Gauche ?, par les Amis du Blog de Paul Jorion

Billet invité.

Qu’est-ce que la gauche ?

Les débats qui ont suivi le lancement de la « pétition », (ou plutôt manifestation collective contre la politique gouvernementale actuelle), accessible ici, se sont souvent focalisés sur le mot de « gauche », qui tient une place importante dans le texte, mais qui ne trouve pas forcément écho auprès des signataires, qui partagent pourtant les valeurs de base du blog, à savoir le souci et l’attention portée au monde qui nous entoure, le refus de l’« après moi le déluge », le refus des pré-mâchés idéologiques de la science économique dominante.

Le mot de gauche a été choisi – à tort ou à raison ? – comme un raccourci mais aussi comme un ancrage politique historique.

Peut-on se passer des étiquettes ? Nous sommes des animaux politiques, des êtres de langage. Le problème c’est l’inadéquation entre l’étiquette et la réalité. La « gauche » appartient-elle à ceux qui s’en prévalent (les politiques), ou à ceux qui la définissent, d’abord pour eux-mêmes, comme une part de leur identité (« je suis de gauche ») ? Ou encore à ceux qui s’en départissent, n’en conservant que certaines valeurs fondamentales et refusant d’être assimilés à un groupe et à un héritage politiques ?

Plutôt que de nier les étiquettes, il faudrait à l’inverse les prendre au pied de la lettre. Le « zhen ming » chinois nous montre l’importance du choix des dénominations, préalablement à toute construction syntaxique. Une étiquette n’est pas la marque d’une objectivité. La gauche, la droite, ne sont pas des essences, mais des productions historiques. Il existe un enjeu, qui n’est pas secondaire, à propos des étiquettes. Parce qu’elles renvoient à des définitions, mais aussi à des valeurs d’affect.

La gauche, du point de vue de la plus grande généralité, c’est le souci de la justice, justice pour les individus et non pour les institutions. Justice effective et sociale, et non « loi » de la jungle.

Il s’agit de confronter des points de vue de citoyens inégaux dans le partage des richesses, la vie démocratique consistant alors à trouver un terrain d’entente, et de quoi rétablir une certaine égalité, non pas parfaite et éternelle, mais répondant à une situation concrète intolérable qu’il s’agit de résoudre. La démocratie est née en Grèce, déjà, à propos d’une question de dettes.

Jacques Rancière, lorsqu’il distingue la police (ordre social) de la vie démocratique (débat public) ne dit pas autre chose. Les difficultés commencent lorsqu’il s’agit de déterminer jusqu’où et comment il faut pousser le curseur pour atteindre l’objectif de justice. Pour Alain Minc, du saupoudrage social pour accommoder la mondialisation néo-libérale suffira, pour Jacques Attali, il faudra y mettre une petite dose de collaboratif, pour Valls il faudra, pour mieux redistribuer, d’abord renforcer la compétitivité, etc… pour arriver à nos positions plus radicales, puisqu’elles remettent en cause l’existence même et la légitimité du système capitaliste.

Nous attendons des programmes cohérents qui se fondent sur des diagnostics objectifs, en excluant donc, par exemple, la pseudo « science économique » délivrée par des idéologues, tout à leurs « lois » biaisées d’apprentis-sorciers, fiers et promus par les milieux financiers.

Le substrat de la politique c’est le langage. C’est ce sur quoi tout l’édifice social s’échafaude. Pour qu’un discours soit identifiable, il faut donc que dans chacune des positions, explications, aussi sectorielles soient-elles, transparaisse comme en filigrane l’ensemble de la figure qui fait notre vision, qui exprime la cohérence d’une pensée et d’une aspiration.

D’une aspiration… de gauche ? Si on veut… mais sinon de quoi ?

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221 réflexions sur « Gauche ?, par les Amis du Blog de Paul Jorion »

  1. A l’adresse de ceux qui ne se reconnaissent pas dans l’étiquette « de gauche » et qui néanmoins aspirent à plus de justice. Pour différencier, tout de même la gauche de la droite.

    La démocratie comme souci permanent de l’égalité sociale, puisque le combat pour l’égalité n’est jamais achevé, qu’il y a toujours des combats à mener, et donc comme principe dynamique, s’oppose à la Police, comme structuration et maintien d’un ordre social, ce qui fait alors référence à la République qui s’incarne dans un Etat de droit, détenteur de la violence légitime, principe qui a la préférence de la droite.

    La droite ne s’oppose pas aux débats, une droite démocratique les revendique même, mais ce n’est pas sa priorité. Sa conception de la démocratie est donc le plus souvent légaliste, et la démocratie se limite au système électif, au jeu purement institutionnel, les luttes sociales n’étant qu’un moindre mal qu’il faut accepter pour maintenir l’ordre social. Jacques Attali relevait dans un de ses livres paru dans les années 80, que les luttes sociales avaient été bénéfiques au système capitaliste, dans la mesure où elles lui évitait de produire les inégalités trop grandes susceptibles de remettre en cause son existence. Or aujourd’hui le système est incapable de se réformer. Car même une petite réforme ouvrirait une brèche pour basculer vers autre chose. Si par exemple Obama avait mis tout son poids dans la balance pour venir en aide aux Grecs, il est fort probable que la doxa néo-libérale de l’Union aurait alors eu à subir un choc considérable, pas sûr qu’elle s’en serait remise. Les tenants du système ne lâchent donc rien, ou un peu pour ailleurs resserrer l’étau.

    La justice sociale passe par le droit, lorsqu’il s’agit de la traduire dans les faits, mais son principe ne prescrit aucune borne a priori, ce que ne fait pas l’Etat bourgeois qui enferme la justice sociale dans l’étau de l’économisme et se met donc dans l’impossibilité de traduire la justice sociale dans les faits.

    Bien entendu les deux principes coexistent, puisqu’il ne peut y avoir démocratie sans Etat structurant et ordonnant. Comme je le disais aussi dans un autre commentaire, il y a en nous, peu ou prou, de la gauche et de la droite. Paul évoquait lui le citoyen qui cohabite avec le bourgeois.

    Il est vrai ces définitions de la gauche et de la droite que j’emprunte à Rancière ne recoupent pas exactement les définitions traditionnelles, héritées de la révolution française, mais justement il s’agit de ramener la gauche à un ancrage vraiment social à l’heure où la tendance est de l’amener du coté des considérations bourgeoises auxquelles souscrivent les Valls et compagnie.
    Contrairement à leurs affirmations les tenants de cette gauche là, bourgeoise, ne sont pas des réformateurs de la gauche, puisque la gauche à laquelle ils se réfèrent est toujours celle de la Révolution française, celle qui accorda à la propriété la garantie sans limites de l’Etat.

    1. celle qui accorda à la propriété la garantie sans limites de l’Etat

      Et vous en pensez quoi de la propriété privée – sans limites – avec une garantie – sans limites – de l’Etat ?

      N’est il pas là le Piège qui fait que la gauche ne peut qu’émettre des vœux pieux?

      1. Est-il besoin que je vous réponde à cette question ?
        Bon, puisque vous êtes relativement nouveau sur le blog, je vous fais une faveur ! 🙂
        Oui, bien sûr qu’il faut limiter la propriété privée, garantie sans limites de l’Etat.
        Le présent billet l’indiquait d’ailleurs, je ne vois pas comment on pourrait mettre en question l’existence et la légitimité du système capitaliste sans définir un nouveau régime de la propriété.
        Voir mon commentaire intitulé « complément » dans la file du commentaire 53. Ce sont juste des indications, Jorion et d’autres sur le blog ont à de nombreuses reprises évoqué le sujet.

    2. Dans mon mécano mental , ça se traduit par Lien ET Loi .

      Les deux ne peuvent s’allier , le ET ne peut être réel , que pour un temps provisoire qui intègre tout l’environnement de l’instant , et surtout une fin partagée qui dépasse les vieilles lunes , la sclérose du scribe , la paranoïa de la maîtrise de tout et de tous , ou les hors limites des hors sol .

      Et la difficulté est qu’il n’y a pas de fin pré-écrite , et que , selon le mot de Reeves , nous accouchons l’univers autant qu’il nous accouche.

      La démocratie aboutie , c’est aussi le partage de cette conviction . Peut être que la COP21 de 2060 le verra .

  2. Seuls une bonne gauche et un bon coup droit
    sont de nature à redonner l’espérance
    à ceux qui en ont besoin.
    Ne croyez pas que la place va se libérer à coups de sermons.

  3. Anarchie. Pas de droite. Liberalisme. Pas de droite. Commun. Pas de droite. Homme. Pas femme. Femme. Pas homme.

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