LA SURVIE DE L’ESPÈCE – LE FEUILLETON (V)

Il en a été question ici pour la première fois en août 2010, et La survie de l’espèce paraît le 2 novembre sous la double enseigne Futuropolis et Arte. Deux ans de travail pour Grégory Maklès, et pour moi-même. On a l’habitude de dire pour l’un : « dessinateur », et pour l’autre : « scénariste ». On s’aperçoit bien vite qu’il s’agit d’une simplification abusive et que les deux doivent impérativement maîtriser à la fois la mise en scène et l’adaptation. Prendre des bouts de mes billets ou de mes livres, et les « illustrer » n’aurait rien donné, il fallait faire une vraie BD ou un « récit graphique » comme on dit aujourd’hui quand on veut souligner qu’il ne s’agit « pas seulement d’une histoire pour les gosses ». Pour cela, il fallait l’adaptation. J’ai souvent été scié par le grand talent de Grégory de ce point de vue, je suis certain que ce sera également votre cas.

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40 réflexions sur « LA SURVIE DE L’ESPÈCE – LE FEUILLETON (V) »

  1. Planche très pertinente (pas que les autres le soient moins, m’enfin faut bien que je le dise au moins une fois et celle là me touche particulièrement). Je vais vraiment devoir me résoudre à acheter le bouquin, d’autant que le format BD me convient plus qu’un essai sur 300 pages… Quoi qu’à la réflexion, je me sente capable d’engloutir une BD de 300 pages – en plusieurs tomes, si nécessaire – comme quoi ce n’est sans doute pas le nombre de pages qui importe… Ça me fera mon cadeau d’anniversaire.

    1. mais c’est ça qui est intéressant justement.
      Le psychanalyse est AUSS un citoyen, et cela seule une fiction BD pouvait le montrer.

      Rien qu’avec ce Jorion plus vrai que nature en psychanalyste il y de quoi faire une BD complète.
      C’est à cela que l’on reconnait les oeuvres géniales (excusez du peu !) chaque détail, idée pourrait faire l’objet d’un développement.

    2. Et pourtant…. « les évènements rapportés dans cet album sont inspirés de faits réels » ! Si si…

    3. C’est une histoire vraie : c’est la transposition d’une situation réelle où j’étais moi l’analysand. Je dois ajouter que mon analyste était un excellent analyste.

      Comme quoi, une fois encore, le vrai n’est pas nécessairement vraisemblable, le réel n’est pas nécessairement réaliste.

      P.S. Principes des systèmes intelligents (1990) à nouveau en librairie le 23 novembre.

      1. Je sais c’est vachard et controuvé de débusquer des lapsus sur le clavier. N’empêche « l’analysand« , …sand comme George, sans « s », à l’anglaise, et qui n’en portait pas, et cette histoire de divan du point de vue rétoactif du transfert opéré où l’analysant devenu imaginairement analyste – s’étant fait corps, par la grâce du dessin, de celui qui portait l’oreille qu’il payait – ferme les yeux de la maison pour faire apparaître le monde dans le verbe en en faisant disparaître la lumière, ou en la faisant apparaître s’il lève le store, ça en jette. Mais qu’est-ce que ça sème ?

      2. Je me souviens avoir entendu Lacan expliquer pourquoi ce devait être « analysand » avec un « d » plutôt qu’avec un « t ».

        Comme on a enregistré à peu près tout ce qu’il disait à cette époque, cela doit se retrouver quelque part.

      3. Je dois ajouter que mon analyste était un excellent analyste.

        Un lacanien, très probablement, pour se permettre de réagir ainsi !

        N’est-ce pas ?

      4. Moue ai…. Avec un d ou un t j’en sais rien, mais y m’avait bien anal-ysé en tout cas mon analyste, bien cal-culé que j’m’étais fait.

      5. @Paul : Une histoire vraie ? Alors vous étiez probablement en fin de cure, et c’était pour dire qu’il fallait y mettre un point final.

      6. On aimerait que le regard fécond exprimé par votre psychanalyste ce jour-là à votre adresse soit partagé… par certains autres.

        Je pense à des propos tenus par Caroline Eliatcheff dans l’émission de Marc Voinchet sur France Culture, adressés à Panagiotis Grigoriou concernant les Grecs :

        « Je suis frappée en vous écoutant par plusieurs choses la la première c’est la tendance que vous avez à rendre responsables de vos malheurs d’autres que les Grecs eux-mêmes, c’est-à-dire c’est toujours l’extérieur, la Troïka…les…les Allemands [lui souffle Marc Voinchet] etc etc […] la deuxième chose c’est que y’a effectivement plusieurs Grèce, vous le dites très bien il y a des gens très riches en Grèce et d’autres qui sont vraiment très pauvres et y’a ce sentiment vraiment de désespérance, [Ça fait une troisième chose si je ne m’abuse] et je me demande quand même si le rôle de vos dirigeants politiques n’est pas extrêmement délétère [Quatrième chose ? Quelle chose la frappe exactement ?], c’est-à-dire d’être incapable à la fois de vous faire comprendre que bah oui, il va falloir faire des économies et en mêm… et et de faire payer aussi [aussi] ceux qui peuvent payer et à la fois de vous redonner espoir […]
        entre l’économie et ce qu’on ressent, il y a vos hommes politiques. »

        10 octobre 2012, Les Matins de France Culture – Grèce, les visages de l’austérité.

        Comment dit-on déjà ? C’est çui qui dit qui y est ?

        Et la France ! La France aussi est concernée, avec ses riches et ses pauvres. La France et les états d’asphaltisation des plus pauvres dont vient tout juste de parler Vassili Alexakis. La France et son gouvernement, et ses hommes politiques.
        Capables ceux-là sans doute …

        De « faire comprendre que bah oui, il va falloir faire des économies ». De « redonner espoir » …

        Quelle deuxième chose peut bien préoccuper alors Madame Eliatcheff en ces termes… sur les ondes de Radio France ? Faire comprendre aux auditeurs de France Culture par Grecs interposés, qu’il va falloir faire des économies en France ?

        On se demande bien comment… Alors on est inquiets.

        Mais entre l’économie et ce qu’on ressent n’est-ce pas …

        Il y a le gouvernement… et Caroline Eliatcheff.

        Ah , mais il y a l’autre chose, « aussi », qui échappe tout juste à la conscience de Madame Eliatcheff… L’horrrrible chose là !

        Le Système !

        Oui, vous avez, celui dont les logiques touchent tout le monde et pas seulement les Grecs. Oui, oui, vous savez bien, le système, là, comment s’appelle-t-il déjà, celui qui crée des riches qui sont vraiment très riches et des pauvres qui sont vraiment très pauvres…. et très désespérés donc d’être vraiment très pauvres…

        Le capitalisme !

        Mon cher doigt dénonciateur des doigts accusateurs, veuillez tout d’abord me cacher moi, mais surtout ce chose-système que je soutiens mais ne saurais voir ni permettre qu’il soit vu, surtout pas par moi.

  2. Et Paul se leva et
    alla tourner la MANIVELLE !
    … Où est le cercle ?
    … Où est le symbole ?
    … Où est le cycle ?
    … Dove ???

    1. Mais noux, c’est pourtant simple :

      un mort => au moins un coupable.
      plusieurs morts => un ou plusieurs coupables (ce qui revient au même 😉 ).
      De manière générale : A morts => B coupables, A pouvant être égal, inférieur ou supérieur à B, mais si A > 0, alors impérativement B > 0.

      Ressaisis-toi, noux, c’est à l’école primaire qu’on apprend ça !

      Et je pourrais même ajouter : on condamnera, on condamnera, jusqu’à ce que le risque zéro existe ! Na ! C’est ce qu’on appelle la « tolérance zéro ».

      Une seule solution : pour qu’il n’y ait plus personne à condamner, il faut que plus personne ne risque de mourir, et donc, il faut qu’il n’y ait plus personne en vie. Mais ne t’inquiète pas, c’est prévu, et c’est pour bientôt !

  3. DU SACRIFICE À LA TOUTE PUISSANCE:
    Un exemple de co- dépendance exprimé par le robot:
    (un syndrome psychologique ayant comme noyau central les caractéristiques suivantes: un manque d’objectivité, l’immaturité émotionnelle, la dévalorisation, un besoin absolu d’amour et de contrôle)

    Un exemple de toute puissance exprimé par le psychanalyse:
    (le clivage psychique est palpable, il est faussement calme, irritables, colériques, agressifs… avec une perception que sa propre existence et celle du monde qui l’entoure sont dissociées.

    Vivement que ces deux là fusionnent, ou du moins intègrent de nouvelles capacités existentielles…. À …la « condition humaine » …
    Peut être dans un prochain Tome.

    1. Il ne rentrera pas dedans.
      Ou alors, faut le plier mais c’est du cartonné costaud.
      Je préconise la méthode dite du bord de table : fermement tenu pour moitié sur une table, dans le sens de la longueur, on exerce une poussée brutale sur l’autre partie. Un craquement caractéristique indique le succès de l’opération.
      Autre méthode : poser l’ouvrage à plat sur le sol, maintenir un côté avec les pieds et rabattre l’autre côté vers soi d’un mouvement ferme.

      1. Je préfère une variante de la seconde méthode : mettre un bord de l’ouvrage sur une brique, une pierre, un aglo… l’autre bord étant sur le sol (mon fils fait des abris pour ses animaux en jouet comme cela) et donner un grand coup de talon dedans, l’énergie du coup de talon est parfaite pour se défouler de la frustration de l’inaction de nos politiciens. Là aussi le craquement est la caractéristique du succès.
        La scie est une variante plus propre, la découpe est plus nette.

        De toute façon on n’est jamais là quand le facteur passe et il faut aller tout chercher à la poste, dommage qu’il n’y est pas de formule moins cher où le colis n’est même pas présenté…

    1. Paul est innocent sur ce coup là : l’idée est de moi. Comme elle était excellente (comme souvent avec mes idées), Paul n’a pu refuser. Vous voyez, aucune mégalomanie là dedans !

      1. pardon, je pensais passer entre les commentaires, je croyais que Paul avait ses cours magistraux, que Grégory ne ferait pas de promo sur le blog… si le blog était un marché, vigneron étalerait ses étals.. 😉 enfin, ce qui me cause souci, c’est le côté « crépuscule d’une idole », faudrait pas qu’Onfray saborde Paul avant la fin de l’analyse de Santa Crisis.
        Y’a des jours, j’ai l’impression de devenir un pervers polymorphe, j’devrais spéculer…

  4. Si vous continuez à publier ces extraits, Paul, il est certain que je vais finir pas regretter d’avoir acheté Misère avant d’avoir pu acheter Survie. Cela étant, c’est passionnant, j’ai presque fini le beau livre jaune déjà plein d’annotations et bourré de post-its. Merci!

  5.  » On a l’habitude de dire pour l’un : « dessinateur », et pour l’autre : « scénariste ». On s’aperçoit bien vite qu’il s’agit d’une simplification abusive et que les deux doivent impérativement maîtriser à la fois la mise en scène et l’adaptation. »
    J’ai eu l’occasion de participer à une BD en tant que scénariste et je dois dire que ce problème, qui est en même un stimulant, est tout à fait bien exprimé par Paul Jorion. Les rôles s’interpénètrent, puisque l’espace graphique lui-même, la dynamique des images, l’implicite à gérer en sélectionnant les dessins, tout cela redéfinit le récit, d’une certaine façon.
    On ne peut parler d’un sujet + des dessins, mais d’un textimage.

    1. Très intéressant, très ! Réification totale de l’humain. L’humain était déjà consommateur, à présent il devient un objet, un bien de consommation, comme un frigo, un ordinateur ou même peut-être un attrape-mouches.

      Des surdoués s’apprêtent à prendre totalement le contrôle d’un monde dans lequel il n’y aurait plus que des machines… y compris eux-mêmes !

      Ces super-intelligents ont-ils intégré que leur super-monde devra d’abord régler un super-problème qui est la super-concentration de la richesse ? Ont-ils intégré ce qu’a remarqué un « sac à viande » bêtement et simplement humain, à savoir que leur super-capitalisme destiné à financer leur super-mythe prométhéen, eh bien… il est à l’agonie ? Ont-ils intégré que leur super-projet, il est d’abord dicté par leur super-peur de l’autre et de la mort ?

      C’est plus qu’intéressant. C’est fascinant. Mais dans le post-capitalisme, nous aurons à faire face à ces gens-là dans la construction de ce qui va suivre. A ne pas balayer d’un revers de la main, donc. Pas du tout. Parce qu’en plus, ils nous préviennent eux-mêmes: « la régulation de ces technologies, une fois qu’elles deviendront disponibles, sera impossible ». Il n’y a pas moyen d’être plus clair…

      1. Il y a eu ( et elle est parfois rééditée) une autre émission récente sur ARTE qui traite d’une « vulgarisation  » en 2011 de l’état des connaissances ou hypothèses sur le Cosmos et les mystères de la matière et de l’anti matière ( à voir absolument aussi ) .

        Einstein et le Boson de Higgs au menu . Cet état ultime de la physique m’a bizarrement confirér , par les intuitions pas si intuitives que ça sur « l’espace temps » et les tentatives de compréhension de la gravitation ,que nos apprentis immortels libertariens déformaient ce que les lois de la physique nous font misérablement entrevoir .

        Pour le coup, ces lois et leurs nouvelles questions posées , me semblent donner une certaine résonnance au bouddhisme Zen :

        « ..et depuis que j’ai trouvé le chemin du Mont Sokei , je sais que la naissance et la mort ne sont pas différentes… »

        Pourquoi avoir peur de la mort au point de détruire le parcours de vie consciente ?

        A-ton jamais eu peur avant sa naissance ?

        PS : à nouveau , merci et chapeau à ARTE .

    2. «Si je suis descendu, je ne regretterai absolument rien. La termitière future m’épouvante et je hais leur vertu de robot. Moi j’étais fait pour être jardinier.»
      Antoine de Saint-Exupéry, Lettre à Pierre Dalloz, nuit du 30 au 31 juillet 1944, Ecrits de guerre.

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