Des robots pas pour aider les gens mais « pour les rendre complètement inutiles »

Alexandros Vardakostas, l’un des fondateurs de la compagnie Momentum Machines à San Francisco, n’y va pas par quatre chemins : « Notre appareil n’est pas fait pour rendre les employés plus efficaces, il est fait pour les rendre complètement inutiles ».

Ça a au moins le mérite de l’honnêteté. L’appareil en question fait des hamburgers : c’est un burger-bot, il en fait un en dix secondes, et pas à partir de produits déjà stockés dans des récipients, non : il hache la viande, les oignons, tranche les tomates, cuit le bœuf haché et assemble l’objet prêt à être servi.

Mais ce n’est pas pour vous dire cela que je vous raconte cette histoire, dont on peut lire d’autres exemples tous les jours, c’est pour vous rapporter les autres propos de M. Vardakostas, parce qu’il a d’autres choses à dire sur les faiseurs de hamburgers « rendus complètement inutiles ».

Par exemple que « Nous voulons aider les gens qui perdent leur emploi à cause de notre technologie à faire la transition vers un nouvel emploi, en leur procurant la formation nécessaire ». Il a la décence de ne pas dire, comme on l’entend pourtant tous les jours, que ceux qui perdent leur emploi de faiseurs de hamburgers n’ont qu’à devenir des ingénieurs et des programmeurs qui font des robots à faire des hamburgers.

C’est déjà Keynes qui avait dit qu’il n’y aurait aucun mal à baisser le salaire des mineurs quand on produit trop de charbon, si chaque mineur qui refuse une baisse de salaire pouvait devenir du jour au lendemain boucher ou boulanger si la boucherie ou la boulangerie manquait de bras et que du coup on y gagnait mieux sa vie que dans la mine. Mais, ajoutait-il, ce n’est pas comme ça que ça marche, et c’est pour cela qu’on n’a pas le droit de baisser les salaires.

Voilà pourquoi les patrons de Momentum Machines cherchent à passer des accords avec des écoles professionnelles, pour offrir une formation aux faiseurs de hamburgers « rendus complètement inutiles » par leurs soins.

Bon, tout ça ne change pas bien entendu la donne du problème global et ne rend pas caduque ma proposition faite avant-hier à MM. Hollande & Gattaz de mettre à plat la question du travail et de l’emploi, mais il était bon de signaler je pense, l’existence de fabricants de robots qui réfléchissent au moins à ce qu’ils sont en train de faire.

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