Nucléaire : À quoi peut bien servir l’intelligence ?, par Roberto Boulant

 Billet invité.

Monsieur Attali,

Dans un de vos derniers articles, vous parlez de la nécessité de lancer ce que vous appelez, une économie positive mondiale au service des générations futures. En s’appuyant massivement pour ce faire, sur une électricité d’origine nucléaire.

Ce serait là effectivement une excellente idée si, et seulement si, les centrales nucléaires n’avaient pas une fâcheuse propension à exploser. Et comment pourraient-elles faire autrement d’ailleurs ? Rappelons déjà que le très discutable concept de base, consiste à faire bouillir de l’eau en s’aidant de la fission d’un des éléments les plus dangereux connus de l’humanité, à savoir de l’uranium légèrement enrichi en isotope 235. Outre la chaleur et l’électricité, et en tenant pour négligeables (!) les rayonnements alpha, bêta et gamma, nos dangereuses bouilloires nucléaires produisent également, un : du plutonium (le second élément le plus dangereux de la Nature, juste derrière la bêtise humaine) et deux : un bombardement neutronique… qui détruit peu à peu la cuve du réacteur.

Mais ce qui laisse vraiment pantois quant à l’intelligence de notre espèce, c’est qu’il est absolument vital de maintenir le refroidissement des réacteurs. Stoppez-le, et plus rien ne peut empêcher l’emballement et l’explosion.

Il n’est donc pas exagéré de parler d’une machine dont l’autodestruction est programmée, par construction !

Dit plus prosaïquement, un accident majeur comme ceux de Tchernobyl ou de Fukushima, est statistiquement inévitable en Europe (nous en sommes d’ailleurs passés très près en 1999, à la centrale du Blayais).

Seulement voilà, même si tout cela est maintenant connu du plus grand nombre, reste une évidence encore plus grande.

La rencontre « détonnante » entre deux castes : celle du Corps des ingénieurs des Mines et celle de politiciens professionnels, dont le ‘destin national’ se marie très bien avec la servilité et l’ignorance crasse (à l’inverse d’une Angela Merkel, Chancelière allemande et docteur en physique, qui n’a pas hésité un seul instant à abandonner la filière nucléaire après la catastrophe – toujours en cours – de Fukushima).

Si vous ajoutez à ce sombre tableau, la situation financière déplorable d’Areva et le fait qu’EDF ne sait plus construire de réacteurs nucléaires (comme le prouvent les très coûteux retards de Flamanville en France et d’Olkiluoto en Finlande), vous conviendrez sans peine M. Attali, que nous allons droit dans le mur : que nous tenons le dragon par la queue.

Pourtant si la situation est critique, les solutions mariant nucléaire et sécurité existent !

Je ne ferai pas insulte à votre intelligence et à votre culture, en vous rappelant ce qu’est la filière des réacteurs à sels fondus, dont un lancement immédiat ne poserait sans doute guère plus de problèmes technologiques et financiers, que les EPR en chantier actuellement.

Non, le vrai blocage est psychologique et se tient dans la tête des X-mines. Dépassez-le, et les politiciens suivront.

Or qui mieux qu’un homme tel que vous, avec votre notoriété et votre connaissance des rouages du pouvoir, pour lancer une telle réflexion : le chantier de la réarticulation de toute notre industrie électronucléaire autour d’une nouvelle filière ?

M. Attali, ne prenez pas cette demande pour de la naïveté. Il est évident que les obstacles et les pesanteurs de toutes sortes sont immenses, et que seul un utopiste peut s’y attaquer.

Je ne sais pas si vous êtes un utopiste, et peu importe d’ailleurs, la vraie question est : avons-nous le choix ?

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