orientale fin XIXe, avec colonnes, mosaïques murales, jardins luxuriants et fontaines, fut restaurée à grands frais par la France il y a une vingtaine d’années pour devenir le Centre Culturel Français à Aden . Le centre culturel fut inauguré en grande pompe par des ministres français et yéménites plus l’ambassadeur de France. Etaient présents des écrivains parisiens en vogue, le poète libanais Salah Stétié, biographe de Rimbaud, et des Académiciens .
    Le Yémen aimait beaucoup la France . Le rayonnement de ce centre culturel était très important auprès des Yéménites . Le Centre recevait la visite de nombreux touristes européens amateurs de poésie et surtout de celle de Rimbaud .

    Mais c’était sans compter avec l’administration française !
    Il y a quelques années, peu après la création du ministère de la Francophonie, la France a décidé, pour faire des économies, de vendre la Maison de Rimbaud à Aden à la Banque du Yémen et d’installer le Centre Culturel Français dans un préfabriqué minable, sombre et gris, même pas aménagé, au fond du jardin du Consulat d’Allemagne . A la réception du lamentable nouveau Centre Culturel Français, deux jeunes filles yéménites , qui parlaient un français impeccable, en pleuraient de désespoir .

    Dans la maison de Rimbaud magnifiquement restaurée, la Banque du Yémen a donc installé ses bureaux à l’étage et loué le rez de chaussée à une cafeteria crasseuse, avec des néons clignotants accrochés aux colonnes pour l’enseigne de ce qui est devenu ” Rambo’s coffee-house” .
    Plus personne ne connait Rimbaud à Aden . Les gens se retrouvent chez “Rambo”.
    Quel gâchis ! Comment s’étonner que le rayonnement culturel de la France au Yémen ait été réduit à néant par une telle mesquinerie, la décision stupide d’un bureaucrate parisien .

      1. Tiens, moi aussi je vais le faire – MISÈRE ! – accent tourné dans le bon sens. C’est pas énorme, simplement le blog pourra tranquillement s’enfoncer à contretemps dans la nuit.

      2. C’est pourtant facile, si on a un doute, à la sonorité, on y arrive:

        Un é, avec un accent aigu, se prononce avec une “sonorité grave” (comme dans sonorité, ou président); un è, avec un accent grave, se prononce avec une “sonorité aigue” (comme dans poète, ou misère).

        C’est finalement d’un simple, la langue française!

  7. Il n’y a jamais eu une société qui soit morte de dissidence ? Par contre, dans notre histoire, plusieurs sont mortes à cause du conformisme. Jacob Bronowski

  8. Monsieur Jorion,

    Merci de nous avoir rappelé ce poème que j’ai relu à la lumière des interrogation du blog. C’est comme ça, un bon texte (et il écrit pas mal, ce petit connard de punk), on croit qu’on l’a compris et puis, un peu plus tard, un peu plus mûr, on y revient et on y trouve encore du qui nous avait échappé.
    Ce sonnet est ambivalent. On peut l’entendre comme un anti “Dormeur du val” (celui que nos enseignant nous donnaient à lire avec sa morale aisée “Quelle connerie, la guerre !”) autant que comme un rejet des appels patriotards (rejet du genre :”Alors, les bien pensants, on se souvient du peuple quand on a besoin de lui ?”)
    Difficile de savoir, comme toujours, si Rimbaud proclame ou s’il se moque. Parce qu’il en est là, Rimbaud. Il vient de décamper de chez lui pour tenter d’aller à Paris. Première tentative de libération, refuser la monade kerkozienne, la famille, l’oïkos, la ferme -ou la femme- à laquelle le fils appartient.
    Il lui faut alors régler le problème suivant : le fils appartient-il à la France ? ou à la République ?
    Il ne répondra à cette question que quelques années plus tard, de la même façon, par la fuite; remplaçant ainsi la malédiction marxiste (le fils appartient à la ferme) par celle, lacanienne, qui veut que les non dupes errent.
    J’écris ça parce que tous les niveaux d’appartenance sont présent sur ce blog : le champ, le village, la région, le peuple, la nation, l’Europe, la planète, …
    Et parce que nous n’avons pas répondu à la question que pose ce poème : jusqu’à quel point va notre appartenance, à quoi nous engage-t-elle ?

    1. @ Renard bonjour, “Difficile de savoir, comme toujours, si Rimbaud proclame ou s’il se moque.”
      Sur ce poème, il s’agit pour Rimbaud de réagir aux frères Cassagnac du journal “Pays”, journal de l’empire, qui en appellent aux “idéaux révolutionnaires” pour envoyer les français à l’assaut de la Prusse. C’est pour lui une “tartuferie”. Izambard nous le raconte. (À Douai et à Charleville. Lettres et écrits inédits [d’Arthur Rimbaud] commentés par Georges Izambard, Kra, 1927)
      La lettre du 25 août 1870 à Izambard est claire :
      “Vous êtes heureux, vous, de ne plus habiter Charleville! – Ma ville natale est supérieurement idiote entre les petites villes de province. Sur cela, voyez-vous, je n’ai plus d’illusions. Parcequ’elle est à côté de Mézières, – une ville qu’on ne trouve pas – parcequ’elle voit pérégriner dans ses rues deux ou trois cents de pioupious, cette benoîte population gesticule, prudhommesquement spadassine, bien autrement que les assiégés de Metz et de Strasbourg! C’est effrayant, les épiciers retraités qui revêtent l’uniforme! C’est épatant, comme ça a du chien, les notaires, les vitriers, les percepteurs, les menuisiers, et tous les ventres, qui, chassepot au coeur, font du patriotisme aux portes de Mézières; ma patrie se lève!… Moi, j’aime mieux la voir assise; ne remuez pas les bottes! C’est mon principe.
      … ” Rimbaud n’a pas encore 16 ans…
      Quel est donc le sens que lui accorde Sophie Wahnich en ouvrant son essai par ce poème?…
      ps: Cassagnac finira député du Gers – Extrème droite

      1. @ Renou

        Merci, beaucoup, pour votre réponse et ces précisions.
        OK pour les Cassagnac.
        Mais pour les morts de 92-93 ?

        P.S. : Avez vous remarqué dans la lettre à Izambard les trois hémistiches, comme la conclusion d’un sonnet qui aurait pu être l’autre volet d’un diptyque :
        (…) qui, chassepot au cœur,
        font du patriotisme aux portes de Mézières.

      2. @ Renard,
        merci pour votre acuité…

        J’en profite pour rectifier mon erreur.
        … qui, chassepot au coeur,
        font du patrouillotisme aux portes de Mézières.

        Sur les morts de 92-93, en effet il les proclame…
        Sur notre appartenance et l’engagement qu’elle induit, je m’interroge sur ce qui nous détermine.
        Ce qui détermine les êtres “déterminés”.
        Mon “appartenance” au genre humain me laisse parfois un goût amer dans la bouche.

        Les non dupes errent ou se terrent.

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