Grèce : NÉGOCIATIONS SUR LA LIGNE DE CRÊTE, par François Leclerc

Billet invité.

Dans la perspective d’une nouvelle réunion de l’Eurogroupe qui pourrait être convoquée en début de semaine prochaine, in-extremis avant les nouvelles échéances de remboursement du FMI, une réunion du « groupe de Bruxelles » va se tenir sans désemparer tout le week-end du 1er mai à Athènes. Nouveauté, il aurait été décidé de ne rien laisser filtrer sur ses travaux, ce qui est présenté comme signe de la volonté d’aboutir.

Le gouvernement grec se trouve plus que jamais coincé sur une étroite ligne de crête s’il veut respecter ses deux promesses électorales : ne pas abandonner l’euro et refuser de nouvelles mesures d’austérité. Un récent sondage montre cependant que les trois quarts des Grecs privilégient le maintien dans l’euro, quitte à en accepter le coût. Les autorités européennes ne sont pas moins mal à l’aise, à enregistrer les déclarations de Jeroen Dijsselbloem, qui préside l’Eurogroupe, et de Benoit Coeuré, membre du directoire de la BCE. Le premier prétend maintenant qu’il existe un plan B en cas de maintien des désaccords avec la Grèce, sans le dévoiler, et le second annonce que la BCE pourrait débloquer le plafond des émissions de bons du Trésor que le gouvernement grec est autorisé à émettre, si « un accord était en vue ». La confusion qui est reprochée à Athènes est partagée…

Une loi « omnibus » y est en préparation, regroupant un train de mesures destinées à accroître les recettes fiscales du gouvernement. Seraient envisagés une taxation de la publicité, la vente des fréquences de télévision, des taxes sur les produits de luxe, le renforcement de la collecte des impôts, la lutte contre le trafic des carburants… Mais le cœur du sujet n’est pas là. Est en cause la frontière que représentent ces lignes rouges que le gouvernement ne veut pas franchir et qu’il semble se résoudre à rectifier. Une augmentation de la TVA pourrait être concédée, à condition qu’elle ne touche ni l’alimentation, ni les médicaments ni les livres. L’augmentation du salaire minimum ferait l’objet de consultations préalables avec l’OCDE et l’Organisation internationale du travail (OIT) et serait progressivement introduite. Les retraites pourraient être écornées, sauf celles qui sont en dessous un seuil de 300 euros mensuel. Enfin, de nouvelles privatisations pourraient intervenir. Mais il n’est pas garanti que cela soit suffisant ainsi.

Si les autorités européennes y mettent du leur et permettent à ces négociations au finish de se conclure grâce à un compromis, ce qui demande à être confirmé, elles ne sont que des hors d’œuvre. Un troisième plan va devoir être négocié d’ici l’été, afin de permettre à la Grèce de continuer à rouler sa dette, et dans un premier temps de rembourser la BCE, puis de s’efforcer de stopper sa croissance. Mais cela ne lui donnera pas les moyens de relancer son économie et de dégager un excédent budgétaire primaire, rendant crédible le remboursement de sa dette. Le plan de Yanis Varoufakis liait les deux, mais il est trop iconoclaste pour être retenu. Le risque est que les dirigeants européens cherchent dans l’immédiat une capitulation prononcée du gouvernement grec afin d’imposer ensuite leurs vues irréalistes.

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