Ebola, une épidémie qui ne doit rien au hasard, par Marius Gilbert

Billet invité. Cet article paraît également sur le blog de la Revue Nouvelle, une version imprimée paraîtra dans le numéro de novembre de la revue.

Les maladies émergentes comme la grippe aviaire, le SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère), le MERS (syndrome respiratoire du Moyen-Orient) et aujourd’hui Ebola ont toutes un point commun. Les agents de ces maladies sont des virus dont le réservoir est d’origine animale, mais les causes de ces épidémies sont humaines, conséquences de choix économiques, de développement et de gouvernance.

À l’heure où l’on reconstitue, chez nous, des organes avec des imprimantes 3D, dans un autre monde social, économique et géographique, on a laissé s’étendre une épidémie que l’on aurait pu arrêter avec des moyens du début du siècle passé : hygiène, isolement des malades et beaucoup, beaucoup de chlore. Comme le disait Brice de le Vingne, responsable logistique de Médecins sans frontières (MSF), à la commission Santé de la chambre du Parlement belge consacrée à Ebola : « Monter un centre d’isolement pour patients d’Ebola, cela n’a rien de compliqué ! »

Rien de compliqué, et pourtant l’épidémie est là, et elle frappe à nos portes. Ne commettons pas l’erreur de penser que la peur, la rumeur et les comportements irrationnels seraient des spécificités africaines. Les premiers cas aux États-Unis et en Espagne nous en donnent un premier aperçu : les uns appellent à la fermeture des frontières et au screening systématique des passagers alors que l’on sait que c’est parfaitement inefficace (en provenance d’où d’ailleurs ?), le personnel de nettoyage de l’aéroport de New York se met en grève alors que le risque n’est pas là, le chien d’une infirmière infectée par Ebola en Espagne est tué « dans le doute », et les sites web qui alimentent les théories du grand complot fleurissent sur le net [« le CDC (Centers for Disease Control and Prevention) d’Atlanta est plus dangereux qu’Ebola ! »]. Tout est en place en Europe pour que quelques cas supplémentaires d’Ebola se traduisent en une psychose et une vague de perturbations sociales qui ne feront que rendre la gestion de la crise plus difficile, comme ce fut le cas en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone, là où cette épidémie a commencé.

Un enchainement de causes

Dans combien de pays au monde une maladie qui tue 70% des personnes infectées aurait-elle pu se propager pendant trois mois et demi, entre décembre 2013 et mars 2014, avant d’être identifiée ? Dans des pays où les médecins sont rares, sans aucun doute. Selon les chiffres de la Banque mondiale, il y avait en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone respectivement 10, 1,4, et 2,2 médecins pour 100.000 habitants en 2010. Ces chiffres sont parmi les plus bas au monde. À titre de comparaison, il y en a, en moyenne, 378 en Belgique. Et les rares médecins présents ont eu bien du mal à diagnostiquer les premiers cas. Selon les Nations unies, ces pays comptent chaque année près de 12.000, 3.000 et 7.500 décès dus au paludisme. Il faut également compter avec l’épidémie transfrontalière de choléra qui fit quelque 30.000 cas et 500 morts entre la Guinée et le Sierra Leone. C’était il y a peu : en 2012, mais qui s’en souvient ? Autant dire qu’une maladie dont les symptômes principaux sont la fièvre, des vomissements et des diarrhées avait toutes les chances de passer inaperçue. D’autres pays d’Afrique centrale présentent des conditions semblables, et Ebola y a déjà causé des épidémies de plus petite ampleur dans le passé et cette année encore en RDC. Les médecins et une partie de la population y sont mieux informés et réagissent donc plus vite, ce qui a permis de contenir ces foyers.

Dans l’enchainement des causes qui vont mener à l’épidémie de grande ampleur que l’on connait aujourd’hui, il y aura donc eu dans un premier temps la vulnérabilité de cette région d’Afrique de l’ouest qui n’a jamais connu cette maladie et sa nature transfrontalière qui va compliquer l’organisation de la détection et d’une réponse coordonnées. Mais ce ne sera malheureusement que la première étape.

En mars 2014, Michel Van Herp, médecin de MSF pense à Ebola en lisant la description des symptômes de cette maladie qui, depuis trois mois tue plus que la normale en Afrique de l’Ouest. Ses soupçons sont confirmés par un diagnostic moléculaire. MSF va sur le terrain et réalise que le virus est déjà présent dans de nombreuses localités de trois pays jamais touchés auparavant, c’est une situation sérieuse et inédite.

L’organisation ouvre alors ses premiers centres de soin et d’isolement, démarre les opérations de suivi des contacts et lance son premier appel pour une mobilisation rapide et internationale des ressources. Mais les équipes de soin font peur, et il semblerait que méfiance et incompréhension écartent les patients des centres de soin. MSF et le CDC pensent que l’épidémie est en voie d’être maitrisée alors qu’elle continue à se propager silencieusement. En juin, les patients affluent à nouveau, chaque jour plus nombreux, et le doute n’est plus permis. Il s’agit d’une épidémie de grande ampleur, totalement incontrôlée, qui touche trois pays et dont l’étendue réelle dans la population est inconnue. La situation est d’autant plus grave que le peu de personnel de santé des services public est lui aussi durement touché par l’épidémie, il ne reste vraiment plus beaucoup de médecins par tranche de 100.000 habitants, et ceux qui acceptent encore d’intervenir le font au péril de leur vie, en raison d’un manque d’équipement approprié.

Il faudrait alors réagir, vite et à grande échelle. Il faudrait envoyer des équipes d’information dans les zones les plus reculées, ouvrir des centres de soins et d’isolement décentralisés, aller vers les patients, mieux informer du fait que les chances de survie sont plus élevées lors d’une prise en charge, mieux informer du risque de contamination des proches, intensifier l’identification des contacts des malades et inviter ceux-ci à s’isoler de leurs proches pendant une période d’observation. Mais la logistique ne suit plus. Mais où sont les moyens supplémentaires ? L’alerte a été donnée en mars! Où sont les avions, les équipements d’urgence? Eh bien non, en juin, en juillet, rien ne se passe, le tarmac des aéroports est toujours vide et il le restera encore plusieurs mois.

Les mauvais choix de l’OMS

C’est que l’OMS, l’organisation des Nations unies qui, en principe, doit jouer un rôle clé de relai dans la sensibilisation et la coordination sur les questions internationales de santé a subi les conséquences de la crise financière. Son budget, qui dépend des donations des pays membres, plafonne en 2010, et est réduit dans les années qui suivent. L’OMS est donc forcée de faire des choix.

En juin 2013, soit moins de neuf mois avant la crise Ebola, elle annonce un changement de cap, validé par l’assemblée mondiale de la santé où siègent tous les pays membres. Elle va réduire drastiquement son budget consacré aux maladies infectieuses et réorienter ses efforts vers les maladies non transmissibles (maladies cardiovasculaires et cancers). Le budget qui traite les situations d’urgence épidémique est divisé par deux, le nombre d’employés réduit, le département de réponse épidémique et pandémique dissout, ses membres distribués dans d’autres départements. Les experts et vétérans d’anciennes luttes contre des épidémies d’Ebola et d’autres fièvres hémorragiques employés par l’OMS au siège de Genève ou en Afrique ne se comptent plus que sur les doigts d’une main. Un autre département, responsable des réponses d’urgence (guerres, catastrophes, épidémie) voit son personnel réduit de 94 à 34 personnes. L’OMS tarde donc à prendre la mesure de l’épidémie, mais quel rôle auront joué ces restructurations dans ce retard ?

Au début de l’été, l’épidémie touche donc les zones urbaines et y entame sa croissance exponentielle. Au Liberia, 2 à 3 cas par jour en juin, 6 en juillet, 18 en août, près de 60 en septembre. En parallèle, MSF est le témoin impuissant de la désintégration totale des services publics de santé. Dans de nombreux centres de soins et d’isolement, on abandonne l’idée de suivre les contacts, on refuse des malades tous les jours. Les hôpitaux publics ferment, il n’est plus possible d’être soigné. Les accidentés de la route, les malades en situations d’urgence, les femmes qui ont le malheur d’avoir un accouchement difficile ne savent plus où aller. Aujourd’hui encore, on ne mesure toujours pas l’étendue de cet effet indirect de l’épidémie.

L’OMS prend enfin la mesure de l’urgence, et le 8 août, décrète que l’épidémie Ebola est une urgence de santé publique de portée mondiale. Mais l’OMS n’est pas entendue. C’est que l’institution a beaucoup perdu de sa crédibilité et de son poids politique sur la scène internationale lors de la pandémie causée par la grippe H1N1. On se rappelle qu’en 2009, sur la base d’observations très inquiétantes concernant l’émergence d’une nouvelle grippe au Mexique, elle avait décrété la pandémie, sonné l’alarme et entrainé une mobilisation internationale sans précédent. Tous les plans antipandémie préparés par les pays en prévision du virus H5N1 (un autre virus de grippe qui circulait, et circule toujours en Asie, maintenant en compagnie du H7N9) avaient été activés, les stocks d’antiviraux renouvelés et les vaccins commandés en masse. Il y a bien eu pandémie, et ceux qui souffrirent de cette grippe H1N1 s’en souviennent encore, tant elle fut pénible à endurer. Mais, fort heureusement, la mortalité associée n’a pas été aussi élevée que ce qui avait été craint, et l’OMS fut confrontée à la grogne des pays qu’elle avait avertis. Elle fut aussi au centre d’une controverse sur les possibles conflits d’intérêts des scientifiques de son comité d’experts.

L’indifférence occidentale

Pendant l’été, alors que l’OMS a décrété l’urgence, en Europe et aux États-Unis, on regarde son nombril. En Europe, les compagnies aériennes ferment leurs lignes vers les pays touchés à l’exception de Brussels Airlines. C’est une mesure inefficace, mais qui rassure le personnel. Aux États-Unis, Newsweek met une photo de singe sur la couverture de son numéro du 21 aout, titre « Smuggled Bushmeat Is Ebola’s Back Door to America », reproduit dans son article les pires clichés racistes et paranoïaques et se fait heureusement remettre à sa place par le Washington Post. MSF crie toujours dans le désert, et il n’y pas la moindre sensibilisation du grand public qui semble ne voir dans cette maladie qu’un fléau de plus qui touche l’Afrique, après les guerres, les famines et le sida. Bref, on s’habitue… 2.000 morts dans une catastrophe soudaine, cela pourrait encore s’accorder avec le temps médiatique. Mais qui porte attention à quelques dizaines de décès hebdomadaires dans des pays que l’on sait touchés par d’autres maladies? Même si ces quelques dizaines de cas en annoncent d’autres, bien plus nombreux.

Finalement, les choses bougent, mais très lentement, trop lentement. L’OMS a chiffré dans une feuille de route publiée fin août le montant d’une intervention si elle commençait immédiatement : 500 millions de dollars. Le 2 septembre, Tom Frieden, directeur des Centers for Disease Control and Prevention, revient d’une mission en Afrique de l’Ouest et, visiblement choqué par ce qu’il a vu sur le terrain, déclare que « la fenêtre d’opportunité durant laquelle une action permettrait de mettre fin à cette épidémie est en train de se fermer ». Dans la foulée, des pays s’engagent par des promesses de dons. Mais c’est déjà trop tard. Le temps nécessaire pour traduire ces dons en capacité opérationnelle sera trop long, on ne lutte pas facilement contre une épidémie dont les cas, à ce moment-là, doublent tous les vingt jours. MSF, pour la première fois de son histoire, en appelle à l’intervention de forces civiles et militaires, seules à même selon l’organisation, de déployer rapidement des équipes sur le terrain pour mettre en place des centres d’isolement. Mais cet appel, encore une fois, ne passe pas. Une intervention sur le terrain n’est pas totalement sans danger pour le personnel de soins et présente un risque politique que peu de représentants politiques sont prêts à prendre, surtout dans un contexte de faible sensibilisation de l’opinion publique.

Vers la fin du mois de septembre, les premiers engagements concrets sont enfin pris en termes de moyens humains par les États-Unis (4.000 militaires), le Royaume-Uni (750 militaires, 500 volontaires), l’Allemagne (500 volontaires), la Chine (170 professionnels de la santé), Cuba (165 professionnels de la santé) et récemment le Nigeria (591 volontaires). Les premiers devraient arriver ce mois-ci, mais déjà, de nombreuses questions se posent sur leur engagement réel, et il est encore trop tôt pour juger de leur impact sur l’épidémie.

Le virus Ebola se propage donc depuis plus de dix mois, et le 8 octobre, la Banque mondiale fait ses comptes. Elle estime que si l’épidémie continue à se propager en Afrique de l’Ouest, elle pourrait couter 32 milliards de dollars de perte à l’horizon 2015. Début octobre, les premiers cas sont signalés aux États-Unis et en Europe avec leur lot de psychoses.

Mobilisation internationale tardive

On peut laisser à cette mobilisation internationale tardive le bénéfice du doute sur ses intentions humanitaires. Mais la séquence des évènements invite à une méfiance critique. Tant que la crise Ebola n’a été perçue que comme un drame humanitaire, elle a été largement ignorée. C’est quand il a été clair qu’elle frapperait à nos portes et pourrait avoir un impact sur l’économie globale — qui ne peut se permettre de nouveaux chocs — qu’elle a enfin été prise au sérieux.

En outre, les trois pays touchés par Ebola n’ont pas échappé aux ajustements structurels qui ont contribué à la fois à la décomposition des services publics, dont la santé, et à l’ouverture des marchés aux biens et capitaux étrangers. Cette dernière s’est traduite par la privatisation de larges surfaces de terres au profit d’activités minières et du développement de l’agriculture intensive (palmier à huile, maïs, soja, riz, café). Ces investissements qui peuvent avoir contribué à l’émergence de la maladie elle-même, représentent également des intérêts commerciaux importants à protéger pour les pays étrangers.

Quel sera le futur de cette maladie en Europe, aux États-Unis, en Asie? Les mouvements antivaccination qui donnent lieu à la résurgence de nombreuses maladies infectieuses rappellent qu’en matière de santé publique, nous n’avons dans les pays occidentaux aucune leçon à donner à d’autres en termes de rationalité et de croyances. Comment nos sociétés du risque zéro vont-elles pouvoir s’adapter à une maladie dont le traitement implique inévitablement un risque d’infection qu’on ne peut totalement exclure?

En Belgique, les premiers cas suspects d’Ebola ont servi, disons… d’exercice. Ils ont mis en lumière le manque d’équipement approprié et les défauts des locaux et procédures existants. Heureusement pour le personnel de soin, il s’agissait de cas qui se sont révélés négatifs. D’autres ont fait les frais de cette improvisation. Aux États-Unis et en Espagne, deux infirmiers ont été infectés en traitant chacun un seul patient. Sommes-nous si sûrs que notre système de santé pourrait gérer ne fût-ce qu’une quinzaine de cas d’Ebola introduits sans voir son fonctionnement gravement perturbé ? Comment notre économie qui fonctionne à flux tendu pourrait-elle absorber des restrictions de transport aérien ? Si en Belgique, en Europe, on souhaite éviter de tenter ce test grandeur nature de nos propres vulnérabilités, il n’y a pas d’autre choix que de tout mettre en œuvre pour stopper cette épidémie-là où elle se trouve.

Pour un monde plus solidaire

L’épidémie d’Ebola ne doit donc rien au hasard. Elle a pu se propager car elle a trouvé des pays dans un état de misère absolue, des institutions internationales de santé publique fragilisées et un système économique qui autorise une partie de l’humanité à vivre avec indifférence aux dépens de l’autre. Avec les crises économiques, avec la crise des réfugiés, l’épidémie d’Ebola fait partie de ces drames qui lient le monde. En Belgique, en Europe, nous pouvons continuer de penser que notre économie, notre développement, nos choix de gouvernance ne concernent que nous, mais ce serait nier la réalité économique, écologique et épidémiologique. Tant que le destin d’un gamin de Meliandou mort en Guinée un jour de décembre 2013 nous restera étranger, tant que notre humanité ne sera pas plus interpelée par les réfugiés qui viennent mourir sur les plages d’Europe, tant que nous n’intègrerons pas l’impératif d’un monde plus solidaire et moins déséquilibré, nous resterons exposés aux crises écologiques, économiques, sociales, épidémiologiques et systémiques qui ne vont pas manquer de se succéder

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25 réflexions sur « Ebola, une épidémie qui ne doit rien au hasard, par Marius Gilbert »

  1. Qu’avons nous fait, nous, pays riches, depuis la première épidémie d’ebola documentée en 1976? Poussé un « ouf » de soulagement lorsque nous nous sommes rendus compte que le virus tuait tellement vite et tellement de monde que nous ne risquions rien. J’avais 13 ans, et à chaque nouvelle épidémie, j’ai eu ce sentiment de culpabilité. Il me semble que le virus tue un peu moins (50% contre 90%?) et nous met maintenant peut-être en danger. Ne l’aurions nous pas un peu mérité?

    1. Qu’avons nous fait, nous, pays riches,

      Le problème ne vient pas des « pays riches », ce qui ne veut pas dire grand chose.
      Je ne me sens en effet aucunement responsable des choix économiques, sociaux et écologiques des puissants qui imposent leurs vues, en particulier depuis 4 décennies, à travers un endoctrinement médiatique permanent.
      Le problème vient de cette idéologie, totalement déconnectée des réalités économiques sociales et écologiques de la planète, et qui pourtant s’est imposée.
      Il serait bon de se demander pourquoi le plus grand nombre, parfois des plus « cultivés », accepte ce délire, (serions nous, nous aussi, des fanatiques?) et surtout de réfléchir à comment revenir sur terre… Hélas, ce n’est toujours pas encore à l’ordre du jour.

      1. M. Gagnot, c’est exactement le point sur lequel je suis en désaccord avec la plus grande majorité de mes concitoyens des « pays riches ». A 51 ans je me sens responsable de l’état du monde actuel et je pense que vous l’êtes un peu aussi, comme d’ailleurs M. Jorion et tous ceux qui travaillent à trouver des solutions. Car enfin, soyez honnête, vous en avez profité de ce monde, n’est ce pas? Pour moi, nous sommes tous responsables, et certainement coupables. Peut-être méritons nous ce qui va nous arriver?

      2. Oui nous en avons profité, mais que pouvions nous faire de plus intelligent face au rouleau compresseur qu’est le système économique/politique/médiatique, et la bêtise crasse de ceux qui se considèrent comme étant les « élites », tant ils sont pétris des certitudes que l’éducation leur a mises dans la tête, et ce d’autant plus que leur éducation est « élevée » !

        De temps à autre des mouvement se forment pour expliquer et dénoncer le système, tel Attac qui fut le premier d’ (une très relative) importance, initié par le « Monde diplomatique » il y a 15ans.
        Moins de 1 citoyen sur 1000 comprend et soutient leurs analyses.

        A part attendre l’effondrement du système, hélas indispensable à l’avènement d’un autre, que pouvons nous faire à 1 contre 1000, et que changerait le fait de ne pas en « profiter » ?
        Il n’y a pas solution individuelle à un problème collectif.

        La seule responsabilité que je reconnais est de devoir tenter d’expliquer tout ça, et soutenir ceux qui le font mieux que moi. Le plus souvent je passe pour un illuminé, un irresponsable, ou pire encore.

        Par contre, quitte à provoquer, j’assume le fait d’être égoïste.
        Si vous pensez ne pas l’être (comme la bonne éducation le commande):
        Si vous avez un emploi, démissionnez pour le laisser à qq’un d’autre.
        Si vous en trouvez un sachez que vous l’occuperez au détriment d’un chômeur.
        Si vous êtes entrepreneur, abandonnez vos contrats à vos concurrents. etc.

        Pour réussir dans ce système, il faut d’abord cultiver son égoïsme.
        Comment voulez vous que ça marche??

  2. Avec la « crise » ébola on touche à une des causes potentielles de l’extinction sinon de la forte réduction de la population terrestre. Dans les modèles développés par le Club de Rome dans lesquels une chute drastique de la population accompagne l’écroulement du reste du « système », de la civilisation actuelle il n’est pas précisé la cause de cette chute. L’affaire Ebola nous donne une idée du mécanisme qui pourrait s’enclencher et conduirait à cette chute.
    Dans le modèle HANDY on retrouve les causes qui pourraient conduire à un collapsus généralisé de la population et de la civilisation : trop de population, exploitation effrénée de ressources non renouvelables, stratification exagérée des richesses, et par cela même indifférence des nantis face aux pauvres.
    Un raccourci très elliptique de la situation pourrait être aussi donné par un seul terme : entropie. Quand l’entropie(le niveau de désordre) est élevée le système retourne de lui-même vers un équilibre en limitant le désordre…Mais le nouvel équilibre contiendra-t-il des éléments pour que la race humaine puisse encore exister ? Mystère …

  3. Sous la douche d’informations continuelle, comment déceler la véritable urgence ?

    Quand tout est présenté comme tel. (l’ozone, le co2, les volcans, les russes, les islamistes, les roms, les particules fines, le surpoids, l’alcool, ..)

    Un phénomène dix fois plus vaste ne retiendrai pas plus notre attention.

    Le fait d’être d’une part dans un confort relatif, et d’autre part assaillis par une « fin du monde » pour telle ou telle raison de façon quotidienne ….a tué en nous la capacité à réagir.

    Seuls les faits, le quotidien, la réalité vécue, peuvent nous ramener de « second life » vers « first life », la seule la vaie….celle où on se cogne…

  4. Il n’y a pas que la mithridatisation des bactéries et la prolifération des virus qui posent problème , ajoutez y l’épuisement des ressources naturelles , les risques et catastrophes nucléaires , l’accroissement de la pollution à l’échelle planétaire , la menace d’un effondrement économique global , la montée des intégrismes religieux , l’implosion de l’école, l’explosion de la famille, l’anéantissement de la culture populaire … et enfin demandez vous à peu près vers quelle date convergent toutes ces catastrophes ?

  5. Ebola va immanquablement nous montrer que l’exclusion des plus pauvres la culpabilisation des chômeurs en « fin de droits » et le refus de remboursement des soins au migrants et sans papiers n’a aucun sens, quand des gens « biens » et il y en aura, se choperont la saloperie pour avoir croisé, ou ouvert une porte ou s’être appuyé sur la même rampe que le gars ou la fille chargée de nettoyer, ou de vider les poubelles ou de la surveillance de leurs petits trésors.
    On va redécouvrir qu’un paquet de bifton et beaucoup d’hypocrisie ne protège pas de la contagion, par Ebola ou par une tuberculose multirésistante ou du chikungunya (4 cas autochtones à Montpellier ses temps ci).

  6. Cela fait plaisir de retrouver les commentaires. 🙂

    Il intéressant de relire les compte rendu historique de l’épidémie de peste….

    Et d’ailleurs,si Ebola traverse nos nos frontières, il y aura plusieurs vague d’épidémie. peut être même séparé de plusieurs dizaines d’années.

  7. J ai passe 2 ans en Guinée Bissau, c etait il y a 30 ans. L etat du systeme sanitaire y était pitoyable.
    L’eau de javel, le savon, ou la lessive n’y etait visiblement pas disponible dans l’hopital que j’ai visité. J’ai eu le sentiment que se faire soigner la était plus dangereux que de rester chez soi. Je ne suis pas medecin.
    Qu’a pu devenir tout ceci maintenant que l état est en déliquecence, et l économie laminée par le libre échange.
    Aux dernières nouvelles ce pays est devenu une plate tournante mafieuse pour le trafic de drogue. La population ne peut compter que sur elle meme.

  8. on est pas loin des réactions « primitives » des populations européennes durant les Pestes du moyen age :
    invoquer Saint Roch et élever de petits murets comme vaine protection !

    quand on commence à cracher du sang par tous les orifices pas besoin d’etre medecin pour comprendre que c’est mal barré mais statistiquement sur 7 milliard d’individus il y aura bien quelques millions à survivre à la prochaine grosse épidémie , la question serait de savoir quelle sera la distribution géographique des survivants !

  9. En Belgique, en Europe, nous pouvons continuer de penser que notre économie, notre développement, nos choix de gouvernance ne concernent que nous, mais ce serait nier la réalité économique, écologique et épidémiologique. Tant que le destin d’un gamin de Meliandou mort en Guinée un jour de décembre 2013 nous restera étranger, tant que notre humanité ne sera pas plus interpelée par les réfugiés qui viennent mourir sur les plages d’Europe, tant que nous n’intègrerons pas l’impératif d’un monde plus solidaire et moins déséquilibré, nous resterons exposés aux crises écologiques, économiques, sociales, épidémiologiques et systémiques qui ne vont pas manquer de se succéder.

    Les virus des abandons se succèdent déjà. Les couloirs de la mort se multiplient. Les mouroirs aussi.
    Abolir la pudeur et les artifices, sans précaution enregistrer et filmer en 3D les camps, les expectorations, la merde, la pisse, le sang, entendre la douleur, l’effroi, la haine, les isolements, les condamnations, la solitude, la violence, les rites bafoués, les orphelins, les parents, les faits, la contagion, la vulnérabilité, la mort, les morts, pour de corps à corps, partager une réaction et la libérer elle, la solidarité. La solidarité ne peut être sélective, ni propre sur elle.

    Puis passer à la solidarité active et circonscrire la catastrophe qui frappe l’Afrique de l’Ouest, en traitant l’urgence : puisque nous avons en Europe et Occident les Unités de soins, les traitements et tes personnels formés, compétents et volontaires, plutôt que paralyser des pays déjà en sursis économique par une quarantaine inefficace et plutôt que perdre du temps à réimplanter ces indispensables dans la précipitation, tant que le nombre de malades le permet encore, affréter les avions et transférer les malades ici en occident, dans des sites dédiés.
    Survie de l’espèce, un par un.

    Urgence Ebola. MSF. Un don.

  10. Merci Marius Gilbert pour cette analyse détaillée et étayée qui démontre parfaitement que cette épidémie n’était pas une fatalité. En aout de cette année sans être en rien spécialiste j’ai compris car je sais lire un graphe qui prend une allure exponentielle que la situation telle que dénoncée par MSF et finalement reconnue dans sa gravité par l’OMS était grave et potentiellement gravissime.
    Une anecdote significative : Paul Allen cofondateur de Microsoft vient de donner 10 millions $ pour la lutte contre Ebola. La question en amont des immenses inégalités de notre monde en 2014 se pose entre les pays (USA / Liberia) et entre les humains. Est-il normal que Mr Allen du club des0.1% dispose de cet argent et puisse ainsi exercer sa charité d
    Les milliards d’êtres humains vont devoir affronter des pandémies comme ils ont dû en affronter depuis des millénaires et surtout depuis le néolithique ; nos moyens scientifiques, médicaux et logistiques sont sans commune mesure avec ceux de nos ancêtres. La question est de savoir si le système social, politique et économique dans lequel nous sommes contraints de vivre (ou survivre) ne nous met pas en très grand danger – tous, y compris les « 1% » – comme le démontrerait le cas Ebola.

    1. Pour compléter je signale cet article paru dans Le Monde : « la lutte contre Ebola évitons le néocolonialisme »

      Verbatim :
      Sierra Leone, juin 1994, les consultants de la Banque mondiale avaient réussi en trois ans à renvoyer plus de 5 000 employés des hôpitaux et à réduire des deux tiers la masse salariale du ministère de la santé, appliquant à la lettre le plan imposé par le Fonds monétaire international (FMI) dans le cadre de l’ajustement structurel. Il s’agissait pour l’essentiel, disait un rapport, « d’employés fantômes ou trop vieux » – des personnels inutiles, sans doute. Au début des années 1990, après une décennie de crise économique, la Sierra Leone était considérée comme un petit « miracle » par le FMI et la Banque mondiale : inflation contrôlée, priorité donnée au paiement de la dette, coupes budgétaires drastiques. Dans le domaine de la santé, le pays était même présenté comme un modèle de « réforme ».(…)
      Née de la déliquescence des institutions médicales de la région, l’épidémie de virus Ebola est un révélateur terrible des effets des politiques néolibérales
      .
      Qu’ajouter?

      1. Qu’ajouter ? Que je ne cesse de m’étonner qu’entre autres calamités l’on ait pas encore mis le sida sur le dos du FMI…

  11. Plus que la naissance ou facilitation de naissance (toujours à causes multiformes) , ou mutation des virus qui finiront bien par nous survivre ( ce sont les véritables « transhumains » !), sur lesquels nous n’avons pratiquement qu’un regard a posteriori ,nos actes peuvent devenir déjà plus vertueux sur les ressources et forces de frappes à mobiliser pour combattre le mal une fois déclaré , sans que cette  » mobilisation » s’arrête aux frontières ou à l’intérêt des laboratoires pharmaceutiques .

    Comme le relevait Badiou , on ne soigne pas les gens parce que ça rapporte mais parce qu’ils sont malades .

    Enfin , on devrait .

    Par altruisme rationnel , dirait un autre

  12. Lors de ma rééducation, il y avait un homme, Rachid, de nationalité marocaine, il avait eu un accident entre Marseille et Lyon. En effet, cet homme pratiquait un ‘métier à risque’, il faisait des « go fast ».
    Il fut soigné comme tout citoyen français. Paraplégique, après 1ans de rééducation, la direction de l’hôpital convoquât sa mère. Elle vînt du Maroc (femme à barbe, tout de blanc vêtue, accompagnée de 4 hommes, dont 2 en costards) et repartit avec le visage fermé.
    J’ai ensuite appris que la direction de l’hôpital avait demandé un peu plus de 600 000€ à la famille de Rachid au nom de l’état français (le coût total de son hospitalisation). Lui, qui avait ‘dans l’idée’ d’arrêter ses pratiques, s’en moquait désormais..
    Il me montra dans un couloir de l’hôpital 7000€ en liquide que son frère lui avait amené pour son matériel handicap, ( dont les prix sont une aberration je vous l’assure) .

    1. J’en conclus que les assurances bagnole, comme leurs employeurs, exclueraient de garantie les dommages causés aux conducteurs de go-fast. C’est fort dommageable…

      1. J’en ai conclus que j’étais très très content d’avoir ma carte d’identité française cher Vigneron, mais ça m’a surtout rappelé que ces précieux soins peuvent disparaître aussi brutalement que le contrôle du corps.
        Rien n’est jamais acquis hein!

  13.  » la vulnérabilité de cette région d’Afrique de l’ouest  » dites-vous …
    J’ai lu un article ( en provenance d’Afrique ) que je ne peux retrouver qui développait l’idée que la déforestation intensive était à l’origine de la maladie d’Ebola car les chauves-souris , vectrices de la maladie semble-t-il , se sont de ce fait rapprochées des humains …
    Alors qd Vigneron ricane comme à son habitude sur le FMI responsable …

  14. Il y a quelques dizaines d’années (lors de mon service militaire), j’ai eu l’occasion de rencontrer du personnel civils travaillant pour l’armée qui m’avais confiés avoir travaillé quelques temps dans des laboratoires de recherche de l’armée… L’un d’entre eux m’a expliqué que l’armée travaillait à cette époque couramment sur des souches virales ou bactériologiques dont l’évocation fait froid dans le dos…
    Bien sûr c’était pour la bonne cause… Il fallait être prêt à toute éventualité en cas d’attaque au moyen de munitions non conventionnelles, comme on dit!
    Et comme chacun sait , il ne peut y avoir d’erreur de manipulation…
    De plus, aucun échantillon n’a jamais disparu d’un laboratoire civil ou militaire, n’est-ce pas…
    N’est-ce pas?

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