Énergie : Zut, me voilà moi aussi devenu pessimiste !, par Jean-Paul Vignal

Billet invité.

Ce débat pourtant essentiel tournant court tant mon point de vue optimiste paraît isolé, je ne vais pas essayer de le relancer, mais simplement tenter de répondre à certains des arguments avancés.

Je n’ajouterai pas grand chose sur la question de la disponibilité de la ressource : le texte paru sur le blog est suffisamment clair de ce point de vue : l’énergie solaire rayonnée à la surface du globe qui est par nature de loin la ressource renouvelable la plus abondante, représente à elle seule 8,2 millions de quads, soit 2,4 milliards de térawatts/h. alors que la consommation humaine actuelle est d’un peu plus de 500 quads, et que tout porte à croire que, les « Négawatts » dus aux progrès de l’efficacité énergétique aidant, elle ne devrait pas dépasser 5 à 6 fois cette quantité « en régime de croisière », avec 10/12 milliards de passagers humains à bord. Quand on y ajoute l’appoint des ressources éoliennes, – y compris celles de haute altitude -, hydrauliques, géothermiques et la biomasse, il est difficile de contester que, oui, le problème de l’énergie ne soit pas un problème de ressource.

Je maintiens que le problème de transformation de cette ressource abondante en énergie transportable et facile à utiliser est scientifiquement de mieux en mieux connu et technologiquement de mieux en mieux maîtrisé : dans le domaine de la biomasse, celui que je connais le mieux, la dernière technologie qui reste un peu « magique » est la méthanisation, quoi qu’en disent ses promoteurs, mais les valorisations thermiques (combustion) ou thermochimiques (gazéification, pyrolyse) sont assez bien maîtrisées. Les gazogènes de la seconde guerre mondiale ont fait quelques progrès, et le cas de la pyrolyse est particulièrement intéressant, car il existe déjà des matériels de ferme qui permettent, à cette échelle, de produire une « biohuile », – qui peut être utilisée sur place après un minimum de purification, ou envoyée sur des plates-formes de cracking -, un gaz qui peut fournir l’énergie électrique et thermique nécessaire au traitement, et un résidu de carbone, le biochar, dont on découvre chaque jours les étonnantes vertus agronomiques.

Le problème de l’intermittence des énergies renouvelables est plus sérieux, car, bien que, par exemple, les progrès remarquables sur les supraconducteurs laissent entrevoir à long terme une solution statique simple de stockage de l’électricité, les solutions actuelles ne sont pas optimales. L’hydrogène serait la meilleure solution théorique, mais son stockage et son transport le réservent pour longtemps encore à des applications techniques. Il y a bien eu quelques tentatives de stockage domestique d’énergie solaire ou éolienne sous forme d’hydrogène/pile à combustible , mais son coût le réserve sans doute pour longtemps encore à la fraction du 1% qui se pique d’être vert. Le document « Energy Storage with Anhydrous Ammonia: Comparison with other Energy Storage » donne un point de vue un peu biaisé, car c’est un plaidoyer « pro domo » de promoteurs d’une solution alternative peu connue mais séduisante, – l’ammoniac anhydre bien connu des agriculteurs -, mais il donne des informations utiles pour une réflexion rationnelle sur ce sujet épineux et vital.

Je reconnais par contre que le problème financier est essentiel ; c’est par cette petite porte que je me suis intéressé au monde de la finance, quand j’ai compris qu’une finance obsédée par la liquidité et la rotation « haute fréquence » de ses capitaux, de surcroît gavée par la spéculation et la faiblesse coupable des régulateurs de taux de rentabilité dignes d’une table de casino, ne serait jamais en état de financer des projets dont la durée de vie se mesure en décennies, et la rentabilité en modestes %, mais qu’elle allait au contraire les tuer dans l’œuf : avec des rentabilités aussi faibles, les variations de prix spéculatives de tout ce qui a le malheur de passer par la valorisation marchande dont elle se délecte, tant sur les intrants que sur les produits finis, sont une menace permanente sur la survie des projets. On ne pourra jamais financer des infrastructures lourdes avec des bons de caisse. Et tant que les responsables politiques ne l’acteront pas, ce n’est effectivement pas la peine d’espérer que les énergies renouvelables ont la moindre chance d’émerger.

Well, me voilà moi aussi devenu pessimiste !

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