Fukushima : DÉMANTÈLEMENT INCERTAIN ET DÉSASTRE ÉCONOMIQUE GARANTI, par François Leclerc

Billet invité

Il est déjà acquis que Tepco, l’opérateur de Fukushima, ne maîtrise pas grand chose de la centrale sinistrée. Ni la poursuite endémique de la contamination de l’atmosphère et de la mer, ni le statut du combustible nucléaire réduit à l’état de trois coriums à la localisation incertaine, ou stocké dans des piscines dont il ne peut être retiré. Ni a fortiori l’impact de nouvelles secousses sismiques sur des structures éprouvées, dont en premier celle de la piscine du réacteur n°4, qui concentre toutes les inquiétudes étant donné l’énorme masse de combustible qu’elle contient.

1.535 assemblages sont stockés à 30 mètres du sol dans une structure qui a du être consolidée et se trouve à l’air libre, ce qui représente 85 fois la quantité de Césium-137 libéré par l’explosion du réacteur de Tchernobyl… De quoi rendre invivable le Japon tout entier et bien au-delà, car c’est à cette dimension que se mesure le danger subsistant.

Fukushima pose des problèmes actuellement insolubles, escamotés par l’assurance que si le démantèlement de la centrale prendra quarante années, il sera mené à son terme. En réalité, rien n’est moins certain. Renvoyant à l’improbable option alternative de la couverture de toutes les installations, qui doivent continuer à être refroidies, par un gigantesque sarcophage. Un édifice à côté duquel celui de Tchernobyl – dont le chantier de renouvellement vient de débuter – ne tiendra pas la comparaison. À la double nuance près qu’il faudra que les sous-sols sur lequel la centrale est construite en supportent le poids et que les fuites d’eau contaminée par ses sous-sols soient arrêtées…

Simultanément, la catastrophe de Fukushima vient d’entrer pleinement dans une nouvelle phase. Celle-ci a débuté avec l’arrêt progressif pour maintenance de la totalité du parc des réacteurs nucléaires japonais, qui en comportait encore 50 une fois ceux de Fukushima décomptés, le dernier en date ayant cessé son activité aujourd’hui. Les réacteurs doivent désormais passer un double examen, celui de tests de sécurité qui seront toujours suspectés de complaisance, et celui devant l’opinion publique, ainsi que les élus locaux sous la pression populaire.

Inutile de préciser que le gouvernement – au sein duquel le lobby nucléaire barbote comme une barre de combustible dans la cuve d’un réacteur avant qu’elle n’entre en fusion faute d’eau de refroidissement – s’efforce de parvenir à une relance que les opérateurs de l’électro-nucléaire ainsi que les industriels en général appellent aussi de leur vœux. Le premier car la facture énergétique en hydrocarbures de remplacement pour les centrales thermiques monte en flèche et détériore les comptes, les seconds car cette même facture lamine leurs marges, les troisièmes car elle perturbe leur production en raison des restrictions de consommation associées à cette situation.

Une chose est déjà acquise : le projet d’accroître de 30 à 50 % en 2030 la part de l’électro-nucléaire dans la production d’électricité du Japon est caduc. Mais dans l’immédiat, à l’approche du pic estival de consommation, le pays n’a pas d’autre solution que de modérer cette certitude. Créant une situation à l’échelle d’un pays inédite et instructive. À terme, les entreprises et les particuliers devraient subir une hausse de leur facture d’électricité, ce qui ne contribuera pas à améliorer la situation économique générale. Un double chantage est à ces deux titres opéré par le gouvernement, au service d’une première tentative limitée de relance ayant valeur de test et pouvant ensuite servir de précédent.

Parallèlement au volet sanitaire qui concerne en premier lieu les Japonais, le volet financier de Fukushima prend progressivement de l’ampleur. L’équation économique de l’électro-nucléaire doit d’abord être revue, afin de prendre en compte les coûts engendrés par la catastrophe, qu’ils soient supportés par le gouvernent ou par Tepco.

L’heure des additions est à tous égards loin d’être venue, mais l’opérateur est en passe d’être nationalisé de fait, même si le gouvernement ne veut pas le reconnaître, en raison des aides financières qui lui sont apportées. Ce sont finalement les Japonais qui vont payer la facture, à la fois comme consommateurs et comme contribuables. Tepco est en passe de présenter un plan de nouvelles économies de plus de 30 milliards d’euros sur dix ans, afin de débloquer le principe d’un apport de dix milliards d’euros de fonds publics, après avoir déjà reçu un accord pour 16 milliards d’euros. Des investisseurs privés devraient apporter une somme équivalente de 10 milliards d’euros. C’est à ce prix et à celui d’une augmentation des tarifs qui n’a pas été publiquement chiffrée que l’opérateur serait maintenu hors de l’eau et pourrait poursuivre l’exploitation de ses centrales, si celles-ci sont remises en fonctionnement, et engager les opérations de démantèlement de Fukushima, s’il se révèle possible de les mener à leur terme. Dans le cas contraire, l’addition sera encore plus lourde.

Les uns après les autres, les arguments des farouches et dangereux défenseurs de l’électro-nucléaire tombent. Dernière ligne de défense dérisoire et trompeuse : celle de l’énergie propre qui ne produit pas de CO2… ce qui est un comble étant donné tout ce qu’elle peut produire de tout aussi néfaste comme on le constate encore une fois.

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80 réflexions sur « Fukushima : DÉMANTÈLEMENT INCERTAIN ET DÉSASTRE ÉCONOMIQUE GARANTI, par François Leclerc »

  1. Au Japon, le fugu (prononcer  » fougou « ) est un poisson très recherché pour sa chair. Mais il doit être préparé par des cuisiniers spécialisés, car ses entrailles contiennent une substance mortelle pour laquelle il n’existe pas d’antidote. Manger du fugu qui a été préparé par une personne éventuellement incompétente pour cette fonction, revient à jouer à la roulette russe. La centrale nucléaire japonaise qui continue d’inquiéter le monde aurait peut-être dû s’appeler  » Fugushima « …

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