Reconstruire un discours politique, par Michel Leis

Billet invité.

Je viens de participer pendant quelques semaines à l’aventure « Tout Autre Chose » en Belgique avant de claquer la porte. L’objectif était de fédérer des partis et des citoyens derrière une bannière commune. La demande est là ! 15 000 signatures en quelques semaines du côté francophone, à l’échelle de la Belgique, c’est une performance.

Retour d’expérience ? Il a fallu des semaines pour définir une plateforme (minimum) commune : certes, toutes les personnes qui partagent un certain nombre de valeurs peuvent signer à deux mains, mais c’est bien parce que le texte est pour l’essentiel un consensus mou autour de quelques valeurs.

Deuxième retour d’expérience : c’est un terrain pour des enjeux de pouvoir où quelques personnes et organisations essayent d’imposer à tout le monde leur vision. Il se crée des circuits parallèles où se mènent des discussions hors des outils collaboratifs mis en place. Les réunions entérinent des points de vue construits ailleurs, sans réelle possibilité de discussion. Sans doute une question de culture puisque Hart boven Hardn l’aile flamande du mouvement semble avoir plus de succès…

Cette aventure me rappelle un excellent sketch des Guignols, il y a longtemps (ils avaient alors un œil acéré sur certains travers de notre société) avec une discussion sans fin du programme des écologistes où les courants les plus divers (écologie et parachutisme si je me rappelle bien ! … ) réclamaient la parole pour défendre leur point de vue.

À mon sens, il y a trois points qu’il faut absolument surmonter pour reconstruire un discours politique :

Nous nous opposons à une oligarchie dont le modèle n’est pas le libéralisme. Tout le fatras sur le marché que leur concoctent des économistes à la petite semaine (mais non dénué de récompense) c’est juste un moyen et une justification a posteriori. La place de ces oligarques dans la société, leur rémunération, l’appropriation des profits, l’accumulation du patrimoine qui en résulte, ils le doivent à leurs qualités propres (dans la réalité, pour beaucoup d’entre eux, à leur naissance), c’est leur « story telling ». L’idéologie n’est pas le libéralisme, c’est le darwinisme. Ils se voient comme des mâles et des femelles dominants, qui ont une conscience de groupe aiguë, qui agissent par opportunités, les replis, quand il y en a, sont tactiques. Surtout, ils n’ont pas besoin de longs conciliabules pour se comprendre, pour créer un consensus autour de leurs intérêts, ils sont d’une efficacité redoutable. La grande force de leur « story telling », comme l’évoquait Paul Jorion, c’est de distribuer des miettes et de montrer quelques exemples, positifs (la réussite d’un individu) ou négatifs (la déchéance sociale), qui laisse croire que nous prenons part au grand jeu. La réalité statistique est évidemment bien moins glorieuse, mais elle est tout à fait cohérente avec une idéologie darwinienne.

Pour ceux qui tentent de s’opposer à la folie actuelle, un ensemble de valeurs ne font pas une idéologie. La grande force de la gauche et des mouvements sociaux du 19e, c’est un référentiel idéologique commun. Quand Marx s’impose face aux utopies sociales du milieu du 19e, il crée un point d’ancrage fort. Des courants concurrents (dans leur interprétation de la parole de Marx) peuvent passer des alliances ponctuelles d’autant plus facilement. Marx n’apporte pas seulement une idéologie, il apporte une efficacité. Après, on peut s’inscrire dans les querelles d’écoles sur la pensée marxiste, on peut discuter de ce qu’elle a apporté ou pas, des échecs lors du passage à la pratique, reste que l’absence d’un référentiel commun est un manque. En ce sens, l’enterrement en grande pompe de l’URSS exprime le soulagement des tenants d’un monde darwinien qui voient s’effondrer un référentiel idéologique concurrent.

Face à cette efficacité organisationnelle de l’oligarchie dominante, la vision de la démocratie qui construit un programme à partir des apports de ces citoyens me semble aujourd’hui inopérante. Elle conduit au mieux à un système de plus petits communs dénominateurs qui n’ont que peu de poids face à la parole des nombreux experts au service de l’oligarchie dominante. Le discours sonne creux, il n’est pas cohérent, il n’est pas en mesure de changer les rapports de forces qui devraient être l’enjeu essentiel de la politique (je ne rêve pas ici d’une victoire révolutionnaire par KO où une oligarchie remplace une autre oligarchie). La démocratie n’est pas (plus ?) une méthode, c’est un cadre qu’il faut construire et qui doit défendre chacun contre la prédation d’autrui, permettre aux individus de s’exprimer et de s’épanouir sans être dans un système de rapports de forces permanent, et enfin d’exprimer à intervalle régulier des choix collectifs dans un débat public éclairé, avec des politiques qui reflètent réellement les choix effectués.

Rentrer dans le jeu politique en fonction des impératifs tactiques ne nous conduira pas à grand-chose. Il faut renverser les perspectives, faire émerger des programmes pour discuter sur le fond et permettre de fédérer ensuite autour d’un discours fort. Le blog de Paul Jorion pourrait être la vitrine de programmes structurés qui pourraient changer la nature du débat… À condition que les partis, les organisations, pourquoi pas des petits groupes d’individus s’attellent pour de bon à la tâche au lieu de se complaire dans des jeux de pouvoir.

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129 réflexions sur « Reconstruire un discours politique, par Michel Leis »

  1. Bonjour, Très heureux de la foisonnance des commentaires.
    Je n’ai pas participé aux mouvements cités pour une perception intuitive qui se confirme ici que ce n’est pas le chemin le plus cohérent pour un changement qui est bien évidement inéluctable.
    Mais lequel ?
    J’attends le feu vert du Comité Doctoral pour parler de mon Projet Sociétal HUMANOLOGIQUE.

    3 idées simples de découplage des contraintes obsolètes mais implicites et prégnantes de notre société actuelle, chacune « critiquable » dans une pensée analytique disjonctive les interactions systémiques de ces 3 dispositions originales génèrent ipso-facto une dynamique novatrice dans une logique de l’usage de logique floue.
    J’y reviens ici dès que possible.
    Cordialement

    1. Je ne doute pas une seule seconde de l’intérêt que devrait susciter votre Projet Sociétal HUMANOLOGIQUE. J’espère néanmoins que le développement de ses dispositions originales s’épanouira dans la clarté, au bénéfice du plus grand nombre. Un chemin cohérent vers un changement inéluctable doit-il absolument passer sous les fourches caudines de la logique floue?

  2. Le droit de participer à des réseaux de réciprocités non monétisées, permettrait à trois millions de chômeurs français de ne pas devoir, pour justifier un revenu de redistribution, faire semblant de rechercher un emploi inexistant.

    Ceci ne permettrait-il pas de mobiliser l’énergie collective des Français vers la création du nouveau commun? . S’il fallait y réfléchir en ce lieu, Je propose de prendre comme texte de référence l’étude de Ronan Creze et Mélanie Theodore sur l’accessibilité sociale des AMAP ; cette étude pointe avec précision les nouvelles pratiques sociales d’échanges réciproques situées au périmètre du droit, ces jeuPosernes chercheurs, et en s’appuyant sur les apports antérieurs de Céline Leborgne Ingelaere, Alain Supiot, Dominique Meda , R. Libchaber, entre autres, examine les conditions juridiques de leur « libération ».

    Le nouveau commun ( Dardot Laval) est la gratuité vraie laquelle est toujours en recréation par les réseaux de réciprocité. Bien entendu, il faut conserver la gratuité instrumentale laquelle se paie par ailleurs par transfert et au prix de la réduction d’autonomie de chacun par la nécessité d’entretenir un ensemble d’instances tierces assurant le rôle de médiateur, notamment dans la récolte et la redistribution de l’impôt, lequel, mais seulement dans la longue tendance se fera par la « taxation des robots »

    Le droit de participer aux réciprocités non monétisées ( un chômeur et un agriculteur en AMAP ne peuvent échanger un panier contre son volontariat ) est sans doute un élément de programme pour une gauche émancipatrice, qui s’appuierait sur la capacité du peuple à instituer, par lui-même, de nouvelles réciprocités concrètes, construisant un nouvel imaginaire suffisamment partagé que pour obtenir, bien entendu, l’aval du suffrage universel, mais également que pour dialoguer avec l’opposition résiduelle, fut –elle importante. Certes il y aura nécessairement une frange de mécontents, mais construire un imaginaire conduisant à l’opposition frontale 50/50 n’est pas un gage de maturité.

    Une voie possible est le repérage des quelques cubes, qui sont « reformulables » dans le jeu actuel, c’est-à-dire dont les enjeux sont compréhensible par un très grand nombre, ce qui permettrait à chacun, mais aussi collectivement, de développer un nouvel imaginaire social. Que le plus grand nombre puisse se dire « avec cet ensemble te nouvelle règle », je vois bien comment avec d’autres dessiner mon avenir. Assurément « dessiner mon avenir » est une attitude des classes moyennes, mais l’imaginaire des classes moyennes n’est pas la prise de conscience des rapports de salariat par la prolétarisation, et cela peut se comprendre. Comme l’écrivait Wright Mills au chapitre de conclusion de son ouvrage sur Les cols blancs (1956), les classes moyennes sont à vendre, personne jusqu’ici ne leur a fait une offre sérieuse . Aujourd’hui en France, ce sont les classes sociales les plus éduquées qui résistent le mieux à la lepénisation des esprits, bref le coopérateur d’une AMAP même s’il est « BOBO par nature » et l’agriculteur paysan attaché, « par filiation », à sa propriété, sont capables de prendre en considération l’émancipation de l’ouvrier agricole moins chanceux dans ce qui lui a été transmis et transmettra comme le bien commun si la permision de participer à sa construction lui était ouverte.

    comme le faisait remarquer M. Delespesse, la progressivité avec laquelle se ferait le nécessaire maillage des nouveaux réseaux de réciprocités est la condition indispensable de leur solidité , n’oublions pas que nous sommes mus par nos sentiments ; un parti qui s’offrirait ainsi pour construire plus de possibilités de joie de vivre ne devrait-il pas promouvoir les « guinguettes sociales ».

    « ce qui importe, c’est que, dans une coopérative, on se sent mieux, c’est que, dans une communauté, on est plus heureux » Max Delespesse

    1. Oui, mais tout ceci ne peut que rester marginal, si ça ne concerne pas les entreprises mobilisant d’importants capitaux qui sont les noyaux de l’économie. Pour cela, il faudrait que la collectivité les rachète… !

      1. Bonjour, Monsieur Gagnot,

        Le scénario du contrôle de l’appareil productif par les conseils ouvriers n’est plus opérationnel dans le cadre technique de la mégamachine transnationalisée. L’internationale des travailleurs de l’atome ne contrôlera plus jamais l’approvisionnement en milliers de pièces détachées provenant de partout, et dont l’absence d’une seule met l’outil en péril.

        Si une constituante « nationalisait le nucléaire », elle ferait une connerie technique… nous avons au contraire besoin non pas de « constituer », mais de nous donner les moyens de prendre le temps de temps d’instituer, par le peuple , – je dirai tout entier- de nouveaux rapport sociaux ; je prends l’acte d’instituer au sens de Castoriadis : la création concrète d’un nouvel imaginaire social, qui consiste à inventer de nouveaux comportement qui font que progressivement « c ’est mieux comme ça » .

        Accessoirement, nous pourrions organiser une lecture collective de la Société Informationnelle ,clef pour l’autogestion de Henry Laborit, et oser dire bien haut que, aujourd’hui, dans ce qui se fait d’économie solidaire et sociale , le déficit démocratique est abyssal.

      2. L’internationale des travailleurs de l’atome

        Mais de quoi parlez vous ?

        Je propose que la collectivité rachète les établissements d’entreprises situés sur le sol Français.
        Autrement dit de remplacer les conseils d’administration qui ont pour unique mission de maximiser les profits financier, par des conseils d’administration dont les objectifs soient tournés vers l’intérêt général, en particulier sur les aspects sociaux et écologiques.

        Ceci n’interdit pas d’importer ce qui serait indispensable à la fabrication de centrales nucléaires, pour reprendre votre exemple.

        Bien sur il y aurait des cas, tels les établissements qui aujourd’hui sont des filiales d’entreprises étrangères, par exemple, qui poseraient des problèmes particuliers…

        On peut voir cela comme transformer l’économie France en une immense coopérative, à l’image de Mondragon, en Espagne.
        Notons, que à moins de parvenir à une totale autonomie, on ne peut totalement s’affranchir de la pression du modèle économique libéral extérieur.
        L’ideal serait que le monde entier soit une coopérative!

        inventer de nouveaux comportement qui font que progressivement « c ’est mieux comme ça »

        Comment modifier le comportement de millions d’individus soumis à la compétition économique sans limite, imposée par les actuels propriétaires, sans justement commencer par virer ces propriétaires?
        C’est un voeux pieux.

      3. Comment modifier le comportement de millions d’individus soumis à la compétition économique sans limite, imposée par les actuels propriétaires, sans justement commencer par virer ces propriétaires?
        C’est un voeux pieux.

        Ne serait-ce pas le fait de virer ces propriétaires qui serait un voeux pieu?

      4. Ne serait-ce pas le fait de virer ces propriétaires qui serait un voeux pieu?

        Si le peuple le décide, tout comme il a décidé de chasser les rois, de quel droit pourraient ils se maintenir?

        Leur laisser la possibilité d’un droit d’usage sur des biens acquis grâce aux lois qu’ils ont écrites, ne serait il pas suffisant?

  3. @M.Gagnot

    Que veut dire « intégration du prolétariat » (en langage courant si possible 😉 ) ?
    Pourriez vous expliquer le lien de cause à effet ?

    L’intégration du prolétariat c’est la reconnaissance de celui-ci par la classe exploiteuse comme interlocuteur légitime : syndicats, partis communistes et sociaux-démocrates…c’est aussi sa reconnaissance politique, l’affirmation sociale de son utilité en tant que force de travail et masse de consommateurs. C’est, last but not least, l’affirmation que son existence est organiquement liée à l’existence de l’exploitation : pas de travailleurs sans patrons, pas de patrons sans travailleurs, il y a implication réciproque, et par voie de conséquence, impossibilité d’affirmer le prolétariat (force de travail) sans, par contre-coup, affirmer le capital capable de l’exploiter et de le reproduire.
    L’intégration du prolétariat a coûté cher aux états, elle a coûté leur endettement chronique, et provoqué les poussées inflationnistes durant les années 6O-7O. Cet état de choses a bien été provoqué par les politiques d’état des années post-2ème Guerre Mondiale, durant lesquelles l’objectif avoué,ou non, était de contrer le péril d’une révolution socialiste soutenue par l’URSS.
    La défaite ouvrière de Mai 68 sonne la fin de l’identité ouvrière, fin de la période fordiste, fin des grandes usines et des industries très demandeuses de main-d’oeuvre, commencement des délocalisations, révolution robotique, éparpillement des lieux de production, transfert des activités vers les services, émiettement et stratification des populations ouvrières, etc..
    Bien entendu, la classe exploitante a tiré tout le profit qu’on sait (TINA) de cette situation qu’elle a piloté, cependant, les revendications ouvrières de plus d’autonomie dans les lieux de travail, de moins de hiérarchie, de plus de responsabilité, moins de verticalité, etc…ne sont pas complètement étrangères à la situation post-mai 68. La classe exploitante et dominante est allée dans ce sens en favorisant le travail par petites équipes (et à leur mise en concurrence), en délocalisant les activités les plus répétitives et monotones (montage automobile dans les pays à bas salaires et à faible protection sociale), responsabilisation des travailleurs sur des objectifs de production, élévation du niveau de spécialisation, segmentation de la classe ouvrière en une multitude de statuts qui vont de l’emploi bien rémunéré, à la précarité des travailleurs intérimaires les moins qualifiés, s’y ajoute la mise en concurrence des hommes et des femmes, et celles des nationaux avec les immigrés, puis avec leurs descendants.
    L’impossibilité d’affirmer le prolétariat comme source de toute valeur sociale signifie la fin du « programme », et celui-ci ne reviendra pas, comme ne reviendra pas la possibilité liée intrinsèquement à cette affirmation du travail d’une politique économique et sociale keynésienne, la fin de l’identité ouvrière a sonné le glas à toute possibilité de réforme sociale qui s’y attachait.
    En ce qui concerne la VIème République, je n’ai pas le fétichisme du N°, pour moi la République, comme la Démocratie ne sont que des formes du pouvoir d’une classe sur l’autre, ou sur les autres, République, Etat, Démocratie, sont les parures nécessaires de la dictature de la classe exploitante, comme l’économie est la forme objectivée de la lutte des classes;

    Au sujet du vocabulaire que j’emploie, il est difficile de parler de tout ceci sans avoir recours à des concepts précis, cela évite les abstractions généralisantes auxquelles les commentateurs, et M.Jorion, in personna, sont habitués.
    Néanmoins, j’essaie d’expliquer ma pensée avec le moins de jargon possible, ce qui ne veut pas dire qu’un effort de compréhension et de recherche soit totalement exclu de la part du lecteur. Pour les concepts employés, une bonne part de ceux-ci sortent de K.Marx, d’autres plus adaptés à la situation actuelle viennent des différents courants dits de la « Communisation »: Théorie Communiste, Endnotes, Blaumachen, Riff-Raff, Il Latto Cattivo, Revue SIC, Blog Patlotch.
    Salutations
    P.S.
    à Juan Nessycécité
    Pourquoi insistez-vous?

      1. @Juannessy,

        à plusieurs reprises,s’adressant à moi, vous avez écrit des balivernes, ou des mots d’esprit, ou de ce qui vous en tient lieu, tout en évitant de répondre sur le fond, car vous en êtes manifestement dépourvu. Vous récidivez, en prouvant par là-même que vôtre incapacité est bien réelle.
        Je ne joue pas, Juan Nessy, en tout cas, vous feriez bien mieux d’aller y voir ailleurs, sinon, le ridicule de vos apostrophes risque de vous éclabousser.
        @Vigneron

        Mai 68 est un repère, évidemment le mouvement était largement engagé, d’ailleurs, pour ne citer que cet aspect, la contestation estudiantine était déjà là dès avant Mai 68, les grèves ouvrières aussi.
        Cependant, la crise de l’identité ouvrière, puis la fin de cette identité dont ont accouché à la fois Mai 68 et la restructuration capitaliste des années 79-80 a entraîné la caducité du programme socialiste ouvrier, réformiste et/ou révolutionnaire, c’est ce qu’il m’importait de faire ressortir, car les propositions réformistes proposées par M.Paul Jorion, et d’autres dans ce blog, s’avèrent totalement déconnectées de cette aspect essentiel : sans programme ouvrier aucune réforme sociale « de gauche » n’est possible.
        Salutations;

      2. @Komunist :

        Bon OK , on arrête la bagarre dans la cour de récréation , au bénéfice de votre dernière phrase en direction de Vigneron , qui fait que je comprends enfin mieux ce que vous pouvez portez .Il aurait été plus simple de commencer simplement par cette interrogation effectivement importante .

        Sur la classe ouvrière , puisque j’ai eu la chance de travailler avec des cols blancs et des cols bleus au sein de même entité , mon impression sur ces quarante dernière année est qu’elle est de plus en plus difficile à définir :

        On admet en gros à ce jour qu’en partant de la population d’actifs avec emploi en France , 90 % sont des salariés se répartissant ( en gros ) en 20 % ouvriers ( dont la moitié dans l’industrie), 25 % employés , 25 % professions intermédiaires et 20 % de cadres .

        La tradition et fierté ouvrière est affectée ( comme les traditions et fierté d’autres professions de la société ) par l’éducation nationale , les allers retours souhaités entre « condition et appétits sociaux » autres , la mobilité locale , nationale et internationale , la robotisation , la paupérisation globale des salariés , l’embourgeoisement des retraités ( y compris ouvriers ) . La barrière entre cols blancs et cols bleus est devenue plus floue dans un parcours professionnel( « intellectualisation » accrue de tâches manuelles ) . La perte d’emploi a affecté , dans les domaines que j’ai eu à connaître , aussi bien les cols blancs que les cols bleus .

        Tout ça pour dire qu’un programme seulement  » ouvrier » viserait un concept plus qu’une population devenue très rapidement « renouvelée « dans ses individus .

        Dans la mesure où c’est, à coup sur, le chômage ou l’incertitude sur l’emploi qui font la montée du FN , et que ce chômage concerne toutes les CSP ( dont 15 % d’ouvriers qualifiés et 20 % d’ouvriers non qualifiés ), cela rend d’autant plus nécessaire de faire du travail , du revenu , du « reste à vivre » , un sujet politique bien plus urgent que les lois sociétales ou le stress du au changement d’heure .

        Dans la mesure où le salaire peut continuer à conserver le statut de convergence entre revenus et satisfactions personnelles , il me semble que les « programmes » destinés à améliorer les choses doivent traiter globalement de politique salariale pour tous, mais dans le contexte actuel , je ne vois pas comment un « tiré à part » pour la classe ouvrière pourrait se faire sans que ce soit au détriment d’une autre classe de « travailleurs » .

        Au détriment d’une autre « classe  » , sans doute , mais c’est bel et bien , il me semble , un des fils des propositions de notre hôte .

      1. C’est effectivement l’affaiblissement du poids de la classe ouvrière engagé dès les lendemains de la guerre ( on pourrait aussi parler de celle des agriculteurs-paysans , ou instituteurs , ou ingénieurs managers ) qui a forcé la CGT à faire reprendre le travail en 1968 .

        Et non pas le contraire .

    1. @komunist,

      Merci de ces éclaircissement que je partage.

      Ce n’est pas rendre service aux idées de gauche, que d’utiliser des mots de spécialiste aux connotations vieillottes. Cela laisse penser que ceci est d’un autre âge, alors que non!

      Il est exact que, comme vous le présentez, les 30 glorieuses sont à l’origine de la crise des piteuses dans lesquelles nous sommes encore embourbés, mais elles n’en sont pas responsable!

      Si les propriétaires l’avaient voulu, on aurait pu au contraire connaitre un âge d’or, et non de plomb. Mais ils ont préféré amplifier leurs privilèges, plutôt que de partager les bénéfices du progrès.
      Sans doute que au printemps 68 ils ont eu la trouille de leur vie, qui, je pense, a précipité leur désir d’atomiser le pouvoir des « travailleurs », comme vous l’expliquez.

      Une chance pour eux que le peuple n’avait pas les moyens, en 1968, qu’offre internet, pour organiser un gouvernement du peuple. Alors que eux, les proprios, ont toujours les moyens de s’organiser (temps libre, de quoi se payer les services d’experts en tous genres, se rencontrer, diffuser leur propagande…)

  4. @M.M Gagnot et Juannnesy

    Ce n’est pas rendre service aux idées de gauche, que d’utiliser des mots de spécialiste aux connotations vieillottes. Cela laisse penser que ceci est d’un autre âge, alors que non!

    Mais je ne suis pas de gôche, ni de gauche.
    Les concepts employés sont très nécessaires, par exemple: ouvriers ne veut pas dire prolétariat, et vice-versa; par exemple, mode de production capitaliste ne veut pas forcément dire système; par exemple, il est difficile de se passer de auto-présupposition, de domination( ou subsomption) réelle ou formelle, de plus-value relative ou absolue, etc…et classe capitaliste ne veut pas dire exactement propriétaires, ni puissants.

    Si les propriétaires l’avaient voulu, on aurait pu au contraire connaitre un âge d’or, et non de plomb. Mais ils ont préféré amplifier leurs privilèges, plutôt que de partager les bénéfices du progrès

    .
    Il ne s’agit pas de la mauvaise volonté, voire du vice de ceux que vous désignez, mais de la nécessité impérieuse du mode de production capitaliste d’accroître sa rentabilité : c’est sa raison d’être et les individus appartenant à cette classe exploitante n’y peuvent que couic.
    Les capitalistes particuliers appartiennent à la classe capitaliste, leurs intérêts particuliers, bien que pouvant être opposés dans la concurrence, se retrouvent dans cette appartenance commune, et comme on dit « tout être persévère dans son existence ». L' »être » de la classe capitaliste c’est son existence même en tant que classe dont les intérêts sont communs, aucun choix, there is no alternative!
    Vous écrivez que l’on aurait pu connaître « un âge d’or »…pourtant l’époque si flatteusement dénommée « 3O Glorieuses » était le théâtre des plus affreuses monstruosités qui soient : guerres coloniales, massacres des populations indigènes, Corée, puis Viet-Nâm, guerres déjà au Moyen-Orient, Apartheid, Grand Bond maoïste, Goulag socialiste-soviétique, sans parler des atteintes à l’éco-système, des essais atomiques, des famines en Afrique, en Inde, etc…
    Ce prélude à l’âge d’or me semble un peu raté.
    Vous raisonnez de façon très centrée sur l’Europe et les pays dominants, vous oubliez le reste de l’humanité, et de plus ces années-là ont vu les taudis de Nanterre où survivaient les Algérien-nes, les ratonnades présentes en France jusqu’aux années 7O, la Guerre d’Algérie, avec son terrible cortège de tortures et de souffrances, la répression contre les protestataires dans la Métropole…etc.

    Juannessy,

    je prends note de vos meilleures intentions (mais vous savez, sans doute ce que l’on dit à propos de ces dernières…;-)
    Lorsque je pose la fin de l’identité ouvrière, il est question précisément de la fin du programme ouvrier, caducité de la possibilité du socialisme, et contradiction dans les termes mêmes d’une prise de pouvoir ouvrière, ou prolétarienne.
    Le programme ouvrier, et les révolutions de cette période (en gros, la révolution russe et les tentatives allemandes) posaient en effet le socialisme comme une étape vers une société sans classes (le Communisme), cette étape devait d’abord prolétariser la société toute entière (la dictature du prolétariat), donc développer les forces productives sous la férule du prolétariat devenu maître des lieux et de l’état. La contradiction mortelle contenue dans le programme, quelles que soient ses variantes, réside dans le fait que le prolétariat n’est rien sans le capital. La contre-révolution des années 192O s’est chargée de résoudre le noeud gordien : le socialisme est devenu un concurrent idéologique du capitalisme libéral, les bureaucrates et l’état ont substitué, plutôt médiocrement à la longue, les détenteurs privés de capitaux. Les ouvriers ont été exploités par les camarades bureaucrates…
    L’affirmation du travail implique celle du capital, la phase transitoire où n’existerait qu’une seule classe est une sottise: l’existence d’une classe présuppose l’existence d’une autre classe, le ver était dans le fruit.
    Salutations

    1. @komunist

      Les capitalistes particuliers appartiennent à la classe capitaliste, leurs intérêts particuliers, bien que pouvant être opposés dans la concurrence, se retrouvent dans cette appartenance commune, et comme on dit « tout être persévère dans son existence »

      Oui, bien sur, on s’est compris…

      Je raisonne sur les pays dominants, car ça suffit à tout expliquer.
      Ce système de dominants/dominés est extrêmement simple. Les « détails » embrouillent plus que autre chose.

  5. @Juannesy :

    Oui , et alors ?

    Oui, mais quoi?
    Alors…voilà.
    C’est là où nous sommes, il est donc vain de chercher à imposer des réformes sociales, ces réformes sont elles-mêmes obsolètes avant d’exister pratiquement, et de plus ces tentatives ne font que renforcer l’emprise capitaliste et occuper « le temps de cerveau disponible »;
    Avez-vous suivi les tergiversations de Syriza au sujet de la privatisation du port du Pirée et de sa vente au groupe Cosco (Chinois, socialiste de marché)?
    Toujours est-il que les dockers de ce port , fort mécontents, et on les comprend, menacent de faire grève après les déclarations d’un mandarin syrizien en Chine, rassurant les capitalistes chinois socialistes de marché au sujet de cette merveilleuse occaze, offerte par le prédécesseur Samaras, c’est marrant ,
    Non, mais quoi?

      1. @juannessy

        J’attends toujours votre programme .

        En ce qui me concerne, j’ai donné le mien, et vous en pensez quoi ?
        (propriété des Ressources transférées à la collectivité à l’aide d’une création monétaire. Propriété privée remplacée par droit d’usage…)
        De ce fait la collectivité détient le Pouvoir économique, qui est le Vrai Pouvoir.

        Et komunist?

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