UN MONDE TÉMOIN, par Blake McInerney

Billet invité. Je me suis amusé au théâtre du Rond-Point à explorer sur un mode plus ou moins facétieux, les implications de l’hypothèse des « mondes multiples » pour une conception athée du monde cohérente. En voici une autre, à laquelle je ne souscris certainement pas, mais que je porte cependant à votre connaissance avec un grand plaisir.

J’ai assisté à votre lecture du « Temps qu’il fait » du vendredi 22 février. À aucun moment je ne vous en ai voulu d’avoir trahi des attentes qui n’étaient d’ailleurs pas les miennes. Le sujet était défini comme libre – à nous de vous faire confiance, à vous de tirer pleinement parti de cette liberté et de la confiance que nous vous accordions. Je me suis donc laissé bercer avec plaisir par les concepts que vous avez développés. Et cela m’a procuré une certaine jouissance intellectuelle, que j’ai appréciée, avant de rentrer chez moi par le RER.

Mais, le lendemain, au milieu de la journée, une idée m’a traversé l’esprit. L’idée de la co-existence de mondes parallèles, existant simultanément, m’avait paru la veille, charmante, sympathique, mais là, en plein jour, une idée m’est venue.

Je m’efforce d’être un croyant chrétien. Et l’idée était la suivante. Ce ne serait pas dans ce monde dans lequel ma conscience me dit que je suis bien vivant que je serais effectivement vivant, mais dans un autre monde, parallèlement ailleurs, où je n’ai pas la conscience d’être mais dont je peux présupposer l’existence par la raison, les mathématiques, ou la foi. Ce serait dans cet ailleurs spatial et temporel que je serais déjà présent, et ceci quoi qu’en dise ma conscience d’être présent dans ce monde-ci où nous pouvons nous toucher et nous penser les uns les autres.

Puisque le Christ s’est montré aux disciples après sa mort, et donc était déjà bien vivant il y a 2000 ans, alors pourquoi est-ce que tous ceux qui nous ont précédé dans la mort ne seraient-ils pas déjà debout et vivants dans cet ailleurs de la résurrection ?

Et là je me suis dit : si les morts sont déjà debout et vivants, pourquoi pas aussi nous autres sur la planète qui sommes encore en vie ? Je peux donc m’autoriser à me croire déjà présent dans cet ailleurs où, effectivement, ma conscience se réveillera dans mon propre corps quand le corps qu’elle habite en ce moment la lâchera.

Cette pensée peut trouver sa justification, soit dans les possibilités ouvertes par les recherches mathématiques, pour ceux et celles qui ont le temps et l’intelligence de s’y consacrer, soit dans le parcours qu’a vécu et démontré le Christ, pour ceux et celles qui lui font confiance.

Cette conscience, qu’elle soit religieuse ou athée, d’un monde témoin, où nos faits et gestes nous suivent éternellement, peut nous motiver fortement à mener une vie plus exemplaire ou vertueuse. Exemplaire, c’est le partage avec nos semblables de ce que nous avons de plus précieux au(x) monde(s). Qu’ils suivent notre exemple, pour qu’ils nous suivent jusque là où nous sommes, quels que soient ces lieux.

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