Le prix calculable et juste du vivre ensemble sur la terre, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

L’utilisation massive de la voiture individuelle comme moyen de transport mais aussi comme marqueur social différenciant est un exemple des impasses de l’économie libérale anarcho-consumériste. Il n’est pas possible de décréter le gel nécessaire du parc automobile de la planète sous peine de créer des privilèges injustes aux dépens des humains qui n’ont pas encore accédé à la voiture. Il n’est pas non plus rationnel d’interdire la voiture individuelle dans tous les usages particuliers où il n’existe aucune alternative économique à des besoins de déplacement indispensable à la bonne vie. La seule méthode économique pour faire converger la justice, le bien-être de tous et la préservation du milieu naturel est la norme publique applicable par une autorité impartiale financièrement identifiée de bien commun. Les États souverains dépositaires de normes discutables par les citoyens qui les appliquent, sont les seuls outils efficaces d’une économie politique moderne.

La contrepartie économique de la liberté est la norme adossée à la fiscalité. Quand les États auront été rétablis au-dessus de l’anarchie consumériste de la norme contournable par les riches, on reviendra à la bonne vieille vignette automobile mais réglable par radio-identification (RFID) avec des taux de taxation proportionnels à la quantité de polluants émis au kilomètre et à la quantité de matières non recyclables consommées dans la fabrication. Les taux seront votés selon le principe d’une voix par citoyen et non en fonction des commissions financières versées aux politiques dans les paradis fiscaux bancaires.

La taxation humainement et écologiquement différentiée de la consommation est le seul  moyen de réintégrer dans le calcul économique libre, la politique d’un vivre ensemble harmonieux sur la même planète. Mais comme la norme universellement vraie applicable à tous les humains n’existe pas en pratique, il faut que le prix des normes soit différentiables selon les pouvoirs politiques et les citoyens qui les élaborent et les font appliquer. Pour rémunérer les bonnes politiques entre des cultures et des systèmes juridiques différents réunis par un même espace d’échange, le seul moyen économique politiquement juste est la multiplicité des unités monétaires dans une compensation centrale publique.

Chaque État doit avoir sa propre monnaie pour que la parité de change soit mécaniquement dépréciée par l’application locale de la norme qui n’a pas d’équivalent à l’extérieur de l’espace de souveraineté monétisé. Deux États adoptant et appliquant les mêmes normes se retrouvent solidaires dans une parité de change stabilisée dans le temps. Le « paradis » réglementaire et fiscal est identifié par une monnaie spécifique dont la parité est constamment réévaluée pour que les dépenses importées dans les espaces réglementés soient économiquement taxables.

Dans un système de monnaies identificatrices de la responsabilité financière publique, des voitures à faible prix de revient importées de pays sans droit du travail et de l’environnement ni système public d’assurance du bien-être sont doublement taxées dans les États protecteurs des droits individuels et collectifs : premièrement, les banques reversent l’intégralité des primes de change perçues à l’importation au titre du différentiel défavorable de justice humaine et environnemental ; deuxièmement, les règlements en monnaie domestique liés à la voiture sont taxés selon la nature de la dépense.

L’internet des objets forme un réseau d’information sur l’utilisation et la nature des biens vendus aux consommateurs. Pour que les règlements et les taxations soient équitables et infalsifiables, il suffit que les personnes sujets de production et de consommation soient déposés dans des banques séparément des objets qu’ils produisent et consomment. Le prix complet des consommations doit être compensé par le prix complet matériel et réglementaire des productions sous la surveillance de l’Etat garant de l’unité monétaire qui libelle les prix. Toute fiscalité devient alors une prime d’assurance publique de la conformité de toute consommation au droit des hommes dans leur environnement. On aura compris qu’il n’y pas d’économie réelle de la justice et de l’environnement dans le régime actuel d’anarchie mondiale du capital monétaire privé.

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