Grèce : LE SIGNAL QUI NE VIENT TOUJOURS PAS, par François Leclerc

Billet invité.

Les négociations se suivent et se ressemblent, rien ne progresse, la tension monte. Il est désormais réclamé un plan B du côté de certains dirigeants européens, qui s’en inquiètent. Mais en admettre l’existence reviendrait à entériner par avance l’échec des négociations et risquerait de le précipiter. Il ajouterait aux inconnues de l’échec que représenterait un défaut grec la perspective d’un nouveau chemin de Croix en raison de toutes les incertitudes de son application. Valdes Dombrovskis, le vice-président de la Commission, en a tiré par avance la leçon : « Il y a une claire décision de l’Eurogroupe de se concentrer sur ce plan et non pas sur un quelconque plan B ». Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des finances, est pour sa part resté elliptique : « si un politique responsable répond oui à cette question, vous savez ce qui va se passer, s’il répond non, vous ne me croirez pas. » Difficile, pourtant, de cacher que nos édiles sont le dos au mur.

Expriment avant tout le besoin de se raccrocher à quelque chose, de nouvelles spéculations hasardeuses se font jour à propos de dissensions entre Yanis Varoufakis et Alexis Tsipras. Hier, elles portaient sur l’érosion du soutien populaire du gouvernement, qu’un nouveau sondage a démenti. Les dirigeants européens sont pris au piège de leur propre intransigeance et ne se résolvent pas à l’admettre. Et le marché obligataire, jusqu’alors resté très sage, commence à frémir. Comme l’a déclaré Pierre Moscovici : « Notre message aujourd’hui est très clair : nous devons accélérer, nous devons accélérer à partir de maintenant. Il n’y a pas d’autre choix si nous voulons atteindre l’objectif que nous partageons tous, celui d’une Grèce stable et prospère arrimée à la zone euro ». Ce sont des mots qui ne donnent en rien la solution.

Largement repris par les médias, le discours ambiant tend à faire porter la responsabilité d’un échec sur les Grecs, en dépit de leurs avancées. Une première privation a été engagée, celle des paris sur les courses de chevaux – mais elle avait été décidée par le gouvernement précédent – et une inflexion sur la question des retraites anticipées a été enregistrée. Pour le reste, les lignes rouges n’ont pas été franchies. Le succès de cette opération de communication sera toutefois une piètre consolation si la Grèce fait défaut sur sa dette le 12 mai prochain à l’occasion de sa prochaine grosse échéance de remboursement de 950 millions d’euros du FMI. Nul n’en veut, mais rien ne garantit que cela pourra être évité.

Durant le week-end, Alexis Tsipras s’est entretenu par téléphone avec Angela Merkel, et les pourparlers ont été annoncés pour reprendre aujourd’hui lundi. D’après une source grecque non identifiée citée par l’AFP, « les deux dirigeants ont exprimé leur volonté d’établir une communication stable pendant toute la durée des négociations, afin d’arriver à un accord imminent et réciproquement utile ». Les termes sont pesés et semblent donner raison à Alexis Tsipras qui a en permanence cherché à dégager un accord au niveau politique, et non pas à celui de l’Eurogroupe. Il s’est toutefois également entretenu par téléphone dimanche avec son président, Jeroen Djisselbloem. Mais rien n’a filtré côté allemand, qui conformerait une ouverture.

L’instauration de ce canal de communication entre Athènes et Berlin semble pourtant être celui de la dernière chance, la formule des sommets de chefs d’État épuisée et celle de l’Eurogroupe éventée. Mais comment trouver une porte de sortie honorable, qualifiée de solution politique par Alexis Tsipras, pour des dirigeants européens qui se sont tant avancés ? C’est mal parti à écouter le ministre français Michel Sapin qui fait du sur place en déclarant : « Il faut faire l’addition des mesures pour comprendre quel est l’équilibre sur les finances publiques grecques, sur l’excédent primaire budgétaire et c’est ce que nous attendons toujours ». Attendrait-il un signal de la Chancelière ?

Yanis Varoufakis est plus convaincant en convenant que ni la zone euro ni la Grèce « n’ont le droit de ne pas trouver d’accord ». Redoutant un échec qui sera aussi le leur, les dirigeants européens n’en ont pas fini avec la Grèce qui pèse sur leurs têtes à la façon d’une épée de Damoclès.

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