UNIDIVERS.fr, Paul Jorion : Mettre fin à l’aristocratie de l’argent !

Mon entretien avec Nicolas Roberti sur Unidivers.

Paul Jorion est chercheur en sciences sociales. Il occupe depuis 2012 la chaire Stewardship of Finance (la finance au service de la communauté) à la Vrije Universiteit de Bruxelles. Ses travaux ont gagné en popularité grâce à son ouvrage intitulé Vers la crise du capitalisme américain qui prévoyait la crise des subprimes de 2007 et le risque de récession mondiale inhérent. Il est l’invité des Champs libres à Rennes le samedi 1er décembre à 15h30. Entretien avec le créateur d’un blog de réflexion dont le slogan est… « Big Brother mangera son chapeau ! »

Unidivers Mag – Élève de l’anthropologue Claude Lévi-Strauss et du mathématicien Georges-Théodule Guilbaud, vous avez été conduit à appliquer des modèles logico-mathématiques à l’anthropologie puis aux sciences cognitives et à l’économie. Il peut sembler dès lors bon de commencer cet entretien en évoquant les travaux issus du groupe que vous avez fondé en 1994, Théorie et clinique des pathologies de la pensée. Après vingt ans de recherche, quelle conception vous faites-vous de la conscience, de son intentionnalité et des possibilités de construire du sens réfléchi ou pré-réfléchi par l’individu dans son rapport à lui-même comme à la communauté ? Pour aller directement au cœur du propos, existe-t-il un libre-arbitre ?

Paul Jorion – Je ne pense pas. À mon sens, la conscience est un office d’entérinement des actions et des pensées que l’individu se constate en train de produire. Il existe une dynamique d’affects qui nous font réagir aux situations au sein desquelles nous nous trouvons, situations qui sont constituées aussi bien des paroles que nous nous entendons prononcer que des interactions qui sont les nôtres avec le reste du monde.

Dans ce cadre, cette fenêtre de la conscience a pour seule finalité la survie. Elle permet d’enregistrer en mémoire les réactions les plus adaptées à des situations potentiellement gratifiantes ou dangereuses. Cette aventure commence avec la naissance et se conclut par la mort. La séquence nous apparaît comme une saga dramatique, relativement passionnante, mais n’est que le fruit d’une reconstruction volontariste leurrée dans son rapport à la réalité. Nous ne sommes pas passifs au sens où nous éprouvons véritablement ces situations, mais notre degré de liberté, étant ce que nous sommes, est nul : il n’y a aucune possibilité de jouer la pièce autrement.

Nicolas Roberti – Votre conception du réel me semble faire écho au perspectivisme de Nietzsche.

Paul Jorion – Oui, dans la mesure où pour lui le sujet est « agi » bien davantage qu’il « n’agit ». Il ne le dit pas le plus souvent sous une forme aussi explicite. Il a ce regard qu’on appelle par tradition « désespéré » mais qui ne l’est pas véritablement, qui est simplement « désenchanté » sur la réalité humaine parce que Nietzsche appartient à la famille des sceptiques.

Nicolas Roberti – Si ce n’est que dans la vision de Nietzsche, une fois le constat arrêté, avec toute sa charge de désenchantement, il s’agit pour l’homme de se fixer un but immanent qui se traduit par son propre dépassement. L’état des lieux de la situation de la conscience que vous formulez autorise-t-il un basculement susceptible de reconstruire une histoire, individuelle ou communautaire, marquée du sceau du sens, de l’espérance et de la réalisation ? Ou bien, la conscience étant intrinsèquement leurre, tout regard projectif sur le monde ne peut être que déceptif ?

Paul Jorion – Non, parce que la présence de l’affect ouvre la voie à une perspective esthétique : ce spectacle de la vie ne nous est offert qu’une seule fois, notre souci intérieur est qu’il soit le plus beau possible. À défaut d’y trouver du sens, qui manque nécessairement, nous pouvons y trouver de la beauté.

Nicolas Roberti – Votre conception de la conscience comme leurre postule que l’intention est un artefact qui n’apparaît à la conscience qu’après avoir posé l’acte dont elle est censée être à l’origine. Sans infirmer votre lecture, ne pourrait-on pas penser que la manifestation a posteriori traduit un ensemble de choix ou, tout au moins, de préchoix, opérés en amont dans une dimension de la vie psychique qui présiderait aux préorientations de l’individu dans son rapport au monde ? Ces préchoix, originés dans un système mémoriel mouvant, permettraient alors, à défaut d’une intention autonome, des possibilités hétéronomiques qui se manifesteraient après coup à la conscience en un contenu de sens doté d’une certitude latitude de variation.

Paul Jorion – Je comprends votre point de vue, mais ne le partage pas. S’il n’y a pas de place pour un projet individuel, il y a cependant place pour un projet de l’espèce, dans cette tâche générale de la production et de la perpétuation de la vie. Il y a deux dimensions : la survie individuelle et la reproduction de l’espèce. La combinaison des deux génère ce que les physiciens appellent « un gradient » : une voie toute tracée qui sera celle de notre comportement et que dessine la ligne de moindre résistance dans ce double système de contraintes. Cette formulation prolonge du reste celle de Freud : nous avons deux « soucis », mais qui ne sont pas de l’ordre de la « cause efficiente », ce qui voudrait dire avec notre conscience dans un rôle directeur, mais au sens de la « cause finale » : nous sommes entraînés dans un processus où nous sommes motivés à survivre en tant qu’individus et, de manière incidente mais liée, à assurer la continuité de l’espèce. Tout cela parce que la vie, le processus biologique, a échoué dans le cas de notre espèce à réaliser ce qui aurait pu être l’une de ses formes, celle qui aurait rencontré les aspirations de l’individu, à savoir que l’immortalité lui soit garantie.

Nicolas Roberti – Ceci, l’individu le sait instinctivement, ce qui renforce sa participation à la main secrète de la nature qui pousse l’espèce à se prolonger dans l’histoire. Dans cette tension où aucun levier de transformation ne semble constituable, une éthique est-elle possible et laquelle ? Une conscientisation spinoziste, une méditation continue sur le non-agir ?…

Paul Jorion – Le donné de l’humain est d’appartenir à une espèce sociale, il y a dans notre cas, existence d’un zoon politikon (« L’homme est par nature un animal politique ») qui a réussi, par le moyen de la technologie, à prolonger la survie de l’individu. Par l’invention de la médecine, et d’autres techniques qui nous ont permis d’améliorer notre confort, nous avons trouvé le moyen de prolonger la vie individuelle au-delà de son donné naturel pur et simple. Cela est possible par la création de la culture qui n’est rien d’autre que l’extension du processus biologique dans le cas d’une espèce comme la nôtre.

Dans ce cadre du zoon politikon comme donné, l’éthique est le moyen, sans aucune transcendance, de nous constituer des environnements qui maximisent la durée possible de notre vie individuelle.

Paul Jorion

Nicolas Roberti – Votre « sagesse » prescrit donc, notamment au regard de la mort, une acceptation de la finitude humaine au profit d’une amélioration des environnements sociaux et vitaux…

Paul Jorion – Si ce n’est que rien n’exclut à l’avenir une perspective hégélienne du devenir : le processus biologique que nous observons n’est pas nécessairement la forme de ses voies de transformation. Le physique a engendré le chimique qui a, à son tour, engendré le biologique. Le processus biologique n’était pas déductible a priori du processus chimique, de la même manière que le processus chimique n’était pas déductible a priori du processus physique. Nous ignorons s’il n’y aura pas une étape ultérieure, qui succédera au processus biologique. Des cultures, la nôtre en particulier, ont imaginé des personnages démiurgiques comme étant la cause première de notre présence sur terre. Rien n’atteste leur présence mais rien n’interdit non plus de penser que le biologique engendrera un jour à son tour un processus qui se rapprocherait alors de ce que nous avions imaginé comme le divin.

Nicolas Roberti – Suggérez-vous qu’une fois écartée l’acception de Dieu comme cause efficiente, Dieu pourrait se révéler une forme de projection, comme une « post-construction » qui constituerait un nouveau stade de l’humanité ?

Paul Jorion – C’est cela. De la même manière qu’à l’époque où n’existaient encore sur le globe terrestre que des acides aminés, il n’aurait pas été raisonnable de prédire l’apparition d’une espèce telle que l’espèce humaine, capable de prolonger par sa culture les processus naturels bien au-delà de ce que suggère la simple physique. De la même manière, on ne peut pas exclure que ce processus biologique produise lui aussi ultérieurement, par émergence, comme on peut constater celle-ci à différents niveaux, un autre type de phénomènes. Et que ce que nous avons imaginé à tort comme s’étant produit avant nous : un Dieu démiurge, n’apparaisse en fait ultérieurement. Autrement dit, que Dieu se révèle non pas comme la cause première qu’on avait imaginé pour se rassurer, mais comme cause finale.

Nicolas Roberti – Vous convergez alors avec les conceptions transhumaines…

Paul Jorion – Vous faites allusion à la reformulation par Teilhard de Chardin de cette conception hégélienne ?

Nicolas Roberti – Pourquoi pas, mais, au-delà, au mouvement futurologique.

Paul Jorion – Cela ne m’est pas familier. Pouvez-vous m’éclairer ?

Nicolas Roberti – En quelques mots, le transhumanisme prône l’usage des techniques afin d’améliorer les caractéristiques physiques et mentales des êtres humains. Même s’il comprend de nombreuses sensibilités, son principal objectif poursuit la production d’une posthumanité où les êtres humains seraient dotés de pouvoirs nouveaux, voire accéderaient à l’immortalité.

Paul Jorion – Cela paraît très intéressant, je ne manquerai pas de me renseigner.

Nicolas Roberti – Une fois le cadre anthropologique et téléologique posé, nous pouvons converger vers la déclinaison du champ économique. Il y a chez vous une critique de la formulation même de ce qu’est la science économique. Dans Misère de la pensée économique notamment, vous vous élevez contre l’influence conformiste, notamment anglo-saxonne, dans l’élaboration d’une science économique, autrement dit d’un ensemble de moyens d’analyse, prospective ou non, de phénomènes économiques. Comment vos travaux s’emploient-ils à subvertir ce conformisme institutionnalisé et à participer au renouvellement d’une science économique plus adaptée au réel et à l’idée que vous vous en faites ?

Paul Jorion – A mon sens, une science économique a bel et bien existé, il s’agit de l’économie politique. Hélas, elle a été délibérément torpillée à l’instigation des milieux financiers qui n’ont pu tolérer son existence et ont encouragé à sa place la formulation d’un autre type de discours. Cette réaction ne date pas de la Critique de l’économie politique par Marx, mais prend place dès la formulation par David Ricardo d’une théorie de la valeur fondée sur le travail uniquement, impliquant que toute redistribution de la valeur créée qui n’est pas justifiée par un travail produit, suppose une spoliation. Cette proposition est de nature scientifique – quand bien même sa forme m’apparaît insuffisante, car il convient de prendre en compte tous les éléments que Proudhon appelait « d’aubaine » qui font qu’ une catalyse mutuelle s’observe entre l’ensemble des éléments qu’il faut rassembler pour manufacturer une marchandise.

Quoi qu’il en soit, il y avait là chez Ricardo, reprise ensuite par Marx, une hypothèse scientifique dont il convenait de déterminer la validité. À la place, a été produit un discours conçu au simple usage des financiers dans leur dialogue avec les politiques. Ce discours a ainsi pour fonction de masquer la réalité qui serait décrite dans une argumentation de type scientifique.

Dévoyé en discours dogmatique, il est fondé sur des postulats impossibles à tester qui oblitèrent les questions capitales, notamment la redistribution de la richesse créée, les formes de la propriété privée, les rapports de force existant au sein de l’économie, etc. C’est donc bien logiquement que ce discours de substitution n’a pas su anticiper une crise de l’ampleur de celle des subprimes qui a démarré en 2007. Pire, une fois celle-ci éclatée, les outils manquant pour la décrire, aucune directive micro- ou macro-économique n’a pu être formulée pour y remédier.

Nicolas Roberti – Je vous sens d’une fibre plus anarchiste que marxiste. Vous sentez-vous plus proche des marxistes hétérodoxes ou des socialistes utopiques ?

Paul Jorion – Des seconds assurément, notamment Sismondi, Proudhon, Owen en Grande-Bretagne, Thoreau aux États-Unis. S’il fallait absolument choisir entre ces deux termes, ma fibre serait davantage socialiste ou anarchiste dans la mesure où ma réflexion est non-dogmatique alors que le marxisme a sombré bien vite dans le dogmatisme, avec la personne de Marx lui-même d’ailleurs.

Nicolas Roberti – Le monde libéral a, selon vous, produit un discours marchand qui favorise les intérêts du capital au détriment d’une science à vocation universelle de compréhension objective de phénomènes. Alors, que faire pour restaurer la possibilité d’une science économique un tant soit peu objective et réaliste ?

Paul Jorion – Il faut reconstruire une économie politique : il faut produire maintenant les instruments d’analyse qui font encore défaut. Le point de départ consiste à se resituer dans les années 1870 où l’économie politique a été jugulée et poursuivre la réflexion telle qu’elle avait été produite jusque-là afin, car des fondations solides avaient été établies. Produire de nouveaux outils, c’est ce que j’ai essayé de faire, par exemple en proposant un modèle du mécanisme de la formation des prix. La voie à emprunter est celle d’une anthropologie économique qui s’attache à concevoir une économie non coupée ni du politique ni du social, mais sertie à l’intérieur de l’ensemble commun. C’était le projet de Karl Polanyi, l’un des fondateurs avec Marcel Mauss de l’anthropologie économique.

Et, cette tâche n’est pas nécessairement complexe. La complication de la « science » économique dominante n’est pas le reflet de la complexité intrinsèque des questions économiques : la complication des explications participe de la dimension idéologique du discours économique au service d’un obscurcissement volontaire de la réalité. Une véritable science économique doit par exemple être bien davantage qualitative que quantitative.

En parallèle de mes efforts, un certain nombre de physiciens analysent depuis quelques années les questions d’économie en extériorité [non-alignés sur le discours ambiant] et opèrent des progrès constants. Des laboratoires d’intelligence artificielle réalisent ainsi des simulations à partir d’hypothèses variées fondées sur une lecture objective des fonctionnements économiques.

Nicolas Roberti – Permettez-moi d’être un soupçon provocateur. La redéfinition d’un vocabulaire et d’une grammaire simplifiées susceptibles de désigner une pratique du réel qui engloberait l’économie, le politique et le social ne risque-t-elle pas d’endiguer le pluralisme de l’interprétation, la diversité des points de vue, la multiplicité des voies réelles ou prospectives qui président à la création de la valeur (originale) dans le logiciel libéral ? Autrement dit, une description du réel par cette économie politique que vous appeler de vos voeux ne risque-t-elle pas de devenir à son tour doctrinale et attenter aux aspirations de liberté créatrice qui est aussi un fondement du libéralisme ?

Misère de la pensée économique, Paul Jorion

Paul Jorion – J’entends votre question. Mais la réalité, c’est que nous sommes dans une situation économique et financière qui est à ce point désespérée que c’est la survie même de l’espèce qui est désormais en cause : l’émergence que nous avons évoquée précédemment d’un après-le-biologique est peut-être d’ores et déjà exclue, car nous nous sommes enferrés dans des voies de garage quant à la relation entre notre espèce et la planète qui l’accueille, et nous persistons à chercher des solutions à l’intérieur d’un cadre devenu parfaitement inapproprié. Aussi il est un luxe qu’on ne peut plus se permettre dans l’urgence présente : se poser trop de questions sur les implications possibles des approches véritablement neuves.

Certes, il y a des dangers parce que nous savons qu’en situation de crise fleurissent les tentations, notamment l’embrigadement qu’on observe dans le fascisme, qui travaillent à orienter le destin humain vers celui d’autres espèces animales sociales au comportement proprement « machinique », comme la ruche ou la fourmilière, où le sacrifice total de l’individu est le prix à payer. Orwell a décrit cela dans 1984 ou Huxley dans le Meilleur des mondes, quand les impératifs de la machine sociale éliminent toute possibilité pour l’individu d’exister encore en tant que tel. Nous avons eu la malchance d’en voir un échantillonnage au cours du XXe siècle.

Cela étant dit, les conséquences ultimes du libéralisme promettent de conduire également à cet écueil quand bien même son intention était tout autre. Le fait que Hayek ou Friedman en soient venus à soutenir la dictature militaire de Pinochet nous rappelle à quel point l’enfer peut être pavé de bonnes intentions… Ces deux parangons du libéralisme qui prétendaient nous protéger de tout élément de totalitarisme qui pourrait être implicite à une rationalisation plus poussée de nos comportements, ont finalement versé dans ce qu’ils dénonçaient.

Nicolas Roberti – De l’autre côté, notre grand Foucault national a applaudi en 1978 à l’avènement de Khomeyni et de sa « spiritualité politique »…

Paul Jorion – Oui, mais Foucault était au final du même bois qu’Hayek et c’est cela qui l’a conduit à se fourvoyer de la même manière exactement. C’est au nom du libéralisme qu’il s’est retrouvé dans le même type d’impasse, à cautionner ce type de régime.

Dans la revendication absolue de la liberté individuelle pour tous qu’on trouve à l’origine au XIXe chez Stirner et ses épigones, on constate un entérinement de l’ordre social donné. C’est la conséquence logique de ce principe de liberté absolue : cautionnant les rapports de force existants, il confirme in fine la domination exercée par l’aristocratie fondée sur l’argent.

Nicolas Roberti – Comment dès lors distribuer équitablement les richesses créées ?

Paul Jorion – Il y a deux voies possibles. Soit un système qui conjugue dans chaque individu les trois grandes fonctions de la division sociale du travail, à l’image de celui imaginé par la participation gaullienne, où chacun se retrouve à la fois capitaliste, patron et salarié, c’est-à-dire le principe à la base de la coopérative, prôné par socialistes et anarchistes. Le problème de l’antagonisme entre ces fonctions cesse alors de se poser pour avoir été « dilué ». Soit un processus de type marxiste, passant par une prise de conscience des conséquences inévitables de la division sociale du travail, et débouchant sur la nécessité d’abolir l’impact politique des classes qui découlent de cette division. Autrement dit, il convient de briser la machine à concentrer la richesse que nous avons tolérée dans chacune des formes de nos sociétés – que son moteur soit la rente dans le cas des sociétés fondées sur la propriété terrienne ou sur l’intérêt pour celles fondées sur l’argent. Sans cela, il n’est pas de sortie possible de ces systèmes économiques qui se grippent périodiquement.

Nicolas Roberti – Si Marx a vaticiné l’accélération fatale des crises du capitalisme, une essentielle plasticité du capitalisme conjuguée au libéralisme politique retarde depuis des années cette sombre perspective…

Paul Jorion – C’est vrai, mais cela est dû au fait que Marx a voulu abstraire (par distraction ou négligence ?) du cadre historique de la lutte des classes, ces paramètres capitaux que sont la formation des prix et la détermination du niveau des salaires. Il s’est ainsi privé du moyen de prévoir quels seraient les facteurs qui détermineraient véritablement la fin du système capitaliste.

Nicolas Roberti – Certains préconisent la prohibition de l’héritage. Qu’en pensez-vous ?

Paul Jorion – C’est effectivement l’un des moyens. Tout ce qui ossifie les configurations d’avantages acquis favorise bien entendu la concentration du patrimoine. L’interdiction de l’héritage est en effet l’un des premiers moyens prônés par les socialistes utopiques pour prévenir celle-ci. Reste qu’il est impossible d’y avoir recours hors d’une réflexion générale sur la propriété privée.

 

 

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269 réflexions sur « UNIDIVERS.fr, Paul Jorion : Mettre fin à l’aristocratie de l’argent ! »

    1. +1
      La pensée jorioniste a franchi depuis quelque temps un saut qualitatif. Les pièces éparpillées du puzzle sont en train de s’assembler et l’on voit clairement émerger un “système” philosophique.

      1. Je pense qu’il n’y a de philosophie(s) que plurielle(s) .

        Et parmi elles, je choisis avec Diderot plutôt la philosophie expérimentale que la philosophie rationnelle , même si , parfois , par nécessité temporelle de l’histoire , une forme de philosophie apparait comme ” la meilleure” pour accompagner ce moment nécessaire là .

    2. @ Piotr
      Oui. Entretien intéressant !
      Sans doute, encore plus, prenant l’image d’un iceberg, par ce qui ne nous ait pas montré ou dit, que par ce qui nous est dit ou montré dans cet échange. D’où cette sensation peut-être d’apesanteur ou de “prises à forte altitude”. Piotr, auriez-vous peur en avion ?… Nous qui pensions que Mr Jorion était bon pilote… Va-t-il nous faire des cabrioles en l’air ?…

  1. En effet, Piotr.

    Paul, je vous lève le chapeau que je ne porte pas, avant que Big Brother ne me le mange !

    Je partage globalement votre vision dite désenchantée des choses, sans savoir le dire avec autant de références ni de hauteur de vues. C’est elle qui m’a sauvé d’un catholicisme borné et castrateur reçu dans l’enfance.
    Il y a quelque chose d’à la fois paradoxal et inévitable dans le sentiment de liberté que me donne cette conception.
    J’ajoute cependant que je n’arrive pas à réellement comprendre la vulgarité et la brutalité, ni celles des incultes, ni celles des instruits ou très instruits, ni celle des gouvernants de nos démocraties.

    Pour ce qui est de la possibilité d’un choix esthétique, je ne me suis jamais formulé la chose, et je vous fait assez crédit pour commencer à y réfléchir. 😉

    PS: j’adore ceci, entre autres choses à la fois précises et franches :

    Et, cette tâche

    [élaborer des instruments d’analyse]

    n’est pas bien complexe. (La complexification est une dimension idéologique du discours ambiant au service d’un obscurcissement volontaire du réel.)

    1. un seul mot: “désanchanté”.
      Pourquoi ce “désenchanté” ? Le présent est, oui, calamiteux et insupportable; tant de souffrance et d’injustice imposées aux innocents au profit des 1%.
      Paul nous dit logiquement : “Tout, ou presque, est à refaire. La bonne nouvelle est que nous en avons la liberté.”

      Ce texte, surtout la conclusion est donc un hymne à la volonté et à la liberté.
      “Nous nous le devons à nous-même et à notre survie comme espèce” et “Nous le pouvons”.

      Les déclarations de Paul porte quelque chose comme une clarté aveuglante qui vous fait dire : ” C’est exactement ce que je ressens.”.
      Paul est le porte parole de l’Espoir, rigoureux et vigoureux, pour nous tous.

      On notera cependant avec une certaine tristesse la pauvreté de l’intervenant s’agissant des choses pratiques, têtues comme il est bien connu: mettre fin a l’héritage !
      Tant de science étalée et tant d’empathie pour une proposition si faible…
      Rien retenu de la fin de “Misère de la pensée économique” ?

      1. @ Daniel 30 novembre 2012 à 17:28

        On notera cependant avec une certaine tristesse la pauvreté de l’intervenant s’agissant des choses pratiques, têtues comme il est bien connu: mettre fin a l’héritage !

        Seriez-vous partisan de mettre fin à l’héritage ? Même si vous le souhaitiez, votre vœu ne pourrait jamais se réaliser. En effet la vie se transmet par héritage génétique d’abord. L’ADN ne tombe pas du ciel mais résulte d’une réelle transmission matérielle et morale que trop d’inconscients voudraient faire oublier. Ah ! Si l’on pouvait, sous prétexte de folie égalitaire, supprimer cette filiation, qui exige l’existence d’un père et d’une mère pour conserver un sens !
        Bien sûr, on pourrait imiter les abeilles, mais franchement, cette vie uniforme et réglée une fois pour toutes doit être bien morne. C’est peut-être ce que souhaitent les égalitaristes inconditionnels.
        http://tecfa.unige.ch/tecfa/teaching/UVLibre/0001/bin35/abeilles/societe/societe.html

      2. J’me marre, à fond la caisse, mon cher JduCac de vous voir encore vous planter dans des analogies approximatives.
        A vous lire: si on admet l’ “héritage” transmis par l’ ADN, alors défendre l’héritage sonnant et trébuchant est logique, indispensable même.
        C’est grotesque.

        Ecoutez ! Vraiment, sincèrement, si l’héritage devait être défendu, il vaudrait mieux passer la main et laisser cela à des types vraiment talentueux. L’héritage est indéfendable, socialement néfaste au moins.
        C ‘est donc un challenge d’un haut niveau de difficulté. Songez, par exemple, que des révolutionnaires patentés comme ceux du Centre-Droit, représenté par Servan-Schreiber dans les années 1980, préconisaient sa suppression avec de bons arguments.

        D’un autre côté, voir dans l’interdiction de l’héritage une contribution à un changement du cadre est une supercherie. Cette contribution vient au mieux en 50.ème position parmi les mesures anti-libérales et anti-capitalistes qui seraient nécessaires, à côté d’autres plus positives.

        Je ne voudrais pas vous démoraliser, cependant il faudrait voir que votre combat est d’arrière-garde. Il n’a plus de carburant: notre monde est fini. Faut chercher autre chose, quelque part vers le socialisme.
        Sans aucune liaison avec le “socialisme” de droite actuel, naturellement.

      3. Il en est des “héritages” comme des “propriétés” .

        Ils sont différents par nature ,par objets , par “bénéficiaires”, par durée , par limites .

        Les mots sont parfois les traces fossiles de nos ” préjugés”approximatifs et paresseux .

        PS : Gregory pourrait il nous illustrer la rencontre ” morale” d’un spermatozoïde capitaliste avec une ovule pleine d’ADN porteur de folie égalitaire ? J’aimerais bien voir la gueule de ce “tigron ” forcément stérile et peu digne de vivre ., et en tous cas déshérité dès sa naissance !

      4. @Daniel :
        L’ heritage n’est pas seulement des tunes ou une baraque ….c’est aussi et surtout culturel …et ds ce culturel , il faut ranger le népotisme ….les “relations” de ton milieu dont tu useras pour aider ta progéniture a se faire une place ds le trafic …. de façon consciente ou inconsciente ( ou “naturelle” )…de façon a ce qu’il conserve le meme etage de la pyramide ou qu’il en gagne une ….
        C’est de cette façon qu’on multiplie les elites et condamnons nos civilisations ….à 23 ans on ne reprend pas la truelle , mais une caisse de superette ( au pire) si on ne peut accéder au fonctionnariat …

      5. @ kercoz.
        Bien sûr. Comment ?
        Et surtout,surtout, ne refusons pas de commencer un truc sous prétexte qu’il serait imparfait, que les débiles d’en face le contourneraient facile ou autre argument défaitiste.

        @ JduCac:j’avais oublié de dire que la famille – une mère,un père,des enfants- me semble le cadre le moins mauvais pour les enfants.( Un avis personnel, toujours bien de le suivre etc…Mais nous n’avons pas le droit de l’imposer à qui jugerait et ferait autrement.)
        Votre analogie est donc boiteuse: approuver l’un et refuser l’autre est possible, nécessaire.

        Vous-rendez vous compte que vous utilisez la logique (une logique particulière, spéciale jducaquienne…) pour tenter d’amener l’interlocuteur à approuver vos opinions? opinions elles-aussi spéciales. Une conclusion: le libéralisme est manipulateur, simplisme oblige.
        En plus il est en relation étroite avec Alzheimer…

        L’Homme s’élève quand il abandonne les oripeaux de sa condition matérielle. Et non quand il donne dans la voie de la facilité sous prétexte de nature. La propriété et sa transmission était peut-être acceptable il y a longtemps. Arrondir son champs n’est plus possible sans injustice. Un monde fini signifie que le jeu social est à somme nulle

      6. Une belle image dans un livre que je suis en train de lire (D. C. Johnston, Perfectly Legal, 2003) : l’héritage, c’est envoyer aux Jeux Olympiques, le fils aîné des médaillés de la génération précédente.

      7. @ jducac
        Thom: “Le rôle du génome apparaît finalement comme un dépôt culturel des modes de fabrication des substances nécessaires à la morphogénèse.” Esquisse d’une Sémiophysique p.128

        La position de Thom (argumentée dans les pages précédentes) rejoint la citation de Johnson par PJ: l’adaptabilité est bien supérieure lorsqu’on considère le rôle du génome comme un dépôt culturel que comme un héritage. Il me semble que de plus en plus de biologistes (dont, tout récemment sur France Culture, le très darwinien J.C. Ameisen) commencent à se ranger à cette nouvelle position (qui n’est autre que la version moderne de la quasi-lamarckienne théorie des gemmules de Darwin). Perso j’en tire un argument que je considère comme puissant contre le capitalisme néolibéral qui impose en fait une société sclérosante (et la démocratie actuelle du chèque en blanc entretient cette sclérose par une “élite-germen”).
        Thom: “On ne pourra que s’étonner -dans un futur pas tellement lointain- du dogmatisme avec lequel on a repoussé toute action du soma sur le germen, tout mécanisme lamarckien.” Je suis convaincu qu’il est possible, en profitant d’analogies biologiques, linguistiques, etc., d’inventer une nouvelle société capable de supplanter l’actuelle société capitaliste et néo-libérale en la prenant à son propre piège: une nouvelle société qui va détrôner durablement l’actuelle car elle sera mieux adaptée à la survie de l’espèce.

      8. @ Daniel 1 décembre 2012 à 19:34

        L’Homme s’élève quand il abandonne les oripeaux de sa condition matérielle. Et non quand il donne dans la voie de la facilité sous prétexte de nature.

        Quand l’accumulation de matière, d’expériences, de connaissances et de possessions, qui constitue l’homme n’est plus alimentée par de l’énergie pour le maintenir en vie, est-il toujours un homme ?

        L’homme est-il toujours un homme s’il donne la vie à de futurs hommes, sans se sentir obligé de leur laisser un minimum pour vivre, notamment afin perpétuer l’espèce à leur tour ?

        N’est-ce pas naturel, quand on est homme, de penser aux besoins que vont avoir ceux qui nous suivent, en particulier ceux qui nous sont les plus proches, ceux qui héritent de nos gènes et nous permettent de nous survivre au travers eux?

      9. @ BasicRabbit 4 décembre 2012 à 08:16

        Je suis convaincu qu’il est possible, en profitant d’analogies biologiques, linguistiques, etc., d’inventer une nouvelle société capable de supplanter l’actuelle société capitaliste et néo-libérale en la prenant à son propre piège: une nouvelle société qui va détrôner durablement l’actuelle car elle sera mieux adaptée à la survie de l’espèce.

        Si je respecte votre conviction, cela ne m’empêche pas de penser que le processus du capitalisme qui, pour moi, est aussi vieux que l’homme, a été à la base de son évolution et a de fortes chances de vivre aussi longtemps que l’humanité. Je n’ai aucune compétence, ni en médicine, ni en biologie, pour m’engager dans un débat s’appuyant sur les subtilités des découvertes dans ces domaines.

        Cependant, je ne vois pas d’où vous pouvez tirez votre conviction. Jusqu’à preuve du contraire, la vie humaine se perpétue à partir de la mise en commun, de la fusion du capital génétique d’un homme et de celui d’une femme. Le capitalisme, selon ma manière de voir, ça n’est rien d’autre que l’exploitation d’un capital pour vivre, comme le machinisme est l’exploitation des machines. Ce capital matériel (les gènes) ce support d’expériences accumulées par les différentes lignées humaines est un trésor inestimable, notre capital. Cela n’implique nullement qu’il faille s’en défaire, pour connaître un monde meilleur dans le domaine du vivant.

        Bien au contraire, n’est ce pas l’exploitation objective et courageuse d’expériences douloureuses et d’erreurs qui amène à éviter leur perpétuation et permet de progresser ? Alors pourquoi vouloir se priver de ce capital de connaissance et ne pas en tirer de plus sages règles de vie en évitant de jouer aux apprentis sorciers ?

        Mon expérience professionnelle dans l’industrie de systèmes complexes, m’a convaincu que pour être à la pointe du progrès et réussir, il vaut mieux envisager l’introduction continue d’améliorations modestes, que d’envisager des remaniements d’ensemble. On n’a souvent ni les moyens, ni le temps, ni suffisamment d’énergie accumulée (le capital financier) pour identifier tous les défauts et tous les points faibles afin d’en prévenir tous les effets indésirables qui peuvent êtres mortels pour une entreprise comme pour toute communauté humaine.

        Le courant anticapitaliste engendré par Marx a conduit à des systèmes tyranniques et à des millions de morts. Cela ne suffit-il pas comme expérience douloureuse ?

        Quand on veut oublier d’où l’on vient on risque de ne pas savoir où l’on va.

      10. @ jducac
        “Jusqu’à preuve du contraire, la vie humaine se perpétue à partir de la mise en commun, de la fusion du capital génétique d’un homme et de celui d’une femme.”

        Je fais sur ce blog du prosélytisme pour l’oeuvre de René Thom pour défendre un autre point de vue. Je le répète: pour Thom le génome est un dépôt culturel et non un capital. Vous me direz (comme Hadrien dans cette file): de quoi se mêle ce matheux?

        Son point de vue s’inscrit dans une vision complète et cohérente du monde, comme l’ont eu ama peu de gens avant lui (Aristote, Hegel…). On y croit ou non. Perso j’y adhère. Mais, même si l’on n’y adhère pas, je pense qu’il n’est pas inutile de savoir qu’une autre vision du monde existe. Pour qu’il y ait une alternative au cas où le TINA actuel conduirait à une impasse.

    2. Je parie sur l’ovule !! non mais …
      un spermato capitalistique aura beau faire la course en tête, et frétiller de la queue à qui mieux mieux, il va se faire recevoir, et comment ! =) magistral tête à queue …l’ovule au bonnet phrygien, trés motivé ( tous ensemble, tous ensemble, ouai …) ne se laissera pas circonvenir, et encouragera les timides ( les Ranrans, en somme )
      no pasaràn !

      1. Disons, en douceur, qu’il existe des espèces où il n’y a que des femelles, aucune où il n’y a que des mâles. 🙂

  2. Pour réduire le glissement de l’ultra-libéralisme vers ce que j’appelle le libéral-totalitarisme dont l’avatar chilien est significatif, de même que le mélange d’autoritarisme et de business chinois, une “évolution” est-elle utopique? Une évolution progressive vers moins de prédation. Après guerre, en France, le programme du CNR avait commencé la mise en oeuvre d’une économie plurielle, sans la dimension environnementale. Cet voie intéressante a été progressivement oubliée. Votre lien vers les socialistes utopistes du 19è siècle me conforte dans l’idée de relancer un vrai secteur authentiquement coopératif fondé sur l’autonomie locale avec un cahier des charges qui permettrait d’éviter l’apparition d’un autre productivisme. Le secteur d’économie socialisé devrait s’appuyer sur les biens communs à protéger pour les générations à venir: ressources minérales,air, eau… L’instinct de survie de l’espèce à moyen terme devrait nous inciter à aller dans cette voie au lieu des évolutions myopes actuelles.
    Dans les détails: l’héritage est aussi un instinct de transfert vers sa progéniture pour lui faciliter un peu la vie. Le supprimer complètement me paraît contraire à cet instinct, mais l’encadrer considérablement et le limiter à une ou deux habitations, par exemple, serait-il une piste acceptable? C’est d’ailleurs aussi cet instinct qui incite à accaparer. Supprimer totalement le secteur libéral serait aussi difficile à accepter pour certains.D’où mon idée de Triptyque Economique, comme première étape pour sortir du monochrome actuel. Je tourne autour de cette idée depuis quelque temps. Elle me semble modérée et de bon sens. Ne vaut-il pas mieux une évolution de ce type plutôt qu’un mouvement de balancier brutal dont l’histoire a montré qu’il ne donne que des feux de paille? Après une période d’observation assez longue… d’autres pistes pourraient alors émerger.

    1. L’héritage…

      On pourrait imaginer bien des choses, y compris une expropriation en douceur s’étalant sur un peu moins d’un siècle, mais dans la pratique c’est totalement impossible:
      – les frontières ne sont plus ce qu’elles étaient donc sauf accord unanime des états ça ne ferait que renforcer l’attrait des paradis fiscaux pour ceux qui y ont accès
      – on peut imaginer à la rigueur qu’il soit possible de contrôler les transferts d’argent mais je vous laisse imaginer une société dans laquelle les dons des parents aux enfants seraient surveillés…

      C’est le fait que certaines choses ne puissent plus être possédées par un individu (comme c’était le cas pour les routes et les chemins, comme c’est encore le cas pour l’espace aérien, la bordure littorale et me semble-t’il les cours d’eau) qu’il faut envisager.

      Encourageant: que des personnes ne puissent plus être propriétaires d’autres personnes a mis des siècles pour être admis et pourtant cette interdiction ne choque plus grand monde…

      1. Est-ce vraiment TOTALEMENT impossible? Ce qui se passe en Icelande est intéressant.
        Les dons des parents sont surveillés et réglementés en France. Un montant est prévu, et je crois qu’il vient d’être réduit.Bien évidemment le système en place fait croire qu’il n’y a plus d’autonomie politique possible. Ce qui a été construit par l’homme peut toujours être modifié… sauf ses prédations lorsqu’elle dépasse le point de non-retour: je pense au climat. Les structures et les déstructurations économiques sont-elles liées à des lois physiques définitives?
        Le lien suivant suppose qu’il y a encore des marges d’autonomie:
        http://www.youtube.com/watch?v=V28vk6DVE1k

      2. … le fait que certaines choses ne puissent plus être possédées par un individu (comme c’était le cas pour les routes et les chemins, comme c’est encore le cas pour l’espace aérien, la bordure littorale et me semble-t’il les cours d’eau) (…) Encourageant: que des personnes ne puissent plus être propriétaires d’autres personnes a mis des siècles pour être admis et pourtant cette interdiction ne choque plus grand monde…

        Une transition progressive, de type antilibéral, avec des moments forts de nationalisation partielle : une superbe idée.

  3. Paul,

    Mais d’où tirez-vous ceci: “l’objectif du processus biologique spécifiquement humain : l’immortalité” ?

    Et ne reformulez-vous pas la tentation théiste sous les oripeaux récents de la connaissance, mais au fond, sans réelle nouveauté, sinon de formulation? Les humains ne seraient-ils pas voués à reformuler pour l’éternité des questions anciennes, à mesure que leur science évolue ? Et donc, au fond, le savoir scientifique ne pourra jamais décider de certains débats indécidables, inhérents à l’émergence de la conscience humaine dans le monde minéral ou géologique.

    Par exemple, l’état de la science étaie-t-il votre réflexion:
    À partir de la description du globe terrestre sans acides aminés, il n’aurait pas été raisonnable de prévoir l’apparition d’une espèce humaine capable d’étendre par la culture le processus naturel bien au-delà de ce qui était envisageable d’un point de vue purement physique” ?
    J’ai l’impression que non.

    Bien à vous !

    1. Guy Leboutte, vous n’avez aucune excuse, mon avertissement était sans équivoque : cette version n’avait pas mon aval, c’était écrit noir sur blanc. Vous l’avez ignoré délibérément.

      Voici ce que je dis :

      Tout cela parce que la vie, le processus biologique, a échoué dans le cas de notre espèce à réaliser ce qui aurait pu être l’une de ses formes, celle qui aurait rencontré les aspirations de l’individu, à savoir que l’immortalité lui soit garantie.

      1. D’accord.
        J’ai été trop vite. “Délibérément”, c’est à voir. 😉 J’étais loin d’imaginer que pareille liberté avec vos paroles fût possible! À ce point-là, les commentaires auraient pu être provisoirement fermés.
        J’attendrai la version certifiée.

  4. Sur le transhumanisme , attention !

    Il y a aux States des versions dominantes qui sont au tranhumanisme ce que l’anarchisme libertarien est à l’anarchisme .

    Et tranhumanisme aussi bien qu’anarchisme ne sont pas Vérité .

  5. Alors ? Ce différent a-t-il été aplani oui ou non ?
    Ps : Foucault « du même bois qu’Hayek », nouvelle foucade anti- foucaldienne ou bien ?

    1. Le différend était plus général. On peut s’amuser à comparer la version de ce matin, au texte final, que j’ai reconstitué à partir de l’enregistrement.

  6. @Paul Jorion :
    /// En réalité, quelles que soient les latitudes de passivité ou d’activité, les degrés de liberté sont nuls. Il n’y a aucune possibilité de jouer la pièce autrement. ////
    Un grec ancien a dit qu’il préferait croire aux dieux qu’ aux “physiciens” , parce qu’avec les dieux il etait possible de négocier grace a des offrandes …… Meme si ces physiciens n’ etaient pas les notres, c’est une vue sympa sur le déterminisme absolu et des plus déprimant ………
    Dans “a l’ est d’EDEN, il y est question d’ un terme hébreu qui se traduirait par 2 versions ” tu sera sauvé” ou …”Tu peux etre sauvé “…qui a déterminé 2 modèles de protestantismes divergeants .

    Pour ma part , je trouve intéressant l’ image des attracteurs , ou les “solutions” sont contraints dans une zone restreinte de possibilités, mais gardent une marge de liberté d’action ( liberté qui serait vertueux d’etre accessible par les variables d’entree)
    Je pense par ex aux contre-choix ou autre discipline qui permettrait non d’exister mais de “colorer notre bulle”
    ( le peu de Conscience que l’ on peut esperer …c’est celle du poids de nos chaines et du peu de “JE” qu’elles nous laissent)

  7. Je vous invite à lire cet article de Benoît Hamon sur ses idées en matière d’économie sociale et solidaire. Pour une fois que l’argent n’est pas le cœur d’une ambition…

    J’espère que cela va déboucher sur autre chose que la création d’une commission de 50 “spécialistes” qui vont débattre 6 mois et accoucher d’un rapport de 5600 pages qui finira à caler l’armoire d’un luxueux bureau.

    http://www.latribune.fr/actualites/economie/france/20121130trib000733898/benoit-hamon-assurer-un-terrain-de-jeu-equitable-entre-economie-classique-et-economie-sociale-et-solidaire-.html

    1. Moi je suggère d’arrêter de parler. Et de faire. Arrêter la division du travail et apprendre à tout faire soi-même. Installer dans toutes les villes des hackerspace pour que les gens apprennent des techniques et faire le maximum soi-même.

      Exemple, du plus simple au plus compliqué,
      1) réparer un vélo, une machine à laver, une machine à coudre, un moteur, une bagnole, un ordinateur, un évier, de la tuyauterie, apprendre à souder, installer un OS libre sur un ordi de récup, un noyau libre dans une téléphone portable, monter des circuits imprimés, faire un panneau solaire, un four solaire, une éolienne, monter un réseau mesh.
      3) puis apprendre à coudre, cuisiner avec des plantes sauvages, reconnaître les plantes comestibles, installer un chiotte sec, installer un système de récupération d’eau de pluie, de refroidissement d’air, une yourte ou une installation légère, ou de bois.
      4) Utiliser le compost, jardiner sans eau, analyser un sol, connaître les plantes et échanger les semences.

      Auparavant avoir réclamé, EXIGE, dans les communes l’accès aux terrains publics intercommunaux qui existent depuis la révolution dans la Constitution.

      Quelqu’un voit autre chose d’utile à apprendre en hackerspace? Appellez-le comme vous voulez, atelier communal DIY, ou toute autre appellation acceptable.

      Il est temps de faire des choses ensemble au lieu de discuter, et de chercher à savoir qui va avoir le pouvoir, le fric, etc.. MARRE! Si on veut se passer de l’argent c’est possible. Il suffit de le vouloir et d’agir. Point.

      Tout le reste, c’est du blablablablablablabla.

      1. Ça fait un moment que je nourris l’envie de créer une sorte de fab lab de ce genre, orienté DIY, conservation de l’énergie, low techs et compagnie !

        Mais je vois déjà le temps et l’énergie que prennent la gestion d’un atelier de réparation de vélos associatif et autogéré, il me paraît ambitieux de monter d’un coup une structure couvrant toutes les activités que vous décrivez, même si cela serait effectivement un très chouette truc… Ne serait-ce que pour “collecter” les différentes expérimences sur un même site local.

      2. @Youbati
        Il ne s’agit pas de réparer les vélos mais d’apprendre à le faire soi-même. C’est toute la différence d’un atelier de formation au DIY et la mise en route d’une alternative économique au capitalisme. Parce dans le premier cas, on en sort.

        “Apprendre ensemble à faire”, c’est pas la même chose que “apprendre à faire ensemble”. L’autogestion, l’anarcho-syndicalisme & co, ça restera du capitalisme au final. Le Do it Yourself n’implique aucunement de maîtriser des techniques, ni de s’organiser pour trouver des compétences et du temps, etc…uniquement d’apprendre et de partager ses erreurs et réflexions. Point. Si quelqu’un connaît et peut donner des conseils, tant mieux pour lui, mais apprendre en faisant c’est mieux. Pour les conseils, il y en a des milliards sur internet. Cela reste notre mémoire et notre cerveau.

        Pour toute organisation, il suffit d’avoir un besoin. D’avoir un endroit où le dire, pour réunir les gens qui ont le même, au même endroit, au même moment. D’apporter le matos en question ce jour-là.

      3. Ah mais c’est exactement de ça que je parlais ! Désolé j’ai raccourci un peu en donnant l’exemple de l’atelier, mais en pratique des bénévoles calés en mécanique montrent, expliquent, laissent faire ceux qui viennent réparer, puis vérifient. Des bénévoles s’en vont et sont remplacés par certains anciens “clients”.

      4. Je ne crois pas que vous ayez compris ce que j’ai dit. Pas de bénévolat, pas de compétences supérieures, pas de cours, de transmission ni de réappropriation du savoir. Il n’est question que de “bidouillage” dans les hackerspaces. Ce sont des zones d’autonomie temporaires. Des ateliers improvisés. Pas de local à entretenir, à payer, etc… relisez. L’exemple des install-parties ou des “black night linux” ne peuvent pas complètement décrire ce phénomène non plus, bien que cela s’en rapproche.

      5. Oui Blablabla comme les 68 tards qui pouvaient agir sous la houlette des écrits d’Yvan Illich qui déjà détaillait “les mythes des valeurs institutionnalisées, étalonnées, conditionnées même celui du progrès éternel”. 42 ans après le doute prend forme! Pour l’action…

      6. @ Miluz, ok, ok. Mais sans déconner, vous croyez vraiment que tout le monde peut se mettre à ça comme ça en claquant des doigts ? C’est certes bien beau tout ça, mais à un moment faut se calmer sur l’idéalisme pur. Et attention, je connais et fréquente un des squats les plus connus d’Europe (aka les Tanneries à Dijon) et je vois très bien de quoi vous voulez parler. Ils font tout plein de trucs de votre liste et j’en ai fait avec eux, dont notamment l’ouverture d’un potager collectif sur terrain occupé sans demander à personne, etc.

        Sauf qu’il ne faut pas oublier que d’une, le souci c’est d’amener d’autres gens à faire pareil, et là je suis désolé, je pense qu’il y a un apprentissage, tout le monde n’a pas la même disposition à franchir ce genre de pas là. Si l’idée est bien de se passer d’argent, ça fonctionnera d’autant mieux qu’il y aura de “participants”. On peut très bien se cantonner à ce genre de réalisations entre nous, avec des exigences élevées, mais rien n’avancera à ce compte là. Faut bien admettre que si on est globalement sur la même galère, y a des marins qui rament à des rythmes différents… Ce que je veux dire, c’est bien beau les idéaux d’entraide et de pureté auto-débrouillarde, mais à un moment si on veut que ça change quelque chose, il faut descendre de sa tour d’ivoire auto-construite et aller voir les autres. Sinon, c’est stérile en terme d’évolution potentielle.

        Et ça m’amène à de deux : le mot important ici, c’est transition. Il faut que les éclaireurs acceptent que beaucoup de ceux qu’ils aimeraient voir les suivre, risquent d’avoir besoin de paliers progressifs. J’ai bien vu qu’il y avait des gens plus ouverts vers ceux qui ne sont pas dans les “luttes”(combien d’énergie consacrée à protéger son espace de vie et perdue à faire le reste ?) et qu’il y a ceux qui s’enferment dans leur truc, ça en devient la lutte pour la lutte, sans envie de partager et inviter de nouvelles personnes à créer. Les chemins doivent se créer tout seuls, sinon on tourne en rond.

        Je pense avoir saisi que vous me parlez d’un truc totalement apolitique. Mais alors justement, comment aller choper des gens et leur proposer d’apprendre la phytothérapie de but en blanc, sans même leur refaire tout le cheminement intellectuel sur l’autonomie, et donc plus ou moins l’anarchie ? Vous me feriez des propositions du genre, je suis entièrement partant, mais pour réunir mettons 50 personnes avec un objectif d’éclairer et d’apporter du neuf à au moins la moitié ? Vous vous y prenez comment ? Les hackerspaces, c’est sûrement de la balle, mais c’est toujours pareil, on peut pas amener n’importe qui là dedans. Y a des chances que ce genre de choses se mettent en place spontanément et ça commence doucement, mais par des initiatives moins radicales. Le pur DIY, c’est quand même hardcore pour beaucoup de gens, pour une entrée en matière directe.

      7. Ben déjà, les 50 personnes tu les as devant les restaus du coeur ou au secours pop pendant les distributions 2x par semaine en hiver. Le nombre de gens dans le besoin ne fait qu’augmenter.
        Mais ce n’est pas le but de “choper” les gens. Tu commences à deux ou trois. Dans un bled, tout se sait très vite. Pas besoin de faire de la pub, ni de mettre des annonces.

        Et il y a des terres dans chaque commune, qu’il est possible de réclamer auprès des instances intercommunales. Elles sont pour l’instant entre les mains des assoc du secours pop ou catholique, ou des restaus du coeur, des retraités bénévoles qui n’ont pas à se les approprier. Ils n’ont rien à faire là. Ils ne savent pas s’en occuper, ni organiser quoi que ce soit sans discipline militaire, avec mépris et ségrégation. Ils ne savent que faire travailler des “emplois aidés” et bientôt les CaFards sur ces terres.

        Sinon, ils font appel à l’Union européenne pour distribuer des surplus de l’industrie agro et aux gendarmes au moindre problème. L’important pour eux c’est de se croire utile en faisant la charité, tout en profitant du fric pour faire des voyages, et en se servant les premiers de la nourriture récupérée à la sortie des supermarchés. Ca suffit!

        Il ne s’agit pas d’organiser des réunions mais de répondre à des besoins. D’apprendre à se débrouiller sans payer.

        Et tu trouves ça surtout chez les femmes.

        Qui en ont marre de dépendre du bon vouloir des hommes pour réparer les machines, qu’elles payent une fortune pour un service minable et méprisant. Elles ont aussi soif de s’occuper de la terre pour nourrir leurs familles. Kokopelli est au courant de ce besoin, et fait une campagne dans ce sens en ce moment.

      8. comment aller choper des gens et leur proposer d’apprendre la phytothérapie de but en blanc, sans même leur refaire tout le cheminement intellectuel sur l’autonomie, et donc plus ou moins l’anarchie ?

        Celles et ceux qu’on nommait “sorcières”, ou “sorciers” ne connaissaient pas les jouxtes verbales d’un Proudhon, Trostky ou Bakounine, ni même le Cadastre perpétuel d’un Gracchus Babeuf, et pourtant… ils savaient déjà tout.
        Si on arrivait à récupérer quelques recettes, on pourrait même parler de révolution.

  8. A propos des dieux ascendants ou descendant , du non-sens vain selon moi de “recherche d’immortalité” ( quelle cauchemar !) , mes propres références :

    http://www.pauljorion.com/blog/?p=43728#comment-382029

    Je ne recherche que le sens , en essayant d’abord d’éviter les non-sens , dont celui de l’aristocratie , dont celui de l’argent .

    Pour ” l’affect” , je suis encore dans une relative incompréhension .

  9. Terriens, encore un effort pour sortir de la préhistoire !

    Note : aucun cyborg n’est l’avenir de l’humanité, quoique puisse vouloir en faire accroire certains délirants.

  10. @P.J. (sis au quai des Orfèvres)

    /// Nicolas Roberti – Suggérez-vous qu’une fois écartée l’acception de Dieu comme cause efficiente, Dieu pourrait se révéler une forme de projection, comme une « post-construction » qui constituerait un nouveau stade de l’humanité ?

    Paul Jorion – C’est cela. De la même manière qu’à l’époque où n’existaient encore sur le globe terrestre que des acides aminés, il n’aurait pas été raisonnable de prédire l’apparition d’une espèce telle que l’espèce humaine, capable de prolonger par sa culture les processus naturels bien au-delà de ce que suggère la simple physique. ////

    Le mot important est “CULTURE” .
    C’est la Thèse Organiciste … qui voit l’ évolution d’ une espece sociale vers une entité de stade supérieur …ou l’ individu n’est qu’ un constituant de l’ organisme évolué ( Societe) .
    Le problème ( enfin le notre !) c’est que cette évolution s’effectue au detriment de l’individu (comme la cellule en se spécialisant elle perd son “eternité” et sa liberté-independance-spécificité)
    Je Crois que Durkheim avait posé la thèse que la recherche de “dieu” etait en fait cette recherche d’ une entité parfaite issue de la société .
    Il est vrai que c’est la civilisation qui évolue-progresse et non l’ individu dont le cognitif n’ a pas bougé depuis le paléo …. Un petit grec pourrait faire science po sans problème !

    Pour moi qui voit Dieu (ou plutot le concept “religion” comme la continuation “raisonnée” des rites anciens ( expliqués aux Blaireaux) ..) ….ce modèle pose problème car il rapproche l’ organisme “global” du modèle utilisé par l’ instinct ..la fourmi ..ou l’ individu n’ a plus , in finé , qu’un role “neutralisé” desafecté. ….. Je persigne a voir ds ce modèle une impasse comme la nature en a essayé des millions .

  11. Ah merde. Si Dieu descendra de l’Homme, ce que je suis porté à croire depuis toujours, et que l’horreur héritière sera un jour abolie, ce que je pense inévitable, que va-t-on laisser à nos divins descendants ? Le royaume des dieux ? 🙂

    1. “Si Dieu descendra de l’Homme”

      A mon avis, ils surmonteront le biologique. L’Homme c’est peanuts, au mieux on ne peut que générer des singes évolués.

      1. Par contre la relation entre l’homme , ce “singe nu” , et les nuts est intéressante .

        Mais on ne va pas se chercher des poux dans la tête !

      2. @Marc Peltier: bravo, vous avez réussi à sortir trois mots d’une réponse qui ne faisait pourtant que deux phrases. Le contexte est important. Je répondais bien sûr à vigneron sur la fabrication de Dieu, et donc l’Homme est peanuts face à Dieu, impossible que sa génération vienne de là.

        Si je vous réponds, c’est uniquement pour vous dire à quel point votre méthode intellectuellement malhonnête m’a fâché. Pour le reste, allez vous faire cuire un oeuf.

  12. Bravo pour cette formule que n’aurait pas désavoué Laplace, à propos du libre-arbitre:
    “Nous ne sommes pas passifs au sens où nous éprouvons véritablement ces situations, mais notre degré de liberté, étant ce que nous sommes, est nul : il n’y a aucune possibilité de jouer la pièce autrement.”
    De même, sur le sens du “gradient” qu’a imposé, jusqu’à présent, la pression sélective:
    “…nous sommes entraînés dans un processus où nous sommes motivés à survivre en tant qu’individus et, de manière incidente mais liée, à assurer la continuité de l’espèce.”
    Mais pourquoi donc, paradoxalement, regretter:
    ” que la vie, le processus biologique, a échoué dans le cas de notre espèce à réaliser ce qui aurait pu être l’une de ses formes, celle qui aurait rencontré les aspirations de l’individu, à savoir que l’immortalité lui soit garantie.”
    Tout d’abord, cette perspective n’est pas si inaccessible, au vu de l’avancée inéluctable des manipulations génétiques en biologie moléculaire. Ensuite, cela pourrait malheureusement annoncer la véritable apocalypse finale redoutée de temps immémoriaux par toutes les civilisations !

    Pas si inaccessible, si l’on en croit la biologie: Depuis que la théorie Darwinienne s’est imposée et vérifiée expérimentalement en laboratoire, on sait avec certitude que, chez toutes les espèces sexuées, l’individu (phénotype) n’est là que pour transmettre son génotype à sa descendance croisée. Seule sa période de vie reproductrice entre en jeu dans le phénomène de sélection naturelle qui entretient ces espèces, voire les améliore en profitant des rares mutations favorables à l’échelle des temps longs.
    Passé sa période de reproduction, l’individu ne sert biologiquement plus à rien dans le schéma Darwinien. Mourir est la chose la plus utile qu’il puisse accomplir dans les communautés aux rudes conditions de survie, ce que l’homme ne manquait pas de faire jusqu’à une époque récente au regard des temps biologiques: aux temps pré-néolithiques, on mourait à la trentaine. Il est clair pour nombre de biologistes que la vie au-delà est une continuation en roue-libre, et que notre potentiel biologique diminue, l’information génétique dans nos cellules étant de moins en moins performante pour l’entretien et la réparation physiologiques (résistance aux infections, cancers, accidents cardiaques, etc.). La nature a pu ainsi, chez les êtres sexués, relacher le programmme génétique virtuellement immortel des êtres monocellulaires (amibes) ou de certains êtres pluricellulaires très anciens (méduses). D’une certaine manière, la mort est chez nous génétiquement programmée, par inutilité de l’entretien: l’espèce sexuée se perpétue, voire se fortifie, par le croisement et non la durée de vie individuelle.
    Seuls les progrès de l’alimentation, de l’hygiène, et des conditions de vie nous ont menés à la longévité que nous connaissons. Plus que la médecine, contrairement à la croyance répandue, puisqu’il y a deux mille cinq cent ans, sous des cieux cléments, Platon mourait à 84 ans, Pythagore à quelque 90, et Démocrite, dit-on, fut centenaire !

    Mais l’homme est parvenu depuis peu à déchiffrer le code génétique.
    Certes, l’apocalypse n’est pas pour ce 21 Décembre 2012,… mais on discute déjà du clonage de l’embryon au Parlement. Qu’en sera-t-il lorsque l’on saura réparer le relachement génétique du vieillissement pour vivre aussi longtemps que certaines méduses ?
    On préfère ne pas y penser…
    L’homme immortel à portée de main, voilà une transcendance bien embêtante à laquelle Teilhard de Chardin n’avait certainement pas songé !
    A côté de cela, les 2° tant redoutés d’augmentation de la température, peut être 4 selon les plus alarmistes… d’ici la fin du siècle, nous apparaîtront comme le dernier de nos soucis !
    On aura alors tout le temps de méditer ce message qui nous est parvenu par la tradition orale de nos ancêtres africains:
    “Lorsque les dieux veulent nous punir, ils exaucent nos prières…”

    1. Ce n’est pas la génétique qui réduira l’auto-encombrement du cerveau avec l’âge.
      La plus grande adaptabilité des individus jeunes, en phase d’apprentissage, constitue aussi en principe un autre frein à la prolifération du “vieux cerveau”.
      Maintenant, le point qu’atteint l’héritage en fait une prolongation intergénérationnelle de la vie plus que de la seule propriété, donc la survie d’un “méta-humain” qu’est une lignée semble accomplir la forme d’immortalité que vise l’homme. A l’appui de cette crainte, malgré l’accélération des évolutions techniques qui effacent la valeur d’usage des possessions elles-mêmes (j’ai des pierres taillées et des arbalètes chez moi, ça ne me rend pas plus “fit” dans la société de 2012) , il y a un conservatisme croissant intra classe-sociale.
      Donc autant dire que la “colonne vertébrale” du “méta-humain”, c’est l’héritage (de biens et de culture), contre lequel le welfare state est allé buter, entre autres .

      1. Votre “auto-encombrement du cerveau” est une vision toute personnelle qu’aucune théorie scientifique ne corrobore:
        Au contraire, ce qu’on sait de la neurologie tend à conclure que les idées se structurent au cours du temps dans le cerveau, par reconfiguration des synapses avec l’apprentissage.
        Et ne confondez pas à ce sujet la rapidité d’apprentissage d’un jeune cerveau vierge, avec la qualité du résultat : à preuve, l’enfant-loup qui n’était capable que de reproduire les grognements et la marche à quatre pattes de son environnement vécu.
        Il n’y a ni “prolifération” ni “auto-encombrement” du “vieux cerveau”, comme en témoignent les exemples donnés par Platon, Pythagore et Démocrite.
        Un exemple plus proche: Newton écrivit son oeuvre célèbre (” Philosophae naturalis principia mathematica”) qui fonda les lois la mécanique, à l’âge de 66 ans !

        Le seul obstacle actuel au bon fonctionnement du cerveau, au-delà d’un certain âge, est bien la dégénérescence, par mort des neurones, et non son “auto-encombrement”:
        Il faut croire que la maturité des idées d’un “vieux cerveau” a du bon, au vu des exemples ci-dessus, puisqu’elle s’avère compenser largement la diminution du nombre de neurones (qui commence dès l’âge adulte).

      2. Merci, c’est constructif … Je rebondis : Est-ce contradictoire ?
        Le processus intellectuel avec l’âge n’est pas bloqué en tout ou rien et pour tous uniformément par les mécanismes adverses.
        Tous accumulent une sagesse et une expérience, que la dégénérescence seule fait disparaitre (Hessel aussi).
        Mais il est patent que l’outillage d’une nouvelle génération, qui fait tout un humus pour les suivants, est surtout bricolé par des cerveaux jeunes.
        La créativité qui subsiste, un peu comme les nombre premiers passent le crible d’Erathostène sans borne supérieure (leur densité diminue en quelque chose comme 1/xLn(x) de mémoire), du fait qu’elle s’articule sur une riche expérience, nous donne de belles étincelles, ceux que vous citez, des Jorion, des Szilard, des autres “marvelous mavericks”.
        J’admets que même dans une vision darwinienne, ils ont un rôle par les ruptures qu’ils peuvent enclencher, mais le gros de l”opérateur d’évolution”, ce qui travaille l’humus et fait pousser les tiges de toute le sous-bois, ça reste du cerveau “moins encombré”.
        JE suis donc d’accord au final que la notion d’encombrement est inapproprié, il faudrait que je trouve plutôt une analogie type crible d’erathostène (qui laisse un ensemble de mesure décroissante , voir “vanishing” (tendant vers zéro en proportion du tout) avec l’âge, mais dont les “vols de Levy intellectuels” sont.. hauts ).

    2. @ Hadrien
      “Depuis que la théorie Darwinienne s’est imposée et vérifiée expérimentalement en laboratoire, on sait avec certitude que, chez toutes les espèces sexuées, l’individu (phénotype) n’est là que pour transmettre son génotype à sa descendance croisée. Seule sa période de vie reproductrice entre en jeu dans le phénomène de sélection naturelle qui entretient ces espèces, voire les améliore en profitant des rares mutations favorables à l’échelle des temps longs.”

      PJ se bat contre des affirmations semblables en “science” économique: c’est l’objet de “Misère de la pensée économique”. Je fais sur ce blog du prosélytisme pour l’oeuvre de René Thom en particulier pour lutter contre de telles affirmations en biologie, contre la misère de la pensée biologique (voir mon commentaire 5).

      1. Connaissant les travaux de René Thom et étant moi-même mathematicien-physicien, je suis de ceux qui ont un certain scepticisme sur les extrapolations hatives hors de son propre domaine de spécialité. Thom l’a fait également pour la physique des particules, dont il ne connait manifestement que des bribes rudimentaires, et a commis un petit livre à ce sujet qui n’a même pas été considéré par ses pairs physiciens, sinon d’un sourire…
        René thom n’étant pas biologiste, mais mathématicien pur, son évocation d’un Lamarckisme renouvelé à la faveur de ce qu’il sait de la stabilité structurelle en “théorie des catastrophes”, laisse plutôt songeur…
        Mieux: Le Darwinisme, qui l’a supplanté, a trouvé sa confirmation en mathématiques elles-mêmes: les méthodes “génétiques” ou “particulaires” permettent de résoudre des problèmes d’optimisation directe qu’aucune autre méthode systématique ne sait aborder. Elles procèdent par “mutations” ou “bruit” qui servent d’exploration aléatoire des possibilités d’amélioration, sanctionnées ensuite par leur adéquation, puis sélection reproductive par un processus de branchement: en somme, c’est faire de “l’élevage sélectif” de solutions par l’algorithmique…
        Mais la nature nous avait précédé !

      2. @Hadrien

        Merci Hadrien… D’ailleurs le plus grand avocat de R. Thom était Salvafor Dali, c’est dire.

        Merci d’introduire de la rationalité ici parce que je me sens bien seul parfois à la défendre, Rabbit bénéficiant d’une quasi-impunité en la matière. Il a un passe-droit pour publier des posts où le rêve le dispute à la réalité, en guise de thérapie.

    3. @ Hadrien

      “Bravo pour cette formule que n’aurait pas désavoué Laplace, à propos du libre-arbitre:
      « Nous ne sommes pas passifs au sens où nous éprouvons véritablement ces situations, mais notre degré de liberté, étant ce que nous sommes, est nul : il n’y a aucune possibilité de jouer la pièce autrement. »”

      Je suis certain que Paul Jorion ne pense pas à Laplace quand il écrit cela. Il s’agit pour lui non pas du déterminisme quantitatif, laplacien, mais du déterminisme qualitatif qui prend sens dans le cadre de la stabilité structurelle initiée par Henri Poincaré, développée par Stephen Smale et d’autres dont René Thom. Ce dernier a étudié en détail les dynamiques les plus simples, les dynamiques de gradient, les plus simples parmi les plus simples étant les 7 catastrophes élémentaires (c’est ama -et pas qu’ama!- pour cette raison qu’on les retrouve dans quantité de phénomènes naturels).

      Si vous relisez le texte de l’interview de ce billet vous y trouverez les mots-clés: dynamique, gradient, [davantage] qualitative [que] quantitative. Il est très clair pour moi que ce n’est pas un hasard mais a, au contraire, un rapport direct avec ce qui précède.

  13. La suppression du droit d’héritage est directement lié à celui de la propriété privée. Et la propriété privée est un droit fondamental inscrit dans la déclaration des droits de l’homme. Mais pas seulement : il est aussi considéré par l’Église comme un droit naturel. Ainsi toute tentative visant à supprimer la propriété privée rencontrera devant elle tous les conservatismes mais aussi une foule de petits propriétaires pris de panique à l’idée de perdre leur petit lopin de terre ou leur maison. Par ailleurs les défenseurs du capitalisme comme univers indépassable évoque la suppression de la propriété privée et la possibilité de s’enrichir comme la cause principale de l’échec de la révolution bolchevique.
    Ainsi si l’on veut faire avancer l’idée d’une société ou la propriété privée ne devra pas être un moyen d’exploitation sans pour cela la supprimée totalement, il conviendra dans donner un cadre dans lequel elle peut s’inscrire. Le passage d’une société ou règne la propriété privée comme fondement à une autre société visant à sa disparition ne se fera pas sans problème et sans risque et certainement pas brutalement. IL convient à mon avis d’apporter des explications sur la propriété privée et de faire une distinction entre la possession d’un bien sans pour autant faire de celui-ci un moyen d’exploitation et d’enrichissement personnel .

    1. “une foule de petits propriétaires pris de panique à l’idée de perdre leur petit lopin de terre ou leur maison”

      S’ils sont assurés d’avoir de quoi se nourrir et se loger ces petits propriétaires ne verront plus les choses de la même façon: ça suppose bien sur d’avoir une grande confiance en ce qui pourra les remplacer et d’autres aspects que la sécurité que confère ces possessions entrent en jeux mais ça n’est pas négligeable. Le fait que les générations successives ne vivent plus ensemble dans un même lieu a déjà modifié le sens qu’avait ce type de propriété: l’eau ne vient plus du puits, l’électricité et les soins médicaux sont obligatoirement fournis par l’extérieur, etc…

    2. @Mephisto:
      Lénine disait (?) que la révolution tient à 9 repas …
      Un autre a dit que la difference entre la misère et la pauvreté , c’est un mulet et 1000 m2 .
      Je pense comme cet iranien (?) que ce point de repli devrait etre inaliénable …qu’on ne peut remplacer un moyen de subsistance par de la monnaie .

    3. Entre la permission et l’accumulation inégale d’un côté , et la suppression et les pires excès de la collectivisation de l’autre , c’est le chemin que la démocratie doit trouver en sortant du tabou de la propriété sacralisée et idéalisée .

    4. droit d’usage ou usage du droit ? voir les reflexions de giorgio agamben sur ce sujet et son homo sacer qui sont tres interressantes

  14. Reste qu’il est impossible d’y avoir recours hors d’une réflexion générale sur la propriété privée.

    Ah oui et cela s’annonce vraiment très passionnant ! (de quoi en faire, au moins, tout un bouquin)
    Peut-être, est-ce le véritable défi de ce siècle, (avec un ou deux autres), que nous devrons affronter : la propriété privée.
    « Mon existence dans la propriété est un rapport à d’autres personnes, c’est de là que provient la reconnaissance réciproque, le libre est pour le libre. Me sachant libre, je me sais être universel, je sais les autres libres, et sachant les autres libres, je me sais libre. Voilà pourquoi le principe du droit est le suivant : respecte-toi ainsi que les autres dans leur propriété comme des personnes » .
    (Hegel – dans, les Leçons sur le Droit naturel et la Science de l’Etat)

    -Et si nous faisions de la Terre, une personne, pourrait-elle être aussi propriétaire et ainsi nous devrions être dans le devoir de la respecter, comme toute autre personne libre et propriétaire… Utopie ?

    1. Merci de l’avoir retrouvé .

      C’est bien à ça que je faisais allusion, en écrivant ” Attention !” .

  15. Sur la “RATIONNALITÉ” de la “SCIENCE” économique
    dans “MISÈRE DE LA PENSÉE ÉCONOMIQUE”

    Je profite de ma lecture récente de l’ouvrage pour exprimer ici un petit regret, celui de ne pas y avoir trouvé le renfort d’une argumentation pourtant développée sur ce site, et qui fut remarquée au point d’être sélectionnée comme article invité: http://www.pauljorion.com/blog/?p=33654
    Nul doute qu’elle avait été fort bien comprise puisque le “sélectionneur” lui donna le titre:
    L’ÉQUILIBRE DE MARCHÉ NE GARANTIT AUCUN OPTIMUM COLLECTIF, titre que je n’aurais pas pu mieux choisir !

    Cette argumentation, en effet, constituait une critique de la théorie néoclassique, non pas “en extériorité” comme il est dit ici, mais de l’intérieur en démontant mathématiquement la “fausse rationnalité” de ses conclusions. Les mathématiques servent justement à ne pas se laisser berner par les économistes lorsqu’ils en font… à leur façon.
    De quoi est-il question ?
    De la revendication la plus importante de l’économie dominante depuis la dernière guerre:
    Le (frauduleusement nommé) “OPTIMUM DE PARETO”
    dont la définition mathématique n’est pas celle d’un optimum, mais d’un simple équilibre de forces conflictuelles, à peine plus satisfaisant que celui de Nash (i.e. débarassé du paradoxe des deux prisonniers) !

    L’utilisation optimale du “potentiel” humain est en effet un problème largement irrésolu de l’organisation des sociétés, pour peu que l’on affecte à ce terme sa signification globale (Quel est le critère global ultime à “optimiser”, incluant dans les justes proportions tous les intérêts conflictuels individuels ?).

    En économie, la théorie néoclassique enseignée partout en est restée au libéralisme le plus primitif, dans sa formulation de base, quoiqu’on dise:
    Ainsi, le schéma de “l’équilibre général” formulé originellement par Walras, formalisé ensuite par Arrow et Debreu, pour aboutir in fine aux théorèmes sur la société du “bien-être” n’est jamais qu’un équilibre de forces conflictuelles, tout comme dans la société primitive.
    Non seulement il faut, pour démontrer sa simple existence (au sens de Pareto), enlever toutes les situations de blocage (dilemme du prisonnier, bien communs, etc.), mais surtout il “n’optimise” rien du tout de global puisqu’aucun critère de ce type n’y figure: l’équilibre obtenu est la simple expression que chacun y maximise son propre critère, dans les limites que lui imposent les intérêts de tous les autres… qui font la même chose.

    On l’a pourtant appelé “optimum de Pareto”, dès l’instant où aucun participant ne peut améliorer son intérêt propre sans nuire à celui d’un autre !
    Ce résultat est vide de tout enseignement pour ce qui est recherché ici:
    Ainsi, prenez un gateau coupé en huit, dont vous avez sept parts et votre convive une seule… C’est un équilibre de Pareto ! (il suffit de vérifier la définition)
    En réalité, ce “théorème du grand équilibre” ne garantit qu’une chose: le non-gaspillage de la ressource (i.e. personne ne va jeter une part). C’est pour cela que les plus honnêtes lui donnent le nom d’ “efficient” plutôt qu’ “optimal”… La belle jambe !
    Pour tous ceux qui ont entendu prononcer (et même rabacher) “l’efficience des marchés”, ou leur “allocation optimale des ressources”… C’est tout simplement ça !

    Il y a là une escroquerie sémantique évidente:
    Personne ne garantit en quoi que ce soit qu’un critère global est optimisé, et donc a fortiori que c’est bien un fonctionnement optimal de la société (Optimisant quoi?).
    RAPPEL: pour ceux qui douteraient d’une telle évidence, il n’y a d’ “optimum” (en latin, “meilleur”) que dans un ensemble complétement ordonné (cf. Bourbaki: Eléments de mathématiques, Théorie des ensembles), donc avec un seul critère d’ordre.

    Pour résumer ici http://www.pauljorion.com/blog/?p=33654, que pourrait (et devrait) être un tel critère ?
    Dans une collectivité citoyenne, chaque agent i (individu ou ménage) a une fonction d’utilité qui lui est propre u(i,xj,dij), où :
    – l’argument vectoriel xj décrit tous les biens et services échangeables en économie, y compris le travail et le numéraire. (Revenu, pouvoir d’achat, etc. ne sont que des aspects de cette fonction u(i,x) qui est elle-même un agrégat).
    – l’argument vectoriel dij représente chaque décision de l’agent i d’échanger un bien ou service j.
    PARETO lui-même a été conduit à définir comme critère d’optimalité sociale l’utilité globale agrégée :
    U(x) = Somme sur i de a(i).u(i,x,d).

    C’est une combinaison linéaire convexe des utilités élémentaires des citoyens, comme fonction d’utilité agrégée de la société. À un facteur multiplicatif près, sans incidence sur l’optimisation, cela n’est rien d’autre que l’espérance mathématique de la fonction d’utilité individuelle, sous la forme plus concise:
    U(x) = Somme des Pi.Ui(x,d), avec Somme des Pi = 1, i étant l’aléa individuel,
    Pi représentant la probabilité d’occurence de la fonction d’utilité Ui(x,d) dans la population.

    Dès l’instant où ce point est acquis, tout le reste découle comme conséquence logique:
    On admet, en effet, en économie, que tous les agents sociaux ont une fonction d’utilité constructible vis à vis de tous ses arguments, pour peu que l’on interroge les dits agents convenablement (la théorie des substitutions et des préférences y pourvoie, si nécessaire, au plan méthodologique).
    Dès lors, la formulation univoque du problème d’optimisation de l’économie politique, telle qu’énoncée par les utilitaristes, ainsi que Pareto, s’obtient en remarquant que:
    Pi = Ni/N
    où Ni est le nombre de citoyens ayant la même fonction d’utilité Ui(x,d),
    N le nombre total de citoyens.
    On voit là tout l’intérêt de la formulation fréquentielle en Ni/N par les probabilités: lorsque la population est en nombre N élevé, il est impossible d’interroger un à un les citoyens pour connaître leur fonction d’utilité. Cela devient, en revanche, plus envisageable si l’on peut disposer d’un échantillon réduit de n citoyens, où les rapports réduits ni/n=pi sont les mêmes que les rapports Ni/N, c’est à dire les probabilités Pi.

    Dans ce cas seulement, on peut parler d’une démarche “démocratique” car elle préserve fidèlement la représentation du peuple par la représentativité de l’échantillon.
    Deux sortes d’une telle démarche ont été appliquées dans l’histoire:

    – la démocratie directe par tirage au sort : c’est celle de la démocratie athénienne dans la Grèce antique, qui dura prés de deux siècles (-507 / -322). Elle possède la propriété essentielle, dite “sans biais”, que l’espérance mathématique de u(x)=somme des pj.uj(x), sur l’échantillon réduit, est la même que celle de la population totale, même si la cardinalité de j est inférieure à celle de i (autrement dit, même si toutes les fonctions d’utilité ne sont pas représentées). C’est si vrai que cela s’applique en particulier au tirage au sort d’un seul représentant, dont l’espérance reste non biaisée. C’était là tout le sens de la “Stochocratie”.

    – la démocratie indirecte par délégation élective : c’est celle appliquée de nos jours par les “démocraties occidentales”. Elle consiste théoriquement à regrouper les citoyens qui se reconnaissent tous la même fonction d’utilité Ui(x,d) qu’un des leurs, qu’ils élisent comme représentant dans l’échantillon réduit des uj(x,d). Elle nécessiterait i=j, donc la même cardinalité, d’où l’adverbe “théoriquement” ci-dessus, car ce n’est jamais le cas en pratique. Dans tous les cas, le citoyen doit se prononcer pour celui des représentants qui lui paraît “proche” avec tous les inconvénients biens connus qu’évitaient les grecs: démagogie, influence de l’éducation, de la position sociale, de la fortune, etc.

    CONCLUSION:1/ Les inégalités obtenues dans une société ne peuvent être jugées en “soi”, mais en vertu du critère global ultime auquel on se réfère. Quelle expression a-t-il ?
    2/ Le problème se complique lorsqu’on inclue le temps, en considèrant l’optimisation globale d’une société sur un horizon pluri-générationnel… Quelle pondération entre présent et futur ?
    A y réfléchir, les problèmes d’héritage des biens parentaux,… ou des biens de la planète, sont les mêmes !

    1. Je peux apporter de l’eau au moulin d’Hadrien, en complétant sa CONCLUSION 2 par un argument rigoureux sur la dynamique temporelle du capitalisme, que j’ai évoquée dans un commentaire terminal de http://www.pauljorion.com/blog/?p=33654, et qui rejoint curieusement les conclusions anciennes de Marx sur l’accumulation du capital:

      Il faut d’abord insister sur ce que la théorie économique néoclassique exprime sur le fonctionnement libéral des marchés, pour comprendre le phénomène de croissance du capital et des inégalités:
      Ainsi, le schéma de “l’équilibre général” formulé originellement par Walras, formalisé ensuite par Arrow et Debreu, pour aboutir in fine aux théorèmes sur la société du “bien-être” au sens de Pareto, n’est jamais qu’un équilibre de forces conflictuelles, tout comme dans la société primitive: l’équilibre obtenu est la simple expression que chacun y maximise son propre critère, dans les limites que lui imposent les intérêts de tous les autres… qui font la même chose.
      (On l’a appelé faussement “optimum de Pareto”, dès l’instant où aucun participant ne peut améliorer son intérêt propre sans nuire à celui d’un autre… La belle affaire!)

      Le problème s’enrichit (sans jeu de mots) lorsqu’on le rend réaliste en incluant le temps. Quand on poursuit alors l’analyse, au moyen de ce qu’on sait en théorie des jeux, on s’aperçoit que le système dynamique résultant est instable: tout avantage ou désavantage d’un des agents à un instant t, s’amplifie exponentiellement ultérieurement avec le temps.
      L’interprétation économique est trés simple:
      Il s’agit tout simplement de l’accumulation capitaliste par le profit telle que décrite initialement par Marx, et que la financiarisation n’a fait qu’accentuer:
      – le taux d’accumulation nourrit l’accumulation
      Tout comme, inversement, pour les débiteurs:
      – le service de la dette nourrit la dette
      Ceci existait déjà, on l’a dit, dans « l’économie réelle » chez Marx. Mais le taux d’accumulation par le biais du profit y représentait encore une créativité et un travail organisationnel de l’investisseur-exploiteur dont la rétribution n’était pas forcément illégitime (il le dit lui-même dans « Le Capital ») mais simplement arbitraire.
      Tout a changé avec la financiarisation, aidée par l’informatique, où la superstructure « finance » fait de l’argent avec de l’argent sur un simple clic, à des montants démesurés, pendant que le producteur se coltine tous les problèmes, à une échelle sans rapport. A ce jeu, tout ce qu’accumule l’un se fait au détriment de l’autre, et diverge en valeur,… jusqu’à l’explosion.

      Ça met en lumière, mathématiquement, pourquoi le « Théorème de l’équilibre général », qui est statique, ne permet en rien de revendiquer une quelconque « politique optimale » de gestion des sociétés et surtout de leur avenir !
      Pour être juste, beaucoup d’économistes (ex: J. Sapir dans « Les trous noirs de l’économie ») le savent plus ou moins confusément, et disent « Pareto-efficient » au lieu de « Pareto-optimal »)
      Mais c’est encore trop… Car « efficient », en bon français, ne signifie pas seulement que toute les ressources sont utilisées (la seule chose garantie), mais qu’elles le sont au mieux (au sens de quel critère global?) !

      N.B. Comme on sait, depuis Clémenceau, que « la guerre est une chose trop sérieuse pour être laissée aux mains des militaires », de même il faut bel et bien débarrasser l’économie et la finance de ces «pseudo-économistes» du libéralisme, car ils sont devenus une «arme de destruction massive» au service d’une idéologie délétère !

    2. Je me permet moi-même d’ajouter un petit complément d’explication à ce
      “petit regret, celui de ne pas y avoir trouvé le renfort d’une argumentation pourtant développée sur ce site… comme article invité: http://www.pauljorion.com/blog/?p=33654“,
      dans cette critique par l’intérieur de la “fausse rationnalité” dans l'”Optimum de Pareto”.

      En effet, on peut trouver sur la “Rationnalité” économique, au chapitre III de “Misère de la pensée économique”, la phrase suivante (p. 187):
      “L’individu “rationnel” correspondant à cette représentation baptisée homo oeconomicus, a pour particularité de maximiser son utilité subjective dans une ignorance totale de ses concitoyens… la justification… étant qu’il contribue ainsi à maximiser l’utilité pour l’ensemble des gens comme lui, les homines oeconomici.”

      Or, “maximiser l’utilité pour l’ensemble des… homines oeconomici” signifierait une utilité globale agrégée, telle que celle indiquée ci-dessus, ce que ne fait pas précisément le prétendu “optimum” de Pareto qui n’en est pas un : c’est un simple équilibre entre maximisations concurrentes, ce qui n’est pas du tout la même chose!
      Le fameux dilemme des prisonniers, cité par Marianne, est là pour rappeler qu’en se donnant pour objectif d’optimiser la somme des critères de chacun d’eux, on sort du bloquage conflictuel par une formule qui n’a rien de magique, mais tout du rationnel. C’est en réalité ce que fait l’homme depuis la nuit des temps dans sa cellule familiale: que serait cette cellule si chacun y disputait son intérêt personnel pour la moindre des tâches, sans égard pour l’objectif commun?
      La civilisation a certes permis de faire un pas en ce sens, dans le domaine du droit (cf “Le contrat social” de Rousseau), mais pas encore dans le domaine économique où la théorie libérale ne conçoit ce domaine que comme un équilibre qui transpose celui de la lutte pour la vie chez le primitif (du Adam Smith mal assimilé)…
      Dans le vaste ensemble anonyme que constitue la société, on ne peut donc se contenter d’en appeler à la confiance ou la bonne volonté de chacun, sauf pour des enjeux minimes.
      Aussi, seul un coordonnateur au dessus de la mélée (l’Etat) peut assurer d’optimiser le critère global de l’intérêt général.
      C’est pour cette raison que “l’ardente obligation du plan” ainsi que “la participation”, toutes deux célébrées par De Gaulle, ne sont pas des lubies de forcenés collectivistes. Sur ce point, en fait, il n’y a jamais eu encore d’expérience véritablement “communiste” dans l’histoire, sauf peut-être chez les grecs de l’antiquité, tant dans leur pratique (démocratie directe) que dans leurs aspirations (Aristophane: “Le gouvernement des femmes”).

  16. Beaucoup de matière à réflexion, mais il y a une référence à Marx
    dont je ne saisis pas bien le sens:

    l’omission par Marx (par distraction ou négligence ?) des paramètres capitaux que sont la formation des prix et la détermination du niveau de vie par les salaires dans sa définition du cadre historique de la lutte des classes. Il s’est ainsi privé du moyen de prévoir quelle est la véritable fin du système capitaliste.

    Je ne suis pas sûr de comprendre l’enchainement.
    Par ailleurs, je ne pense pas que quiconque puisse prendre en compte
    les paramètes permettant de prévoir “la véritable fin du système capitaliste”.

    Les uns prêtent trop à Marx, d’autres lui demandent l’impossible.
    Mieux vaut, comme lui, enquêter sur le monde contemporain,
    armé de la méthode matérialiste.

  17. Nicolas Roberti – Suggérez-vous qu’une fois écartée l’acception de Dieu comme cause efficiente, Dieu pourrait se révéler une forme de projection, comme une « post-construction » qui constituerait un nouveau stade de l’humanité ?

    Paul Jorion – C’est cela. De la même manière qu’à l’époque où n’existaient encore sur le globe terrestre que des acides aminés, il n’aurait pas été raisonnable de prédire l’apparition d’une espèce telle que l’espèce humaine, capable de prolonger par sa culture les processus naturels bien au-delà de ce que suggère la simple physique. De la même manière, on ne peut pas exclure que ce processus biologique produise lui aussi ultérieurement, par émergence, comme on peut constater celle-ci à différents niveaux, un autre type de phénomènes. Et que ce que nous avons imaginé à tort comme s’étant produit avant nous : un Dieu démiurge, n’apparaisse en fait ultérieurement. Autrement dit, que Dieu se révèle non pas comme la cause première qu’on avait imaginé pour se rassurer, mais comme cause finale.

    ce passage m’a remis en tête de vieilles lectures qui abondent dans le sens de paul, et de certains philosophes allemands:

    Les termes utilisés dans le Vedanta sont adaptés à la perspective d’une recherche spirituelle. Le terme Maya provient du radical ‘Ma’ qui signifie “mesurer”, “délimiter”. La Maya est le synonyme du voile de l’Ignorance qui “délimite” la Conscience Pure, lui donne une “dimension” individuelle sous forme d’ego et des divers attributs de l’ego. Le terme Maya signifie aussi l’Illusion, en ce sens que l’existence de la Conscience Pure est constatée sous forme d’ego, lequel est oeuvre illusoire de la Maya.

    [La cause substantielle des phénomènes est celle qui se transforme réellement en un effet et apparaît sous un aspect différent de son aspect originel. Exemple : le lait se transforme en yaourt. Une motte d’argile se transforme en cruche. Le Voile de l’Ignorance, Maya, se transforme en ego. Ainsi, une cause substantielle peut être successivement transformée en plusieurs effets.
    En ce qui concerne la cause substantielle primordiale, l’origine matérielle de l’univers, elle est éternelle, tout en subissant plusieurs transformations ou des transformations successives (Parinami Nitya). Elle est appelée Maya ou Avidya dans le Vedanta et Prakrti dans le Samkhya (voir l’ouvrage Samkhya Karika.). Elle n’a pas d’existence indépendante. Elle existe grâce à l’existence éternelle de son substratum (Asrya), la Conscience Pure, Brahman.]

    lexique vedanta

    Pour l’hindou, quand nous nous approchons de Dieu, en lui attribuant des qualités d’omnipotence, d’omniscience, d’amour, de compassion, etc…, nous l’abaissons à notre niveau de conscience, en le rendant personnel. Le dieu personnel ainsi qualifié est dit du nom générique d’Ishvara.
    ISHVARA peut être abordé de toutes les manières possibles de notre fantai-sie et inclinations. Ce peut être par ses fonctions, par ses pouvoirs, par ses manifestations, etc… Il en découle qu’il est alors possible de le représenter par toute une multi-tude de formes, d’aspects ou d’images. Chaque Ishvara est personnifié par un nom, des allégories, des légendes, des symboles à formes humaines ou animales.

    le concept de dieu

  18. Sur la propriété privée ( mais pas que ) , je verrais bien que ce soit le sujet ( forcément moins abouti ) de la prochaine BD en suite de ” la survie de l’espèce” .

    Le blog avait entamé ( surtout avec le support de Jean Luce Morlie ,il me semble ) un début de brain storming sur ce thème central .

    Les angles d’attaque sont multiples . Les enjeux à décrypter tout autant . “Les ” propriétés” , “les gratuités” , de même .

    La contrainte lourde , c’est la terre qui sera stérile , aux conditions actuelles , dans moins d’un siècle .

    J’espère que l’utopie démocratique fera de ” la propriété ” son chantier premier pour donner une chance au “réel” de continuer à nous accueillir et y trouver du sens .

    1. Il est de tradition de schématiser que l’on est :

      – de gauche , quand on favorise plutôt nos aptitudes à l’empathie , au partage , à la joie et aux ” divertissements culturels “, la rebellion

      – de droite quand on favorise plutôt nos aptitudes à l’ordre , la règle ,l’obéissance , le droit et le ” mérite” .

      Si , dans ces conditions , réunir en soi toutes ces aptitudes, c’ était être ” du centre ” , je serais centriste .Mais pour réunir toutes ces aptitudes , la propriété comme elle va est une contre-indication majeure , par nature .

      Si l’on a pu parler d’UMPS , c’est que selon moi , le vrai clivage entre forces conservatrices et forces progressistes se fait et se fera de plus en plus violemmment là :

      sur la propriété, sa définition , son rôle , ses interactions , ses limites , ses natures .

      Progressistes de tous les pays , unissez vous .

      1. Bien tentant, Juan Nessy.
        On peut penser à la coopérative, avec une base locale (style kercoz). On n’a plus un sèche linge chacun, mais un pour N, on ne cuit plus chacun 100g de pâtes dans son coin, on a des canellonis ou des diots qui sont faits dans une sorte de tour de rôle, et on peut travailler l’efficacité énergétique of course (ta lampe 20 W qui est trop forte dans ton couloir est bien pour ma chambre où je n’ai qu’une 10 W).
        On peut aussi penser à grande échelle, et ce serait style Linux, grands projets partagés/distribués. Sur ce même plan des techniques numériques “sociales” , des formes hybrides de propriétés et d’utilités collectives se dégagent des ci-devant “App” des smartJoujoux, de quoi faire vomir un Linuxien, mais aussi de quoi préparer un cerveau de 2012 à virer sa cuti dans 5 10 ou 15 ans, il faut donner du temps au temps pour ces choses là.

      2. @Timiota :
        Vous m’ avez mal compris …. Les petits producteurs qui actuellement s’ en sortent sont ceux qui sortent des coop… et qui se bougent pour négocier et livrer leur production a l’intermarché du coin …
        Il est certain qu’il est possible d’avoir une laverie pour un quartier avec un contrat entretien , autogéré …mais je suis persuadé que l’idéal c’est de laver son linge sale en famille ……un jardin se travaille seul ou en famille et encore …faire participer un gamin c’est a coup de pied au cul … les “jardins partagés , j’ y crois pas trop ….c’est l’ agressivité et la frime qui fait tourner le monde et le “jardins ouvriers de mon enfance”…avaient de la gueule ds le 9..3 …. chacun ses 500m2 , pas trop bien alignés , des haies , des cabanes pas du tout standard qui reflètent la perso /face du proprio …les gens s’y promenaient le dimanche au temps des lilas …ca n’empechait pas la convivialité ..mais elle n’etait pas pré-fabriquée .
        Ceux qui veulent decroitre avant que d’etre décrus ont compris que les seuls luxes qui vaillent sont le temps et l’espace .

        PS: A mes yeux , la seule forme de communautarisme ( si l’ on excepte le village traditionnel ) c’est le modèle parsonnier …qui a l’avantage de ne pas etre issu d’ un calcul constructiviste , mais qui s’est forgé “naturellement ” meme si son origine premiere est une astuce qui évitait la reprise des terres par la noblesse ….

      3. OK, kercoz, je prêche le faux pour savoir le vrai.
        Mais votre message laisse souvent l’impression que j’ai donné hâtivement, pour ceux qui font l’erreur de ne pas fouiller.
        Vous battre contre ça, c’est un peu Sisyphe…

  19. Suite du commentaire en réponse à Hadrien dont on peut donner une illustration imagée:

    On connaît le dilemme des deux prisonniers, qui est si classique pour démontrer l’absurdité conflictuelle des intérêts particuliers que je me contente d’en rappeler les conclusions: soumis par leurs géoliers à un marché de dénonciation et d’argent, dont ils pourraient sortir libres, les deux prisonniers restent en prison en appliquant pourtant chacun la stratégie optimale dictée par la théorie des jeux (rappelons que la théorie des jeux fut originellement développée pour décrire l’économie).
    L’explication de ce paradoxe est que chacun des deux prisonniers, n’obéit qu’à l’intérêt individuel: il y a bien une situation où chacun d’eux y gagnerait, mais celui qui se placerait dans cette situation verrait l’autre choisir alors la décision qui lui donne un avantage supplémentaire (pécuniaire). En se fondant sur cette anticipation parfaitement rationnelle, les deux prisonniers restent à la fois pauvres et en prison…
    Maintenant, comment on le résout ce pb? D’ailleurs peut-il être résolu… Et surtout qui peut le résoudre?
    Pour résoudre ce paradoxe, il n’y a qu’une issue: il suffit que chacun veuille bien optimiser un critère comprenant une part de l’intérêt de l’autre ! (par exemple la somme des deux) Qui peut en prendre l’initiative? Un avocat commun aux deux prisonniers, par exemple…
    Impossible, direz-vous, en économie: il faudrait une armée d’avocats médiateurs pour coordonner toutes les transactions !
    Pas du tout: il suffit à l’Etat d’édicter des règles adéquates à respecter impérativement (comme en matière de droit).

    Prenons le parallèle du droit: à l’époque primitive (avant le néolithique), l’individu isolé n’avait d’autre contrainte que les limites de sa force ou sa ruse. Rien ne lui interdisait de voler son voisin ou même de le tuer, si le butin en valait la peine.
    Imaginons un visionnaire de l’époque lui promettant un monde où des règles interdiront un jour aux plus forts ou aux plus malins de se comporter ainsi, mais où ils y gagneront au change par un peuple collaborant à l’agricuture, l’élevage, etc.
    L’individu en question lui aurait sans doute rit au nez:
    – Non, définitivement, je penche en faveur d’un équilibre (surement pas optimal, on est d’accord, et instable qui plus est) d’intérêts particuliers… Bref, un peuple libre quoi !
    C’est exactement la situation du libéral sur tout ce qui lui est proposé… de non-libéral !

    1. “A l’époque primitive (avant le néolithique), l’individu isolé n’avait d’autre contrainte que les limites de sa force ou sa ruse. Rien ne lui interdisait de voler son voisin ou même de le tuer, si le butin en valait la peine.”

      Surement pas l’individu, au minimum la famille et rien ne dit que le « grand singe » dont nous descendrions ne vivait pas en groupes plus larges ni que ces groupes n’avaient d’autres rapports que ceux fondés sur la concurrence. Le triomphe du plus fort aux dépend des autres est-il réellement la règle qui favorise le mieux possible le développement d’une espèce?

      Je n’y étais pas donc je ne me prononce pas mais conclure sans preuves me semble hasardeux!

      Pourquoi ne pas imaginer que c’est une espèce de dinosaures particulièrement douée pour se développer aux dépend des autres qui a causé leur disparition en même temps que la sienne en dévastant la planète 🙂

      1. J’ai dit “l’individu isolé”, sous-entendu sans famille, pour simplifier le propos. Il va de soi que ce qui est dit là se transpose à la cellule familiale. Mais n’interprétez pas mes propos à l’envers, et relisez Hadrien, plus haut:
        “Le fameux dilemme des prisonniers, cité par Marianne, est là pour rappeler qu’en se donnant pour objectif d’optimiser la somme des critères de chacun d’eux, on sort du bloquage conflictuel par une formule qui n’a rien de magique, mais tout du rationnel. C’est en réalité ce que fait l’homme depuis la nuit des temps dans sa cellule familiale: que serait cette cellule si chacun y disputait son intérêt personnel pour la moindre des tâches, sans égard pour l’objectif commun?”
        (C’est aussi le cas dans le règne animal.)
        À la question que vous posez: “Le triomphe du plus fort aux dépend des autres est-il réellement la règle qui favorise le mieux possible le développement d’une espèce?”, nous n’avons pas eu besoin d’être là pour répondre. Les anthropologues, paléantologues et naturalistes ont répondu depuis longtemps: c’est avec la coopération dans l’agriculture et l’élevage au néolithique que les civilisations sont nées, et que la démographie ainsi sécurisée s’est formidablement accrue jusqu’à nos jours…

      2. Je crains que interprétiez mes propos à l’envers:
        “l’individu isolé n’avait d’autre contrainte que les limites de sa force ou sa ruse. Rien ne lui interdisait…” est un constat, et non une garantie de succès, bien au contraire !
        Quant à “isolé”, cela sous-entend sans famille afin de simplifier le propos.
        Relisez donc Hadrien:
        “Le fameux dilemme des prisonniers, cité par Marianne, est là pour rappeler qu’en se donnant pour objectif d’optimiser la somme des critères de chacun d’eux, on sort du bloquage conflictuel par une formule qui n’a rien de magique, mais tout du rationnel. C’est en réalité ce que fait l’homme depuis la nuit des temps dans sa cellule familiale: que serait cette cellule si chacun y disputait son intérêt personnel pour la moindre des tâches, sans égard pour l’objectif commun?”

  20. vraiment du grand jorion, merci.

    nous avons l’inestimable ‘chance’ de vivre une situation paroxystique. sur cette base libérale mais concrète le bon discours, donc le moins dangereux, sera le plus simplifié. produisons une constitution économique, tout ce qui en dépasse on élague, tous les 30 ans on retouche. à terme, empiriquement les sociétés devraient trouver un équilibre laissant le champs libre à d’autres interprétations.

  21. Nicolas Roberti – Certains préconisent la prohibition de l’héritage. Qu’en pensez-vous ?

    De l’autre côté, Anissa Delarue peut compter sur un appartement rue Bonaparte à Paris estimé à 6 millions d’euros (370 m2 à 16 000 euros le m2), une maison à Belle-Île-en-Mer qui vaudrait un peu moins d’un million et demi, et 500 000 euros environ sous forme d’oeuvres d’art, soit un legs qui dépasserait à peine les 8 millions d’euros, bien loin en tout cas des sommes que pourrait toucher Jean. En l’état, Anissa Delarue se retrouverait donc lésée.

    Héritage Delarue : son fils mieux servi que sa veuve

      1. attends, attends, ça dépend, tu vis en concubinage? elle gagne combien? l’état va pas t’aider comme ça, grand… et encore moins si tu comptes rester avec elle.

        heureusement il y a les génies de science po 😉

  22. Au final, l’un des plus beaux échanges qu’on puisse sur le net avoir entre un intellectuel et un journaliste philosophe. Bravo à tous deux pour cette leçon magistrale en quelques paragraphes.

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