LES OPÉRATIONS MILITAIRES « COMPLIQUÉES »

Nous sommes, il faut bien le dire, une sale engeance. Dès qu’il s’agit de définir la « nature humaine », il faudrait être vraiment de mauvaise foi pour prétendre que « faire la guerre », n’est pas l’un de nos « attributs essentiels », mais seulement « accidentel ».

Il est beaucoup question ces jours-ci du monde abominable que nous léguons à nos enfants et petits-enfants. J’envisage quant à moi la question avec une certaine équanimité : pour ce qui est d’appartenir à une génération à qui la précédente n’a pas fait de cadeaux, je crois que la mienne est un peu là.

J’accueille du coup avec sympathie et soulagement tout signe d’allergie que nous pourrions manifester désormais vis-à-vis de notre tolérance ancestrale pour ce trait de notre patrimoine spécifique qu’est la prédisposition à faire la guerre.

Il y eut jusqu’à très récemment des époques où le fait que les guerres font des morts en grand nombre allait de soi. Et puis, les 300.000 morts de Verdun et le million (dont 250.000 civils) de Stalingrad, parvinrent tout de même – malgré notre indifférence atavique à ce genre de choses – à soulever le cœur.

Depuis, le fait que les guerres font des morts commence, Dieu merci, à nous chagriner.

Les historiens militaires me corrigeront si nécessaire, mais j’ai le sentiment que le décompte consciencieux des soldats morts durant la guerre menée par les États-Unis au Vietnam contribua, jour après jour, à la démoralisation progressive de cette nation, et à sa défaite – même si un soin particulier était toujours apporté à annoncer que si « n des nôtres étaient tombés au champ d’honneur », « n+1 (au moins) de la vermine terroriste du camp d’en face » avaient elles été éliminées. Vu le passé accablant de l’espèce en la matière, je trouve cette démoralisation admirable en soi.

Je dis ceci sans ironie aucune : à Santa Monica en Californie, où j’ai vécu de 2004 à 2009, des citoyens de la ville avaient planté sur la plage à l’ombre du « pier », l’estacade, des rangées de croix représentant chacune un soldat tombé en Irak. Ç’aurait été plus beau encore si les morts irakiens – civils en particulier – avaient été comptabilisés de la même manière, mais la plage de Santa Monica toute entière n’y aurait peut-être pas suffi.

Ceci pour dire que quand je lis aujourd’hui dans les journaux que la mort d’un officier français au Mali (qu’il repose en paix, et que sa famille sache que je conçois dans toute son horreur l’étendue de leur malheur) signifie que « l’opération s’annonce compliquée », je me dis que – malgré toute l’évidence que nous avons du contraire – il ne faut peut-être pas désespérer de notre espèce : son écœurement devant ses propres excès fait son chemin, même si c’est hélas encore à pas de souris.

 

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