D-DAY, par François Leclerc

Billet invité.

Les termes du compromis qui se dessine aujourd’hui à la faveur d’une série de réunions au sommet ne sont pas encore connus, mais il pourrait répondre à la demande grecque d’associer aux mesures budgétaires discutées au fil des semaines passées l’ouverture d’une discussion sur la dette, ainsi que la perspective d’un plan de relance dans des termes plus ou moins précis. La contrepartie grecque finale n’a pas fuité, mais les fameuses lignes rouges ne seraient pas enfoncées. Une prolongation du plan de sauvetage en cours devrait donner un mou chichement accordé dans la corde pour les temps à venir. Mais tout cela reste indécis tant que cela n’a pas été entériné par le sommet de ce soir.

Cette corde se tendait au maximum. La situation des banque grecques, au bord de l’effondrement en dépit des injections de plus en plus rapprochées de liquidités d’urgence autorisées par la BCE, n’autorisait plus de nouveaux délais : il fallait impérativement conclure si l’on voulait éviter l’enchaînement d’un défaut et d’une sortie de l’euro. Toutes affaires cessantes, la BCE a ce matin relevé une nouvelle fois leur plafond.

Les créanciers européens doivent également prendre en compte la situation politique grecque. Le plan qu’ils ont caressé reposait sur l’éclatement de Syriza et l’arrivée au gouvernement d’une coalition plus favorable à leurs projets, mais il a échoué. Tout au contraire, le gouvernement rencontre un appui qui dépasse de loin le score électoral qui a permis à Syriza d’accéder au pouvoir. Un nouveau sondage confirme qu’en cas d’élections, Syriza remporterait environ les deux tiers des sièges du parlement, recueillant 47,5% des voix contre 19,5% à Nouvelle Démocratie. Selon ce sondage, 62% des Grecs seraient opposés à tout recul du gouvernement, mais 65% seraient favorables au maintien de la Grèce dans la zone euro.

L’équipe de Syriza sait jouer sur tous les registres. A Athènes, des préparatifs auraient été entrepris afin de faire comprendre que la banque centrale grecque et le gouvernement sont préparés à toutes les éventualités, dans l’intention de faire savoir qu’elle ne capitulera pas. Les modalités d’un contrôle des changes auraient été arrêtées par la première, et un gouvernement technique serait prêt à succéder à l’actuel, au cas où des élections anticipées seraient convoquées, suite à la démission du président de la république qui déclencherait la dissolution du Parlement.

Il est encore trop tôt pour tirer les conclusions d’un accord qui n’est pas conclu. Mais trois premières leçons se dégagent déjà :

1. L’équipe de Syriza a emporté un compromis qui en annonce d’autres.
2. Les créanciers de la Grèce se sont révélés en dessous de tout.
3. Une démonstration opposée à celle qu’ils recherchaient a été faite.

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