L’institutionnel et le sacré, par Vincent Valançon

Billet invité.

Samedi 10 janvier, le soir : Depuis jeudi 08 où l’ensemble de l’équipe de l’agence où je travaille à Montrouge a été contrainte de rester en huis clos une partie de la journée (du fait de la fusillade à Montrouge), j’ai ressenti une forte tension, se superposant à celle des évènements de Charlie Hebdo, bien que différente. Depuis ce jour et pour moi, c’est un climat où le lien aux autres est altéré par une parole qui devient impossible. C’est pourquoi j’ai écrit ce qui suit, pour éprouver de nouveau ce lien qui libère.

« J’irai faire nombre ce dimanche 11 janvier 2015 à Paris dans ce défilé de République à Nation. Je n’irai pas sous l’emblème d’une croyance en un discours unique d’union nationale, dont l’hostie serait « Je Suis Charlie ».

J’irai sans avoir le moindre doute quant à l’effet nul que produira ce défilé sur des pauvres types jouisseurs de la haine, qui tueront peut être encore, qui termineront mal sûrement. Je n’irai pas pour communier dans l’esprit d’une vengeance de masse aux relents de guerre possible.

J’irai pour être avec mes semblables, un parmi d’autres, sans étaler de l’intime, et sans dire quoi que ce soit sur la mort, celles des personnes de Charlie Hebdo, de Montrouge, de la Porte de Vincennes. La mort surgit comme l’inexplicable avec pour effet que c’est la vie de chaque autre que moi qui est sacrée. Je n’irai pas pour figer dans le temps ces effroyables trois jours comme pour effacer de ma vie la mort, car elle viendra.

J’irai par singularité et non par conformisme, parce que je sais qu’il existe des lieux où l’institutionnel, sourd et aveugle comme un calculateur et paré d’une déclaration sur des valeurs, n’a pas de prise. Parce qu’il existe des personnes qui inventent chaque jour une parole où l’autre, par sa différence les fait exister et parce que sans l’autre, je ne sais pas vivre. C’est mon sacré et il n’est pas tabou. »

Dimanche soir, je me suis senti apaisé. Le matin, j’avais peur de cette foule, peur de perdre une identité. J’ai juste pu déconstruire ce qui n’a rien à voir avec l’identité et me retrouver dans un lien où l’autre de la foule, s’il m’a vu, m’a vu comme un autre, et cela ça calme.

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