Le temps qu’il fait le 21 novembre 2014

Sur Dailymotion, c’est ici.

En terre de mission

Blog de PJ : La nuit du 4 août 1789 ou l’invention de la liberté en temps réel, par Annie Le Brun, le 5 août 2013

Le duende

Pastora Pavon finit de chanter au milieu du silence. Seul, sarcastique, un tout petit homme, de ces petits hommes dansants qui jaillissent soudain des bouteilles d’eau de vie, dit d’une voix très basse : “Viva Paris !”. Comme s’il disait : “Ici on n’a que faire de l’habileté, de la technique, de la maestria, ce qui nous importe c’est autre chose.”

Alors, la Niña de los Peines se leva comme une folle, brisée comme une pleureuse médiévale, elle but d’un trait un grand verre d’eau de vie, de feu anisé de Cazalla, puis s’étant rassise se remit à chanter, sans voix, sans souffle, sans modèles, la gorge embrasée, mais… avec duende.

Elle était parvenue à tuer l’échafaudage de la chanson, pour ouvrir le passage à un duende furieux et dominateur, ami des vents chargés de sable, qui poussa le public à déchirer ses vêtements, au même rythme presque que celui des nègres antillais du rite Lucumi massés devant une image de Sainte Barbe.

Federico Garcia Lorca, Jeu et théorie du duende, 1933-34

Partager :

35 réflexions sur « Le temps qu’il fait le 21 novembre 2014 »

  1. Bonjour monsieur Jorion,

    La question ne se pose même pas. Et vous avez eu grandement raison d’y participer.

    Nous évoluons tous ensemble dans le même monde en difficulté et il est donc primordial justement que nous soyons capable de faire fi de nos clivages idéologiques et politiques.

    C’est à cette seule et unique condition que nous parviendrons à rassembler plus largement.

    Certains disent trop souvent : “La pensée unique !”…

    Il n’y a pas de pensée unique ! Il n’y en a jamais eu ! Et ceux qui le proclament sont peut-être les mêmes à souffrir de monomanie… Tout doit être partagé, débattu, tranché, etc.

    C’est de cet éclectisme idéologique et politique que découleront les solutions…

    Le temps des clivages idéologiques et politiques, et des demis mesures est révolu !!!

    1. C’est la théorie actuelle des jésuites ( pas au sens péjoratif), “il faut enseigner l’équité aux riches”
      C’est un énorme défi que de convaincre les bénéficiaires d’une situation d’une nécessaire mutation sociale.
      Continuez à aller au charbon, si l’on peut utiliser cette expression en l’occurrence, Monsieur Jorion, vous écouter ou vous lire n’est pas réservé aux privilégiés qui vous suivent sur le blog.
      Même si le club Med vous invite, allez-y.

    2. Prêcher en terre de mission, c’est aller à la rencontre des barbares, forcément.
      Rien de plus noble. La bénédiction populaire soit sur vous.

      Faut quand même faire gaffe, y’en a un certain nombre parmi les porteurs de la parole divine qui ont mal fini; soit rôti pour une dégustation collective, soit obligé d’épouser la fille du cacique.
      ( On peut transposer les risques en ethnologie plus moderne. Pactiser avec l’ennemi ou céder à ses charmes – ceux de la bourgeoisie- est plus malséant que finir sur la table du festin tribal…)

      La force de la résistance soit en vous.

      Franchement, le lieu du culte marocain valait-il le détour ?

  2. Pour un choc des consciences et en emportant dans vos bagages des palmes et un masque vous pouviez tenter je pense : “Les financiers sont-ils des démocrates ?”.
    ou encore plus marrant : “Comment un paquebot de 400 millions d’euros (2 fois le prix d’un hôtel) peut-il être rentable ? Le clou du spectacle étant bien sur le moment ou vous présentez la fiche de paye du philippin qui sert les langoustes.

  3. Jeu et théorie du duende

    “…arrive de nulle part, un vieux gitan qui interpréte une danse, emplie de vie, de tradition et de duende. L’esprit, la fête, l’enthousiasme continuent d’exister, de surprendre. On ne peut pas tuer le duende.”

  4. Wikipedia – On a les références qu’on peut dans les domaines où l’on est illettré !

    Tauromachie: Le terme Duende qualifie l’état d’inspiration, le génie du torero « artiste ». Alors, merci l’artiste !

    Démocratie et Finance entre J. F. Kahn et Cynthia Fleury ! Quel régal ! J’aime beaucoup son « Pathologies de la démocratie » ! Il y a un autre débat similaire dans d’autres cercles sur Démocratie et Science ? Les dérives pathologiques sont les mêmes : le détournement des fonctions et des mots !
    Je tente de « pénétrer » un domaine que vous avez bien connu et décrit, celui de l’ostréiculture. Il n’a pas changé en 30 ans mais l’ostréiculture française qui meurt sous la complicité passive de ses administrations. Mais avec mes gros sabots vétérinaires, je n’y suis pas le bienvenu ! J’ai pu le constater de longue date mais je me demandais naïvement pourquoi ? Il m’a fallu repasser par la case « anthropologie » pour que je comprenne que le véto pose des questions dérangeantes qui peuvent déranger les petits arrangements entre amis. Il me faudra quelques pages pour vous dire pourquoi et comment revenir à une connaissance “scientifique et citoyenne” de l’écologie de nos côtes, à des phares qui soient des Lumières !
    Des mortalités cycliques détruisent coquillages et entreprises depuis … toujours ! Les parties prenantes Profession, Recherche, et Administration tournent en rond depuis un siècle et plus ! Etonnant, non ? Par contre dans le concept de partis concernés – « stakeholders »-, il y a aussi les écologistes et les Citoyens locaux ou touristiques qui aiment aussi la biodiversité des écosystèmes !
    Car les pathologies ostréicoles comme l’ennui naissent de l’uniformité. Partie de la réponse à un siècle de gestion en mode dégradée du Domaine Public Maritime (DPM), réponse que vous m’avez aidé à construire, est qu’il existe un laxisme ambiant dans chaque strate concernée qui aboutit à ces pathologies sanitaires par absence de soins écologiques élémentaires. Cette catastrophe nationale est essentiellement provoquée et entretenue par « l’entre-soi” qui règne dans chaque groupe qui ne veille à ce que nul n’y jette un oeil. Il s’agit donc bien d’une corruption des fonctionnements de toutes les strates du système ! J’imagine que ce mot leur serait insupportable. On en reparle dans quelques semaines.
    Alors cette activité est-elle compatible avec l’écologie et la Démocratie de notre époque ? Ben non ou du moins, pas sous sa forme actuelle qui flotte entre activité artisanale et tentation industrielle mal assumée, sans connaissance culturelle suffisante ! Et cette mort silencieuse mais programmée n’est qu’une “Etrange Défaite” de plus ! Tous les éléments épidémiologiques sont disponibles.

  5. Voilà, je crois que c’est tout ce que j’avais à dire pour aujourd’hui.

    Et si tu veux mon avis, c’est déjà pas mal. Sans convaincre “ces gens-là”, on n’y arrivera pas. C’est en tout cas ce dont je suis convaincu depuis que je fréquente ton blog (en 2011).

    1. Dans le même temps, cela parait extraordinaire que ‘ce public entendait ça pour la première fois’…?
      On aurait plutôt tendance à penser qu’ils ne veulent ‘pas voir’ même si ‘ils savent’…

      1. Ça paraît extraordinaire, mais à mon avis ça ne l’est pas tant que ça… Les mondes ne se rencontrent pas tant qu’il n’y a personne pour les faire se rencontrer. Pas facile de dépasser le “pas jojo la famille Massonneau”…

        Il est des gens pour qui la vie est un long fleuve tranquille… jusqu’au jour où leur monde s’écroule. Essayons de les prévenir avant !…

      2. Oui, c’est ça, les cultivés se disent qu’ils l’ont déjà lu dans Zola, se disent que les crises sont des passages obligés, se disent qu’aujourd’hui on ne refera pas les erreurs de 1929-37, etc. Si ce n’est pas eux mêmes, c’est tout comme. Leur cerveau collectif leur tend ce miroir: il y en a toujours un qui a lu Zola … puis le même ou son voisin a écouté Minc, et a parlé de son portefeuille avec son supérieur…ce qui lui a alors permis de (i) relativiser Zola, (ii) de laisser Marx dans la galerie des clowns pré-cégétistes, (iii) de conforter son image de père tranquille épargnant, (iv) etc.

  6. Bonjour. Non seulement lors de cette croisière, vous n’avez pas eu la “position du missionnaire”, mais vous avez confirmé deux ou trois choses à mes yeux essentielles: diffuser votre discours et vos opinions, c’est faire de la politique. Vous êtes un homme politique, ce dont je n’ai jamais douté, au sens le plus noble du terme. Entrer dans l’arène adossé à ses convictions est un acte que l’on ne connaît pratiquement plus en cette fin de Ve République. Rare, vous êtes donc exemplaire. Vous êtes en outre un penseur, un “intellectuel” engagé pourrait-on dire, qui en ce XXIe siècle commençant fait un travail moins idéologique que civilisationnel, que l’on attribue par exemple à quelques grandes figures du siècle des Lumières, dont l’éclat a inondé pour longtemps l’obscurité ambiante (merci d’être de ceux qui appuyent à nouveau sur l’interrupteur!). Enfin, vous êtes un vrai journaliste, vous connaissez vos dossiers mais vous faites en sorte que vos lecteurs ou vos auditeurs se forgent une opinion par eux-mêmes, qualité déontologique fort rare de nos jours dans la “grande presse”. Le respect des citoyens est une valeur flageolante dans le monde médiatique. Enfin, aller à la rencontre d’un public fortuné et cultivé est une heureuse initiative, même si cette rencontre fut fortuite, car rien ne changera sans l’intelligence et l’éducation d’une frange forcément minoritaire de la population. Vouloir remettre le monde à l’endroit ne peut pas être une croisade contre ceux qui ont joui d’un système, sans toujours en comprendre les mécanismes pervers. Je vous souhaite donc une multiplication de ce type d’interventions, qui me paraaissent être parfaitement pertinentes dans notre univers médiatique infecté par la pensée “unique”. Et j’en profite pour souhaiter à M. Julliard un prompt rétablissement. Cordialement.

    1. Un homme politique, oui, mais qui ne doit jamais se préoccuper du nombre de voix à s’attirer, ce qui facilite quand même vachement la liberté de parole ! Et heureusement ! Devoir “plaire” à des électeurs, puis devoir leur “rendre des comptes”, tue – hélas ! – dans l’œuf toute initiative politique audacieuse !

      En tout cas pour le moment… Mais jusqu’à quand ?

  7. En quoi les interventions des autres orateurs pouvaient elles faire sens avec votre propre intervention ?

    Qu’en pense Aristote ?

    1. (pas d’Aristote désolé)
      Je crois que la cause pour laquelle Paul participe à tout ça, met tout le monde au pas, surtout des conférenciers.
      (peut être que je crois trop à ce que je voudrais?…)

  8. A Lisbonne avez vous eu le temps de voir cette illustration ancienne d’Interstellar : sur le site d’une cité dévastée par un cataclysme , le “monument des découvertes” , éperon de béton symbolique des marins portugais se lançant sur l’Atlantique , vers l’ouest ?

    Drôles de croisières d’ailleurs , dans lesquelles la soif des richesses n’a pas ramené la démocratie dans ses soutes .

    Ni la richesse durable .

  9. Il n’y a pas de hasard, l’indisponibilité de Julliard et la Tacita de Plata sur l’itinéraire sont un alibi pour l’apparition du Duende.

    De sa définition officielle je tire les extraits suivants que je traduis à ma sauce:

    Espíritu que habita en algunas casas y que travesea, causando en ellas trastorno y estruendo

    Esprit empêcheur de tourner en rond foutant le boxon dans les certitudes de l’auditoire

    Aparece en los lugares donde no se le esperaba…trae en la imaginación algo que le inquieta

    Saeta de Pablo Jorion dans la croisière de Marianne à l’attention de personnes equipées pour comprendre et sourds et aveugles jusque là

    ¡Olé por Jorion, Duende de Cádiz!

    1. “Esprit empêcheur de tourner en rond foutant le boxon dans les certitudes de l’auditoire”
      Une sorte de ‘we will we will rock you’...!

  10. la croisière, pourquoi pas les flots bleus, mais l’entourage dans la croisière : une influence propre à adoucir la pensée, un confort, des serviteurs… un environnement social propre à pervertir l’esprit. Nous devons rester incorruptibles.

    1. La, croisière, pas seulement un adoucissement des pensées. Se rappeler le “Film Socialisme” de Godard. Mélange d’une sorte de fin d’un monde et en même temps beaucoup de bleu, la mer, la seule, la méditerranée, pleine de souvenirs. Ulysse y rôde.
      PS. Le bateau sur lequel Godard a tourné ce film était… le Costa Concordia !

  11. Paul, vous vous engagez, vous vous exposez, et je respecte profondément cela.
    Pardon par avance, mais il me semble que vous faites de proche en proche preuve d’une naÏveté un peu confondante…

    Les financiers trichent ? Les transnationales ne payent plus d’impôts ? L’élite prépare ses radeaux et s’assoie sur la démocratie ? “La finance est-elle soluble dans la démocratie ?” pardon mais ça fait la une de la presse occidentale depuis 5 ans: “Luxleaks” encore dans les derniers jours.
    Que votre auditoire ai été choqué par votre discours est simplement l’indication qu’il ne lit même plus la presse mainstream, trop occupé qu’il était à gérer et dépenser son portefeuille, … ou qu’il se foutait ouvertement de votre pomme.
    La croisière s’amuse, donc.

    Non, il n’y a malheureusement aucune preuve dans l’histoire qu’un discours ai changé les choses.
    Des histoires de fusils, de nombre, de massacres, ça, j’en ai plein en stock.
    Que les vainqueurs, vous savez ceux qui racontent l’histoire ensuite, aient toujours préféré nous dire que c’était la force de leurs convictions/religions/discours qui les avait porté vers la victoire, ça aussi, j’en ai plein à votre disposition.
    C’est vrai que au final ça a un peu plus de gueule que “le gros tas de cadavres tout frais, là, ben il est plus petit dans notre camp que dans le votre…”

  12. Bravo. A prêcher des convaincus on fait du sur place. Faire du grignotage ailleurs est le meilleur moyen de progresser lentement et souhaitons le sûrement. Rien n’est jamais gagné car le réflexe inconscient de rester au chaud dans son camp est le plus naturel. Débattre avec les convaincus ne devraient servir qu’à trouver un point de convergence sur les détails. Il faut quand même avoir conscience que ses opérations sur les flots font partie des opérations marketing dont nous nous méfions. Mais reconnaissons à Marianne (magazine) un mérite par rapport à ses confrères, c’est de présenter des points de vue divergents, philosophes, politiques, économistes que l’on cache ailleurs. Au final, belle expérience à poursuivre.

  13. Suite de mon précédent commentaire.. Bravo vous avez franchi une première étape. Marianne donnant la parole à des idées très diverses a, de ce fait, un lectorat relativement diversifié. Comme tout bon missionnaire il vous faut franchir une nouvelle étape. La prochaine fois, croisière avec les abonnés du Figaro et la fois suivante croisière avec les abonnés de Valeurs actuelles. (Valeurs actuelles, leur titre est bien choisi). On compte sur vous pour un compte rendu détaillé.
    A coeur vaillant rien d’impossible ! Bonne soirée à tous !

    1. Cela ferait un excellent sujet de film, tout ce petit monde réuni le temps d’une croisière avec Paul Jorion dans le rôle du conférencier inattendu et empêcheur de tourner en rond. Parce que justement dans les couloirs on finit par croiser ‘l’intrus’. Avis aux producteurs et aux réalisateurs !

  14. E la nave va (Et vogue le navire…), que dirait (rêverait) Fellini. L’Atlantique… et ses atlantides.

    Cette mosquée de Casablanca que vous avez visité, et qui porte le nom du souverain défunt, Hassan II, est certes très belle, voire somptueuse, mais cela a eu sans doute un prix : tous les marocains (je dis bien : tous) fûmes obligés (je dis bien : obligés) à payer par décret la facture de ce rêve pharaonique. Pour ma part je préfère et de loin, les petites mosquées en terre et en pierre, tout humbles et jolies, que l’on peut retrouver dans les tout petits villages, en montagne ou au désert. Je ne sais pourquoi…

    24.
    ce n’est pas parce que
    les dieux et les diables prisent la même drogue
    ou qu’ils piquent la même folie
    ou qu’ils courent derrière les mêmes seins
    ou qu’ils grignotent la même soupe
    ou qu’ils boxent dans la même catégorie
    ou qu’ils s’amusent avec des armes à feu
    ou qu’ils se disputent nos carcasses
    ou qu’ils se toisent en chiens de faïence
    qu’on doit s’en mêler les pinceaux
    la nuit comme le jour vêtus de lambeaux d’espoir
    nous sortirons et érigerons une autre vie
    avec, contre ou sans eux

    Fiston Mwanza Mujila, Poèmes et rêvasseries, 2009

      1. Il faut peut être réserver cette vidéo pour une prochaine croisière où nous serions tou(te)s invité(e)s ?

  15. La Belle de Cadix a des yeux de velours…
    Et Cynthia n’est pas mal non plus.
    Porter la bonne parole aux impies, il y a quelque chose de paulinien chez Paul .

Les commentaires sont fermés.