UN CIEL PLOMBÉ, par Zébu

Billet invité.

La dernière livraison du CEVIPOF ne nous incline guère à l’optimisme : à peine le ressenti de la crise s’allège que la défiance s’alourdit, et ce pour l’ensemble des institutions.

Il n’y a plus guère que le Conseil municipal en lequel les Français font confiance majoritairement mais dans la cadre d’un déclin massif de la confiance envers leurs institutions politiques. Plus globalement, le sentiment que les responsables politiques ne s’occupent plus guère d’eux insère ce rejet des institutions dans un rejet du politique tel qu’il est actuellement pratiqué et formaté.

L’alternance de 2012 n’y a non seulement rien changé mais elle a aussi accéléré ce phénomène, preuve que la continuité des politiques menées par les gouvernements successifs face à la crise impacte durement l’espérance dans le politique.

Les manifestations, comme mode d’expression, reprennent du poil de la bête, tandis que le boycott économique devient peu à peu l’arme de prédilection des citoyens, conscients que le politique n’en peut mais quand la grève, sauf à la penser générale, y peut encore moins. Les manifestations et grèves à répétition en Grèce et en Espagne notamment ont dû passer par là pour enkyster un tel sentiment d’impuissance …

Plus profondément, les Français se méfient plus de l’Autre, étranger, homosexuel, criminel, d’une autre religion, comme irré-mé-diablement ‘inassimilable’, différent, dangereux : 65% trouvent qu’il y a trop d’étrangers quand les statistiques démontrent que le taux n’a pas varié et le bond spectaculaire du retour à la peine de mort est là pour indiquer que le délitement du lien collectif à travers la désaffection envers le politique ne présage jamais rien d’autre qu’une ‘demande’ d’ordre que certains s’empresseront de fournir face aux désordres économiques et politiques.

Désordre par ailleurs paradoxalement interprétés comme ne relevant pas de la sphère économique et financière : moins de régulations, plus de libre entreprise !!

Quant à la question : « Pensez-vous que le capitalisme doit être réformé en profondeur ? », elle recueille 41 % de réponses positives, contre 49 % il y a un an. Enfin, les Français ne sont plus que 53 % à penser que, « pour rétablir la justice sociale, il faut prendre aux riches pour donner aux pauvres » : ils étaient 73 % il y a un an.

Faut-il dès lors désespérer de nos concitoyens ?

De nos citoyens, non, de nos politiques, sans doute.

Car étant donné la configuration du ressentiment des Français face et dans cette crise (désaffection par rapport aux institutions politiques, peur de l’Autre, retour de l’ordre et de la ‘liberté d’entreprendre’, inadéquation du politique comme levier d’action), il y a là un boulevard pour l’extrême-droite dont les partis de gouvernement comme d’opposition ne semblent pas prendre en compte, tout occupés qu’ils sont à préserver la notation de la France pour les uns ou à accéder au trône vacant pour les autres.

Une telle configuration dans l’histoire récente de la France ne s’est retrouvée qu’en 2 occasions : en 1958, en pleine guerre d’Algérie, et en 1934, pendant les journées de février qui virent le régime parlementaire vaciller quelques jours.

Dans les 2 cas, les ressources politiques et sociales, bien que différentes dans leurs origines et leurs effets, purent être mobilisées pour faire face aux crises majeures que la France avait dû affronter.

En une seule occasion, certes plus tragique, ces ressources furent insuffisantes pour éviter la mise en oeuvre d’un régime anti-parlementaire, réactionnaire, xénophobe et collaborationniste avec le régime nazi occupant.

Certes, il ne s’agit pas de crier ‘au loup !’ quand celui-ci n’incarne plus les mêmes formes : la ‘liberté d’entreprendre’ par exemple n’aurait rien à voir avec le corporatisme du régime de Vichy.

Pour autant, on ne peut que déceler les signes inquiétants d’un ciel plombé, comme les années futures qui viendront si rien n’est fait pour inverser la tendance. L’augmentation du chômage que diverses institutions nous prédisent pour 2013 n’augure rien de bon de ce côté là. L’augmentation de la violence politique, en Grèce par exemple, non plus, le chômage ayant déjà fait son oeuvre (1/3 de la population active quasiment). L’inaction du politique face aux causes de cette crise, encore moins.

Il est rare qu’une seconde chance puisse se présenter pour sortir d’une crise, comme en 2008.

Il n’y en aura pas d’autres.

Les responsables politiques sont prévenus.

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